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Les derniers jours d'Emmanuel Kant - Thomas De Quincey

Ce texte comme son nom l'indique, relate Les derniers jours d'Emmanuel Kant. Publié pour la première fois en 1827 dans le Blackwood Magazine, ce petit opuscule répond peut-être au besoin de De Quincey de montrer que même les plus grands génies sont soumis à leur humanité. Grâce aux mémoires laissés par Wasianski pour la majeure partie de ses sources, De Quincey prête ses mots au fidèle ami de Kant pour raconter les derniers moments du célèbre philosophe allemand. Suivant méticuleusement les événements des journées de Kant, De Quincey livre les inquiétudes qui occupent désormais cet esprit jadis brillant. Rattrapé par sa vieillesse et ses ennuis de santé, le philosophe dépeint par l'auteur anglais, est un homme épuisé et malade. Ses pertes de mémoire et pertes d'équilibre affligent de tristesse Wasianski qui tente par tous les moyens de rendre la vie agréable à son ami vénéré jusqu'au souffle ultime... Et De Quincey de conclure son récit avec les mots suivants : Paix à sa poussière ; et à sa mémoire éternel honneur !

De l'assassinat considéré comme des Beaux-Arts - Thomas de Quincey

De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts est un ouvrage difficilement identifiable. Il compile trois textes produits sur différentes périodes. La préface de Pierre Leyris, que j'ai d'ailleurs trouvé très intéressante, contextualise bien l'ouvrage et en permet une bonne appréhension. Car il faut le dire, livré sans explications, ce traité qu'on a pu qualifier d'essai noir, perd beaucoup de son essence. Thomas De Quincey, que l'on connait pour son existence matérielle difficile, a produit nombre de textes pour subvenir à ses besoins. Répondant à la demande des éditeurs, il écrit sans cesse, jonglant entre les sujets et les styles littéraires. Ici, il livre des essais, là, il signe des articles. Il n'hésite pas à partager ses Confessions d'un fumeur d'opium et s'essaie même au roman noir et au roman gothique (voir Klosterheim ou Justice sanglante). Rien de plus naturel donc, qu'il ait pu traiter un sujet tel que celui du meurtre considéré comme l'un des Beaux-Arts. Ainsi, la première partie de l'ouvrage retranscrit-elle une conférence (1827) que l'auteur aurait tenu devant un public d'amateurs de "crimes esthétiques". Publié 12 ans après la conférence, le Mémoire supplémentaire (1839) propose de nouveaux exemples de meurtres censés plaire à la Société des connaisseurs en meurtres. Enfin, le Post-Scriptum (1954) vient enrichir le traité par une description minutieuse du crime particulièrement "grandiose" commis par Williams sur la famille Marr et William.

Si l'idée de traiter l'assassinat comme un objet esthétique peut sembler macabre, je l'ai trouvé séduisante.  Ce n'est pas tant le voyeurisme qui m'a poussé à la lecture de cet ouvrage mais bien l'envie de voir comment De Quincey avait pu traiter le sujet. Ainsi que se plait à déclarer l'auteur, l'objectif de ces textes était de divertir. Mais que peut-on trouver de diverstissant dans le simple répertoriage de crimes si le rapport à l'esthétique (l'objet même de ces textes) n'est pas étudié ? L'auteur, sans manquer d'humour dit-on, présente des cas de meurtres notables dont il a oublié, me semble t-il, qu'il devait les analyser sous l'angle artistique. Et ceci, sans compter qu'il fait de nombreuses digressions et que les multiples notes de bas de page nuisent à la fluidité du récit. Même le Post-Scriptum qui m'a paru approcher le plus du sujet de départ, n'est pas convaincant : l'exposé de De Quincey n'aborde que trop superficiellement le rapport entre assassinat et Beaux-Arts. Evidemment que l'auteur se moque des bourgeois avides de combler leur ennui et cela semble plutôt de bonne guerre, mais je m'attendais à quelque chose de plus acerbe, de plus construit, de mieux argumenté. En fait, ce traité ne m'a ni distrait, ni appris, et je trouve cela bien regrettable...
Note de l'éditeur : La Conférence qui amorce De l'assassinat considéré comme des Beaux-Arts a paru en 1827 dans le Blackwood's Magazine, et le Mémoire supplémentaire en 1939 dans le même périodique. De Quincey n'y a ajouté le Post-Scriptum qu'en 1854, quand il a inséré l'ensemble du texte dans ses Sélections graves et enjouées.

Titre : De l'assassinat considéré comme des Beaux-Arts
Auteur : Thomas De Quincey
Traduction et préface : Pierre Leyris
Editions : Gallimard
Collection : L'imaginaire
Date de parution : 1995
Nombre de pages : 176 p.

Klosterheim - Thomas De Quincey



Année 1633. L’histoire se déroule dans les provinces allemandes de la Bavière et de Souabe, où le Landgrave, assisté de Holkerstein, a usurpé les droits de Maximillien, véritable successeur au trône. Alors que la guerre de cent ans fait rage entre la France et l’Angleterre, les royaumes de l’Allemagne sont également le théâtre de rivalités politiques. Klosterheim, petite bourgade dont le château sert notamment de décor à l’histoire, est la proie de la suprématie du Landgrave. Pour rétablir la vérité et libérer les citoyens de l’emprise du terrible despote, Maximillien revêt les traits d’un vengeur masqué (Le Masque).


Ce roman dont le style est directement emprunté à la littérature gothique, m’a beaucoup fait penser à "Justice sanglante" du même auteur. Basé sur une histoire de justice et de vengeance, Klosterheim se situe à mi-chemin entre le roman historique (faits historiques avérés) et le roman gothique (décors, personnages, ambiance). Misant sur des mouvements de la population (déplacements de convois, poursuites et fuites), Thomas de Quincey nous guide à travers les scènes de son roman comme dans un labyrinthe. La forêt, les châteaux, le couvent de Saint Agnès et les sombres couloirs qui plantent le décor de Klosterheim sont précisement étudiés par l’auteur. Et les personnages, qui semblent classiques et fades au premier abord, m’ont réservé d’agréables surprises. On ne sait pas où De Quincey veut nous emmener et c’est justement là la force de ce roman. Prise au dépourvu par rapport à ce à quoi je m’attendais, j’ai parfois dû forcer pour terminer le livre. Paradoxalement, j’ai été intrigué par le dénouement de l’histoire et je me suis demandé à plusieurs reprises comment l’auteur allait s’en sortir. A mon plus grand étonnement, j’ai trouvé la fin très aboutie, chose que je trouve rare dans les romans de ce genre.

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Titre : Klosterheim
Auteur : Thomas De Quincey
Éditeur : José Corti
Collection : Romantique N°65
Date de parution : 1997
Traduction : Liliane Abensour
Préface : Liliane Abensour
Nombre de pages : 312 p.
ISBN : 2714306128

Justice sanglante - Thomas De Quincey


Début du 19ème siècle. Une petite ville du nord-est de l’Allemagne est frappée par une série de meurtres commis sur des personnes âgées. Fait étrange : rien dans les demeures cossues des victimes n’est dérobé. La ville est en émoi. Alors que Maximillien Wyndham, un charmant jeune homme sous tous rapports s’installe dans la ville, une enquête est lancée pour retrouver les coupables qu’aucun indice ne trahit.

Raconté à la permière personne par un professeur de l’Université de la ville qui se trouve par hasard mêlé aux événements par sa simple présence, ce récit deThomas de Quincey révèle la plume analytique de l’auteur. Publié pour la première fois en 1838 dans le Blackwood magazine, "Justice sanglante" est passé inaperçu lors de sa publication. Pourtant, le style de narration choisi permet au lecteur une immersion totale dans l’histoire. Pris à parti dans l’investigation de l’enquête, le spectateur assiste aux événements comme un membre à part entière de l’intrigue. Cette histoire de vengeance, finement écrite par De Quincey (on ne sait pas si c’est une histoire tirée de faits réels ou non), préfigure le roman policier dont s’inspirera Edgar Allan Poe pour son excellent "Double assassinat dans la rue de la Morgue". J’ai lu il y a quelques temps, "Les confessions d’un opiomane anglais" et "Suspiria de Profundis", et j’avoue que ce texte, bien que marqué par le style de De Quincey, me laisse perplexe. Le "pape de l’opium", comme il se plaisait à se surnommer, m’était plutôt connu pour ses essais biographiques ou historiques. Je découvre ici un romancier à la logique redoutable. J’ai bien apprécié cet aspect du "mangeur d’opium" et je prévois de lire prochainement son roman historique "Klosterheim".

Première page : "Pourquoi me traiter de criminel et non pas me considérer comme la colère du Seigneur qui poursuivant les tyrans purifie la terre abreuvée de sang?"

Titre : Justice sanglante
Auteur : Thomas De Quincey
Titre original : The Avenger
Éditeur : José Corti
Collection : Romantique N°52
Date de parution : 1995
Traduction : Roger Kahn
Postface : Grevel Lindop
Nombre de pages : 159 p.