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Grands reporters, 20 histoires vraies - Collectif

20 histoires, 20 voyages : à travers les récits de quelques-uns des plus illustres dessinateurs de BD reportage comme Joe Sacco, Emmanuel Guibert, ou Hyppolyte (pour les auteurs que je connais), c'est à un incroyable tour du monde que nous convie cette anthologie concoctée par l'équipe de la Revue XXI en partenariat avec les éditions Les Arènes. Gibraltar, Cuba, Inde, Chine, France, Sénégal, Chili, Congo, Iran, Maroc, Equateur, Yemen, Laos, les reporters/dessinateurs ont ramené des témoignages troublants, captivants ou insoupçonnables de leur voyage. Comme autant de récits sortis de l'anonymat le temps d'une narration illustrée, "Tous parlent de gens vrais et de situations vraies. Portés par des regards d'auteurs souvent présents dans la narration, ces récits racontent et témoignent. Les dessins disent la chaleur, la boue, l'espoir, la confusion, la joie. Les textes écrivent l'histoire. Les cases - carrées ou brisées - ouvrent place dans leur interstices à l'imaginaire. Les bulles foisonnent de mots prononcés, entendus, restitués." (extrait de l'avant-propos de Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de XXI, p. 5).

Grands reporters, 20 histoires vraies, autant de récits et d'empreintes graphiques remarquables

Au premier coup d’œil, cette anthologie ne parait pas motivée par un fil directeur tant les récits relatés sont déconnectés les uns des autres. Mais à y regarder de plus près, les histoires et les styles graphiques qu'elle déploie, relèvent tous d'un choix éditorial basé sur la qualité graphique et la singularité des reportages. En effet, authenticité des récits et empreintes graphiques originales semblent témoigner d'un véritable critère d'excellence pour cette sélection de BD reportages. Évidemment, comme dans toute anthologie, il y a des choses que l'on aime plus que d'autres. A la différence que les préférences souffrent d'un double conditionnement : celui du fond (textes et contenus) et celui de la forme (dessins et illustrations). J'ai ainsi beaucoup apprécié certains styles graphiques sans accrocher du tout au récit (ex : Un amour de Chine de Denis Deprez ou Un thé en Iran d'Olivier Kugler). D'autres reportages m'ont plu pour leur récit et non leurs dessins (ex : Père et fils de Jacques et Pierre Ferrandez ou Sous le ciel d'Atacama de Olivier Balez et Pierre Christin). D'autres encore m'ont tout simplement laissée indifférente (ex : Saison dans les Landes de Jean Harrambat, Les cueilleurs d'abricots d'Erwann et Gwenaël Manac'h, Au bout de la Flandre de Jeroen Janssen). Viennent ensuite les reportages aussi captivants pour leurs illustrations que leurs histoires (ex : les 2 reportages de Jean-Philippe Stassen, les 2 reportages de Maximillien Le Roy, Des nouvelles d'Alan d'Emmanuel Guibert, La cordée du Mont Rose d'Oliver Balez, Les fermiers aux pieds nus de Joe Sacco -> voir aussi Reportages du même auteur, La route du Kiff de Renaud de Heydn). Restent enfin mes coups de cœur, des reportages dont le sujet m'a autant touchée que les coups de crayon : les deux reportages de Hippolyte (voir aussi cette chronique des Ombres du même auteur) dont le traitement graphique et l'approche narrative me touchent particulièrement, Les vertiges de Quito de Didier Tronchet dont je découvrais le travail et Les reines de Saba d'Agnès Montanari et Ugo Bertotti, qui m'ont rappelée à mes propres souvenirs du Yémen... Même si je dois avouer que le format de cette anthologie n'est pas à mon sens idéale (notamment en raison de son prix), elle permet de découvrir le travail de quelques-uns des plus grands artistes de la BD reportage du moment...

Si vous voulez vous offrir ou offrir ce beau pavé, il est disponible à la vente sur Amazon via le lien suivant : Grands reporters : 20 histoires vraies

  • Titre : Grands reporters, 20 histoires vraies
  • Auteurs : Balez, Bertotti, Christin, Deprez, Ferrandez, Guibert, Harambat, De Heyn, Hippolyte, Janssen, Keler, Kugler, Frédéric Lemercier, Le Roy, Manac'h, Montanari, Sacco, Stassen, Tronchet
  • Éditeur : Les Arènes
  • Date de parution : Septembre 2012
  • Nombre de pages : 654 p.
  • ISBN : 978-2-35204-212-9

La guerre d'Alan (Intégrale) - Emmanuel Guibert

Emmanuel Guibert et Alan Ingram Corpe se rencontrent par hasard sur l'ïle de Ré en 1994. De l'amitié qui s'instaure presque instantémant entre les deux hommes, naîtra cette émouvante bande-dessinée dont le héros n'est autre qu'Alan. Comme le dit Emmanuel Guibert, "la guerre d'Alan, c'est la rencontre d'un vieil homme qui racontait bien sa vie avec un jeune homme qui a ressenti le besoin de l'écrire et de la dessiner." (extrait de l'introduction). La guerre d'Alan raconte avec simplicité les souvenirs imparfaits de l'ancien GI. Le récit commence avec le bombardement de Pearl Habour de 1941 qui va bouleverser la vie du jeune Alan. Celui-ci n'a pas encore atteint sa majorité lorsqu'il s'enrôle dans l'armée américaine : "Quand j'ai eu 18 ans, Uncle Sam m'a dit qu'il aimerait bien mettre un uniforme sur mon dos pour aller combattre un gars qui s'appelait Adolph, ce que j'ai fait." Pareil à tous les jeunes de son âge, il souhaite lui aussi combattre pour l'honneur de la patrie. Animé des meilleurs sentiments, il s'engage dans une aventure qui durera 50 ans. C'est avec beaucoup de distance et presque de candeur que le soldat devenu vieil homme se souvient : ses entraînements, ses rencontres, ses choix le mèneront vers des chemins peu conventionnels. Toutes ces petites choses qui semblent insignifiantes prennent avec ce récit une importance insoupçonnable. Alan Corpe ne demandait-il pas à juste titre : "Admettez-vous que les parties d'une vie ont leur importance et le droit d'être évoquées quand on brosse le tableau d'une existence ?" Loin du récit héroïque, La guerre d'Alan se présente comme le témoignage dépassionné d'un monsieur qui savait raconter les histoires. Un bel hommage rendu par le dessinateur à un vieil homme attachant devenu son ami...


Il ne faudra pas moins de 5 ans de discussions et d'enregistrements pour que cette bande-dessinée voie le jour. Lorsque parait le premier tome de La guerre d'Alan en 1999, Alan Corpe a passé l'arme à gauche. La parution du livre est la réalisation de cette promesse que s'était faite Emmanuel Guibert : celle de mener au bout son entreprise de raconter l'histoire du vieil homme. Par fidélité à la mémoire de son ami, le dessinateur s'est fait de ce projet, une affaire personnelle : "A mesure que j'avançais, j'ai ressenti le besoin, sans doute parce qu'Alan me manque, d'associer toujours plus étroitement mon histoire personnelle à la sienne." La guerre d'Alan émeut par la simplicité du récit et l'humanité de son héros. Pas d'actes de bravoure, ni de combats sanglants, le récit d'Alan donne, chose rare, la voix à un témoin anonyme de l'histoire avec un "h" minuscule...


D'un point de vue graphique, cette bande-dessinée fait l'objet d'un remarquable traitement en noir et blanc. La sobriété des traits se prête pertinemment aux propos rapportés. Si ce n'était les nombreuses retouches d'images qui ponctuent régulièrement l'ouvrage et qui diluent parfois les dessins d'Emmanuel Guibert, La guerre d'Alan se placerait probablement pour moi au rang des grandes bandes-dessinées. Dommage également que le troisième tome s'éloigne par sa teneur des deux premiers : comme si les événements rapportés dans les deux premiers volumes étaient plus précis dans l'esprit d'Alan, on a l'impression que le troisème volume rapporte pêle-mêle des souvenirs sans lien évident, ni continuité. La narration perd en conséquence en puissance et l'intérêt finit par s'étioler... Ce bel hommage reste cela dit, digne d'attention. Je lui préfère de loin, Le photographe du même auteur (en collaboration avec Didier Lefèvre) qui m'avait personnellement beaucoup secoué. A vous de vous faire votre propre idée.

Enfin, si vous souhaitez acquérir cet ouvrage, il est disponible sur Amazon via le lien suivant : La guerre d'Alan : D'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope.
  • Titre : La guerre d'Alan (intgérale)
  • Sous-titre : D'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope
  • Auteur : Emmanuel Guibert
  • Éditeur : L'Association
  • Collection : Ciboulette
  • Date de parution : 2e trimestre 2012 (2e édition)
  • Nombre de pages : 298 p.
  • ISBN : 978-2-84414-450-8
  • Crédits photographiques : © Emmanuel Guibert (La guerre d'Alan)

Le photographe - Guibert - Lefèvre - Lemercier

En 1986, Didier Lefèvre (1957-2007) part en mission comme photographe en Afghanistan avec Médecins Sans Frontières. Accueilli et guidé sur place par l'équipe de choc de MSF, le photographe s'engage dans un périple de quelques mois entre les plaines du Peshawar au Pakistan et les régions montagnardes du Badakhshan au nord de l'Afghanistan. De cette expérience riche en rencontres et anecdotes, Didier Lefèvre a ramené des dizaines de planches-contact dont beaucoup seront oubliées dans quelques boites au fond d'un placard. Le photographe est né de la volonté de communiquer au grand public ce travail inédit du reporter. Initiée par Emmanuel Guibert près de 15 ans après la mission, cette série a pour objectif de permettre une lecture différente et différée des événements sur la base de sources originales. Pour Emmanuel Guibert qui reconnait volontiers le talent de conteur ainsi que l'oeil averti de son ami, il s'agissait de : "faire entendre la voix de Didier, combler les vides entre les photos et raconter ce qui se passe quand Didier, pour une raison ou pour une autre, n'a pas pu photographier. Tout cela dans l'idée de montrer dans le détail ce qui l'est rarement : un reportage en train de se faire, une mission humanitaire au jour le jour, le destin d'une population de montagnards prise dans la guerre." (extrait de Déclic du livre sur le site de l'ouvrage). Le photographe est l'un de ces rares ouvrages qui offre un regard nouveau sur le photojournalisme et le travail humanitaire. Un magnifique exemple de collaboration à la croisée de 3 métiers : photojournalisme, dessin et graphisme (cf. collaboration de Frédéric Lemercier pour la mise en page et la couleur).

Partir en mission humanitaire en Afghanistan pendant la guerre (1979-1989)

L'Afghanistan est enlisé dans la guerre depuis 7 ans lorsque de Didier Lefèvre s'y rend en mission. L'équipe de MSF qu'il accompagne, parcourt les contrées reculées du pays pour soigner les malades et les blessés (cf. les opérations à ciel ouvert). Les zones occupées et contrôlées par les armées soviétiques sont dangereuses (se méfier surtout des patrouilles d'hélicoptères). Les routes reliant les divers points de chute des ONG sont difficiles à pratiquer : tout se fait à pied, à cheval ou à dos d'âne. Le convoi de MSF profite des caravanes de ravitaillements d'armes entre le Pakistan et l'Afghanistan pour traverser les zones critiques. Dans ces régions centrales de l'Afghanistan où l'environnement est hostile et les risques de tirs omniprésents, les accidents, les disparitions et les décès ne sont pas rares. Le danger est tangible mais pour avancer, l'équipe dépêchée par MSF fait preuve d'une volonté, d'une patience et d'une endurance à toute épreuve. Négocier, trouver les bonnes alliances, s'adapter, maîtriser les codes ou la langue (farsi), agir dans l'urgence, garder son sang froid, exercer en toute circonstances, sont autant de compétences et qualités nécessaires à ce type de mission. Une bonne condition physique aussi. Mais comme le révèle le photographe, la fatigue, le stress et le découragement l'emportent parfois. Parce que partir en mission humanitaire (surtout en Afghanistan pendant la guerre) n'est pas un acte anodin, ce mémorable témoignage de Didier Lefèvre est précieux car il dévoile grâce à un traitement journalistique/artistique inédit, à la fois les coulisses du métier d'humanitaire et celui du photographe-reporter...

La photographie et le dessin comme support du récit de Didier Lefèvre : un traitement original

A mi-chemin entre témoignage et reconstitution, Le photographe propose un travail original de mémoire et de valorisation de sources brutes. A cette lecture, on pensera inévitablement aux oeuvres de Joe Sacco comme par exemple Gorazde qui intègre en introduction, des photos capturées par le journaliste pendant ses séjours en Bosnie. Pourtant, la démarche artistique employée pour les deux oeuvres est complètement différente. Le bédéiste américain se sert de ses photos et de ses notes de voyage comme support de création artistique (dessin et récit). Dans le cas du présent ouvrage, ce sont les illustrations qui complètent les sources et le récit. Si le travail de reconstitution est commun aux deux livres, la démarche est inversée. Pas de carnet de notes pour le photographe (Didier Lefèvre l'a perdu). Seuls les milliers de clichés (dont seulement quelques-uns ont été exploités) et les souvenirs ont permis la reconstitution des événements. Cette valorisation de sources brutes (ici les planches du photographe) est originale car le récit se déroule sur la base des planches et dessins qui se complètent par alternance. Ce choix artistique et éditorial mérite d'être souligné car il offre divers jeux de lecture que je trouve assez intéressants : lire tout d'un coup, lire uniquement le récit illustré ou ne s'attacher qu'aux planches... Le photographe est par conséquent un objet hybride unique en son genre qui hésite entre le carnet de voyage, la bande-dessinée et le photo-reportage. Par son sujet et sa forme, ce bel ouvrage mérite donc sa place sur les étagères de votre bibliothèque ! A (re)découvrir absolument !

Si je vous ai concaincu du bien-fondé de l'acquisition de ce livre, vous noterez qu'il est disponible à la vente sur Amazon via le lien suivant : Le Photographe - L'Intégrale - tome 1 - Le photographe nouvelle intégrale (édition normale).

Pour aller plus loin

Il existe des nombreuses sources et critiques en ligne au sujet de ce livre mais je ne saurai que vous recommander de consulter le site qui lui est dédié. Vous y trouverez de riches informations et notamment des diaporamas de photos commentées par Didier Lefèvre en personne.

Pour finir, vous noterez que ce livre propose un film intitulé "A ciel ouvert" qui retrace le "Journal filmé d'une mission en Afghanistan" réalisé par Juliette Fournot, chef de la mission MSF à laquelle Didier Lefèvre a participé.



Dédicace

Cette histoire est dédiée à l'équipe de Médecins sans frontières qui l'a vécue : Juliette, Robert, Régis, John, Mahmad, Sylvie, Évelyne, Odile, Michel et Ronald, ainsi qu'à Jacques Fournot.

Les auteurs remercient Marjane Satrapi pour ses Lettres persanes.

Juliette, auteur-réalisateur du film "A ciel ouvert" remercie Didier pour la qualité de son regard et Emmanuel pour l'avoir convaincue de livrer ses images.


Détails bibliographiques



  • Titre  : Le photographe
  • Photographe : Didier Lefèvre
  • Auteur et dessins : Emmanuel Guibert
  • Mise en page et couleur : Frédéric Lemercier
  • Éditeur : Dupuis
  • Collection : Aire Libre
  • Date de parution : 2010 (pour l'édition intégrale)
  • Nombre de pages : 263 p.
  • ISBN : 978-2-8001-4795-6
  • Crédits photographiques : © Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert, Frédéric Lemercier