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L'homme-livre - Association Verbes

C'est dans le cadre de la 20ème édition de la Fête des librairies indépendantes (Saint Jordi) que j'ai reçu en cadeau de l'une de mes librairies préférées, ce singulier "Homme-Livre" édité par l'Association Verbes pour l'occasion. Parce le livre et son histoire ne seraient pas ce qu'ils sont sans ces artisans de l'ombre que sont les éditeurs et les libraires (ces "libertins qui conjuguent à l'infini, comme un arc-en-ciel, l'ensemble de la production éditoriale et batifolent de livre en livre pour en offrir le suc aux lecteurs", p.7), cet "Homme-livre" - délicieux florilège d'anecdotes livresques et de récits passionnés de ces femmes et ces hommes qui écrivent quotidiennement l'Histoire du livre - est un cri lancé afin que, pour reprendre les mots de Marie-Rose Garniéri à propos du travail des éditeurs (Asscociation Verbes et Librairie des Abbesses), nous lecteurs, percevions "la puissance de cet amour-là, qui peuple notre solitude aussi intensément qu'un ami, qu'un amant, qu'un enfant..." (p.7). Parmi les 31 récits des éditeurs (à noter les superbes portraits photo réalisés par Jérôme Bonnet), j'ai notamment pris beaucoup de plaisir à voyager en "Biblionomadie" en compagnie d'Éric Poindreau (Éditions du Castor Astral). J'ai aimé "Lire dangereusement" avec Marie-Christine Vacher (Éditions Actes Sud) qui raconte à propos de La pitié dangereuse de Stefan Zweig : "Ce livre n'était pas comme les autres avant lui, de ces braves chiens de berger qui guident le voyageur à travers la tempête. Ce livre était la tempête elle-même" (p.75). J'ai adoré la "Lettre à un jeune Robert" de Claire Stavaux (Éditions de l'Arche) qui suggère la "femme-livre" comme nouvelle entrée au dictionnaire. Je me suis aussi laissée emportée par le poème "Livres" de José Alvarez (Éditions du Regard) qui déclare à propos du livre "Je suis son esclave consentant" (p.11). Bref, s'il n'était qu'un seul dénominateur commun entre les 31 textes de cet ouvrage, ce serait cet amour inconditionnel porté par les éditeurs pour les livres.... A déguster...

Détails bibliographiques

  • Titre : L'homme-livre
  • Photographies : Jérôme Bonnet
  • Illustrations : Anne-Charlotte Coudreau
  • Éditeur : Association Verbes
  • Date de parution : Avril 2018
  • Nombre de pages : 79 p.
  • ISBN : 978-2-330-10269-2

Les gardiens des livres - Mikhaïl Ossorguine

Créée en 1918 à Moscou par un groupe d’hommes de lettres passionnés, la Librairie des écrivains a incarné en quatre années d’existence (1918-1922) le symbole d’une contre-révolution intellectuelle dont l’histoire méritait bien d’être racontée : après les révolutions de 1917, la Russie ruinée par la guerre civile, laisse à la rue des populations affamées. Alors même que les campagnes de nationalisation des commerces étaient censées réguler l’économie et permettre une répartition équitable des ressources, la fermeture progressive des librairies classiques ou leur conversion massive vers des modèles de littérature exclusivement socialiste, ont paradoxalement, à cause de la misère et de la crainte des réquisitions forcées, incité de nombreux bibliophiles à brader leurs trésors parfois même en échange de sucre ou de farine. Selon Mikhaïl Ossorguine, l’un des premiers commanditaires de cette singulière librairie coopérative et auteur des textes de cet ouvrage : « La librairie des écrivains fut sans doute en Russie, l’unique institution culturelle et commerciale à sauvegarder son indépendance morale et matérielle au travers de ces années terribles de chaos, de terreur et d’effondrement des valeurs spirituelles. » (p.11). Initialement publiés dans la revue Vremmenik obchtchestva drouzeï rousskoï knigui, ces quelques textes de Mikhaïl Ossorguine sauront toucher le coeur des bibliophiles car, au delà de la fabuleuse aventure de la librairie coopérative des « Gardiens des livres », ce que ces textes donnent à voir, c’est que quelle que soit sa forme d’expression, la résistance (ici intellectuelle et artistique) contre toute forme de suprématie, implique un processus de réflexion indispensable pour une société en bonne santé... En somme, une belle " leçon de résistance " à découvrir...

L'étonnant catalogue des éditions manuscrites de la Librairie des écrivains


Outre les reproductions des plaquettes originales de deux manuscrits d'Alexeï Rémizov (dessins) et de Marina Tsvétaïeva (poèmes), notons la présence du catalogue unique en son genre, des éditions manuscrites de la Librairie des écrivains. Pour les bibliophiles et amateurs, ce catalogue regorge d'informations insolites que je vous recommande de découvrir comme par exemple les matériaux de support utilisés : écorce de bouleau, papier peint ou encore billets de roubles non découpés, on réalise avec plaisir l'inventivité des auteurs qui, ne disposant pas de papier, n'hésitaient pas à diversifier leurs supports d'écriture. On constatera aussi avec étonnement les indications de troc pour le paiement des manuscrits qui pouvaient se faire en échange de livres d'huile ou de farine. Ce qu'il faut voir par là, c'est qu'avec un peu d'imagination, il est toujours possible de (ré)inventer de nouveaux modèles économiques " vertueux" capables de fédérer des communautés de passionnés autour d'un projet solidaire. Ayant durablement marqué l'histoire de Moscou, la Librairie des écrivains a véritablement laissé un héritage culturel et mémoriel digne de notre attention...


Note : ce livre a été tiré en 1000 exemplaires sur Centaure ivoire, Offset 120 g. et Popset bleuet dans une belle édition. Si vous souhaitez vous le procurer, il est disponible sur Amazon à l’adresse suivante : Les Gardiens des livres.


Détails bibliographiques

  • Titre : Les Gardiens des livres
  • Auteur : Mikhaïl Ossorguine
  • Dessins : Alexeï Rémizov
  • Poèmes : Marina Tsvétaïeva
  • Traducteur : Sophie Benech
  • Éditeur : Interférences (traduction et publication avec le concours du CNL)
  • Date de parution : Janvier 1994
  • Nombre de pages : 115 p.
  • ISBN : 2-909589-01-3
  • Couverture : Ex-libris de la Librairie des écrivains (bois gravé de Farvoski)

Une bibliothèque, la nuit - Alberto Manguel

"
La bibliothèque, la nuit est le résultat des questionnements d'Alberto Manguel sur notre besoin immémorial et irrépréssible de conserver toutes les informations du monde de façon exhaustive. Il sait bien que cela est impossible et l'histoire le prouve à maintes reprises, mais alors pourquoi continuons-nous à vouloir croire à cette chimère ? L'auteur renonce à apporter des réponses mais il tente de comprendre au travers de multiples exemples, cette entreprise d'emblée vouée à l'échec. Ponctuant son ouvrage de références et d'anecdotes passionnantes, l'auteur nous fait voyager dans l'histoire des bibliothèques du monde. Ainsi, qu'elle soit publiques ou privées, circulaires ou rectangulaires, anciennes ou modernes, composées de livres de poche ou de livres de collection, physiques ou virtuelles, les bibliothèques sont le fidèle reflet de nos préoccupations. Lieu de mémoire, temple du savoir, symbole de prestige, ou encore gage de richesse, les bibliothèques outrepassent pourtant toutes ces fonctions réunies et incarnent véritablement "notre expérience indirecte du monde."p.30. Aussi, ne nous méprenons pas : les bibliothèques ont bien plus de choses à nous apprendre sur nous que ce que nous ne voulons bien le croire...

Nous invitant dans l'intimité de sa bibliothèque personnelle, Alberto Manguel nous confie que cet ouvrage aurait dû s'intituler Voyage autour de ma chambre, titre déjà été trouvé par Xavier de Maistre. Il décide alors d'intituler son essai La bibliothèque, la nuit en référence à son plaisir de se retrouver la nuit dans sa bibliothèque. Misant sur notre intérêt commun pour les bibliothèques et leurs univers secrets, Manguel nous initie avec érudition aux arcanes de la bibliothéconomie. Passant en revue les plus grands de ce monde qui ont contribué à l'édification de cette institution tels que Callimaque, Dewey, Carnegie ou encore Zumarraga, l'auteur étudie le sujet avec méthode. Obéissant aux caprices de l'homme, les bibliothèques se sont forgées d'après l'auteur, une identité fondée sur différents concepts : la bibilothèque envisagée comme un mythe, un ordre, un espace, un pouvoir, une ombre, une forme, un hasard, un cabinet de travail, une intelligence, une île, une survie, un oubli, une imagination, une identité, une demeure...
Un mythe
Citant l'exemple de la tour de Babel et la Bibliothèque d'Alexandrie, Manguel montre comment l'une et l'autre apportaient respectivement une réponse à notre désir de conquérir l'espace et à notre espoir de vaincre le temps.

Un ordre
"Si une bibilothèque est un miroir de l'univers alors un catalogue est un miroir de ce miroir." p.61. Callimaque et Dewey ont proposé des catégorisations dont le mérite est de délimiter l'illimité. C'est regrettable pense l'auteur, mais nécessaire à notre bonne santé mentale.

Un espace
"Comme la nature, les bibliothèques ont horreur du vide, et le problème de l'espace est inhérent à la nature même de toute collection de livres. Tel est le paradoxe que présente toute bibliothèque générale : si dans une plus ou moins large mesure, elle vise à accumuler et à conserver un compte-rendu de l'univers, sa tâche doit au bout du compte devenir redondante puisqu'elle ne peut être accomplie que lorsque les limites de la bibliothèque coïncident avec celles de l'univers." p.76 L'auteur cite par exemple, le cas de la bibliothèque de San Francisco qui dans les années 1900, a retiré des centaines de milliers de livres pour les transférer sur un site d'enfouissement, faute de place. "Les livres étant sélectionnés en fonction du temps écoulé depuis la dernière fois qu'on les avait empruntés, afin d'en sauver le plus possible, des bibliothécaires héroiques s'introduisirent nuitamment dans les réserves et marquèrent au tampon sur les volumes menacés de fausses dates de retrait." p. 82 Si les bibliothèques virtuelles constituent un bon compromis à ces considérations d'espaces, Manguel rappelle que "les deux bibliothèques - celle de papier et l'électronique - peuvent et devraient coexister." p. 86 Pour conclure sur cette idée d'un personnage de Borges, que "L'encyclopédie mondiale, la bibliothèque universelle existe, et c'est le monde même." p. 97

Un pouvoir
"Bien que Leibniz soutînt que la valeur d'une bibliothèque devait être estimée strictement en fonction de son contenu, on a souvent prêté au livre en tant qu'objet une autorité imméritée et considéré comme supersticieusement l'édifice d'une bibliothèque comme un monument symbolisant cette autorité." p. 103
Non plus temples du savoir, les bibliothèques sont "des temples érigés en hommage à un bienfaiteur, fondateur ou pourvoyeur." p. 105 Voir l'exemple d'Andrew Carnegie, l'un des premiers fondateurs de bibliothèques publiques en Angleterre au 19e siècle.

Une ombre
"Toute bibliothèque évoque son propre fantôme ténébreux ; tout agencement suscite à sa traîne, telle une ombre, une bibliothèque d'absent." p. 117. "Toute bibliothèque est par définition un choix, et son envergure est par nécessité limitée. Tout choix en inclut un autre, celui qui n'a pas été fait. La lecture coexiste de toute éternité avec la censure." p.118 Peut-être alors que les bibliothèques virtuelles pourraient résister à cette contrainte ? Mais rien n'est sûr.

Une forme
La salle de lecture dessinée par Michel-Ange, "rend hommage à la beauté équilibrée  d'un temple grec ou d'une cour romaine et réduit les admirables proportions de notre vaste univers à une mesure qui plaît à nos yeux humains. Les fenêtres strictes et les volutes répétées, l'escalier complexe et dynamique illustrent parfaitement la nature paradoxale d'une bibliothèque. Les premiers suggèrent qu'il peut s'agir d'un lieu ordonné, contenu, où notre connaissance de l'univers peut être entreposé avec grâce ; le deuxième, que nul ordre, nulle méthode, nulle élégante conception ne pourront jamais l'embrasser entièrement."p 165

Un hasard
"Une bibliothèque n'est pas seulement un endroit où règnent l'ordre et la chaos ; c'est aussi le royaume du hasard."p. 170

Une intelligence
Ce qui fait d'une bibliothèque un reflet de son propriétaire, c'est non seulement le choix des titres, mais aussi le réseau d'associations qui impliquent ce choix." p. 201 (voir l'exemple d'Aby Warburg).

Une île
"Les bibliothèques ne sont pas, et ne seront jamais le domaine de tout le monde". p.250
"L'internet ne sera pas, à l'instar du livre, le réceptacle de notre passé cosmoplite parce que ce n'est pas un livre et que ce ne sera jamais un livre, quels que soient les innombrables gadgets et apparences inventés pour le forcer à jouer ce rôle."p.233 (voir aussi les Biblio-Bourricots de Colombie rurale).

La survie
Exemple du camp de Birkenau où une bibliothèque clandestine de 8 à 10 avait été créée. "Bien que matériellement, la collection de la bibliothèque ne consistât qu'en huit ou dix livres, il y en avait d'autres qui circulaient uniquement de vive voix. Chaque fois qu'ils réussissaient à échapper à la surveillance, les conseillers récitaient aux enfants des livres appris par coeur en des temps plus anciens, chaun à son tour de lanière que des conseillers différents fassent chaque fois la lecture à des enfants différents ; ils appelaient cette tournante échanger des livres dans la bibliothèque."p. 248 
"La lecture, avec ses rituels, devint un acte de résistance ; ainsi que l'a observé le psychologue italien Andrea Devoto, tout pouvait être considéré comme de la résistance puisque tout était interdit."p.249

Une imagination
"Les livres rêvés au cours des âges par des raconteurs aussi libres de toute gêne composent une bibliothèque bien plus vaste que celles qui résultent de l'intention de la presse à imprimer - sans doute parce que le domaine des livres imaginaires offre la possibilité qu'un livre, encore non écrit, échappe à toutes les maladresses et imperfections auxquelles nous nous savons condamnés. Dans l'obscurité, sous mes deux arbres, nous avons, mes amis et moi, ajouté sans vergogne aux catalogues d'Alexandrie de pleines étagères d'ouvrages parfaits qui disparaissaient au matin sans laisser de traces." p.295

Une identité
"Il se peut que de par sa nature kaléidoscopique, n'importe quelle bibliothèque, si personnelle qu'elle soit, offre à qui l'explore un reflet de ce qu'il cherche, une fascinante lueur d'intuition de ce que nous sommes en tant que lecteurs, un bref aperçu des aspects secrets de l'âme." p.310

Une conclusion
"Si la bibliothèque d'Alexandrie était l'emblême de notre ambition d'omniscience, la Toile est l'emblême de notre omniprésence ; la bibliothèque qui contenait tout est devenue la bibliothèque qui contient n'importe quoi. Alexandrie se voyait avec modestie comme le centre d'un cercle limité par le monde connaissable ; la Toile, telle la première définition de Dieu imaginée au XIIe siècle, se voit comme un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part." p.330

Cet essai est un extraordinaire voyage au coeur de la mémoire collective et individuelle de l'homme. Truffé de références en tous genres, La bibliothèque, la nuit se lit pourtant comme un roman. Malheureusement il tellement dense qu'il est difficile d'en retranscrire toute la richesse. Appréciable pour sa clarté et ses sources documentées, cet ouvrage n'est ni élitiste, ni pédant. Il est à lire par tous ceux qui s'intéressent au sujet.

Auteur : Alberto Manguel
Titre : La bibliothèque, la nuit
Traducteur : Christine Le Boeuf
Titre original : The library at night
Editions : Babel
Date de parution : Janvier 2009
Date de parution original : 2006 chez Actes Sud
Nombre de pages : 375 p.
Couverture : Illustration de Félix Valloton

Fahrenheit 451 - Ray Bradbury

Nul n’est besoin de présenter encore cette oeuvre anthologique du roman d’anticipation / de science-fiction ? Publié en 1953 sous forme de feuilleton, ce roman fait encore et toujours des émules. Et pour cause : les questions soulevées par Bradbury constituent des bombes à retardement qui menacent, si l’on n’y prend pas garde, d’exploser. Les "autodafés" de livres sont des manifestations récurrentes de l’histoire car, "source de questionnements et de réflexion", les livres symbolisent la mémoire de l’humanité. Bien que Farenheit 451 ne reflète pas la réalité, il propose une vision pessimiste de l’avenir qui trouve un écho puissant parmi les amateurs de lecture : et si lire faisait vraiment des lecteurs de dangeureux criminels ? Ce roman renvoie aux inquiétudes de l’auteur vis-à-vis du maccarthysme des années 1950 et la censure que l’on connait de nos jours a joyeusement pris son relai. Si la lecture est un acte subversif, peu importe si les pompiers ne brûlent pas encore les livres : le fait que Bradbury l’ait  imaginé dans ce roman, a prévenu les hommes de cette catastrophe. En ce sens, Farenheit 451 est un roman universel.


J’ai lu ce livre lorsque j’étais adolescente et j’en ai gardé un excellent souvenir. Aussi, lorsque la blogosphère a remis cette lecture au goût du jour, j’en ai profité pour découvrir cette édition introduite avec pertinence par Jacques Chambon (2000). Relire ce roman après des années, n’a rien enlevé à sa puissance : l’inquiétant message qu’il délivre plane sur notre civilisation. Encore une fois, comme le dirait Bradbury, "il y a plus d’une façon de brûler un livre" : celle qui correspond à notre époque est la censure. Mais au delà de ces considérations, Chambon rapelle qu’il est surtout "question de l’impérialisme des médias, du grand décervelage auquel procèdent la publicité, les jeux, les feuilletons, les informations télévisées". (p. 12/13 de la préface). Et si brûler un livre revenait simplement à "rendre les gens incapables de lire par atrophie de tout intérêt pour la chose littéraire, paresse mentale ou simple désinformation" ? p.13 Voilà une question qui méritait d’être posée. Heureusement, nous sommes encore nombreux à défendre les intérêts de la lecture et le livre est loin d’être mort, mais si vous deviez n’"être" qu’un seul livre, lequel incarneriez-vous ? 

Extraits : "Eh bien Montag, croyez-moi sur parole, il m’a fallu en lire quelques-uns dans le temps, pour savoir de quoi il retournait : ils ne racontent rien! Rien que l’on puisse enseigner ou croire. Ils parlent d’êtres qui n’existent pas, de produits de l’imagination, si ce sont des romans. Et dans le cas contraire, c’est pire, chaque professeur traite l’autre d’imbécile, chaque philosophe essaie de faire ravaler ses paroles à l’autre en braillant plus fort que lui. Ils courrent dans tous les sens, mouchant les étoiles et éteignant le soleil. On en sort complètement déboussolé." p.91


"- Personne n’écoute plus. Je ne veux pas parler aux murs parce qu’ils me hurlent après. Je ne peux pas parler à ma femme ; elle écoute les murs. Je veux seulement quelqu’un qui écoute ce que j’ai à dire. Et peut-être que si je parle assez longtemps, ça finira par tenir debout. Et je veux que vous m’appreniez à comprendre ce que je lis." p. 114


"Les livres n’étaient qu’un des nombreux types de réceptacles destinés à conserver ce que nous avions peur d’oublier. Ils n’ont absolument rien de magique. Il n’y a de magie que dans ce qu’ils disent, dans la façon dont ils cousent les pièces et les morceaux de l’univers pour nous en faire un vêtement." p.115

"Les bons écrivains touchent souvent la vie du doigt. Les médiocres ne font que l’éffleurer. Les mauvais la violent et l’abandonnent aux mouches." p. 115


"Vous avez peur de commettre des erreurs. Il ne faut pas. Les erreurs peuvent être profitables. Sapristi, quand j'étais jeune, je jetais mon ignorance à la tête des gens. Et ça me valait des coups de bâtons. Quand j'ai atteint la quarantaine, mon instrument émoussé s'était bien aiguisé. Si vous cachez votre ignorance, vous ne recevrez pas de coups mais vous n'apprendrez rien." p.142

Dédicace : "Celui-ci est dédié avec reconnaissance à Don Congdon »


Citation : "Si l’on vous donne du papier réglé, écrivez de l’autre côté". Juan Ramon Gimenez


Quatrième de couverture : "451 degrés Farhenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte anti-social, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Le pompier Montag se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangeureux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé."

Titre : Fahrenheit 451
Auteur : Ray Bradbury
Éditions : Folio
Collection : SF
Date de parution : Février 2010
Traducteur : Jacques Chambon et Eric Roubillaud
Préface : Jacques Chambon
Nombre de pages : 213 p.
Couverture : Photos de Masao Mukai & Syata Tokitsume (Photonica)

L'ombre du vent - Carlos Zafon


Hiver 1945 à Barcelone. Le jour où Daniel Sempere n’arrive plus à se souvenir du visage de sa défunte mère, son père l’emmène au cimetière des livres oubliés. Il doit y adopter un livre dont il ne devra jamais se séparer. Ce rituel initiatique et familial lui permet de s’approprier "L’ombre du vent", livre qui va bouleverser sa vie. Après avoir lu le roman et avoir refusé une offre alléchante proposée par un bouquiniste intéressé, Daniel s’est mis en tête de découvrir le mystérieux auteur de ce chef d’oeuvre. Commence alors pour le petit garçon, une quête effrénée de la vérité qui se cache derrière le drame de Julian Carax.

Rédigé dans un style poétique, ce roman au parfum de mystère dégage beaucoup de nostalgie : mélancolie du temps passé. Regrets d’amours impossibles. Tristesse d’une amitié rompue. Erreurs du passé qui se répètent. Les destins imbriqués des personnages de ce roman ont tout pour me plaire et la psychologie complexe de ses protagonistes, les événements qui les lient et le contexte historique qui ajoute à la romance, prêtent à la rêverie. Et l’on aimerait nous aussi, découvrir LE livre qui pourrait ainsi changer le cours de notre vie. Pourtant, pour rien au monde, on ne voudrait vivre l’histoire de Daniel. Car on le sait, on le sent : dès les premiers chapitres du roman, on s’attend à un dénouement tragique ou encore à quelque événement surréaliste. Peut-être se trompe t-on, mais ce qui est certain, c’est que l’histoire est envoûtante. Et on peut le dire : Carlos Ruiz Zafon a mené de main de maître son roman.

J’ai parfois eu du mal à garder le fil de l’intrigue car les personnages sont nombreux et jouent tous un rôle important (mon préféré est Ramon Torres Fermin). Et malheureusement, le contexte historique n’a eu à mon goût, que peu d’incidence sur la vie des personnages. En fait, j’ai trouvé dommage que le décor de l’Espagne d’après-guerre, n’ait pas mieux été exploité. Ce qui m’a plu, ce sont les allers-retours entre le passé et le présent, les renvois entre les événements du livre et ceux de la réalité. On veut croire à cette histoire et tant pis, si parfois, on ressent une vague impression de déjà vu. Quoiqu’il en soit, ce roman m’a bien donné envie de redécouvrir Barcelone...

Extraits :
"Quid pro quo.
- Quid pro quoi?
- C’est du latin petit. Il n’y a pas de langues mortes. Il n’y a que des esprits engourdis." p.25

"- Eh bien, il s’agit d’une histoire de livres.
- De livres?
- De livres maudits, de l’homme qui les a écrits, d’un personnage qui s’est échappé des pages d’un roman pour le brûler, d’une trahison et d’une amitié perdue. Une histoire d’amour, de haine et de rêves qui vivent dans l’ombre du vent." p.235

"Les livres sont des miroirs, et l’on y voit que ce que l’on porte en soi-même, répliqua Julian." p.277

"Les semaines qui suivirent la chute de Barcelone furent indescriptibles. Il coula ces jours-là autant sinon plus de sang qu’au cours des combats, sauf que cela se fit en secret, à l’insu de tous. Quand vint finalement la paix, elle avait l’odeur de celle qui s’abat sur les prisons et les cimetières, linceul de silence et de honte qui pourrit l’âme et ne s’en va jamais. Aucune main n’était innocente, aucun regard n’était pur." p.563


Auteur : Carlos Ruiz Zafon
Titre original : La sombre del viento
Traducteur : François Maspero avec le concours du Centre National du Livre
Éditions : Livre de Poche
Date de parution : septembre 2006 chez Livre de Poche
Couverture : F. Catala-Roca
Nombre de pages : 636 p.
Dédicace : "Pour Joan Ramon Planas qui méritait mieux »