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Le sorcier de Tolède - Stéphane Mouret et Jérôme Sorre

Déjà remarqué lors des précédents épisodes des aventures du Club Diogène (cf. Les vilaines romances), Vayec le breton du groupe, se fait une fois de plus remarquer pour ses impossibles penchants amoureux : après avoir succombé aux charmes d'un fantôme prostituée (Un péché presque de chair) et s'être laissé séduire par une vieille chanteuse au prétendant rancunier (Les passions confessées), le cynique dandy du groupe s'emballe cette fois-ci pour La Ténèbre, une espagnole à la beauté démoniaque. Tout commence lorsqu'un soir, Vayec assiste à une vilaine mascarade : Pilâtre du Rozier, qui campe le rôle de Torquemada le sorcier de Tolède, fait une représentation d'un procès de sorcellerie de la Grande Inquisition. Misant sur le caractère effrontément occulte de son spectacle, le pervers metteur en scène provoque Vayec par les sévices infligés à l'envoutante sorcière. Embarqué malgré lui dans un terrible combat de magie noire, Vayec lève le voile sur un pan méconnu de l'histoire du Club et touche du doigt l'incroyable pouvoir de Monsieur, le créateur du groupe... Mais que cache donc cette sombre comédie ?

Magie noire, sorcellerie, torture, incantations, pentacles... Stéphane Mouret et Jérôme Sorre nous plongent cette fois dans l'imaginaire suffocant de la terrible Inquisition : Tomas de Torquemada n'est autre que le premier grand inquisiteur de l'Inquisition espagnole, réputée pour son extrême rigueur et son zèle. Quant à Pilâtre de Rozier, il s'agirait peut-être de Jean-François Pilâtre de Rozier, le premier homme à s'élever dans les airs... Quoiqu'il en soit, la tension érotique et le parfum d'hérésie qui se dégage du Sorcier de Tolède, participent à la grande réussite de cette nouvelle enquête et nos sept adeptes d'histoires sordides, trouvent ici largement matière à épancher leur soif d'occultisme. Pour moi, cette histoire est pour l'instant, la meilleure affaire confiée aux Diogènes. Une lecture très agréable !

Une amie commune - Stéphane Mouret et Jérôme Sorre

Pour cette nouvelle aventure du Club Diogène, Stéphane Mouret et Jérôme Sorre ont choisi pour décor les événements de la Semaine sanglante. Nous sommes au mois de mai dans la Commune de Paris de 1871. Alors que la ville est à feu et à sang et que les Versaillais procèdent à des exécutions de masse des Communards (cf. les événements décrits dans le cimetière du Père Lachaise du 27 mai), Le Maréchal et Lison, le couple occasionnel du Club Diogène, se promènent gaiement en contournant les barricades et en enjambant des cadavres. Cette atmosphère macabre rappelle soudain au Maréchal que ces circonstances constituent un terrain propice au retour de La Bosse, cette créature féroce et carnassière qui hante Paris depuis des temps immémoriaux. Avide de sang et gourmande de macchabées, cette bête immonde joue à cache-cache avec les membres du Club. Ainsi nommée en raison de l'ignoble excroissance qui déforme abominablement son crâne, La Bosse ne doit pas échapper pas à nos enquêteurs amateurs. Vite, le couple se précipite à l'Impérial pour retrouver ses compagnons. Malheureusement pour lui, excepté Fédor, aucun des autres membres du Club ne les accompagnera dans cette dangeureuse poursuite...

Une amie commune est une histoire aux accents résolument fin de siècle : fidèles à l'esprit des précédentes aventures du Club Diogène (cf. Chef d'oeuvre et Vilaines romances), les auteurs donnent vie à une créature mystérieuse et effrayante qui ne manquera pas de faire frisonner plus d'un. Voilà donc une histoire d'horreur qui saura séduire les amateurs du genre !

A noter que ces mésaventures du Club Diogène ont paru sous la forme d'une collection dans l'Écho du tonneau, une jolie gazette joliment agrémentée des illustrations de Fernando Goncalvès-Félix. Une amie commune s'étale sur les trois premiers numéros de l'Écho du tonneau... Les trois numéros suivants de la gazette racontent l'histoire du Sorcier de Tolède. Sinon, vous retrouverez la suite des aventures du Club Diogène aux éditions Malpertuis car l'Écho du tonneau n'est plus édité par La Clef d'argent. Je tiens par ailleurs à remercier Jérôme Sorre de m'avoir permis de récupérer la collection complète désormais devenue collector. 

Vilaines romances - Stéphane Mouret et Jérôme Sorre

Ce deuxième tome des aventures du Club Diogène propose deux récits qui mettent en scène Vayec, le minet pseudo-aristo du groupe. Comme à leur habitude, les membres du Club se sont réunis à l’Hôtel Impérial dans l’attente de se mettre une affaire sous la dent. Chacun vaque à ses occupations lorsque Monsieur (le créateur du Club) déboule dans la suite 52 pour faire une annonce des plus abruptes : une visite chez Beaupré pourrait les intéresser (Un péché presque de chair). Dès le lendemain, le Club se rend à l’adresse indiquée et décide d’aider un homme détroussé par Nadia, une singulière prostituée... Les passions confessées racontent quant à elle, les délires de Vayec à propos de Mademoiselle Raskhol, une vieille actrice sur le retour... Pourquoi la fantomatique Sonia se prostitue t-elle dans cet hôtel délabré de la rue de l’Oliver ? Pourquoi les prétendants de Mademoiselle de Raskhol sont-ils systématiquement assassinés ? Telles sont les nouvelles énigmes que doit résoudre le Club Diogène...

Avec ce second opus, Stéphane Mouret et Jérôme Sorre font la part belle au fantastique. En effet, les deux récits ne manquent pas de rappeler l’univers inquiétant des nouvelles du genre : meurtres, fantômes, mystères, amours macabres, hallucinations... Ce deuxième tome se situe à la frontière entre le roman noir et le conte fantastique. Alors que Chef d’oeuvre, le premier livre de cette série s’inscrit plutôt dans le registre du roman policier, voici que l’on glisse franchement dans le surnaturel. Les aventures du Club Diogène embarquent cette fois-ci le lecteur dans des histoires qui se déroulent sur fond de romances malsaines : Vayec tombe amoureux de Nadia, un fantôme prostituée (Un péché presque de chair) puis en prise aux effets de l’opium (Les passions confessées), il se fascine pour les confessions d’une vieille actrice dont les prétendants sont assassinés par un homme mystérieux (Monsieur ?). Mise en valeur par une belle écriture, l’atmosphère ténébreuse et vénéneuse de ces textes ainsi que les belles illustrations de Fernando Goncalves-Félix, sauront séduire tous les amateurs du genre. Pour ma part, j'ai trouvéVilaines romances meilleur que Chef d’oeuvre. Maintenant que j’ai lu les deux premiers volumes de la série (éditions de La clef d’argent), il va me falloir me procurer rapidement la suite...

Un péché presque de chair

Beaupré fait appel au club Diogène pour récupérer les cent louis d’or qui lui ont été dérobés par une étrange prostituée. Le vol a été commis rue de l’Olivier dans un hôtel complètement délabré. Alors que le riche et concupiscent Beaupré s’apprête à trousser la belle et fantomatique Sonia, elle disparait. Et avec elle, l’argent de Beaupré. Sitôt arrivés sur le lieu du vol, Vayec fausse compagnie aux autres membres du Club et se jette corps et âme dans cette énigme. Si Sonia est un fantôme, sa présence en ce lieu lugubre a des raisons peu soupçonnables : pour retrouver son défunt amant Mattéo, Sonia est prête à tout, quitte à se transformer en une Lilith grimaçante et dévorante (cf. illustration de Fernando Goncalves-Félix)...


Les passions confessées
Vayec embrumé par des hallunications opiacées, rencontre au hasard d’une promenade Mademoiselle Raskhol, une ancienne actrice déchue. Piqué par la curiosité, il décide de suivre la femme à la beauté défraichie. S’improvisant prêtre à l'église le temps d’une confession, il découvre le lourd secret de la veille fille. Cette femme autrefois largement courtisée, est désormais victime d’un mystérieux tueur qui décime depuis cinq ans, ses prétendants un à un. Etrange, lorsque Vayec commence à reconnaître son attirance pour la dame et que l’odieux assassin ressemble à Monsieur...

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Extraits :
Furieusement anticlérical, Vayec n’en demeurait pas moins amoureux fervent des lieux saints, églises, cathédrales ou basiliques. Il se délectait en profane de ces oeuvres architecturales dédiées à l’incompréhensible. Car Dieu était-il à la portée de notre compréhension ? Vayec en doutait, préférant plutôt que prier se recueillir de cette atmosphère de veillée mortuaire qui convenait à ses sens. Si Dieu existait, c’était dans une église même, silencieuse, qu’il fallait venir l’écouter, et non pas par la bouche des prêtres. p.95 (Les passions confessées)

  • 
Titre : Vilaines romances
  • Auteur : Stéphane Mouret et Jérôme Sorre
  • Éditions : La clef d'argent
  • Collection : Le Club Diogène
  • Date de parution : Mars 2006
  • Nombre de pages : 140 p.
  • Illustrations : Fernando Goncalvès-Félix
  • ISBN : 2908254476

Chef d'oeuvre - Stéphane Mouret et Jérôme Sorre

Chef d’oeuvre est le premier volume des aventures du Club Diogène. Pour cette enquête, les membres du Club partent sur les traces d’un macabre collectionneur de têtes. Ainsi, Vayec, Fedor, Camille, Lison, d’Orville et Franklin, alertés et menés par le Maréchal, se lancent-ils sur les traces de Benjamin Lacurie, un homme aux moeurs étranges. Suite aux deux exécutions publiques auxquelles le Maréchal a assisté, se tient un étrange manège entre le bourreau et un inconnu. Dans ce Paris fin de siècle où tout suinte la morosité, rien de tel qu’une affaire de ce genre pour stimuler l'égo et tuer l’ennui de nos sept limiers en herbe. Cela dit, ne nous y trompons pas : si le nom de Club renvoie probablement à celui inventé par Sir Arthur Conan Doyle pour le frère de Sherlock Holmes, c’est bien dans des vapeurs éthyliques et dans la grivoiserie que nos compères résoudront cette affaire ! Pas de loupe donc, ni d’opium, pour le Club Diogène parisien !

Ce premier tome écrit à quatre mains est assez prometteur : Stéphane Mouret et Jérôme Sorre emmènent leurs lecteurs dans un Paris fin de siècle où l’on sent cette lassitude assez caractéristique de l’époque. Dans un contexte politique maussade, où seuls l’ennui, le cynisme et la jobardise motivent les enquêtes nocturnes du Club Diogène, la dimension historique fait place au fantastique avec toutefois un certain réalisme. Mais pour Franklin dont la belle tête pourrait constituer la pièce maîtresse du Chef d’oeuvre de Benjamin Lacurie, les autres membres du Club ne sont rien de plus que des ivrognes en mal de sensations fortes. Voilà donc une belle entrée en matière pour découvrir cette série originale dont les personnages sont tous hauts en couleur. Si le début de l’histoire retranscrit l’immense ennui d'un Vayec et d’un Fedor languissants (cf. citation plus bas sur les discussions absurdes entre Vayec et Fédor sur le progrès, l’infini), le rythme de l’histoire s’accélère avec l’arrivée du Maréchal et son collectionneur de têtes : dès lors, l’enquête prend une tournure intrigante et l’on est curieux d’en connaître l’issue.

La Clef d’argent propose avec cette série une jolie édition. A noter également, les belles illustrations de Fernando Goncalvès-Félix, l’illustrateur officiel de la Clef d’argent (dessinateur à suivre). Apparemment, ces éditions ne sont plus en vente. J’avais trouvé les deux premiers tomes de la série dans une petite librairie lors de mon dernier passage à Paris et je n’en regrette pas l’achat... La suite des aventures du Club Diogène est désormais éditée aux éditions Malpertuis.

Pour vous procurer le livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Chef d'Oeuvre

Extraits :
En vertu de ce que nous avons démontré au préalable, dis-toi que l’univers, ensemble de molécules, configure au bout du compte le gros orteil d’une espèce de titan démeusuré. - Hein ? L’orteil d’un Fedor géant, c’est ça l’univers ? (...) - Sans compter que cette planète de géants, à son tour, n’est que l’atome rentrant dans la composition d’une molécule, laquelle, associée aux millions de molécules de cet univers supérieur, forme l’orteil d’un titan encore plus titanesque. - C’est monstrueux comme je visionne très bien. - Tu visionnes l’infini. p.18-19 (discussion entre Vayec et Fedor)

  • Titre : Chef d’oeuvre
  • Série : Le Club Diogène
  • Auteur : Stéphane Mouret et Jérôme Sorre
  • Editions : La clef d’argent
  • Date de parution : Mars 2002
  • Nombre de pages : 144 p.
  • Illustrations : Fernando Goncalvès-Félix
  • ISBN :  2-908254-34-4


Amer. Revue finissante - Seconde décharge

Pour ce second numéro, la revue Amer a choisi pour thème La domesticité : comme on peut le supposer, cette thématique a largement de quoi alimenter la littérature fin de siècle. Pour preuve, les nombreuses contributions et textes proposés : chourinage, fétichisme, femmes de chambres, sadisme, soumission, esclaves sexuels et autres amours bestiales, ce numéro fourmille de références sur la question. D’ailleurs, les milieux libres et « en-dehors » développés à la Belle époque par les anarchistes trouvent également leur place dans les pages de ce numéro (cf. entretien avec Céline Beaudet et Anne Steiner et Mort aux bourgeois de Jean-Marc Delpech). Encore une fois, la revue explore ici un terrain propice aux fantaisies de la littérature finiséculaire. Pourquoi se demandera t-on ? Eh bien, si le lien entre Jack l’éventreur, Nietzsche, Freud, et Sacher Masoch ne semble pas flagrant, leur point commun réside bien dans leur rapport à l’animal et la domesticité. Et on peut dire que cette dernière est largement multiforme...

S’il y a une chose que l’on peut affirmer à la lecture de ce second numéro d’Amer, c’est bien que domesticité rime avec décadentisme. A la fois indécents et parfois incongrus, les textes présentés ont de quoi satisfaire les plus curieux : de l’anecdote des courtes nouvelles comme Pauvre Tom d’Octave Mirbeau en passant par l’analyse du Journal d’une femme de chambre de Rachilde ou encore l’excellent texte de Ian Geay sur Le chourinage et son abîme, la revue présente un large éventail de ce qui peut se rapporter au sujet. Aussi écclectiques que puissent paraître les textes réunis dans ce numéro, il existe bien une ligne directrice : de l’écriture comme processus de domestication, de la morale des maîtres et celle des esclaves, de l’amour libre comme une forme de protestation contre le statut de valletaille, de l’antispécisme ou encore du bovarysme, tous ces sujets ont pour point commun la domesticité. Bien évidemment, ce thème est de fait lié à l’animal, mais il renvoie également à notre sexualité, à notre imaginaire, à nos frustrations et bien d’autres choses. Le rapport de force établi entre maître et esclave revêt diverses formes : s’il est vrai que nous sommes tous plus ou moins concernés par les aspects les plus déviants de la domesticité, peu d’entre nous se sentons visés par les pratiques ici exposées. Et c’est bien là tout l’intérêt de ce numéro car tout au long de la lecture, mon intérêt à curieusement glissé vers un certain voyeurisme. Pourtant, parmi les textes les plus osés ou les plus crus livrés ici, aucun n’est foncièrement choquant. Juste qu’ils sont susceptibles de nous rappeller à notre animalité... Bref, voici un numéro attrayant que je concluerai avec cette citation d’un extrait de La bête humaine d’Emile Zola, épigraphe du texte de Ian Geay sur Le Chourinage et son abîme :
Elle renversait son visage soumis, d’une tendresse suppliante, elle découvrait son cou nu à l’attache voluptueuse de la gorge. Et lui voyant cette chair blanche, comme dans un éclat d’incendie, leva le poing, armé du couteau. Mais elle avait aperçu l’éclair de la lame, elle se rejeta en arrière, béante de surprise et de terreur. - Jacques, Jacques... Moi, mon Dieu ! Pourquoi ? Pourquoi ? Et il abattit le poing, et le couteau lui cloua la question dans la gorge. p.5
Et en 4e de couverture les quelques rappels suivants :
  1. L’homme est une bête méchante et stupide
  2. La justice est une infamie
  3. L’amour est une cochonnerie
  4. Dieu est une chimère
Et enfin une dernière citation de Béatrice Dalle (si, si) :
Je suis quelqu’un de soumis à partir du moment où je décide à quoi je veux me soumettre. C’est une autre manière de dominer.
Sommaire :

Idées
Les deux morales par Nietzsche
L’esclave de Remy de Gourmont
Amour bestial par Peter Singer
Le journal d’une femme de chambre par Rachilde
Fragments anticilliaires
Artisses, philosophes et chieurs d’encre par le Père peinard

Interventions
Le Chourinage et son abîme par Ian Geay
Fétichisme et domesticité par Emily S. Apter

Entretien
Céline Beaudet et Anne Steiner

Poèmes et chansons
Les foetus de Mac-Nab
Réponse d’un voyou de Jules Jouy

Nouvelles
Pauvre Tom par Octave Mirbeau
Leurs Soirs par Jean Lorrain
Mademoiselle par Marie Laure Dagoit
Méchante par Lolita M’Gouni
Simulacre par Mademoiselle Anonyme
Souvernirs d’enfance par Sacher Masoch
Le lapin par Hugues Le Roux
Je n’ai aimé que toi par Marie Laure Degoit

Actualités
Lectures
Appel à contribution
La revue des revues
Le bovarysme par Stéphane Beau
Mort aux bourgeois par Jean-Marc Delpech
Sang d’encre
Chapardage
Rien n’est vrai tout est possible par Ian Geay
Maisons amies


  • Titre : Amer. Revue finissante # seconde décharge #
  • Editions : Les Âmes d’Atala
  • Date de parution : Mai 2008
  • Nombre de pages : 189 p.
  • Couverture : Photo de Sébastien Fantini de la série « Les quasimodogs »
  • ISBN : 2-914851-06-05


Amer. Revue finissante - Numéro 1


Pour inaugurer le lancement de la revue, Les Âmes d’Atala ont misé sur leur domaine de prédilection : la littérature fin de siècle. Et elles placent la barre haut. Pour ce premier numéro, Alain Busine, Johan Grzlevyk, Mlle Anonyme et Ian Geay nous ont concocté un cocktail explosif. Et c’est le moins qu’on puisse dire. En une quinzaine de textes, ils nous ont ici réuni, le gratin du mouvement décadent : idées, interventions, entretiens, poésie et nouvelles, se bousculent dans ce petit opuscule aux thématiques tapageuses. Si l’on découvre de nombreuses références à la littérature fin de siècle, les sujets abordés (néanmoins toujours en rapport), sont plus qu’écclectiques. Ainsi découvre t-on l’irrumation et le viol vampirique, la théorie nietzschéenne sur la modernité, les pathologies copronymes de Jean Lorrain, les Soeurs moches de Jean Richepin ainsi que de passionants entretiens avec Paris Violence ou Claude Izner et bien d’autres choses encore... 

Comme on peut donc le présager au regard de ces annonces, il y a largement de quoi satisfaire les esprits les plus curieux... En effet, non seulement l’on apprend des tas de choses sur la culture finiséculaire (19e) mais on a le loisir de (re)découvrir des textes étonnants, bizarres, drôles ou encore provoquants. Le lecteur néophyte que je suis était donc une proie facile : piégé dans le dédale des codes, des pratiques et parlers décadents, j’ai là trouvé des perles de littérature comme par exemple le texte des Soeurs moches de Jean Richepin ou Les sans gueules de Marcel Schwob. Mais j’ai également trouvé des textes moins à mon goût comme celui de Bizance copronyme écrit en hommage à Jean Lorrain ou Et ta bouche en peau de Lys de Pierre Louÿs. Ce qui est certain, c’est qu’il y en a pour tous les goûts : de la scatologie à la médecine, de la décadence à la philosophie, de l’anecdote au fait divers, les sujets abordés ne manquent pas. De même pour les références aux plus grands noms du mouvement littéraire : Remy de Gourmont, Huysmans, Rachilde, Rodenbach, Maupassant, Mirbeau et bien d’autres encore, ce premier numéro d’Amer. Revue finissante annonce la couleur et donne le ton de sa ligne éditoriale. Il n’y aura pas de compromis car notons-le, lisent la littérature décadente, seulement ceux qui le souhaitent...

Pour aller plus loin, Amer propose également quelques rubriques où l’on peut trouver matière : la revue des revues, les colloques, les livres, regorgent de conseils de lecture  pour le plus grand plaisir des passionnés. Et pour ceux qui se sentent l’âme d’un décadent, vous pouvez aussi apporter vos contributions. Bref, Amer est une revue foisonnante dont l’esprit à des quoi toucher les amoureux du genre. Pour ma part, je découvre et je constate que le sujet est si vaste que cela augure des heures de lecture en perspective. Ce qui est certain, c’est que les décadents sont loins d’être un mouvement insipide. Qu’on se le dise : si la littérature décadente séduit tant, « Il faut donc en convenir : la littérature fin de siècle est une plaie. Et sa propre suture. » p.23. Ian Geay.

Pour info : les trois premiers numéros de la revue ne sont plus disponibles dans leur version papier. Mais ils sont accessibles au format PDF sur le site des Âmes d’Atala. Profitez-en ! Et commandez les numéros suivants.

Sommaire

Idées
La fin du monde par Camille Flammarion
La catastrophe de Courrières par Libertad
Le criminel, placard anarchiste

Interventions
Irrumations fin de siècle par Ian Geay
Nietzsche et la modernité par Yohan Grezlczyk
Byzance copronyme par Alain Buisine

Entretiens
Paris violence
Claude Izner

Poésies
Et ta bouche en peau de Lys par Pierre Louÿs

Nouvelles
Les soeurs moches par Jean Richepin
La vache tachetée par Octave Mirbeau
L’enfant par Guy de Maupassant
Les sans gueules par Marcel Schwob

Actualité
Appel à contribution
Les colloques
Des livres
La revue des revues

Anonyme
Mordre

  • Titre : Amer.Revue finissante #1
  • Editions : Les Âmes d’Atala
  • Date de parution : Décembre 2006
  • Nombre de pages : 149 p.
  • ISBN : 2-914851-05-7

Amer. Revue finissante - Quatrième reprise


Ce quatrième numéro de la revue Amer. Revue finissante intitulé # quatrième reprise # éditée aux Editions Les Âmes d'Atala, s'organise autour du thème de la boxe : boxe de rue, boxe de combat, yeux au beurre noir et boxe en tous genres, la boxe n'est pas ce que l'on croit : de la révolte des Boxers chinois (cf.Yi Ho Quan, Les poings de la justice et de la concorde), à la "boxe de rue" à laquelle on peut assister lors des concerts punk/rock de la Souris déglinguée (LSD), la boxe est bien plus qu'un sport, c'est de la poésie ! Ainsi Cladel, le rural écarlate est-il loué à travers son oeuvre Ompdrailles, le tombeau-des-lutteurs. De même, L'éloge de la boxe de Maurice Maeterlinck rend un bel hommage à ce précieux outil préhensile qu'est notre main et même plus, notre poing. Comme quoi, boxe et poésie peuvent faire bon ménage et il n'y a qu'à se référer à Arthur Cravan, le poète aux cheveux les plus courts du monde... Bref, interventions, entretiens, textes, feuilletons, cette # quatrième reprise # d'Amer a de quoi satisfaire tous les curieux. On y trouve même un essai dont le titre plus qu'éloquent (Homo Porcus), vient encore nous perturber dans la lecture de ce joyeux bazar...

Cette revue, découverte grâce à mon voisin, m'a fait l'effet d'un OVNI par rapport à ce que j'ai toujours eu l'habitude de lire (des livres, quelques bandes dessinées...). Et bien m'a pris de me plier à ce nouvel exercice qui de moi est bien éloigné : la lecture d'une revue littéraire "finiséculaire". Mais que peut bien donc signifier finiséculaire ? Fin de siècle pense t-on spontanément. Eh bien oui, mais que peuvent bien cacher les fins de siècle ? Plein de choses, me rends-je compte en tournant les pages de ce petit périodique, que personnellement, je trouve de très belle facture et qui plus est, se revendique comme une "revue poids lourd à tendance pédophile, chômeuse et consanguine". Ah bon ? Pas vraiment en fait. Mais un peu pour le délire, un peu pour la provocation peut-être. Va savoir... En tous cas, Amer me plait bien tant par les innombrables références faites aux auteurs de la littérature décandente, symbolistes que par celles faites aux écrivains et poètes finiséculaires donc... J'apprécie le ton de la revue, ses dérisions, ses clins d'oeil, ses boutades. Mais aussi ses thématiques que je trouve originales et intéressantes ainsi que ses sources qui sont pour le moins éclectiques et inattendues.

Publiées par les Editions Les Âmes d'Atala, petite maison qui attire toute ma sympathie, la revue Amer. Revue finissante, fait donc partie de ces petits plaisirs que l'on s'offre entre des lectures dont on n'arrive pas à bout et que l'on voudrait abandonner mais qu'on se dit que non car c'est tout de même intéressant. Mais pas seulement : Amer se laisse aussi découvrir, savourer et éplucher. On y revient d'ailleurs facilement puisqu'il s'agit d'articles et pas de chapitres ! Alors, on en profite et on apprend plein de choses. Sûrement des choses auxquelles on ne s'attend pas et c'est bien ça qui fait tout le charme de la revue. Alors, que puis-je faire d'autre que de vous recommander chaudement la lecture d'Amer ? Ah si, la découverte des autres publications des Âmes d'Atala ! 
Celui qui ne tombe pas ne peut pas se relever. 
Emelianenko Fedor, après sa défaite contre Werdum, le 26 juin 2010
Sommaire

Interventions
Que disent ces vers par Ian Geay
Cravan par Noel Godin
Adolf-Gustav Mossa par Patrick Wald Lasowski
Saint Pol-Roux, champion de savate idEorEaliste par Mickaël Lugan
Bruscambille, mud wrestler par Ian Geay
Shadow Boxeuse par Daniel Chéribibi

Entretiens
Boxe de rue avec Taï Luc
Mille marmites avec Marianne Enckell

Essai
Homo Porcus de David Perrache

Feuilleton journalistique
La dictature du néant, Strindberg, Artaud, Jarry et les autres

Textes
L’élode de la boxe par Maeterlinck
Ompdrailles par Léon Cladel
Boxe et police par Louis Léon-Martin
La recette de l’oeil au beurre noir par Lolita M’Gouni
Au milieu des héros de Proust par Witold Gombrowicz
A corps défendant par Rima
Voyous de velour par Georges Eekhoud

Actualités
Sur la toile
La revue des revues
Maisons amies
Expositions et pestacles
Lectures et chapardage
Bande son
Chroniques d’Eric Dussert
Des nouvelles de Remy de Gournmont

Dédicace

A Parinya Kiatbusaba

  • Titre : # quatrième reprise #
  • Editions : Les Âmes d'Atala
  • Date de parution : 2010
  • Nombre de pages : 229 p.
  • Couverture : Ellenore Lemattre avec le concours de Ginger
  • Illustrations : Sarah Daeyer, Polo Garat, Ralf Marsault, Pib, Lolita M'Gouni, Mono, Ginger et Ellénore Lamattre
  • ISBN : 2-914851-12-X