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Marseille 2040 - Philippe Pujol

Marseille en l'an 2040. Antoine, 23 ans, exerce en tant que régulateur de santé au sein de l'ARS PACA. Un matin, il apprend par Gérard, ancien hacker "has been" avec qui il travaille, que tous deux seront prochainement remplacés par des robots. Afin de prévenir une nouvelle crise sanitaire comme celle liée au F.LA.S.H.* de 2028, la région PACA a en effet décidé sous couvert de la sacro-sainte Transparence et dans le respect de la démocratie sanitaire, que le système de santé nécessitait de toute urgence, une profonde restructuration. A l'heure où chaque individu est constamment connecté à son AV (Assistant Virtuel) et que chaque prise de décision est suggérée par ses calculs algorithmiques, se dessine l'ombre inquiétante d'un transhumanisme presque inexorable... 

Et si c'était cela qui nous attendait pour les prochaines décennies ? Avec la rigueur journalistique qui caractérise ses travaux, Philippe Pujol a cette fois-ci choisi d'écrire une enquête d'anticipation pour sonder les rouages enrayés du système de santé français et mettre l'accent sur la nécessité pour les autorités de santé publique françaises, de conduire une réflexion prospective sur les 30 prochaines années. Ce format d'écriture offrant une plus grande liberté d'expression que la simple restitution de travaux de propective, Philippe Pujol nous offre là une enquête minutieusement documentée aux accents dystopiques et qui n'est pas sans évoquer le célèbre 1984 d'Orwell. A ceci près que son Marseille 2040 publié en février 2018 est très proche de nos réalités... et qu'il précède de façon troublante à la crise sanitaire du COVID 2019 ! En fin observateur de son époque, le journaliste a su manier habilement le registre de l'anticipation pour attirer l'attention de tous sur ces problématiques de santé publique. Merci donc à lui pour ce gros travail d'enquête des plus intéressants !

*Acronyme créé par un médecin marseillais pour désigner de façon ironique la "Faille LAtérale du Système Hospitalier".


Détails bibliographiques

Titre : Marseille 2040, le jour où notre système de santé craquera
Auteur : Philippe Pujol
Éditeur : Flammarion
Date de parution : Février 2018
Nombre de pages : 221 p.
Couverture : © MOA Architecture
ISBN : 978-2-0814-2229-2

 

 

Dans les archives secrètes de la police

Cet ouvrage propose un accès inédit aux archives de la Préfecture de police. Fondée en 1800 à Paris, la Préfecture de police est l'un des organes administratifs français les plus anciens. Ses fonctions diversifiées qui dépassent souvent la sécurité des personnes, la mission de services aux citoyens et la protection des institutions politiques, lui ont permis de collecter depuis sa création, des documents à valeur historique qu'elle se fait ici l'honneur de partager au grand public. Aujourd'hui devenus patrimoine à part entière de l'histoire de France, les innombrables documents produits par cette institution (25 km linéaires d'archives policières) constituent une source d'informations riche et inattendue. Ce sont ainsi quatre siècles d'histoire sur lesquels revient cet ouvrage original. Nombre de célèbres ou moins célèbres affaires qui ont secoué l'histoire de Paris sont ainsi éclairées d'un jour nouveau grâce à ces archives qui peuvent paraître insolites ou insignifiantes à certains. Mais quoiqu'elles vaillent, ces archives apportent certainement des éléments nouveaux dans la compréhension des événements couverts. Les trois éternels motifs des crimes et délits (l'argent, le pouvoir et le sexe) ont paradoxalement contribué à améliorer les services de police. Du cas de Vidocq à la rafle du Vel d'Hiv, Dans les archives secrètes de la police dresse un panorama étendu des événements qui ont marqué l'histoire de la France et revient sur des dossiers brûlants parfois restés irrésolus... Rédigés par de nombreux auteurs, cet ouvrage collectif étonne par son sujet. Publié une première fois aux éditions Gallimard sous la forme d'un livre illustré, ce livre entend réviser l'histoire de France à travers le regard de la police et comme le dit Bruno Fuligni dans son avant-propos : "Du petit peuple des rues aux élites politiques et littéraires, c'est toute la société française qui se trouve radiographiée dans les dossiers de la Préfecture." (p.20-21).

Qu'on s'en indigne ou non, cette dernière phrase de Bruno Fuligni (citée plus haut), est bien significative du travail de la police : entre procès verbaux, correspondances, fiches signalétiques, rapports, plans, photos ou témoignages, les archives de la police regorgent de sources en tous genres. C'est donc une grande partie des moeurs de la société française qui depuis des siècles, est consciencieusement consignée dans les registres de l'institution. Avec le recul cela peut paraître intrusif ou indignant mais c'est bien grâce à ces précieux documents que ce livre a pu voir le jour. Des innombrables dossiers survolés (meurtres, vols, casses, attentats, agitations politiques ou sociales), le livre revient notamment sur Le meurtre d'Henri IV, Le cas Landru, l'Affaire du collier, la Bande à Bonnot, les événements de Mai 68 et agrémente les textes des 46 auteurs via des extraits d'archives collectées par les préfets de police. Contrairement à toute attente, l'ouvrage n'est pas parti pris : j'ai même trouvé que le choix opéré était fait dans un souci de précision et d'impartialité puisqu'il recense également des affaires non élucidées (Un crime parfait) ou des bavures policières (La rafle du Vel d'Hiv). Malheureusement, malgré cet aspect positif, le projet est si ambitieux que les quelques pages consacrées à chaque dossier n'apportent pas pour certains dossiers de véritables éclairages et paraissent déconnectés de tout fondement logique par rapport à leur répertoriage dans le livre. Et c'est bien dommage compte-tenu de la richesse des sources disponibles. Il aurait été plus judicieux à mon sens, de focaliser plus en détail sur certains dossiers ou de proposer plusieurs volumes. Donc à la conclusion de Michel Gaudin (préfet de police) qui déclare dans sa préface : "Désormais, au format de poche, Dans les archives secrètes de la police est appelé à devenir une référence historique et politique.", je répondrai que ce n'est pas gagné. S'il est vrai que l'ouvrage en a quelques dispositions, les textes et les sources manquent encore de consistance pour y prétendre sérieusement. Ceci dit, je n'ai pas eu l'occasion de lire le livre illustré. Peut-être est-il plus adapté à cette fin ? C'est en tous cas pour moi un grand dommage car malgré leur caractère succinct, les dossiers abordés ne manquent pas d'intérêt... En attestent quelques affaires que je ne connaissais pas comme Le photographe des esprits ou Le coeur de Louis XVII et qui m'ont particulièrement marqué...


  • Titre : Dans les archives secrètes de la police (ouvrage collectif)
  • Sous-titre : Quatre siècles d'Histoire, de crimes et de faits divers
  • Éditions : Folio
  • Date de parution : Novembre 2011
  • Direction : Bruno Fuligni
  • Nombre de pages : 543 p.
  • Couverture : Fiche signalétique d'André Soudy, l'un des membres de la bande à Bonnot, avril 1912
  • Photo : Préfecture de police, tous droits réservés
  • ISBN : 978-2-07-043899-0

From Hell - Alan Moore et Eddie Campbell

Auréolée de mystère et toujours irrésolue, l'affaire de Jack l'Éventreur (Whitechapel, Londres, 1888) est sans doute l'une des affaires criminelles qui ait embrasé toutes les passions. Celui qui était communément désigné sous le surnom de Jack The Ripper, n'a cessé de stimuler l'intérêt et l'imagination de nombreux écrivains ou réalisateurs. Tout comme Patricia Cromwell, Robert Desnos ou encore Stéphane Bourgoin, Alan Moore s'est également saisi de ce fascinant dossier. Son interprétation aussi documentée que fantasmée, tire son titre de From Hell, la lettre prétendument envoyée par le tueur à l'époque. Les thèses étoffées par Alan Moore se basent sur les faits historiques, politiques et sociologiques de cette inquiétante Londres de l'ère victorienne. A cette différence près que le génial scénariste y ajoute une bonne dose de mysticisme (cf. les références faites à la loge maçonnique par le biais de William Gull) et de conspirationnisme (cf. la conspiration royale). On rencontre notamment des personnages célèbres tels la Reine Victoria, Oscar Wilde, Frederick Treves (médecin extraordinaire de la Reine) et John Merrick (Elephant Man) ainsi que tous les acteurs impliqués dans l'affaire comme le médecin William Gull, le chef de police Frederick Abberline, Walter Sickert, John Druitt, le prince Albert Victor, ou encore le médium Robert Lees. Preuve probante de l'imagination prolifique et diabolique d'Alan Moore, From Hell livre une version machiavélique de l'affaire du Tueur de Whitechapel...

Indéniablement sombre et violent, le scénario déroulé par Alan Moore ne manque pas d'emporter son lecteur. Les graphismes noir et blanc d'Eddie Campbell ainsi que son coup de crayon tantôt précis, tantôt torturé, sont parfaitement adaptés aux intentions du scénariste : le travail de recherche documentaire, manisfestement méticuleux, offre un résultat des plus réalistes et certaines scènes sont d'une brutalité insoutenable mais c'est justement cela qui fait le génie de cette grandiose bande-dessinée. Que le véritable coupable des meurtres de Whitechapel soit démasqué ou non, peu importe : ce qui fait le succès de ce roman graphique réside véritablement dans son scénario abracadabrant et son traitement graphique. On notera disséminés par-ci, par-là, quelques clins d'oeil inattendus à notre société moderne. A vous de les retrouver (question : avez-vous trouvé le portrait de Marilyn Monroe ?). Pour conclure, la lecture de From Hell n'est assurément pas recommandée à tout lecteur mais il s'agit bien là d'un chef d'oeuvre incontournable à lire et à relire...

On notera par ailleurs en fin d'ouvrage de nombreuses annotations aux chapitres de la bande-dessinée. Ils apportent sensiblement de précieuses informations bibliographiques et justifient les choix opérés par Alan Moore pour son intrigue. Personnellement, j'ai trouvé cette partie intéressante même si elle nécessite une relecture des 575 p. de l'ouvrage. Parmi les références citées et recommandées par le scénariste, on remarquera d'ailleurs que l'auteur s'est pour beaucoup appuyé sur le travail de Stephen Knight JtR : The final solution. Voilà peut-être une nouvelle piste de lecture qui nous en dira probablement plus sur le processus de construction de l'oeuvre de Moore ? Si j'en ai l'occasion, je me pencherai sur ce titre. Par contre, je vous déconseille franchement l'adaptation cinématographique d'Albert et Allen Hugues que j'ai sensiblement trouvé médiocre.

Enfin, malgré les sources innombrables sur le sujet, je recommande la lecture de l'article suivant : http://www.tueursenserie.org/spip.php?article8&artpage=1-2 sur le site Tueurs en série, site comme son nom l'indique, est spécialisé sur les serial killers. Je le trouve bien documenté. De plus, il propose en fin d'article une bilbiographie commentée sur différents ouvrages traitant du sujet. Passionnant.


Sinon, si votre librairie préférée est fermée, la BD est disponible sur Amazon via le lien suivant : From Hell.

Dédicace de l'auteur
Ce livre est dédié à Polly Nichols, Annie Chapman, Liz Stride, Kate Eddowes, et Marie Jeannette Kelly.
Vous et votre mort : de ces choses seules nous sommes certains.
Bon repos, Mesdames.

  • Titre : From Hell
  • Sous-titre : Une autopsie de Jack l'Éventreur
  • Scénario : Alan Moore
  • Dessins : Eddie Campbell avec le contribution de Pete Mullins
  • Traducteur : Jean-Paul Jennequin
  • Éditeur : Delcourt
  • Date de parution : Octobre 2000
  • Conception graphique : Trait pour trait
  • Lettrage : Loïc Hanno
  • Nombre de pages : 575 p.
  • ISBN : 978-2-84055-514-8

Shutter Island - Christian De Metter et Dennis Lehanne

La lugubre asile-prison de Shutter Island située au large de Boston abrite les malades mentaux les plus dangeureux dans ces États-Unis des années 1960. Teddy Daniels et son co-équipier Chuck Aul sont mandatés par les autorités pour enquêter sur la disparition de Rachel Solando, l'une des patientes de l'établissement. De fil en aiguille, l'affaire se complique. Teddy Daniels souffre de migraines inexplicables, le directeur de l'hôpital a un comportement étrange tout comme les personnels de l'hôpital. Cela a tout l'air d'une conspiration d'autant que l'énigme laissée par la femme disparue semble indéchiffrable. Comment Rachel Solando a t-elle pu s'enfuir de sa chambre sans laisser de traces ? A quoi renvoie la règle des 4 ? Qui est le 67e patient de Shutter Island ? Qui est encore ce mystérieux Laeddis et qu'est-il arrivé à Georges Noyce ? Et enfin et surtout : d'où vient cette rumeur qui prétend que les patients les plus récalcitrants risquent une lobotomie ? Dans cette île à l'atmosphère glauque et électrique, Teddy Daniels et son co-équipier parviendront-ils à leurs fins ?


Adaptation très réussie du roman Shutter Island de Dennis Lehanne, cette bande-dessinée illustrée par Christian De Metter est un thriller psychologique haletant. L'ambiance conspirationniste qui règne sur l'île rappelle sans doute les expériences scientifiques menées par la CIA entre les années 1950 et 1970 (cf. projet MK-Ultra). Pour Dennis Lehanne, l'île-prison est un décor parfait pour dérouler son intrigue : on imagine aisément les aliénistes en blouse blanche oeuvrant pour le bien de leurs patients en leur inoculant des substances psychotropes pour calmer leurs paranoias ou leurs crises de violence. Peut-être alimentée par le scandale lié aux expérimentations initiées par le Docteur Mengele ou L'ange de la mort dans les années 1950 (personnellement, cela m'a rappelé l'effroyable documentaire sur Les Héritiers du docteur Mengele), l'imagerie exploitée dans ce scénario de Lehanne fait mouche : espace clos et angoissant (l'île-prison), patients fous à lier, psychiatres tordus et flics durs à cuire, le tout servi sur un fond d'enquête policière, donne un résultat percutant. L'auteur exploite le créneau à merveille : jusqu'à son dénouement, le lecteur navigue dans l'incertitude la plus totale. Pour couroner ce savant mélange, les superbes illustrations entre ombre et lumière de Christian De Metter, ajoutent encore à l'atmosphère oppressante de l'histoire. Voilà donc une très belle interprétation que je recommande à tous ! Et si vous êtes plutôt roman ou cinéphile, pas de problèmes : le roman est aussi remarquable que sa version filmique adaptée par Martin Scorcese. En somme, une oeuvre à (re)découvrir sous toutes ses formes (par contre, quel que soit le support choisi pour aborder l'oeuvre, l'effet ne sera plus le même que la première fois tellement l'intrigue est marquante). Pour ma part, j'ai préféré le film avec le parfait jeu d'acteur de Leonardo Di Caprio. A vous de vous faire votre propre idée...

Enfin, si votre librairie préférée ne dispose pas de ce titre, vous pouvez toujours vous le procurer via Amazon sur le lien suivant : Shutter Island (Bande dessinée).

Pour vous faire une petite idée de l'adaptation sous forme de bande-dessinée


Shutter Island - la bande annonce par EditionsCasterman

  • Titre : Shutter Island
  • Auteur : Christian De Metter
  • Scénario : Dennis Lehanne
  • Traducteur : Isabelle Maillet
  • Éditeur : Rivages/Casterman/Noir
  • Date de parution : 2003
  • Nombre de pages : 128 p.
  • ISBN: 978-2-203-00775-8

Solea - Jean-Claude Izzo

Avec ce troisième et dernier volet de sa trilogie marseillaise, Izzo nous livre ici un dénouement tragique et attendu. On le savait, on le sentait, Montale est de ces personnages entiers dont on ne doute pas du destin. D’emblée, on sait que sa fin est présagée par une véritable hécatombe. 
Alors qu’il avait décidé de tout lâcher, Fabio Montale est sollicité par Babette, une journaliste qui enquête sur les affaires impliquant magnats de la finance et mafia. Alors qu’il voit mourir ses proches les uns après les autres, Montale ne peut échapper à son passé et décide de régler ses comptes... Fidèle aux deux tomes précédents par la description d’une Marseille si proche et lointaine de nous à la fois, Solea conclue avec brio la saga de Fabio Montale. Je n’ai pas été déçue, d’autant que c’est le tome que j’ai préféré...

Note de l’auteur : «  Il convient de le redire une nouvelle fois. Ceci est un roman. Rien de ce que l’on va dire n’a existé. Mais comme il m’est impossible de rester indifférent à la lecture quotidienne des journaux, mon histoire emprunte les chemins du réel. Car c’est bien là que tout se joue, dans la réalité. Et l’horreur dans la réalité, dépasse - et de loin - toutes fictions possibles. Quant à Marseille, ma ville, toujours à mi-distance entre la tragédie et la lumière, elle se fait, comme il se doit, l’écho de ce qui nous menace. »  Izzo

Dédicace : « Pour Thomas, quand il sera grand ».

Citation : « Mais quelque chose me disait que c’était normal, qu’à certains moments de notre vie on doit faire ça, embrasser des cadavres ». Patricia Melo

Titre : Solea
Auteur : Jean-Claude Izzo
Editions : Gallimard
Collection :  Série noire
Date de parution : 2000
Nombre de pages : 251 p.

Chourmo - Jean-Claude Izzo

Deuxième volet de la trilogie de Jean-Claude Izzo, cet opus plus sombre encore que le premier, embarque Fabio Montale dans des histoires criminelles plus sordides les unes que les autres. Cette fois-ci, c’est le fils de sa chère cousine qui est victime des agissements des malfrats. Comme à son habitude, Izzo raconte la ville et sa vie avec passion et résignation. C’est en référence à un titre de Massilia Sound System, qu’Izzo a intitulé ce second volet Chourmo. Chourmo qui se réfère à l’esprit de la chiourme des anciens galériens, désigne dans l’idée de l’auteur, cet enfer dans lequel Montale, ex-flic des quartiers nord de Marseille, évolue constamment : qu’il le veuille ou non, notre héros se doit de résoudre ces affaires criminelles dans lequelles il se retrouve fatalement impliqué. Ce second volet s’inscrit parfaitement dans la lignée de Total Kheops et déroule un polar de qualité dont on sait d’avance que la fin sera terrible... 

Note de l'auteur : « Rien de ce que l’on va lire dans ce livre n’a existé. Sauf, bien évidemment, ce qui est vrai. Et que l’on a pu lire dans les journaux, ou voir à  la télévision. Peu de choses, en fin de compte. Et, sincèrement, j’espère que l’histoire racontée ici restera là où elle a sa vraie place : dans les pages de ce livre.  Cela dit, Marseille, elle, est bien réelle. Si réelle que, oui, vraiment, j’aimerais que ‘lon ne cherche pas des ressemblances avec des personnages ayant réellement existé. Même pas avec le héros. Ce que je dis de Marseille, ma ville, ce ne sont, simplement, et toujours d’échos et réminiscences, c’est à dire, ce qu’elle donne à lire entre les lignes ».

Dédicace : « Pour Isabelle et Gennaro, ma mère et mon père simplement. » 
« A la mémoire d’Ibrahim Ali, abattu le 24 février 1995,
dans les quartiers nord de Marseille, 
par des colleurs d’affiches du Front national. » 


Citations : « C’est une sale époque, voilà tout. » Rudolph Wurlitzer

Titre : Chourmo 
Auteur : Jean-Claude Izzo
Editions : Gallimard
Collection :  Série noire
Date de parution : 2000
Nombre de pages : 314 p.

Conan Lord - Serge Brussolo

Londres, 1945. Tiny, Peggy et Seth forment un trio de cambrioleurs des plus singuliers. Echappés d'un cirque suite à un bombardement, l'homme qui ne grandissait pas, la dompteuse de lions et l'homme canon survivent en commettant des braquages sous le pseudonyme de Conan Lord. Jusqu'au jour où, sollicités pour une sombre affaire, ils découvrent le mystère de la maison Shelton : chargés de récupérer un mystérieux tableau censé contenir le nom du tueur qui a assassiné sept domestiques de la maison, le trio s'embarque pour une mission des plus noires et périlleuses. Pourquoi les victimes, toutes décapitées, ont-elles été l'objet de mises en scène aussi scabreuses? Qui est donc le silencieux Chi qui a peint le tableau? La maîtresse de la maison Shelton et son fils sont-ils fous à lier? Qui est donc Shieldrake, le nouveau mari obsessionnel d'Irina Shelton? 

Fantômes, meurtres, passion, folie, terreur, énigmes, rien n'est épargné au lecteur. Brussolo plante ici un décor des plus inquiétants. Grâce à son talent qu'il n'est nul besoin de rappeler, l'auteur nous propose dans Conan Lord, un roman haut en couleurs. La recette est immuable : des personnages aux psychologies complexes, un contexte parfaitement propice, des énigmes insolvables, tous les ingrédients d'un excellent thriller sont là et c'est d'une main de maître que Brussolo tient son lecteur en haleine. Pas de temps morts ni de cafouillages : l'intrigue est parfaitement ficelée et je n'ai pas réussi à suspendre ma lecture. Il fallait que je sache. Bref, vous l'aurez compris : voilà une lecture qui m'a enhousiasmée. Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus tâté de la plume de Brussolo et je la retrouve avec grand plaisir. Donc aux amateurs du genre, je n'aurais qu'un conseil : foncez! Vous ne serez pas déçus!


Titre :  Conan Lord
Auteur : Serge Brussolo
Titre complet : Conan Lord. Carnets secrets d'un cambrioleur
Editions : Livre de poche
Date de parution : 1995 aux Librairies des Champs-Elysées
Nombre de pages : 220 p.
Couverture : Photo de John Foley

Total Khéops - Jean-Claude Izzo

Fabio Montale, autrefois délinquant, est un flic marseillais originaire du Panier, qui décide d’enquêter sur le meurtre de ses deux amis de jeunesse Manu et Ugo. De fil en aiguille, l’enquête de Montale, l’entraîne dans des histoires plus sordides les unes que les autres : trafic de drogue, pègre locale, trafic d’armes... Leila, sa petite protégée est retrouvée sauvagement assassinée et Montale n’a dès lors de cesse de retrouver les auteurs du crime. Aidé par Lole, la belle gitane, Fabio Montale nous fait découvrir une Marseille sombre, populaire et vivante.

J’ai trouvé le découpage du roman très original : le titre de chaque chapitre développe un thème qui trouve sa réponse dans le chapitre lui-même. Ci-dessous, la table des matières :
  1. Où méme pour se perdre, il faut savoir se battre
  2. Où même sans solution, parier c’est encore espérer
  3. Où l’honneur des survivants, c’est de se battre
  4. Où un cognac, ce n’est pas ce qui peut faire le plus de mal
  5. Où dans le malheur, l’on redécouvre qu’on est un exilé
  6. Où les aubes ne sont que l’illusion de la beauté du monde
  7. Où il est préférable d’exprimer ce que l’on éprouve
  8. Où ne pas dormir ne résout pas les questions
  9. Où l’insécurité ôte toute sensualité aux femmes
  10. Où le regard de l’autre est une arme de mort
  11. Où les choses se font comme elles doivent se faire
  12. Où l’on cotoie l’infiniment petit de la saloperie du monde
  13. Où il ya des choses que l’on ne pas laisser passer
  14. Où il est préférable d’être en vie en enfer que mort au paradis
  15. Où la haine du monde est l’unique scénario
Inspiré par le célèbre morceau d’IAM, Jean-Claude Izzo a choisi Total Kheops (bordel immense) comme titre pour le premier volet de sa trilogie sur Fabio Montale (suivi de Chourmo et Solea). L’histoire se passe en 1995, époque où le Panier ne jouissait pas encore de la popularité qu’on lui connait. Le quartier était alors le fief de populations immigrées pauvres et il n’était pas question d’y flâner. A travers l’enquête de Montale, j’ai pris un immense plaisir à découvir cette Marseille aujourd’hui disparue. L’auteur, en digne amoureux de la ville phocéenne, parvient avec brio à nous faire voyager dans cette ville aux mille visages. Pour les marseillais de coeur, les nombreux lieux évoqués, renvoient à des images, des souvenirs et des noms qui ont forgé l’identité de la ville : la Canebière, le Panier, Chez Etienne, le Bar des treize coins, l’Opéra, le vieux-Port, l’Estaque pour les plus connus... Que de noms familiers qui m’ont fait voyager dans la ville des années 1990. Un vrai plaisir surtout lorsque l’on est de Marseille...

"Marseille n’est pas une ville pour touristes. Ici, il faut prendre partie. Se passionner. Etre pour, être contre. Etre, violemment. Alors, seulement, ce qui est à voir se donne à voir. Et là, trop tard, on est en plein drame. Un drame antique où le héros, c’est la mort. A Marseille, même pour se perdre, il faut savoir se battre." 4ème de couverture.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, un téléfilm avec Alain Delon dans le rôle de Montale a été tourné ainsi qu’un film avec Richard Borhinger.

Note de l’auteur : "L’histoire que l’on va lire est totalement imaginaire. La formule est connue. Mais, il n’est jamais inutile de le rappeler. A l’exception des événements publics, rapportés par la presse, ni les faits rapportés par la presse, ni les faits racontés, ni les personnages n’ont existé. Pas même le narrateur, c’est dire. Seule la ville est bien réelle. Marseille. Et tous ceux qui y vivent. Avec cette passion qui n’est qu’à eux. Cette histoire est la leur. Echos et réminiscences."

Si votre librairie est fermée, vous pourrez toujours vous procurer le livre via Amazon en cliquant sur le lien suivant : Total Khéops.


Titre : Total Khéops

Auteur : Jean-Claude Izzo
Edition : Gallimard
Collection : Série noire
Parution : octobre 1999
Nombre de pages : 283 p.
Dédicace : "Pour Sébastien » (fils de Jean-Claude Izzo)
Citation : "Il n’y a pas de vérité. Il n’y a que des histoires." Jim Harrison

Voie sans issue - Wilkie Collins et Charles Dickens


Année 1835, Londres. Une femme tourmentée part à la recherche d’un orphelin à qui elle ne veut pas révéler son identité. De cette rencontre troublante, le destin du jeune Walter Wilding est bouleversé. 12 ans après cette rencontre inattendue, le héros est devenu un négociant en vins prospère dont il doit la réussite à la femme mystérieuse. Pourtant, un jour, alors qu’il emploie une nouvelle gouvernante à ses services, il apprend par celle-ci que la portrait de la femme qu’il vénère n’est pas celui de sa véritable génétrice. Alors, rongé par la curiosité et le remords, Walter Wilding part à la recherche de l’homme dont il a involontairement usurpé l’identité...

Ce roman écrit à quatre mains par les deux amis Charles Dickens et Wilkie Collins, m’a permis de découvrir leur écriture, chose qui ne m’a jamais vraiment tentée. Dans le cadre du challenge English Classics, j’ai souhaité lire ces auteurs à la plume reconnue. Quelle déception ! Rien dans ce roman, ne serait-ce peut-être l’épisode dans les montagnes suisses, ne m’a séduit. Ni le style, que j’ai trouvé trop classique à mon goût. Ni l’intrigue, que j’ai trouvée banale. Ni les personnages que j’ai trouvé trop caricaturaux. La mise en scène trop théatrâle m’a également déplu et je n’ai pas trop su à quel type de roman j’avais à faire : suspense, investigation ? Non. J’ai été mal inspirée mais j’espère tout de même me réconcilier avec ces deux auteurs, dont tous les amateurs ne cessent de louer le génie...

Auteur : Wilkie Collins et Charles Dickens
Titre original : No Throroughfare
Traducteur : Judith et Marie-Louise Ripamonti
Edition : 10/18
Parution : Juin 2001
Postface : Charles Dantzig
Nombre de pages : 188 p.
Couverture : Rose Maynard Barton, Fleet street (détail), The Bridgman Art Library