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Bestiaire fantastique des voyageurs - Dominique Lanni

"En littérature, un bestiaire désigne un manuscrit du Moyen Âge regroupant des fables et des moralités sur les « bêtes », animaux réels ou imaginaires. Par extension, on appelle bestiaire une œuvre consacrée aux bêtes". Si l'on se réfère à cette définition proposée par Wikipédia, cet ouvrage se classe en effet dans la catégorie des bestiaires. Mais plus que cela, il se revendique comme un ouvrage de référence, sorte d'encyclopédie ou de glossaire des créatures rares et fantastiques qui peuplent les légendes ou les récits de voyageurs. Organisé sous forme de fiches rédigées par différents universitaires, ce bestiaire proposé par Dominique Lanni recense créatures légendaires et animaux rares ou disparus. Qu'ils soient issus de la Mythologie, de récits de voyage, de la littérature fantastique, de l'Antiquité ou de la culture populaire, les créatures ici répertoriées renvoient à des univers fantasques qui ont peuplés nos voyages, nos rêves, nos cauchemars ou nos fantasmes. Ainsi, le Haffstramb côtoie t-il l'Onoskelis ou le Rokh et le Tarasque. Mais on y trouvera aussi le Cynocéphale, le Boitata ou autres Cthulhus. A la fois ludique et instructif, ce beau dictionnaire illustré et agrémenté d'un riche appareil bibliographique, saura titiller l'imagination et la curiosité des plus passionnés...

Dans son texte d'introduction, Dominique Lanni, qui s'intéresse particulièrement aux modes de représentations de l'altérité dans les cultures littéraires et scientifiques de l'âge classique, interroge sur l'emploi du terme créature au lieu de celui de monstre : "Parce que si tous les monstres sont des créatures, toutes les créatures ne sont pas des monstres. Aussi, ce bestiaire est-il moins une petite encyclopédie des monstres qu'un petit dictionnaire de créatures, au double sens étymologique et biblique du terme. Et les deux sont viscéralement liés. Car c'est précisément parce que les voyageurs, savants et lettrés tenaient que, dans son plan et sa grande sagesse, Dieu avait tout créé, y compris les créatures les plus monstrueuses et les plus improbables, qu'ils ont cherché à comprendre la raison d'être de leurs peurs, fantasmes, ou qu'ils leur ont donné forme, afin de pouvoir continuer à vivre dans un monde parfaitement raisonnable et intelligible." (p.15-16). Partant de ce postulat, Dominique Lanni pose clairement l'objet de son livre qui montre à quel point l'imaginaire tient une place importante dans nos inconcients. Mi-bête, mi-homme, réels ou imaginaires, effrayants ou non, toutes les créatures de cette encyclopédie nous rappellent à nos bons souvenirs d'enfants où nous nous plaisions à inventer des histoires peuplées d'êtres étranges et fantasques. Évidemment, comme rien n'est plus ennuyeux que de lire une encyclopédie de façon linéaire, j'ai pris le parti de piocher une fiche ou deux dans l'index pour les lire au gré de mes envies...

Pour ce qui concerne le choix éditorial, bien que je concède à Dominique Lanni que : "Si la littérature a donné forme et crédit à nombre des créatures qui figurent dans ce bestiaire, via l'humour, l'ironie et la satire, elle est aussi venue corriger de manière salutaire les erreurs et égarements des voyageurs et des savants en rappelant notamment qu'il y eut des hommes comme les Cafres, les Hottentots, les Lapons, les Niams-niams ou les Patagons, qui n'eurent le droit d'exister qu'en tant qu'animaux ou monstres et au prix d'un agrégat d'anamorphoses" (p.24), je trouve justement que le choix d'intégrer les Cafres, Hottentots, Lapons, etc. au bestiaire est malvenu. Par ailleurs, je regrette que certaines fiches restent trop succinctes et peu contextualisées mais quoiqu'il en soit, Dominique Lanni a gagné son pari car ce bestiaire est une véritable mine d'informations (notamment les sources bibliographiques) et j'aurai moultes raisons de m'y référer à l'avenir... C'est donc avec enthousiasme que je vous recommande la consultation de ce bestiaire qui vous fera pénétrer un des plus fantastiques cabinets de curiosités du monde...

Encore une fois, je tiens à remercier Babelio pour ce beau partenariat qui a comblé mes attentes et je tiens à présenter mes excuses pour cette chronique rendue en retard. Mes remerciements vont également aux éditions Arthaud (Flammarion) qui m'ont offert la possibilité de faire cette belle découverte.

Comme toujours, si vous souhaitez vous procurer cette belle encyclopédie, notez qu'elle est disponible sur Amazon via le lien suivant : Bestiaire fantastique des voyageurs

Titre : Bestiaire fantastique des voyageurs
Auteur : Dominique Lanni
Illustrateur : Antoine Maiffret
Éditeur : Arthaud (Flammarion)
Date de parution : Avril 2014
Nombre de pages : 498 p.
ISBN : 978-2-0812-9055-6
Couverture : Création Studio Flammarion


Dracula - Alberto Breccia

Avec sa bouche lippue et ses allures grotesques, le Dracula d'Alberto Breccia n'a rien du vampire fascinant et ténébreux. Ses mésaventures improbables pétries d'humour et d'ironie sous-tendent pourtant une colère froide qu'une mise en contexte par le préfacier Carlos Sampayo permet de comprendre : "En 1982 et en Argentine, Alberto Breccia entreprit de dessiner sa version personnelle de Dracula ; il devait terminer un an plus tard, en synchronisme parfait avec la dernière période de la dictature militaro-financière qui avait mis le pays à genoux pendant sept ans. Encore que seul l'avant-dernier épisode faisait directement allusion à la férocité de cette organisation d'assassins, la totalité de cette oeuvre constitue la risposte personnelle de Breccia à la situation que vivaient à l'époque les argentins, dont le principal antagoniste était précisément le sang." (extrait de la préface). Travail donc engagé que cette bande-dessinée du talentueux dessinateur argentin. Entre autres situations cocasses, Dracula se bat contre Superman ou fait la rencontre d'Edgar Poe et de son corbeau. Ainsi les cinq histoires tragi-comiques imaginées par Alberto Breccia (La dernière nuit du carnaval, Latrans canis non admortet, Un coeur doux et éploré, Je ne suis plus une légende et Poe ?... Puaf !) parodient-elles subtilement sous des couverts de bande-dessinée humoristique, tous les despotes de la planète. Grâce à cet ouvrage, La dictature militaire argentine (1976-1983) personnifiée par le ridicule vampire de Breccia a donc trouvé un visage : celui d'un monstre caricatural toujours surpris la main dans le sac...


Dessiner la dictature en la dénonçant sans un mot (l'album est en effet totalement exempt de texte !), voilà un tour de force merveilleusement réussi par Alberto Breccia. Les planches superbes parlent d'elles-mêmes. Les dessins presque enfantins distillent ouvertement sur chaque planche des détails funèbres ou accablants qu'on ne peut pas ignorer et qui "trahissent" l'intention de Breccia. Donc à ceux qui seraient tentés de croire que ce livre relève de la littérature jeunesse, je confirmerai que ce livre ne se destine pas nécessairement à un jeune public. Quant à son traitement graphique, Breccia s'offre même le luxe d'une somptueuse mise en couleur comme s'il voulait conjurer le sombre sort des 30 000 desaparecidos arrêtés ou tués durant la sale guerre d'Argentine (drôle d'expression quand on y pense : avez-vous connaissance de guerres propres ?). Le style adopté ici par le dessinateur (Breccia a produit d'autres oeuvres qui n'ont aucun rapport. Cf. L'éternaute du même auteur) peut déplaire pour ses traits naïfs, grossiers ou ultra caricaturés. De mon point de vue, nous tenons avec ce Dracula une oeuvre de qualité qui convainc à la fois par ses illustrations et son intention. C'est divertissant, parfois drôle et paradoxalement léger. Bref, c'est à lire !


Quel dommage qu'Alberto Breccia ne soit plus. Cette belle mise en bouche me frustrerait presque tant j'ai aimé ce travail et que je sais qu'il ne publiera plus de nouvelles bandes-dessinées. L'éminent illustrateur qui a enseigné à la Escuela Panamerica de Arte tout comme de Hugo Pratt, était comme le montre ses collaborations avec Oesterheld ou ses travaux sur les oeuvres d'Edgar Poe (cf. Le coeur révélateur mais aussi dans le même esprit Le chat noir de Horacio Lalia), Umberto Ecco ou Lovecraft, passionné par la littérature (il était en l'occurrence attiré par les mêmes auteurs que moi). Les tomes de sa série Perramus sont introuvables ou hors de prix. Cet effet de frustration me donne d'autant plus envie de les lire. Mais je vais pour l'instant me contenter de lire les titres disponibles. Soit dit en passant, si une âme charitable voulait bien me prêter (je dis bien prêter) ses exemplaires de Perramus, je le bénirai jusqu'à la 30e génération (bon, je sais, je peux toujours rêver)...

Sinon, je vous conseille de consulter le site de l'auteur. Vous y puiserez moultes informations le concernant (dossiers, interviews, bibliographie, vidéos, galeries...).

Si avec ça je ne vous ai pas donné envie de découvrir l'oeuvre de Breccia, ça voudrait dire que j'ai loupé mon compte-rendu. Plus sérieusement, si vous souhaitez vous procurer ce Dracula, rendez-vous sur Amazon via le lien suivant : Dracula.

Détails bibliographiques


  • Titre : Dracula. Dracul, Vlad, bah... 
  • Auteur : Alberto Breccia
  • Préface : Carlos Sampayo
  • Éditeur : Les Humanoïdes Associés
  • Date de parution : Octobre 1997
  • Nombre de pages : 69 p.
  • ISBN : 978-2-73161-105-7
  • Crédits photographiques : © Alberto Breccia

La fabrique des monstres - Robert Bogdan

A ce jour, aucune étude sociologique ou scientfique n'a été consacrée au freak show (...) Il me semble pourtant que le freak show permet de mieux comprendre certaines pratiques sociales, de retracer l'évolution du concept d'anormalité et de théoriser le regard que nous portons sur la différence. (cf. p.16 de l'introduction). Voilà ce qu'ambitionne d'analyser Robert Bogdan à travers son étude sur La fabrique des monstres. Apparues aux États-Unis dans les années 1980, les Disability Studies sont à la croisée des Gender Studies et des Cultural Studies. Peu relayées en Europe, les sciences du handicap sont pourtant susceptibles d'alimenter d'intéressantes recherches (cf. pistes de réflexion proposées dans le présent ouvrage). Comme le souligne Robert Bogdan, l'étude des freaks shows a bien de choses à nous apprendre car la différence et à fortiori l'anormalité, suscite toujours quelques réflexes de défiance, de curiosité ou de fascination qu'il convient de comprendre et de théoriser. Qu'elle porte sur les caractères physiques ou les déficiences mentales, l'étude originale des handicaps telle que présentée par le sociologue américain, rappelle que le divertissement de masse à l'américaine s'est principalement forgée sur la fabrique des freaks. Remontant à la genèse du phénomène par l'étude de l'histoire des freaks, l'auteur démontre que les "spécimens" exhibés dans les sideshows, les Dime museums, les Odditoriums, les cirques, les parcs d'attractions ou autres expositions universelles, ne sont au final rien de plus... ou de moins, que des gens du spectacle (importance du travail de mise en scène)... A bas donc nos préjugés et nos idées préconçues ! Les "monstres" décrits par Bogdan ne sont ni pathétiques, ni pitoyables : même s'ils ont stimulé certaines curiosités inavouables ou malsaines, même s'ils ont pour certains connu des sorts malheureux, les Freaks sont loin d'être les victimes que nous imaginons. Leur différence est bel et bien leur fonds de commerce et a largement participé de leur popularité. Car si les bonisseurs sont des menteurs et les pandres des dupes, les spectateurs en mal de sensations fortes recherchaient avant tout le divertissement et non l'apitoiement...

A l'origine des freak shows américains : du cabinet de curiosités aux Dime Museums

Qu'ils soient nains, géants, hirsutes, siamois, manchots, culs de jatte, microcéphales..., qu'ils soient réducteurs de têtes, anthropophages ou tatoués, qu'ils soient attardés ou tout simplement des imposteurs..., ceux que l'on désigne sous le nom de freaks se distinguent par leur attributs physiques. Au tournant du 18e au 19e où la mode est aux cabinets de curiosités, les "lusus naturae" attisent tous les fantasmes. Alors que le public, las des activités édifiantes est à la recherche de sensations fortes, les divertissements rationnels prennent leur essor avec la popularisation des freaks. Tout d'abord confinés à des représentations confidentielles, les sideshows souvent situés en retrait des foires ou des cirques, connaissent un essor fulgurant grâce au travail de mise en scène des bonisseurs, des banquistes et autres forains. Ces derniers, en businessmen accomplis ont bien compris l'intérêt lucratif de cette "monstrueuse industrie" : l'accent est mis sur le sensationnel, le bizarre, l'inconnu et tous les moyens sont bons pour faire de l'argent. L'activité étant lucrative, les lieux d'exhibition se multiplient de même que les impressarios et les freaks. L'argent coule à flots. On ne lésine pas pour enjoliver, accentuer, exagérer, déformer la réalité mais cela fait partie du jeu. On crée des calicots raccoleurs et des livrets biographies fantaisistes voire complètement mensongers pour achalander les passants. On poste des freaks à l'entrée des représentations. Phineas T. Barnum crée les Dime museums et produit ses troupes dans toute l'Amérique. L'industrie du marketing à l'américaine est née ! Jusqu'aux années 1940, le filon des freaks sera exploité et surexploité et rapportera des fortunes. Contrairement aux idées reçues, ce ne fût pas toujours au détriment des artistes !

De l'étude des freaks : vers une sociologie de la différence et du handicap

Selon Bodgan, la fabrication de freaks obéit à deux types de modalités de présentation pour les accessoires promotionnels (calicots, livret pseudo-autobiographiques, portraits) : le registre exotique qui mise sur la curiosité du public et le registre emphatique qui joue sur la valorisation du statut social (Bogdan identifie ici deux types de performances : la normalité du sujet malgré son handicap et ses prouesses artistiques). Si le registre exotique s'inspire directement des expéditions coloniales ou scientifiques (cf. Cannibales de Didier Daeninckx), le registre emphatique renvoie quant à lui à la tératologie. Sur quels critères les montreurs de freaks et bonisseurs fondent-ils leur stratégie commerciale ? Quel registre choisir pour mettre en valeur le caractère exceptionnel de chaque freak ? Pourquoi le freak show a eu tant de succès ? En s'intéressant à ces questions et à l'histoire des plus célèbres freaks, l'auteur a démontré que "le freak, cependant, ne se définit pas par une qualité inhérente à la personne mais un ensemble de pratiques, une façon d'envisager, de mettre en scène la différence physique, mentale ou comportementale, qu'elle soit réelle ou stimulée." (p.249). Grâce à cette étude, il lève certains tabous et tord le cou aux préjugés en affirmant que "non seulement le freak show en tant qu'institution est une anomalie dans la pensée sociologique actuelle sur le handicap, mais le parcours individuel de ceux qui y ont fait carrière contredit souvent la plupart de nos a priori (...) Ces individus extraordinaires défient nos préjugés. En étudiant ce qu'ils ont fait de leur situation et du regard que les autres portaient sur eux, nous pouvons mieux comprendre la différence." (p.251)

La fabrique des monstres : une étude originale sur les Disability studies

Si le livre a tendance sur les derniers chapitres à glisser franchement vers le répertoriage des freaks célèbres et leur biographie (la lecture en est alourdie), cette étude conserve toute sa pertinence. Il est vrai que jusqu'à maintenant, le freak m'évoquait inexorablement le misérable John Merrick (cf. Elephant Man de David Lynch) ou la malheureuse Venus hottentote, Saartjie Baartman (cf. La Vénus noire d'Abdellatif Kechiche). La peine que j'ai ressentie pour ces destins tragiques n'a pas disparu mais cette lecture m'apporte un regard plus nuancé sur la question de la différence. Comme le souligne Bogdan "le concept de freak (...) est une aberration au vu de la conception scientifique actuelle de la différence. A son apogée, le freak show était un lieu où la différence était monnayable, donc valorisée. Les sociologues considèrent aujourd'hui que les handicapés ont été stigmatisés, marginalisés et dépréciés. Cette perspective est partiale : certains ont été exploités certes, mais la plupart des freaks étaient reconnus comme des gens du spectacle, salués pour avoir su mettre leur handicap à profit." (p.250). En effet, la différence que nous considérons souvent à tort comme un handicap, peut s'avérer être une fierté pour ceux qui l'affichent. Pour son caractère pionnier et sa valeur documentaire, La fabrique des monstres est une lecture propice à une réflexion constructive. En somme, une belle découverte éditée avec soin par les éditions Alma qui mérite l'attention.

Si ma chronique a piqué votre curiosité, notez que le livre est disponible sur Amazon via le lien suivant : La fabrique des monstres : Les Etats-Unis et le Freak Show (1840-1940).

  • Titre : La fabrique des monstres
  • Sous-titre : Les États-Unis et le Freak Show - 1840-1940
  • Titre original : Freak Show
  • Sous-titre original : Presenting Human Oddities for Amusement and Profit
  • Auteur : Robert Bogdan
  • Traducteur : Myriam Dennehy
  • Éditeur : Alma Éditeur
  • Collection : Hors collection
  • Date de parution : Août 2013
  • Nombre de pages : 283 p.
  • Illustration de couverture : Claire Dubois-Montreynaud
  • ISBN : 978-2-36-3279093-5
  • Crédits photographiques : Affiche du film Freaks de Tod Browning (1932) (illust.1), poster spectacle Barnum & Baley Freak show (illustr.2), affiches Barnum & Bailey

La maison du vampire - Georges Sylvester Viereck


Reginald Clarke est un homme du monde adulé, respecté et charismatique dont le talent n’est pas à prouver. Ayant l’habitude d'accueillir de jeunes artistes prometteurs dans sa belle demeure, Reginald est un mécène convoité. Ernest Fielding fait partie de ces privilégiés qui a la chance de venir s’installer auprès de son idole. Ethel Brandebourg, autrefois peintre, est une ancienne maîtresse de Reginald dont le fabuleux coup de pinceau a soudain disparu du jour au lendemain... Étrangement, depuis qu’Ernest vit chez Reginald, il ne produit plus grand chose, excepté Léontine, un roman dont il vient à peine de fignoler mentalement les derniers détails. Mais étrange coïncidence : le lendemain même où Ernest décide de se pencher sur l’écriture de son livre, Reginald présente publiquement comme étant sa dernière création, Léontine. Ce n’est pourtant pas possible : l’oeuvre que Reginald vient de lire est exactement celle d'Ernest. Ernest est-il devenu fou ? Par quel miracle Reginald a pu lui voler une oeuvre dont il n’a pas encore écrit un traitre mot ?

Ce roman à l’intrigue banale au premier abord, est pourtant l’un des premiers livres du XXe siècle à aborder le thème du vampire psychique. Tout le connaît évidemment le célèbre Comte Dracula de Bram Stocker, sombre créature avide de sang humain mais la réputation du vampire psychique est plus discrète. Jusqu’à la sortie de La maison du vampire de George Sylvester Viereck paru pour la première fois en 1907, peu d’ouvrages ont paru sur le thème. Qu’est donc ce monstre dont le pouvoir est celui de pouvoir d’absorber la force vitale de ses victimes ? Mystérieux et séduisant tout comme son homologue sanguinaire, le vampire psychique se distingue cependant par sa faculté à s’approprier l’énergie et l’esprit des gens (« Le génie d’un homme est fontion de sa capacité à absorber dans la vie, les éléments essentiels pour donner pleinement la mesure de son art. » p.26). Certains le définissent comme un « vampyre », le « y » rappelant celui du terme psychique (à vérifier). Pour d’autres, il est largement inspiré des croyances populaires de certaines cultures. Avec le vampire psychique, on quitte la littérature fantastique pour glisser dangeureusement vers le terrain des sciences occultes : Ethel, victime de Reginald, le sait. Elle tente donc de sauver le jeune Ernest de l’emprise de Reginald mais comment faire dans ce combat à armes inégales ? (« - Pourtant, remarqua t-il d’un ton triomphal, tes vampires sucent le sang ; mais Reginald, si vraiment c’est un vampire, ne s’en prend qu’à l’âme. Comment un homme pourrait-il sucer dans le cerveau d’un autre une chose aussi intangible et essentielle que la pensée ? - Ah, répondit-elle, tu oublies que la pensée est plus réelle que le sang ! » p.98-99).

Présenté et traduit par Jean Marigny, spécialiste du mythe du vampire dans la littérature anglo-saxonne, ce roman dégage une ambiance démodée assez troublante. Si le début du livre est un peu laborieux et les dialogues parfois ennuyeux ou sans trop de rapport avec le coeur du sujet, La maison du vampire reste une lecture récréative qui donne de bonnes pistes de lecture sur le sujet. On notera par exemple, les études faites par Jean Marigny (membre du Groupe d'Études et de Recherches sur le Fantastique et membre du Transylvanian Society of Dracula) ou encore Vampyre, le livre de John Polidori accessible gratuitement en anglais sur le site du Projet Gutenberg. 

Encore une fois, je ne saurai qu'applaudir le travail de La Clef d’Argent qui se soucie toujours de proposer des textes rares dans des éditions de belle facture. Ce qui est certain, c’est que je n’ai pas fini de vous parler de cette petite maison d’édition qui ne cesse de me surprendre et que j’ai à coeur de vous faire découvir...

Pour vous procurer le livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : La maison du vampire (House of the Vampire) 

  • Titre : La maison du vampire
  • Titre original : House of the vampire
  • Auteur : George Sylvester Viereck
  • Éditions : La Clef d’Argent
  • Traducteur : Jean Marigny
  • Présentation : Jean Marigny
  • Date de parution : Octobre 2003 (1ere édition)
  • Nombre de pages : 123 p.
  • ISBN : 2-908254-42-5

Frankenstein ou le Prométhée moderne - Mary W. Shelley

C’est par une nuit d’été de 1816 dans les environs de Genève, qu’est née l’une des plus grandes figures emblématiques de la littérature fantastique. Ce soir-là, Mary W. Shelley accompagnée de quelques camarades dont le Lord Byron, décide de se lancer dans l’écriture d’une nouvelle à propos de revenants. "Frankenstein ou le Prométhée moderne" naîtra de ce défi mais il ne sera publié qu’en 1817.

Années 17.. . Robert Walton écrit régulièrement à sa soeur pour lui raconter comment se déroule l’expédition qu’il mène dans le froid polaire de Russie : un jour, alors que son navire est bloqué dans la banquise, son équipage sauve un homme d’une mort certaine en le recueillant sur le bateau. De cette rencontre entre Robert Walton et Victor Frankenstein va naître une amitié sincère à travers laquelle on découvre l’horrible histoire du docteur Frankenstein et de sa création. Le célèbre monstre que beaucoup ont fini par assimiler au nom de son créateur, est malgré les apparences, un être doué de sensibilité et d’humanisme. Et pourtant, celui qui n’a finalement pas de nom, est voué à vivre dans l’ombre des hommes. N’ayant pas sa place dans la société, ce grand bonhomme aux allures effrayantes et aux manières incongrues, souffre de la folie de son créateur et l’on ne peut s’empêcher d’éprouver de la peine pour lui. Injustement qualifié de monstre, "l’enfant" de Frankenstein est le fruit d’une expérience réussie que son géniteur ne veut pas reconnaître...

La force de ce roman vient de l’ingéniosité que Mary Shelley

a mis en oeuvre pour créer ses personnages. Si l’on n’apprend rien de la façon exacte dont le docteur Frankenstein a donné vie à son monstre, on doit reconnaître en revanche, que l’auteure a beaucoup travaillé sur la psychologie des différents caractères de son roman : du génie créateur à la folie destructrice, il n’y a qu’un pas et Mary Shelley excelle dans la manière de le mettre en évidence.

Malgré une écriture un peu trainante liée au style littéraire de l’époque, Frankenstein a subi l’épreuve du temps et le célèbre monstre s’est taillé une part belle dans notre imaginaire d’épouvante. J’ai lu ce livre, il y a bien longtemps et dans le cadre du challenge "English Classics", j’ai voulu le relire par curiosité. Avec le recul, je trouve ce roman mieux écrit encore qu’à ma première lecture. La renommée dont jouit le monstre de Frankenstein me semble donc justifiée...

Extraits : "Comment pourrais-je dire l’émotion que j’éprouvais devant la catastrophe, ou trouver les mots pour décrire l’être repoussant que j’avais créé au prix de tant de soin et de tant d’efforts? Ses membres étaient, certes, bien proportionnés et je m’étais efforcé de conférer à ses traits une certaine beauté. De la beauté! Grand Dieu! Sa peau jaunâtre dissimulait à peine le lacis sous-jacent de muscles et de vaisseaux sanguins. Sa chevelure était longue et soyeuse, ses dents d’une blancheur nacrée, mais cela ne faisait que mieux ressortir l’horreur des yeux vitreux, dont la couleur semblait se rapprocher de celle des orbites blafardes dans lesquels ils étaient profondément enfoncés. Cela contrastait aussi avec la peau ratatinée du visage et de la bouche rectilignes aux lèvres presque noires." p.90-91 
Auteur : Mary W. Shelley
Titre original : Frankenstein Or The Modern Prometheus
Traduction : Joe Ceurvorst

Editeur : Editions Marabout
Préface : Marlow (septembre 1817)
Date de parution : 1978
Nombre de pages : 381 p.
Avant-propos : Jacques Bergier