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Décamper - Collectif

Sangatte, Calais, Lampedusa, tous ces noms nous sont plus ou moins familiers. Mais à quoi renvoient-ils exactement ? Espaces de "non-lieux", ces camps de migrants, autrement appelés "jungles" sont autant de no man's land où en dépit de tous soupçons, la subsistance y est ultra-organisée : en effet, à moins d'y avoir travaillé ou de s'y être rendu, peu d'entre nous sommes capables d'imaginer la façon dont ces espaces de (sur)vie ont été appropriés. Une actualité en chassant une autre, il est vrai que nous entendons de nos jours (2019) moins parler de ce que les politiciens et médias ont arbitrairement désigné la "crise des migrants". Pour autant, les migrants continuent d'affluer en Europe dans l'espoir de trouver un avenir meilleur. En attendant, ils n'ont d'autre choix que d'investir au mieux ces camps (de nos jours démantelés) où bon gré, mal gré, une véritable société avec ses codes et ses règles, s'est créée dans la société. Ainsi, cet ouvrage protéiforme qui s'intéresse aux problématiques des populations migrantes installées dans les camps s'inscrit dans une démarche à la fois scientifique, technique et artistique : chaque collaborateur à l'ouvrage s'est appliqué par le biais de son domaine de spécialisation à construire un espace de réflexion commun dans le but d'encourager l'émergence de nouveaux axes de discussion. Et justement parce que la question des migrants reste profondément tabou, ce travail conjoint des auteurs donne à voir des facettes méconnues de la vie en "jungle". Grâce à une approche pluridisciplinaire, tous les collaborateurs de l'ouvrage (écrivains, journalistes, dessinateurs, poètes, bénévoles, photographes, musiciens et migrants) ont traité le sujet en questionnant le bien-fondé des politiques publiques et en remettant en cause cette Europe essoufflée et incapable d'assumer dignement ses responsabilités. Le résultat ? Un beau livre qui apporte un certain regard sur ce qu'est la vie en camp et qui dépeint sans pathos aucun le quotidien méconnu des migrants. Un bel hommage également rendu au travail de toutes celles et ceux qui chacun à leur façon, accompagnent les populations migrantes et contribuent à leur redonner un peu de dignité... Aussi, parce que les migrants n'ont pas disparu malgré le démantèlement des camps, lire Décamper aujourd'hui en 2019 est un acte militant : c'est quelque part lutter et résister contre l'indifférence ou le mépris... A bon entendeur...

Pour découvrir cette lecture malheureusement restée confidentielle, vous pouvez vous procurer l'ouvrage sur Amazon via le lien suivant : Décamper

Détails bibliographiques

  • Titre : Décamper
  • Sous-titre : De Lampedusa à Calais, un livre de textes et d'images et un disque pour parler d'une terre sans accueil
  • Auteur : Collectif
  • Directeur de publication : Samuel Lequette et Delphine le Vergos
  • Éditeur : La Découverte
  • Date de parution : Novembre 2016
  • Nombre de pages : 318 p.
  • ISBN : 978-2-7071-9251-6
  • Photo de couverture : © Jordi Oliver


La demeure du chaos - The Abode of Chaos - Opus IX, Révélation

Subversif, anticonformiste et viscéral, sont les trois qualificatifs qui me viennent spontanément à l'esprit pour décrire ce beau livre édité par le Musée de l'Organe. C'est lors d'une virée à Lyon en décembre dernier que j'ai fait la découverte de la Demeure du Chaos, haut lieu de pèlerinage pour tous les amateurs "d'art organique contemporain". Situé dans un petit village près de Lyon (à Saint-Romain au Mont d'Or très exactement), cet ancien relais de poste datant du XVIIème siècle, a été complètement réhabilité par Thierry Ehrmann, artiste plasticien et performeur un peu fêlé. Là, s'y trouvent pêle-mêle depuis 1999, des milliers d'oeuvres composées au fur et à mesure du temps par Erhmann et les équipes de plasticiens résidents qui s'y sont succédés. Se qualifiant lui-même de dément, Thierry Ehrmann répond à tous les curieux qui se demandent pourquoi avoir créé un tel lieu : "La réponse me replonge en 1999 quand, après avoir dévoré le veau d'or dans le grand festin paganiste du siècle dernier, je cherchai à nouveau ce monde gnostique. Ma seule rédemption passait de nouveau par cette terrible épreuve, reconnaître par ma damnation première, la démence que l'on reçoit comme une onction suprême à la naissance pour se transcender dans l'art. Cette fureur maniaque, ma sulfureuse maîtresse, sera de nouveau ma compagne avec ses troubles de l'humeur" (p.2).

Crédit photo : © Alcapone, Décembre 2017

Ainsi, ce superbe catalogue du Musée de l'Organe aux 500 pages richement illustrées, ouvre t-il les portes d'un univers artistique contemporain contestataire aux accents sombres et torturés mais fascinant. Parmi les oeuvres répertoriées et qui m'ont particulièrement marquée lors de la visite du site, notons les monumentales et aliénantes "Cages de l'enfer", les nombreux portraits dé-légendés de l'histoire du monde ou encore le fameux Crâne Nutrisco et Extingo II installé au milieu de sa mare de sang. 

Crédit photo : © Alcapone, Décembre 2017

Notons également les retours d'expérience de l'artiste sur ses performances ou encore ce qu'il surnomme l'"Esprit de la salamandre"... Lieu par excellence de la liberté d'expression, la Demeure du Chaos dérange. Elle a même été assignée devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour ses oeuvres transgressives. Elle est pourtant soutenue par la presse et les médias internationaux qui la considère comme une "Factory incontournable et unique dans le monde" (p. (294). En 2009, le New York Times en parlait comme d'"Une oeuvre au noir se nourrissant du chaos alchimique de notre XXIème siècle, tragique et somptueux dont les braises naissent le 11 septembre 2001" (p. 294).

Crédit photo : © Alcapone, Décembre 2017

Aussi, c'est avec grand enthousiasme que je vous invite tous à découvrir cet incroyable Musée de l'Organe (sa visite est gratuite) car au delà du fait qu'il vaut le détour, ce sera aussi un acte de militantisme que de défendre un lieu d'expression artistique aussi riche et déroutant.


Crédit photo : © Alcapone, Décembre 2017

Enfin, pour ceux d'entre vous qui ne pouvez pas vous rendre tout de suite à Lyon pour visiter le Musée, vous pouvez tout de même découvrir le travail de Thierry Ehrmann grâce à cette version gratuite du catalogue.

Crédit photo : © Alcapone, Décembre 2017


En attendant, notez encore que le magazine Tracks de la chaîne Arte consacrait au Musée en mars dernier, un reportage que je ne résiste pas à vous partager... Enjoy !




 

Détails bibliographiques


  • Titre : La demeure du Chaos - The Abode of Chaos - Opus IX, Révélation
  • Auteur : Thierry Ehrmann
  • Photographe : Kurt Ehrmann
  • Éditeur : Musée de l'Organe
  • Date de parution : Mars 2013
  • Nombre de pages : 500 p.
  • ISBN : 978-2914674102
  • Langue de publication : Français/Anglais

Comic Art Propaganda - Fredrik Strömberg

On parle souvent du pouvoir des mots mais celui de l'image est redoutable : média populaire par excellence, la bande-dessinée a été utilisée dès son apparition comme outil de propagande pour véhiculer toutes sortes de messages. Dans cette truculente compilation de planches aux desseins piégeux (ou non selon les convictions propres à chacun), Fredrik Strömberg convie ses lecteurs avec ironie et dérision à un grinçant voyage iconographique spatio-temporel. Jouant à l'excès sur les stéréotypes socio-culturels, chargés de communication, publicistes et autres gens du métier qui ont bien saisi le potentiel manipulateur de l'image, ont exploité cette formidable manne pour rallier à peu de frais et parfois sans résistance, un maximum d'adhérents à leurs causes politiques, idéologiques, économiques ou sociales: racisme, guerre, sexe, religion, éducation, la propagande par la bande-dessinée touche à tous les domaines... D'ailleurs, qu'elle soit positive ou négative, cette manipulation par l'image reste aux yeux de Fredrik Strömberg, de la propagande. Illustré par des planches ou des posters issus de bande-dessinées (pour la plupart américaines), cet ouvrage doté d'un riche appareil critique, offre malgré des mises en perspective parfois tirées par les cheveux, d'intéressantes pistes de décryptage sur le dessin de propagande et... une surprenante sélection d'images comme la première de couverture (partie supérieure) où l'on voit Daredevil cogner un Hitler effrayé (Bob Wood) ! Aussi, méfions-nous de la propagande par l'image et apprenons à remettre en doute cette célèbre expression de Saint Thomas : "Je ne crois que ce que je vois"...

"Us vs Them" ou les figures de l'altérité


Largement exploités dans les messages de propagande politique ou idéologique, les stéréotypes raciaux ont fait les affaires des dessinateurs et caricaturistes pendant des décennies. Usant des clichés les plus grotesques, ceux-ci se sont régalés à dessiner les asiates avec des faces de rats ou de cochons, les noirs avec des têtes des singes, les juifs avec un nez crochu... pour faire croire à la pingrerie, à la sournoiserie ou encore à la sauvagerie des uns et des autres (lire à ce sujet "De l'indigène à l'immigré", chronique de l'étude de P. Blanchard et N. Bancel). Cette exploitation outrageuse des figures de l'altérité a donné lieu à des campagnes de propagande ou de publicité malheureusement très efficaces dont il faut apprendre à se méfier (cf. le célèbre Coming Man qui a contribué à propager la peur du "péril jaune"...).
Crédit image : The Coming Man, G. Keller, 1881

War ? What it is good for ?


Qu'on se le dise : guerre et propagande ont toujours formé un duo indéfectible. Canal de diffusion par excellence de la propagande de guerre, l'image a souvent servi les desseins guerriers de toutes nations. Qu'il s'agisse de recruter de nouveaux soldats, d'encourager l'effort de guerre des civils ou encore de faire croire à la supériorité militaire de la nation, les dirigeants politiques ont tous recouru à l'image et donc à la propagande, pour manipuler les consciences. Comment par exemple expliquer que Saddam Hussein ait été considéré comme un héros dans les pays du Moyen-Orient (cf. biographie dessinée par Unnikrishnan Kidagoor, Santhosh Manarcad et Shaji Marhew) ? Comment sinon comprendre la campagne anti-nucléaire véhiculée par Keiji Nakazawa dans son manga autobiographique, Gen d'Hiroshima au début des années 70 ? En fait, quelles que soient les intentions de leur auteur, Fredrik Strömberg montre que les oeuvres présentées dans ce chapitre relèvent bel et bien de propagande idéologique...
Crédit image : Daredevil battles Hitler, Bob Wood, 1941

You Dirty, Rotten Commie Bastard!


La guerre des images est le fer de lance de la guerre des idées et les politiques, militants et autres activistes ont trouvé avec la bande-dessinée un formidable moyen de mener leurs combats. En effet, lorsqu'un discours ou un article exige des efforts pour sa compréhension et son interprétation, le dessin lui, s'impose naturellement de façon plus directe. Et c'est en cela qu'il constitue un puissant outil. La propagande communiste en est l'un des exemples les plus évocateurs mais citons aussi la bande-dessinée Octobriana portée par le PPP (Progressive Political Pornography), groupe dissident russe. Ou encore l'Oncle Picsou, célèbre figure disneysienne de l'idéologie impérialiste dont on comprend bien la position anti-communiste ainsi résumée : You Dirty, Rotten Commie Bastard! Plus surprenant pour ma part, j'ai découvert l'existence d'Aventures de Tintin (Breaking Free), parodie anarchiste publiée sous le pseudonyme de J. Daniels qui démontre bien le pouvoir idéologique exercé par l'image. A découvrir...
Crédit image : The Adventures of Tintin : Breaking Free, J. Daniels, 1999

Social Seduction, une question de moeurs


Présente là où l'on ne l'attend pas forcément, la propagande sait aussi s'immiscer dans la vie publique : éducation, santé, sexualité, religion... tous ces domaines qui relèvent de la moralité et de la sphère publique, n'échappent pas à cette redoutable machine largement exploitée par les états et leur gouvernement pour diligenter les affaires de moeurs et les questions sociétales. Ainsi, la "Comic Code Authority" (ou CCA) a par exemple été créée et habilitée par le gouvernement américain pour exercer une censure sur les publications considérées comme dangereuses pour les jeunes publics. D'autres initiatives propagandistes cette fois-ci orientées sur "le bien et le mal" ont également vu le jour dans le cadre de campagnes anti-drogue, anti-avortement, anti-nucléaire, anti ou pro-religieux, etc. Bref, à travers la bande dessinée propagandiste, chacun a su tirer son épingle du jeu pour manipuler les foules... Et Fredrik Strömberg ne tarit pas d'exemples...
Crédit image : Logo officiel de la Comic Code Authority (CCA)


Aussi, afin de constater par vous-même la richesse de cette étude iconographique sur la propagande à travers la bande-dessinée (la version ici commentée est celle en anglais), notez que vous pouvez vous procurer ce beau livre sur Amazon, via le lien suivant : La propagande dans la BD : Un siècle de manipulation en images.


Détails bibliographiques


  • Titre : Comic Art Propagande
  • Sous-titre : A Graphic History
  • Auteur : Fredrik Strömberg
  • Préface : Peter Kuper
  • Éditeur : St Martin’s Griffin
  • Date de parution : Juillet 2010
  • Nombre de pages : 176 p.
  • ISBN :  978-0312596798
  • Images de 1ère de couverture : © Bob Wood, Daredevil Battles Hitler et Is this Tomorrow ?

De l’indigène à l’immigré - Nicolas Bancel & Pascal Blanchard

Nous en avons tous plus ou moins conscience, la présence de populations immigrées en France est l’héritage d’une longue histoire coloniale française. Étendu au Maghreb, à l’Afrique noire et à l’Indochine, l’empire colonial français qui s’est affirmé comme une puissance économique mondiale dès le 19è siècle, s’est donné pour mission de civiliser les peuples indigènes de ses colonies. La théorie de la « supériorité raciale » paradoxalement étayée par les scientifiques de l’époque et la multiplication des expositions coloniales alimentent alors les stéréotypes coloniaux et ouvrent la voie aux fantasmes les plus grotesques à propos des populations des contrées exotiques. Dès 1945, cette hégémonie coloniale française est mise à mal par la lutte pour l’indépendance de l’Algérie incarnée par Messali Hadj et par la résistance de figures emblématiques comme Hô Chi Minh en Indochine. Les puissances coloniales doivent faire face à une crise sans précédent qui exige une refonte des discours politiques. L’image de l’indigène fait place à celle de l’immigré. Les « politiques assimilationistes » caractéristiques à la France misent désormais sur une logique d’intégration des populations immigrées mais la réalité est cruelle. Les stéréotypes et préjugés raciaux véhiculés pendant des décennies au travers de l’abondante production iconographique restent profondément ancrés dans l’imaginaire collectif et perdurent encore de nos jours malgré une prise de conscience de la résurgence du racisme et la forte mobilisation des autorités publiques et de la société civile autour de ces questions...

« Il n’y a pas de racisme sans colonialisme », Aimé Césaire, 1954


Pas de droits d’auteur cités. Source : https://www.africavivre.com/coups-de-coeur-a-lire/aime-cesaire-miriam-makeba-co-la-vie-des-grands-expliquee-aux-petits.html
Aimé Césaire avait profondément raison lorsqu’il déclarait en 1954 : « Le colonialisme porte en lui la terreur. Il est vrai. Mais il porte aussi en lui, plus néfaste encore peut-être que la chicotte des exploitateurs, le mépris de l’homme, la haine de l’homme, bref le racisme. Que l’on s’y prenne comme on le voudra, on arrive toujours à la même conclusion. Il n’y a pas de racisme sans colonialisme. » Cette citation mise en exergue au début de l’ouvrage offre une belle entrée en matière pour les spécialistes de l’histoire coloniale et post-coloniale que sont Nicolas Bancel et Pascal Blanchard. En effet, il est difficile d’évoquer le colonialisme sans dénoncer le racisme. Aussi, grâce à une approche basée sur une analyse historique, documentaire et iconographique originale, les deux auteurs proposent avec ce titre, un passionnant travail historiographique et mémoriel sur l’histoire coloniale française dont certains aspects encore malheureusement méconnus méritaient d’être étudiés et mis en en lumière. Enrichi par l’analyse d’un précieux panel de sources iconographiques d’époque, De l’indigène à l’immigré démontre en outre, la puissance de la manipulation par l’image et la façon dont l’image s’est faite l’instrument de tous les discours de propagande. Tenant en à peine 128 pages, ce livre d’ailleurs doté d’un substantiel appareil critique (illustrations, témoignages, citations, chronologies, bibliographie...), est surprenant par la richesse et la qualité de son contenu. Et à vrai dire, en ouvrant ce livre, vu son épaisseur et ses nombreuses illustrations, je m’attendais plutôt à de la littérature jeunesse. Mais l'incroyable masse critique d’informations, si elle reste accessible à des publics jeunes, peut/doit intéresser tous les publics car l’approche pédagogique, les propos argumentés et les références largement documentées permettent de nourrir une réflexion pertinente autour de l’histoire coloniale française et invitent intelligemment à approfondir ses connaissances sur le sujet. Assurément un livre à mettre entre toutes les mains !

Aussi, si vous souhaitez à votre tour vous plonger dans cette captivante histoire coloniale française, notez que vous pouvez vous procurer le livre sur Amazon via le lien suivant : De l’indigène à l’immigré


Notre rapport à l’image à travers les représentations de la figure de l'étranger


En ce qui concerne l’analyse des sources iconographiques présentées dans l’ouvrage, cette chronique ne serait pas complète si je ne lui en consacrais pas une partie. Nul n’est besoin de le rappeler, l’image a toujours constitué un puissant outil de manipulation pour les classes dirigeantes : cela a commencé avec l’ère des grandes découvertes lors desquelles les indigènes ont d’abord été représentés sur gravures puis photographiés. S’appuyant les théories du racisme scientifique et de l’anthropologie physique au 19è siècle, la communauté scientifique a bon gré, mal gré, contribué à alimenter le fantasme du sauvage et à créer l’image de l'indigène. Au fur et à mesure, ces représentations ont évolué avec les intentions de ses producteurs. Ainsi, a-t-on glissé de façon subreptice de la documentation iconographique scientifique du début du 19è siècle à la promotion événementielle grand public pour les zoos humains, les jardins d’acclimatation et les expositions coloniales de la fin du 19è siècle.

Ce que les puissances coloniales considéreraient alors comme des avancées scientifiques par rapport au nouveau concept de catégorisation des races humaines et la soif d’exotisme qui attisaient l’intérêt et la curiosité des classes aisées de la société, ont littéralement asservi et desservi les peuples des colonies françaises. En effet, les images véhiculées accentuant les attributs physiques de ses sujets de façon caricaturale ont abondamment alimenté les stéréotypes raciaux et renforcé l’idée de la supériorité de la race blanche sur les autres. Ainsi, considérés d’une part par les scientifiques comme de vulgaires objets de recherche, sollicités de l’autre par les classes sociales aisées en mal d’exotisme ou abhorrés par d’autres, les indigènes se sont-ils ainsi vus complètement dépossédés de leur image. Désormais, ils devenaient malgré eux, les têtes d’affiche de campagnes de communication en tous genres : après les thèses anthropologiques et les expositions coloniales, l’image des indigènes a servi à la propagande militaire, aux campagnes de publicité ou plus récemment et paradoxalement aux campagnes de prévention et de lutte contre le racisme. Tantôt réduits à des objets, tantôt vantés pour la richesse de leur diversité, les anciens peuples colonisés de France qui sont finalement passé du statut d’indigène à celui d’immigré, restent malgré eux victimes de l’exploitation outrageuse de leur image...

Et au final, la figure de l’étranger, peu importe qu’on lui prête des intentions scientifiques ou propagandistes, qu’on la désigne sous le nom de campagne d’information, de renseignement ou qu’on l’utilise à des fins publicitaires, doit nous rappeler comme l’avait si bien exprimé Aimé Césaire, « qu’il n’y a pas de colonialisme sans racisme ». Aussi penser et repenser notre rapport à l’image et en l’occurrence notre rapport à la figure de l’étranger à travers notre connaissance de l’histoire coloniale française, participe d’un travail de mémoire auquel nous ne devons pas nous dérober pour lutter durablement contre le racisme et les discriminations...


Détails bibliographiques


  • Titre : De l’indigène à l'immigré
  • Auteurs : Nicolas Bancel et Pascal Blanchard
  • Éditeur : Gallimard
  • Collection : Découvertes Gallimard Histoire
  • Date de parution : Février 1998
  • Nombre de pages : 128 p.
  • ISBN : 978-2070534296
  • Photo de couverture : © Couverture de l’album de l’Exposition coloniale de 1931, Photomontage de Cloche

Orgasme à Moscou - Edgar Hilsenrath

Après le succès de son très controversé roman "Le Nazi et le Barbier", le sarcastique Edgar Hilsenrath revient à la charge avec cet Orgasme à Moscou. Se gaussant joyeusement de la situation géopolitque de la Guerre froide (1970’s), l’auteur met en scène Nino Peperoni, le patron de la mafia new-yorkaise et Anna-Maria, sa fille tombée enceinte lors d’un voyage de presse à Moscou. Pour sauver la face, Nino Peperoni n'envisage que deux solutions : éliminer le coupable ou marier sa fille. Si comme le veut la rumeur, le coupable avait été Brejnev ou Kossyguine, cela aurait facile : il aurait suffi de payer les services d’un tueur et basta. Malheureusement, l’auteur du méfait, un certain Sergueï Mandelbaum, dissident juif et fauché de surcroît, est un amant extraordinaire dont Maria est follement tombée amoureuse. Nino Paperoni en père aimant, n’a alors d’autre choix que de faire appel à un passeur expérimenté pour exfiltrer son futur gendre de l’Union soviétique. Sauf que le seul agent capable de mener à bien cette mission est S. K. Loppe, un dangereux dépeceur sexuel...

Une adapatation complètement barrée du roman d’espionnage à la OSS 117


Pour cette commande de synopsis d’Otto Preminger de 1979 (qui n’aura malheureusement pas de suites), Edgar Hilsenrath a comme à son habitude, pris un malin plaisir à  caricaturer ses personnages à outrance. Ne craignant nullement la critique, Hilsenrath n’hésite pas à inventer son propre « roman d’espionnnage à la OSS 117 » en mettant en scène des personnages complètement loufoques dans des situations improbables. Le résultat ? Un récit complètement barré qui souffle un vent de tempête sur la bienséance et le politically correct. Dans tous les cas, ce qui est sûr, c’est que l’exubérance de l’auteur allemand, ne sera certainement pas du goût de tous : infatigable course à la surenchère du burlesque, voire du grotesque, Orgasme à Moscou peut lasser à la longue mais il garde malgré tout, un potentiel subversif appréciable qui est à prendre absolument à la légère. Car lorsque «  le polar se fait queer » (Inrocks du 15/04/2014), nul n’est plus besoin de résister. Il suffit de se laisser porter par les dialogues délicieusement absurdes et de s’imaginer en plein « délire à la gonzo » (cf. Las Vegas Parano)... Bref, une enquête d’espionnage qui vous mènera bien plus loin que ce que vous ne pourrez imaginer... Ceci dit, si vous ne deviez lire qu’un seul titre d’Hilsenrath, préférez Le nazi et le barbier, qui trouve une véritable résonnance dans la biographie même de l’auteur...

Hennin Wagenbreth ou de la décoration d’opérette allemande


Sinon, je ne pouvais décement pas chroniquer un énième titre d’Edgar Hilsenrath publié aux éditions du Tripode sans évoquer le travail d’illustration de Henning Wagenbreth. En effet, le partenariat développé entre les éditions et l’illustrateur, affichiste et décorateur d’opérette allemand, méritait d’être souligné. Non pas que je sois particulièrement fan des graphismes du dessinateur mais parce que son travail s’inscrit dans un processus créatif intéressant qui touche à d’autres travaux artistiques dignes d’intérêt. Aussi, Orgasme à Moscou comme tous les autres romans d’Hisenrath publiés au Tripode, est-il un ouvrage illustré dont le travail éditorial soigné des Éditions du Tripode apporte une plus-value certaine au livre rendu objet. Pour en savoir plus sur le travail de Wagenbreth, je vous invite à découvrir le site web du dessinateur sur lequel vous trouverez de remarquables travaux de graphisme et de communication visuelle. Bref, un dessinateur à suivre...

      © Henning Wagenbreth

L’univers graphique de Henning Wagenbreth


L’univers graphique minimaliste, géométrique et ultra-coloré de Wangenbreth s’inpire de diverses tendances. Notons parmi elles, l’influence du Collectif Bazooka et le célèbre Magazine Raw d’Art Spiegelman. Si ce billet n’a pas vocation à s’étendre sur le travail de Wagenbreth, je vous invite, si vous vous intéressez à l’art graphique, de découvrir ces ressources que je trouve particulièrement intéressantes (lire aussi cet article d’Index Graphique sur Henning Wagenbreth, site spécialisé sur les ressources en graphisme et en topographie). Pour vous donner un aperçu de l’univers du créateur, je vous propose en bonus de ce billet, une vidéo sur l’adaptation graphique du roman «  Le pirate et l’apothicaire » de Robert Louis Stevenson réalisé par Stephan Talneau. A savourer...



Enfin, si je vous ai donné envie de lire Orgasme à Moscou, notez que vous pouvez le procurer sur Amazon via le lien suivant : Orgasme à Moscou.

Détails bibliographiques

  • Titre : Orgasme à Moscou
  • Titre original : Gib acht ! Genosse Mendelbaum ! (Attention, camarade Mendelbaum !)
  • Auteur : Edgar Hilsenrath
  • Traducteur : Jörg Stickan, Sacha Zibefarb
  • Éditeur : Le Tripode
  • Marque : Attila
  • Date de parution : Avril 2013 (première édition française : 1992)
  • Nombre de pages : 316 p.
  • ISBN : 978-2917084526
  • Couverture et illustrations : © Henning Wagenbreth

Kafka - David Zane Mairowitz et Robert Crumb

L’œuvre cauchemardesque héritée de Franz Kafka a alimenté bien de thèses et de débats parmi les intellectuels de notre siècle. A tel point que l''adjectif "kafkaïen" est passé dans le langage courant. Mais que signifie exactement ce terme trop souvent galvaudé ? Qui se cache derrière l'auteur fuyant ? On connait Kafka pour son angoisse de l'aliénation et son délire de persécution. En témoignent ses singuliers récits comme La Métamorphose, Le Procès ou La Colonie pénitentiaire. Mais au delà de ces aspects, Kafka est aussi réputé pour sa relation ambivalente aux femmes, sa relation complexe à la Tchécoslovaquie et son désamour, voire sa terreur pour la figure du père. Comment s'est écrite la légende kafkaïenne ? Comment la République tchèque a t-elle enfin reconnu son fils étrange ? Publiée pour la première fois aux États-Unis en 1993, cette étude biographique "for beginners" de David Zane Mairowitz se démarque des productions prolifiques sur Kafka par ses propos pertinemment documentés et ses illustrations uniques signées par Robert Crumb...

Kafka de David Zane Mairowitz, une biographie richement documentée

      © Robert Crumb

Nul n'est besoin d'être "kafkologue" pour savoir que Kafka était complexe sur bien de points. Comme le souligne David Zane Mairowitz grâce à l'ancrage de son travail dans le contexte politique et historique du ghetto de Prague pendant l'Empire, l'un des principaux facteurs de l'auto-dénigrement de Kafka vient pour une grande part de l'environnement socio-culturel dans lequel il a baigné toute sa vie. En effet, "Pour quelqu'un comme Kafka, Thèque de langue allemande, se constituer une identité claire n'était pas des plus facile. Il va sans dire que, pour un juif, la vie était un équilibre difficile à trouver dans un tel environnement. On s'identifiait d'abord à la culture allemande, mais on vivait parmi les Tchèques. On parlait allemand parce que c'était proche du yiddish et que c'était la langue officielle de l'Empire. Le nationalisme tchèque prenait l'ascendant sur la domination allemande et, de façon générale, les Allemands traitaient les Tchèques avec mépris. Et bien sûr, tout le monde haïssait les juifs." A cet égard, difficile de comprendre l'auteur sans s'attacher à cet aspect. Vient ensuite la question l'enfermement liée au ghetto de Prague, "cellule forteresse" de Kafka et le mythe antisémite du "meurtre rituel" qui plonge Kafka dans une "dualité entre la mélancolie la plus noire et l'humiliation de soi" presque toujours à l’œuvre dans ses récits. Citons encore la figure terrible du père contre laquelle Kafka n'a jamais osé se révolter (cf. Lettre au père qui contient en substance toute l'essence de la littérature kafkaïenne et qui n'a jamais trouvé son destinataire) et la relation ambigüe aux femmes de Kafka (cf. déni de ses désirs qu'il juge comme sales). Autant d'éléments fondateurs de la personnalité de Kafka que Mairowitz revisite en profondeur en s'appuyant sur des faits précis et sur l'étude poussée des textes de l'auteur praguois. Bref, une étude passionnante qui malgré quelques longueurs à mon goût (cf. la relation de Kafka avec les femmes) relève autant d'une démarche littéraire motivée que d'une démarche documentaire perspicace...

Kafka selon Robert Crumb, une biographie pertinemment illustrée qui magnifie l'étude de Mairowitz

    © Robert Crumb

Et parce que c'est toujours un exercice difficile que d'assurer une vraie cohérence entre le texte et les illustrations, on saluera vivement la superbe interprétation graphique de Robert Crumb, à la fois fidèle à l'esprit de l'univers kafkaïen et intelligente par la sélection des séquences à illustrées... Pour conclure, voici un titre découvrir de toute urgence...

Enfin, si votre librairie est en rupture de stock, notez que vous pouvez vous procurer ce livre sur Amazon via le lien suivant : Kafka.

  • Titre : Kafka
  • Scénario : David Zane Mairovitz
  • Illustrations : Robert Crumb
  • Adaptation française : Jean-Pierre Mercier
  • Éditeur : Actes Sud
  • Collection : Actes Sud BD
  • Date de parution : janv. 2007 (parution originale : 1993)
  • ISBN : 978-2-7427-6573-7
  • Crédits photographiques : © Robert Crumb

Jours de destruction, jours de révolte - Chris Hedges & Joe Sacco

C'est en sillonnant les États-Unis pendant deux ans que Chris Hedges et Joe Sacco ont collecté les témoignages qui nourriront ce reportage accablant sur la civilisation américaine moderne. Déclinant leur travail d'enquête par zone géographique sous la forme de cinq chapitres, les deux compères donnent à voir à travers leur travail, une image souillée du rêve américain. La réserve indienne de Pine Ridge (Dakota du Sud), les mines de Welch (Virginie occidentale), les camps d'ouvriers agricoles d'Immokale (Floride) ou la décharge publique de Camden (New Jersey), sont en effet devenus de sordides ghettos où violence, pauvreté et désespoir font le quotidien de leurs habitants. Pétris de drames humains, ces territoires oubliés des autorités publiques, accusent lourdement une Amérique malade de ses mensonges et ses contradictions...


Jours de destruction, jours de révolte, un ouvrage hybride au ton moralisateur

    © Joe Sacco
 
Chris Hedges et Joe Sacco ne sont pas les premiers à s'être intéressés à la question : parmi les grandes figures qui se sont engagées en faveur des laissés-pour-compte de l'Amérique, citons l'incontournable Howard Zinn, qui avec son Histoire populaire des États-Unis (édité pour la première fois en 1980 et admirablement adapté en BD en 2009), alertait déjà le monde de la situation désastreuse des citoyens américains de "seconde zone" et de la catastrophe écologique causée par la course aux profits. Rien de nouveau donc dans cette démarche du duo Hedges/Sacco exceptés (ce qui n'est pas rien) le caractère inédit de cette collaboration, l'immense valeur documentaire des nouveaux témoignages réunis et la masse colossale d'informations compilée pour les besoins de ce reportage prometteur. Seulement, en plus de prendre le risque d'aborder un sujet déjà intelligemment étudié par d'autres, les co-auteurs (ou leurs éditeurs ?) ont opté pour une ligne éditoriale qui fait peu honneur à leur travail : "essai illustré", "BD essayiste" ou ouvrage illustré (on ne sait pas trop), ce livre au format hybride ne permet pas une lecture fluide à cause du flagrant déséquilibre entre textes et dessins. D'autre part, les propos "ultra-moralisateurs" de Chris Hedges, s'ils dénoncent à juste titre la capitulation des pouvoirs publics américains face à la misère des ghettos et par extension la suprématie des systèmes financiers, finissent par lasser. On a l'impression de regarder un documentaire de Yann Arthus Bertrand dont on reconnait la qualité et la pertinence des images (cf. les quelques planches efficaces de Joe Sacco) mais dont les textes, finissent par devenir insupportables à force de répétitions et de sentences (cf. le prêche presque ennuyeux de Chris Hedges). En fait, cette publication aurait gagné à être harmonisée au niveau des contenus pour rendre vraiment hommage au projet et au message porté... Ceci dit, on ne pourra que reconnaître le bien-fondé de la démarche qui apporte tout de même quelques éclairages et qui s'en remet à la conscience des citoyens...

Cinq lieux, cinq combats menés contre un ennemi commun : la suprématie de l'argent

       © Joe Sacco

Le temps des spolations (chap. I) dépeint le combat des Amérindiens pour la défense de leur droits territoriaux et le paradoxe des réserves indiennes (dont celle de Pine Ridge) où délinquance, violence, et crimes sont légions. Dépossédés de leurs terres, forcés à renier leurs traditions et finalement parqués comme des animaux dans des réserves où règnent désormais les gangs, les descendants de Crazy Horse, Sitting Bull ou Wounded Knee ont perdu toute dignité. Mais pas tous : quelques repentis ou quelques âmes fortes continuent de se battre à l'instar de Mike qui découvre l'éveil spirituel dans les sweat lodges en prison ou Verlyn Long Wolf, qui violée dès son enfance, a gagné son combat contre l'alcoolisme...

Jours de siège (chap. II) donne la voix aux pauvres de Camden (New Jersey) qui fut une ville prospère dans les années 60. Des spéculateurs sans scrupules (cf. l'empire de Norcross) emmenant avec eux la corruption, ont peu à peu paupérisé la ville et laissé dans la misère les pauvres (en majorité les classes ouvrières ou les afro-américains) qui n'ont pas eu les moyens de partir. Analphabétisme, trafic de drogue, prostitution, criminalité frappent cette ville pourtant régie par des multi-millionnaires. Heureusement, cette ville compte encore des Mme Davis ou des pères Doyle qui croient encore que du pire, peut germer le meilleur...

Le temps de la destruction (chap. III) raconte le pillage organisé des ressources naturelles de Virginie occidentale. Après avoir asservis les mineurs et leurs familles pendant des décennies, dévasté des centaines d'hectares de forêts et empoisonné des milliers de personnes pour générer toujours plus de profits, les puissantes compagnies minières continuent de mépriser les conséquences écologiques et sanitaires désastreuses de leurs exploitations en achetant le silence des élus et des puissants. A travers la révolte de Larry Gibson, c'est au récit d'une hécatombe que l'on assiste. Mais Larry est catégorique : ce qui lui donne la force de continuer, c'est qu'il sait que son combat est juste...

Le temps de l'esclavage (chap. IV), on le sait, n'est toujours pas aboli de nos jours. On parle désormais d'esclavage moderne mais que se cache derrière cette expression ? Les champs de coton autrefois prospères grâce à l'esclavage des noirs ont aujourd'hui laissé place aux plantations de tomates qui exploitent honteusement la main d’œuvre issue de l'immigration clandestine. Salaires de misère, conditions de vie déplorables, mauvais traitements, abus sexuels, chantages, les "esclaves modernes" participent à leurs dépends à un système profondément corrompu par l'argent. Nombreux sont ceux qui comme Ana regrettent d'avoir quitté leur pays mais tant que des Lucas Benitez se battront pour leur cause, il reste un infime espoir...

Jours de révolte (chap. V) revient sur la mobilisation collective du mouvement Occupy Wall Street. En 2012, celui-ci inspiré par les révolutions arabes, a soufflé un vent de révolte (aujourd'hui éteint) à travers tous les États-Unis. Comme pour tous les mouvements de contestation populaire, Chris Hedges rappelle à travers cet exemple et d'autres cas historiques, qu'il suffit parfois d'un élément déclencheur inattendu pour réveiller les consciences. Ketchup qui a participé à la mobilisation témoigne avec enthousiasme de l'effervescence qui régne alors à New-York...

Ce dernier chapitre censé clore la série de reportages sur une note optimiste convainc peu : aujourd'hui en 2015, les mouvements contestataires prônant la désobéissance civile s'essoufflent et chacun a repris sa vie. Restent les Mike, Mme Davis, Larry Gibson ou Lucas Benitez et les autres pour qui la lutte demeure une question de vie ou de mort. Plus qu'une dénonciation, cet ouvrage est à mon sens un bel hommage à leur combat...

Enfin, si votre librairie est en rupture de stock, notez que vous pouvez vous procurer le livre sur Amazon via le lien suivant : Jours de destruction, jours de révolte


  • Titre : Jours de destruction, Jours de révolte
  • Auteur : Chris Hedges
  • Illustrations : Joe Sacco
  • Traducteur : Sidonie Van den Dries (BD) et Stéphanie Dacheville (texte)
  • Éditeur : Futuropolis
  • Date de parution : Novembre 2012
  • Nombre de pages : 304 p.
  • ISBN : 978-2754808767
  • Crédits photographiques : © Joe Sacco


Bestiaire fantastique des voyageurs - Dominique Lanni

"En littérature, un bestiaire désigne un manuscrit du Moyen Âge regroupant des fables et des moralités sur les « bêtes », animaux réels ou imaginaires. Par extension, on appelle bestiaire une œuvre consacrée aux bêtes". Si l'on se réfère à cette définition proposée par Wikipédia, cet ouvrage se classe en effet dans la catégorie des bestiaires. Mais plus que cela, il se revendique comme un ouvrage de référence, sorte d'encyclopédie ou de glossaire des créatures rares et fantastiques qui peuplent les légendes ou les récits de voyageurs. Organisé sous forme de fiches rédigées par différents universitaires, ce bestiaire proposé par Dominique Lanni recense créatures légendaires et animaux rares ou disparus. Qu'ils soient issus de la Mythologie, de récits de voyage, de la littérature fantastique, de l'Antiquité ou de la culture populaire, les créatures ici répertoriées renvoient à des univers fantasques qui ont peuplés nos voyages, nos rêves, nos cauchemars ou nos fantasmes. Ainsi, le Haffstramb côtoie t-il l'Onoskelis ou le Rokh et le Tarasque. Mais on y trouvera aussi le Cynocéphale, le Boitata ou autres Cthulhus. A la fois ludique et instructif, ce beau dictionnaire illustré et agrémenté d'un riche appareil bibliographique, saura titiller l'imagination et la curiosité des plus passionnés...

Dans son texte d'introduction, Dominique Lanni, qui s'intéresse particulièrement aux modes de représentations de l'altérité dans les cultures littéraires et scientifiques de l'âge classique, interroge sur l'emploi du terme créature au lieu de celui de monstre : "Parce que si tous les monstres sont des créatures, toutes les créatures ne sont pas des monstres. Aussi, ce bestiaire est-il moins une petite encyclopédie des monstres qu'un petit dictionnaire de créatures, au double sens étymologique et biblique du terme. Et les deux sont viscéralement liés. Car c'est précisément parce que les voyageurs, savants et lettrés tenaient que, dans son plan et sa grande sagesse, Dieu avait tout créé, y compris les créatures les plus monstrueuses et les plus improbables, qu'ils ont cherché à comprendre la raison d'être de leurs peurs, fantasmes, ou qu'ils leur ont donné forme, afin de pouvoir continuer à vivre dans un monde parfaitement raisonnable et intelligible." (p.15-16). Partant de ce postulat, Dominique Lanni pose clairement l'objet de son livre qui montre à quel point l'imaginaire tient une place importante dans nos inconcients. Mi-bête, mi-homme, réels ou imaginaires, effrayants ou non, toutes les créatures de cette encyclopédie nous rappellent à nos bons souvenirs d'enfants où nous nous plaisions à inventer des histoires peuplées d'êtres étranges et fantasques. Évidemment, comme rien n'est plus ennuyeux que de lire une encyclopédie de façon linéaire, j'ai pris le parti de piocher une fiche ou deux dans l'index pour les lire au gré de mes envies...

Pour ce qui concerne le choix éditorial, bien que je concède à Dominique Lanni que : "Si la littérature a donné forme et crédit à nombre des créatures qui figurent dans ce bestiaire, via l'humour, l'ironie et la satire, elle est aussi venue corriger de manière salutaire les erreurs et égarements des voyageurs et des savants en rappelant notamment qu'il y eut des hommes comme les Cafres, les Hottentots, les Lapons, les Niams-niams ou les Patagons, qui n'eurent le droit d'exister qu'en tant qu'animaux ou monstres et au prix d'un agrégat d'anamorphoses" (p.24), je trouve justement que le choix d'intégrer les Cafres, Hottentots, Lapons, etc. au bestiaire est malvenu. Par ailleurs, je regrette que certaines fiches restent trop succinctes et peu contextualisées mais quoiqu'il en soit, Dominique Lanni a gagné son pari car ce bestiaire est une véritable mine d'informations (notamment les sources bibliographiques) et j'aurai moultes raisons de m'y référer à l'avenir... C'est donc avec enthousiasme que je vous recommande la consultation de ce bestiaire qui vous fera pénétrer un des plus fantastiques cabinets de curiosités du monde...

Encore une fois, je tiens à remercier Babelio pour ce beau partenariat qui a comblé mes attentes et je tiens à présenter mes excuses pour cette chronique rendue en retard. Mes remerciements vont également aux éditions Arthaud (Flammarion) qui m'ont offert la possibilité de faire cette belle découverte.

Comme toujours, si vous souhaitez vous procurer cette belle encyclopédie, notez qu'elle est disponible sur Amazon via le lien suivant : Bestiaire fantastique des voyageurs

Titre : Bestiaire fantastique des voyageurs
Auteur : Dominique Lanni
Illustrateur : Antoine Maiffret
Éditeur : Arthaud (Flammarion)
Date de parution : Avril 2014
Nombre de pages : 498 p.
ISBN : 978-2-0812-9055-6
Couverture : Création Studio Flammarion


La guerre dans la BD - Mike Conroy

Malgré sa réputation de média futile, la BD, ainsi que le démontre Mike Conroy, a réussi contre toute attente à s'approprier au fil du temps le sombre thème de la guerre. Relayée à l'origine par les dessins de la presse quotidienne, la guerre sous toutes ses formes et dans toutes ses périodes a finalement été couverte par une multitude de publications illustrées allant de la revue au roman graphique (apparu dans les années 2000) en passant par le format de poche. Ainsi, était-il peut-être plus facile de traiter d'un sujet grave par le dessin en permettant une certaine liberté d'interprétation plus légère, nuancée ou fantasmée ? Peut-on voir dans la souplesse et la liberté du dessin les raisons du succès fulgurant du war comics aux USA à partir des années 40 ? Qu'il s'agisse des guerres de Napoléon, de la Guerre de Sécession, de la Grande guerre, de la 2nde Guerre mondiale ou de la guerre du Vietnam... la BD de guerre avait enfin trouvé un public friand. Bien qu'elle ait parfois connu des périodes d'essoufflement, celle-ci a su satisfaire aux besoins des consommateurs en s'adaptant aux tendances en vogue : tantôt patriotique, propagandiste, fantastique, populaire ou réaliste, la BD de guerre s'est taillé une bonne part sur le marché des ouvrages illustrés. De l'évolution des formats à la nature des contenus, Mike Conroy montre également comment les éditeurs ont su faire évoluer leur offre éditoriale pour satisfaire leur lectorat. Parmi les nombreux auteurs cités, notons par exemple Joe Kubert, Harvey Kurtzman, Jack Kirby ou encore des auteurs plus récents comme Art Spiegelman ou Joe Sacco qui ont chacun imposé leur propre style. Illustré par une abondante et riche iconographie, La guerre dans la BD offre un beau panorama sur les sources anglophones du genre...

Forcément non-exhaustif, d'une part parce qu'il couvre principalement les références anglophones et d'autre part parce qu'il existe une telle foultitude de titres qu'il est impossible d'en dresser un tableau complet, cet ouvrage se destine surtout à des lecteurs chevronnés. La présentation de Mike Conroy est pour moi l'oeuvre d'un passionné destiné à des connaisseurs ou à des collectionneurs en recherche de sources. Je ne partage donc pas l'avis suivant de Garth Ennis"La guerre dans la BD se veut une introduction à un genre dont le propos s'avère souvent bien plus subtil que ne le laisse supposer le thème" (extrait de la préface). Cet ouvrage illustré certes de très belle facture, ne relève pas à mon sens d'une introduction au genre. On y puise trop peu d'explications pour une bonne entrée en matière (rappelons que je suis novice et qu'il s'agissait justement pour moi d'une initiation). Le livre ressemble davantage à un ouvrage bibliographique dont j'ai trouvé la lecture fastidieuse malgré quelques timides tentatives d'analyse et un travail de mise en page impeccable. Les intéressants mais trop rares développements sont malheureusement noyés dans les dizaines de références. L'attention qui n'est du coup pas retenue par des textes argumentés ou étoffés, est trop facilement distraite par les superbes mais multiples illustrations qui peuplent le livre. Il m'aurait par exemple paru plus judicieux de mettre l'accent sur l'analyse quitte à sacrifier certains titres ou certaines planches. Car de l'expertise de Mike Conroy sur le sujet, je n'en doute pas. Juste qu'il aurait sans doute pu donner plus de profondeur à son travail en se focalisant sur certaines périodes, certaines guerres ou certains auteurs. Par ailleurs, la traduction du titre original War comics : a graphic history me semble trahir l'objet même du livre. Bref, une déception pour cet ouvrage qui n'en reste pas moins un beau livre et un riche ouvrage de sources...

Si vous souhaitez découvrir ce titre, notez qu'il est disponible sur Amazon via le lien suivant : La guerre dans la BD : Personnages de fiction ou véritables héros ?  
  • Titre : La guerre dans la BD
  • Sous-titre : Personnages de fiction ou véritable héros ?
  • Titre original : War comics : a graphic history
  • Auteur : Mike Conroy
  • Traducteur : Jérôme Wicky
  • Préface : Garth Ennis
  • Éditeur : Eyrolles
  • Date de parution : Septembre 2011
  • Date de parution originale : 2009 (The Ilex Press Limited)
  • Nombre de pages : 191 p.
  • Couverture : Matt Becker, Fightin' Marines n°5 (haut), Jack Davis, Two Fisted Tales n°30 (bas)
  • ISBN : 978-2-212-13219-9

El gran surubi - Pedro Mairal - Jorge Gonzales

Jamon Paz rêve d'une vie qui ne serait pas la sienne. Une vie qui ne serait faite ni de désillusions, ni de tristesse. Par lâcheté ou par désespoir, il voudrait mourir sans le vouloir vraiment. Seuls, les moments qu'il passe avec ses amis à jouer au foot, le désintoxiquent de sa vie désespérée. Peu importe qu'il soit mauvais footballer, le plaisir de rigoler avec les copains compense les peines et les frustrations liés à ses déboires conjugaux. Jusqu'à ce fameux jour où il marque un but. Les flics débarquent en plein match et réquisitionnent toute l'équipe pour un sport bien différent : celui de la pêche au grand surubi. Ce jour de gloire éclipsé par la concrétisation du rêve prémonitoire de Ramon, marque le début d'une obscure odyssée : enrôlés de force par l'armée argentine, les jeunes gens doivent partir à la chasse du légendaire poisson-chat pour nourrir la population affamée de Buenos Aires. Lorsque Ramon est embrigadé pour la pêche au surubi, il se sent allégé mais son soulagement fait vite place à la surprise puis à la peur. Ne croyant qu'à moitié aux légendes qui circulent autour du géant marin, Ramon réalise soudain à la vue de l'oeil de la bête, qu'il s'agit bien d'un monstre dont la puissance doit être incroyable. La difficile partie de pêche qui s'engage ressemble plus à une âpre lutte entre les hommes et l'animal. A la différence du merveilleux combat de Santiago avec le merlin d'Ernest Hemingway (cf. Le vieil homme et la mer, l'un des premiers livres qui m'aient donné le goût de la lecture), celui des argentins contre le grand surubi n'a rien d'une pêche même sportive. Il verse dans l'horreur lorsque les cheftains décident de changer d'appâts... Mettant sa poésie au service de ce beau et sombre récit, Pedro Mairal prête à son héros désabusé les mots suivants : "Mon récit est simple et ne prétend pas, Devenir une fable ou tout comprendre, Je veux juste raconter ce que je vis. Le fleuve, dieu, la mort, le Surubi." Magnifié par les inquiétantes illustrations de Jorge Gonzales, El Gran Surubi convie le lecteur à une incroyable et sinistre partie de pêche... Un hallucinant voyage poétique et graphique qui confirme que les monstres à abattre ne sont pas toujours ceux que l'on croit...


Pour raconter l'histoire d'El gran surubi, Pedro Mairal a choisi de découper son récit en six chapitres composés chacun de dix sonnets (soit soixante sonnets au total). Cette technique narrative à laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de me frotter à part pour L'Illiade et l'Odyssée d'Homère, est parfaitement maîtrisée par l'auteur argentin : en seulement quelques courts sonnets, il parvient avec brio à développer une intrigue romancée bien ficelée qui pique très vite la curiosité du lecteur. Le travail d'illustration de Jorge Gonzales vient couronner le tout en apportant une dimension troublante par des dessins dont j'apprécie particulièrement le traitement sur le contraste des lumières et le travail sur les couleurs. En outre, si le récit d'El gran surubi peut s'apprécier d'un point de vue purement textuel, la plus-value apportée par les illustrations de Jorge Gonzales et le superbe travail de mise en page réalisé par les éditions Les Rêveurs, subliment cette fiction. Mais l'agréable surprise relative à la découverte de ce bel ouvrage illustré ne s'arrête pas là car pour les lecteurs hispanophones, notons que l'édition proposée est bilingue. Cette intention qui met intelligement en valeur le difficile travail du traducteur (en l'occurrence Thomas Dassance pour la présente traduction), méritait également d'être soulignée. Pour ces raisons, El gran surubi est assurément un livre peu conventionnel qui trouvera j'en suis sûr, une belle place sur vos étagères.


Enfin, je voudrais grandement remercier Babelio et les éditions Les Rêveurs qui m'ont témoigné leur confiance en m'offrant ce livre et en me confiant la rédaction de sa chronique (Opération Masse Critique).



Et si comme moi, vous voulez être surpris, touché, bouleversé, notez que le livre est disponible à la vente sur Amazon via le lien suivant : El Gran Surubi.
  • Titre : El Gran Surubi
  • Auteur : Pedro Mairal
  • Dessinateur : Jorge Gonzales
  • Traducteur : Thomas Dassance
  • Éditeur : Les Rêveurs
  • Date de parution : 2013
  • Nombre de pages : 137 p.
  • ISBN : 979-10-91476-43-0
  • Crédits photographiques : © Jorge Gonzales pour El Gran Surubi

Journal d'un corps - Daniel Pennac

On ne compte plus le nombre de journaux que recense la littérature. Que ce soit le Journal d'un tueur (Gérard Schaeffer), le Journal d'un fou (Gogol), Le journal d'Anne Franck... cette forme d'écriture a toujours eu la part belle parmi les livres. Souvent destiné à recueillir les réflexions, expériences ou sentiments de son auteur, le journal est le fidèle confident. Le journal de Daniel Pennac se différencie pourtant à ceci près qu'il touche à quelque chose qui nous est commun à tous : le corps. Ce corps que nous entendons mais n'écoutons pas, que nous voyons mais ne regardons pas, qui nous accompagne tout au long de notre vie mais que nous oublions parfois. Ce corps même qui nous rapproche de nos semblables et qui cache bien de secrets, Daniel Pennac a souhaité le célébrer sous la plume paternelle de Lison, le narrateur ("C'est d'un autre corps que j'ai, moi, tenu le journal quotidien ; notre compagnon de route, notre machine à être." p. 7). Merveilleux héritage d'un homme-enfant au caractère sybillin, ce Journal d'un corps par son approche tantôt touchante, tantôt crue mais jamais clinique, expose au grand jour les préoccupations qui nous ont tous hanté un jour mais que nous ne prenons que rarement la peine de raconter. De son enfance, où il prend progressivement conscience de son corps, des complexes qu'il en conçoit, de ses premiers émois érotiques à ses déboires sexuels, de ses lubies à ses habitudes, de ses angoisses à ses maladies, de ses plus beaux succès à ses morts tant aimés, et ce jusqu'à la fin, le père de Lison a consigné dans son journal tous ces événements qui marquent immanquablement l'histoire d'un corps...

"Je n'ai jamais envisagé mon corps comme un objet de curiosité scientifique. Je n'ai pas cherché à le décrypter dans les livres. Je ne l'ai pas flanqué sous surveillance médicale. Je lui ai laissé la liberté de me surprendre. Ce journal m'a juste mis en état d'accueillir ces surprises." (p.357) confie simplement le narrateur. Cette fantastique "machine à être" dont nous ignorons bien des mystères et qui guide parfois nos sentiments et nos choix parle d'elle-même dans ce journal. Avec la sensibilité et l'humour qu'on lui connait, le père de la célèbre tribu des Malaussène nous fait rire ou sourire. Il émeut, il révolte. Mais toujours avec cette humanité qui caractérise ses oeuvres. J'ai aimé le journal de ce corps qui m'a rappelé certaines de mes propres expériences ou souvenirs. Et parce qu'il fête un trésor qui nous est tous commun et propre à la fois, ce journal a une résonnance particulière : il dévoile un peu de nous tous...

Il y a maintenant longtemps que j'avais lu le sourire aux lèvres, l'hilarante saga des Malaussène et Le dictateur et le hamac (que j'avais d'ailleurs bien apprécié). Je pensais ne plus revenir aux oeuvres de Pennac. Quelle ne fût donc cette agréable surprise que la publication de ce livre, abondamment illustré par les dessins de Manu Larcenet. Ce pavé, que dis-je ? cette enclume (hormis mes dicos, c'est le livre le plus grand et le plus lourd de ma bibliothèque) est une co-édition des éditions Gallimard et Futuropolis. C'est un bel objet qui saura ravir les inconditionnels de Manu Larcenet. Bien que j'apprécie le travail du dessinateur, cette édition ne me parait pas des plus indispensables en raison de son prix élevé. Pour ceux qui ne peuvent se permettre cet investissement, je conseille tout simplement la première édition de Gallimard.

Enfin, si vous souhaitez vous procurer ce livre, notez qu'il est disponible sur Amazon, via le lien suivant : Journal d'un corps

  • Titre : Journal d'un corps
  • Auteur : Daniel Pennac
  • Dessins : Manu Larcenet
  • Éditeur : Futuropolis / Gallimard
  • Date de parution : Mars 2013
  • Nombre de pages : 375 p.
  • EAN : 978-2-7548-0950-4

Le fantôme de Canterville - Oscar Wilde

De tous les fantômes célèbres, s'il en est un dont il faut avoir lu les aventures au moins une fois, c'est bien celui de Canterville. C'est drôle, léger, rafraichissant et l'on ne peut que s'attacher au pauvre fantôme malmené par la famille Otis. Fort des générations de lords et de ladies qu'il a terrorisé, le fantôme de Canterville s'évertue à hanter le vieux manoir mais il se heurte pour son plus grand malheur au matérialisme désespérant de la joyeuse famille américaine. Le Fantôme a beau déployer tous ses meilleurs stratagèmes d'épouvante, rien n'y fait. Ni les taches de sang indélébiles, ni les apparations monstrueuses et pas même les cris insupportables n'arrivent à bout de la bonne humeur et de l'espièglerie des Otis. C'est au contraire le fantôme qui prend peur et finit par déprimer. Seule la prophétie des vitraux de la bibliothèque pourra peut-être le délivrer de son malheur...

On avait rarement vu de carrière de fantôme aussi pitoyable que celle du Fantôme de Canterville, ne serait-ce celle du Phantom of the Paradise de Brian de Palma ou peut-être celui moins pathétique de Gaston Leroux. Même s'il est ridicule, le fantôme d'Oscar Wilde reste toutefois mon fantôme préféré. C'est d'ailleurs avec un grand sourire aux lèvres que j'ai refermé les dernières pages de ses mésaventures. Cette élégante édition, enrichie par de sympathiques illustrations du dessinateur satirique argentin Oscar Conti (Oski), fera le bonheur des petits et des grands. C'est donc avec délectation que j'ai découvert l'association très réussie du travail des deux Oscars et je félicite les Éditions Chandeigne pour ce bel objet qui saura fièrement orner toutes les bibliothèques...

Tous mes meilleurs remerciements reviennent aux Éditions Chandeigne et à Babelio pour ce gracieux partenariat.

Enfin, si vous ne trouviez pas le livre dans votre librairie préférée, vous pouvez toujours vous le procurer via Amazon en vous rendant sur le lien suivant : Le Fantôme de Canterville.

  • Titre : Le fantôme de Canterville
  • Auteur : Oscar Wilde
  • Éditions : Chandeigne
  • Collection : Série illustrée
  • Directrice de collection : Anne Lima
  • Traducteur : Bernard Tissier
  • Illustrateur : Oski (illustrations de 1976)
  • Date de parution : Octobre 2012
  • Nombre de pages : 85 p.
  • ISBN : 978-2-915540-93-2