ie La sorcière de Salem - Elisabeth Gaskell - Les embuscades littéraires d'Alcapone
Bienvenue sur le blog de lecture d'Alcapone

La sorcière de Salem - Elisabeth Gaskell

Lois Barclay est une jeune anglaise de 18 ans, qui quitte son Angleterre natale pour la Nouvelle Angleterre en 1691 suite au décès de ses parents. Accueillie par la famille de son oncle à Salem, Lois doit apprendre à s’intégrer dans une ville dont les habitants observent une défiance superstitieuse à l’égard des principes papistes du vieux continent. Sa famille d’adoption dont les membres sont plus étranges les uns que les autres, est une famille protestante issue des permières vagues d’immigration de populations puritaines vers le nouveau monde. Alors que les histoires de sorcières se racontent le soir au coin de la cheminée, une ambiance mystique règne à Salem. Les dernières affaires de sorcellerie qui ont secoué le village avant l’arrivée de Lois marquent encore les consciences et les oppositions entre l’église puritaine et l’église romaine se traduisent clairement dans les positions adoptées par les villageois de Salem. Comment la paranoïa et le fanatisme religieux ont frappé cette petite ville américaine, c’est ce que nous raconte l’histoire de La sorcière de Salem.

L’excellente préface de Bertrand Fillaudeau rappelle le contexte historique de l’affaire des sorcières de Salem : alors que Cromwell, homme politique et militaire anglais converti à une secte protestante, fait des émules au sein de la communauté nouvellement immigrée en Nouvelle Angleterre, les anglais royalistes sont accusés de soutenir une église romaine qui procède à des cérémonies démoniaques. La sorcellerie est alors largement condamnée et la Nouvelle Angleterre sert de laboratoire idéal à ces féroces adeptes du puritanisme. La sorcière de Salem, nous explique t-il, "est la description implacable de la paranoïa qui saisit une petite ville." p. 11

"En s’appuyant sur des faits historiques, comptes rendus des procès et suites de l’affaire, Elizabeth Gaskell parvient à rendre magistralement la montée du péril, l’atmosphère de délation et de haine, la folie collective qui vont broyer à jamais des êtres de chair et de sang." Extrait de la présentation de l’éditeur. 

Souvent associée à Charles Dickens qui la surnommait sa "chère Schéhérazade", Elizabeth Gaskell est considérée comme un maître du roman politique et social ou encore comme un auteur de récits du folklore. "Son sens de la justice et de la responsabilité va de pair avec sa faculté de communiquer l’émotion face à l’innocence bafouée et à la folie des hommes. » (extrait de la présentation de l’éditeur). Marquant l’écriture gothique de sa plume humaniste, Elizabeth Gaskell a réussi à montrer à quel point la sorcellerie est une superstition favorisée par l’ignorance et la crédulité.


Ce roman, parfaitement écrit, est passionnant. Elizabeth Gaskell maîtrise à merveille son intrigue et j’ai trouvé les personnages justes et leur psychologie très bien étudiée. On connait dès le départ l’issue tragique de l’histoire mais l’objectivité dont fait preuve l’auteure fait de La sorcière de Salem une lecture de référence sur la question. Le recul de Gaskell sur cette affaire (le roman est écrit au 19ème siècle) apporte de la crédibilité à son récit et l’on ne peut que constater avec horreur les méfaits de l’obscurantisme religieux sur la société de l’époque. A lire sans modération.

A voir sur le sujet, l’excellente adaptation cinématographique de la pièce d’Arthur Miller avec Winona Ryder et Daniel Day-Lewis (sortie sur les écrans en 1996).

Bref historique de l’affaire des sorcières de Salem : "En 1692, chez Samuel Parris, pasteur de Salem, dix adolescentes furent prises de convulsions et se livrèrent à des actes abominables et obscènes. La nourrice indienne de la fille du pasteur proposa un remède magique, ce qui lui fut reproché par la suite - seule la contrition la sauva du bûcher. L’affaire était lancée. Les accusations fusèrent, les cas de possessions pseudo-démoniaques se multiplièrent. Plus de deux cents personnes furent arrêtées. Dix- neuf furent pendues. Ce n’est qu’en avril 1694 que le gouverneur Philipps remit en liberté cent cinquante prisonniers. En 1957, le Parlement du Massachussets réhabilita les victimes - le succès de la pièce d’Arthur Miller n’étant peut-être pas étranger à cette mise au point bien tardive." (extrait de la préface de Fillaudeau).

Dédicace : A F., une autre sorcière


Auteur : Elizabeth Gaskell
Titre original : Loïs the witch
Traducteur : Roger Kann et Bertrand Fillaudeau
Editions : José Corti
Collection : Romantique N° 73
Date de parution : 1999
Nombre de pages : 210 p.
Préface : Bertrand Fillaudeau
Partager cet article :

Enregistrer un commentaire