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Demain, demain - Laurent Maffre

Tout comme de nombreux Algériens de sa génération (1960’s), Kader a rejoint la France en 1962 pour participer à la construction des HLM de la banlieue parisienne. Logé mais surtout parqué au 127 rue de Garenne, autrement dit au Bidonville de la Folie de Nanterre, Kader espère faire des économies pour pouvoir offrir une vie meilleure à sa famille et pourquoi pas, acheter à termes une maison au bled. Malheureusement, ce qui sur le papier ressemble beaucoup à un rêve tangible, ne correspond pas aux espoirs nourris par les travailleurs immigrés qui ont accepté de partir travailler en France :  hébergé dans une baraques en ruines dans des conditions de vie insalubre (pas de raccord à l’eau ni à l’électricité), Kader n’a d’autre choix que de s’adapter et de rassurer sa famille restée au bled en lui envoyant de beaux clichés touristiques de Paris. Mais la réalité est autrement cruelle. Lorsque Soraya, la femme de Kader, le rejoint avec leurs enfants, Ali et Samia, ce n’est que désenchantements et désillusions : non, la petite famille ne sera pas logée dans une des belles maisons dorées des cartes postales envoyées par Kader mais dans la baraque 1957 du bidonville gris et boueux de La Folie. Exposée au froid, à l’humidité et vivant dans des conditions de vie déplorables, la petite Samia tombe sérieusement malade. Commence alors pour Kader et Soraya un véritable parcours du combattant pour obtenir l’accès à un logement décent...

Le bien nommé bidonville de la Folie ou l’histoire douloureuse des travailleurs immigrés maghrébins


L’histoire de Kader est celle de nombreux travailleurs immigrés Maghrébins venus en France dans les années 1960 à l’appel du gouvernement pour participer à la (re)construction du pays : construction de routes, d’infrastructures, de logements..., les immigrés ont constitué une main d’oeuvre bon marché que les français n’ont pas hésité à solliciter. Rêvant d’une vie meilleure, beaucoup d’Algériens parmi d’autres communautés, se sont laissés tenter par cet Eldorado où, à en croire certains, il suffisait de se baisser pour ramasser les billets. Pourtant, cet échange de bons procédés qui semblait au départ partir d’un principe louable (accueil en France pour du travail), s’est avéré être un véritable fiasco : en effet, si les premiers travailleurs immigrés des années 1950 étaient logés dans des « garnis » du centre-ville, la rapide saturation de ces logements meublés et l’arrivée des familles ont précipité l’installation de baraques de fortune sur les terrains vagues à proximité des usines et des chantiers. C’est ainsi que le bidonville de La Folie s’est construit sur les terrains de l’Établissement Public pour l’Aménagement de la Défense (EPAD) : « Sur les chantiers à proximité, le chemin de grue et la préfabrication régnaient en maître. L’EPAD, responsable de l’urbanisation de la zone, entraînait une transformation radicale du paysage. Tel un îlot perdu, la Folie subsistait au milieu de ce ballet incessant de camions charriants de la terre. Sa résorption n’était pas encore programmée mais la Brigade Z, constituée de démolisseurs aux ordres des autorités, empêchaient son extension. » (extraits).


Non seulement, les habitants du bidonville y souffraient du froid, de l’humidité et de la saleté (ils avaient honte d’aller en ville avec leurs chaussures inévitablement crottées de boue et enveloppaient leurs chaussures de sacs plastique pour les protéger) mais ils devaient en plus se coltiner la corvée d’eau (une seule fontaine d’eau mise à disposition pour 1500 travailleurs et 300 familles), devaient craindre les risques d’incendie et devaient en plus subir les contrôles incessants et les brimades et humiliations de la Brigade Z (sa mission était de contenir l’expansion du bidonville car le terrain devait être réhabilité pour accueillir les nouveaux quartiers de la Défense). Dans un contexte politique complexe alors marqué par la Guerre d’Algérie (1954-1962) et les conflits entre la France et le FLN, la défiance manifeste de certains citoyens français envers les populations immigrées qui s’est notamment traduit par les ratonnades et le massacre du 17 octobre 1961, envenime les relations entre les immigrés, les autorités publiques et les administrations. Pour être relogés dans les cités de transit ou dans des habitations salubres, les travailleurs immigrés doivent payer des pots de vin et faire face à des casse-têtes administratifs sans fin. La situation devient intenable et force est de constater que le rêve vendu par la France aux travailleurs algériens s’est définitivement vidé de sa substance et n’est devenu qu’un miroir aux alouettes... Heureusement, de nombreuses personnes à l’instar de Véronique Hervo ont milité pour défendre les droits de ces travailleurs immigrés et laissé des archives inestimables pour la reconnaissance de ce douloureux épisode de l’histoire de l’immigration en France...

Histoire, mémoire et bande-dessinée, un trio gagnant


Exploitant les enregistrements sonores et les photos collectés par Véronique Hervo au bidonville de La Folie dans les années 60, Laurent Maffré a travaillé ce projet de bande-dessinée dans le cadre de recherches du programme pluridisciplinaire de l’Agence nationale de la recherche (projet Terriat, Territoires de l’attente). Ce projet qui s’intéresse à la mise en attente des communautés en déplacement et en particulier à la manière dont les populations migrantes s’approprient les lieux et les moments de leur trajectoire interrompue, a permis cet excellent travail mémoriel sur l’histoire de l’immigration en France. Largement inspiré des témoignages des habitants et des documents d’archives hérités de Véronique Hervo, Laurent Maffré qui met intelligemment son talent de dessinateur et de narrateur au service d’un récit mêlant réalité et fiction, prouve une fois de plus que le 9è art sait avec justesse et brio, s’illustrer et se mettre en scène dans des projets scientifiques aux objectifs ambitieux comme des travaux sur l’histoire et la mémoire de l’immigration. Aussi, pour ses sobres dessins aux innombrables et minutieux détails, pour l’alternance de certaines planches aux applats gris marquant des situations tristes, tragiques ou angoissantes avec une majorité de planches en noir et blanc dominées par la clarté, pour la richesse de son contenu (malgré ses quelques 160 pages, cette bande-dessinée propose un contenu très riche), pour la qualité de ses propos (pas de jugements, ni de condamnations), Demain, demain est une lecture à découvrir absolument... Une formidable réflexion sur la thématique de l’exil qui devrait tous nous interpeller à une période maussade marquée par les « crises migratoires » et la montée en puissance des discours identitaires...

Pour compléter cette passionnante lecture, je vous invite à découvrir le web documentaire intitulé 127, rue de la Garenne, le bidonville de la Folie, Nanterre (frise multimédia illustrée et enrichie par les commentaires de Véronique Hervo et par les témoignages des habitants du Bidonville à l’poque) qui accompagne l’ouvrage (co-production de Arte).



Enfin, comme toujours, si vous souhaitez vous procurer cet ouvrage sur Amazon, notez qu’il est disponible via le lien suivant : Demain, demain : Nanterre, bidonville de la folie 1962-1966.

Détails bibliographiques


  • Titre : Demain, Demain
  • Sous-titre : Nanterre, bidonville de la folie, 1962-1966
  • Auteur : Laurent Maffre et Véronique Hervo (127 rue de la Garenne)
  • Éditeur : Actes Sud
  • Collection : Bande-dessinée
  • Date de parution : Avril 2012
  • Nombre de pages : 160 p.
  • ISBN : 978-2330006228
  • Couverture : © Laurent Maffre

Un si fragile vernis d'humanité - Michel Terestchenko

A propos des origines du totalitarisme, David Rousset déclarait « Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible » (L’univers concentrationnaire, 1946, p. 181) et rien ne parait aussi vrai qu’après cette lecture. Car comment expliquer autrement les mécanismes de déshumanisation mis à l'oeuvre à travers les régimes totalitaires ? Revenant sur les processus de décision qui guident le choix de chaque personne en vertu de son sens moral (mais pas seulement et c’est tout là l’intérêt son argumentaire), Michel Terestchenko, en évoquant « Un si fragile vernis d’humanité », repose la question du « Héros ou Salaud » déjà débattue par Hannah Arendt (cf. Les origines du totalitarisme, 1951 et Eichmann à Jerusalem, 1963). Entre « Banalité du bien » et « Banalité du mal », le professeur de philosophie questionne notre "humanité grise" en introduisant le nouveau paradigme selon lequel nos actes ne seraient pas exclusivement motivés par des intérêts égoïstes mais également conditionnés par notre présence ou notre absence à soi. L’idée n’étant pas de fustiger ni de s’indigner des horreurs commises au nom de telle ou telle idéologie, la démonstration de Michel Terestchenko participe d’une démarche de compréhension dont l’objectif n’est certainement pas de trouver des excuses à l’impensable mais bien d’identifier les raisons qui mènent aux conduites de destructivité pour mieux se prémunir des dangers de l’endoctrinement. Aussi, à la question de savoir ce qu’on aurait fait à la place des uns ou des autres, Michel Terestchenko n’apporte pas de réponses catégoriques : ce qu’il faut retenir de ce brillant et passionnant essai, c’est qu’il appartient à chacun d’agir ou de ne pas agir en fonction de sa présence à soi... Une oeuvre humble mais magistrale qui vaut bien 5 étoiles !

Le paradigme de l’égoïsme psychologique : un système de pensée occidental qui peine à renouveler le débat sur les conduites destructives des régimes totalitaires


    Gitta Sereny interviewant Franz Stangl, commandant du camp de Sobibor et de Treblinka après son arrestation au Brésil, 1970, inconnu

Constatant que la théorie de l’égoïsme psychologique qui a gouverné la pensée occidentale pendant près de trois siècles (cf. La Rochefoucault, Mandeville ou Bentham) peine à émuler un débat nouveau sur la moralité du sens commun, Michel Terestchenko pose la problématique des conduites de destructivité sous un angle différent : s’appuyant notamment sur des exemples historiques concrets (entretiens de Franz Stangl par Gitta Sereny, cas des déportations et massacres de masse de juifs polonais par le 101eme bataillon de réserve de la police allemande rapporté Christopher Browning) et sur des travaux de psychologie sociale américains, l’auteur tente une approche nouvelle en analysant les phénomènes de soumission à l’autorité (expérience de Stanley Milgram, Université de Yale), de conformisme de groupe (expérience de la prison de Philipp Zimbardo, Université de Stanford) et de passivité face à des situations de détresse (exemple de l’affaire Kitty Genovese et autres expériences). Sans réfuter complètement les intérêts égoïstes qui régissent les décisions de chaque individu, Michel Terestchenko démontre en premier lieu l’existence du sens moral et de la fragilité de l’humanité. Ensuite, bien que conscient que la psychologie sociale n’apporte pas de réponses parfaitement satisfaisantes à sa problématique, l’auteur fait la lumière sur les constats suivants : 1) l’obéissance à l’autorité ne constitue pas à elle seule un motif suffisant pour justifier des actes abominables perpétrés par les nazis (elle doit par exemple être conjuguée à la négation de l’humanité des juifs dans le cas de la Shoah). 2) le conformisme de groupe peut s’expliquer par la structure environnementaliste de l’obéissance à l’autorité (contextes sociaux aliénants comme le milieu carcéral ou militaire). 3) la personnalité des sujets est un facteur décisif car d’elle dépend la capacité de certains d’être présents à soi (conscience, principes, sentiments d’empathie éprouvés à l’égard des victimes). Pour autant, ces éléments, s’ils sont susceptibles d’apporter un éclairage sur les raisons (in)conscientes qui motivent nos décisions, ne déterminent pas nécessairement à l’avance une « idéologie du bien » ou une « idéologie du mal » car au final « C’est toujours une décision initiale, à peine perceptible, qui décide du côté duquel, une fois engagé, on se retrouvera in fine. » (extrait de la 4ème de couverture).

Des réflexions sibyllines sur l’altruisme et la présence à soi


  Photo de source inconnue montrant l’un des participants à l’expérience de la prison initiiée par Philipp Lombardo, Université de Stanford, 1971

Pour étayer ses réflexions sur la présence ou l’absence à soi, Michel Terestchenko consacre la 2ème partie de son ouvrage aux théories de l’altruisme. Réfutant l’axiome de l’égoïsme psychologique, l’auteur démontre l’existence d’un altruisme désintéressé pour expliquer par exemple les actes de résistance au totalitarisme nazi. Selon lui, la présence à soi qui est cette faculté d’agir en accord avec ce que l’on est, est conditionné par l’altruisme (aussi multiples que puissent revêtir ses formes). C’est ce qui expliquerait qu’en dépit des risques encourus, certaines personnes auraient sauvé des nombreux juifs du pire. Est-ce à dire que les gens qui ont agi en l’absence d’eux-mêmes, l’aient forcément fait de façon égoïste ? Est-ce à dire que les gens qui ont participé à l’holocauste (peu importe qu’ils l’aient fait de façon active ou passive) étaient forcément absents à eux-mêmes et dénués de toute empathie ? Est-ce à dire que les gens qu’on pouvaient qualifier d’altruistes au regard des arguments de l’auteur, aient forcément été plus enclins à faire acte de résistance à l’encontre du régime totalitaire ? Est-ce à dire que... ? Si l’auteur apporte des réponses claires à certaines de ces questions, j’avoue que ses démonstrations parfois sibyllines parce que (trop) abondamment alimentées par arguments et contre-arguments, m’ont perdue. Aussi, si cette 2ème partie de l’ouvrage est largement moins accessible que la première, on y puisera tout de même de nombreuses références et éléments de réflexion qui ne manqueront pas d’initier de nouveaux questionnements...

    August Landmesser refusant d'effectuer le salut nazi, 13 juin 1936, inauguration du voilier-école Horst Wessel, Hambourg, Allemagne

Enfin, pour ceux que le sujet intéresse, je vous recommande chaudement la lecture de cet ouvrage, disponible à la vente sur Amazon via le lien suivant : Un si fragile vernis d’humanité.  


Quelques ressources documentaires passionnantes sur des expériences de psychologie sociale


Afin de vous donner un aperçu des travaux menés dans le cadre d’expériences de psychologie sociale, je vous propose ci-dessous une sélection de vidéos à (re)découvrir absolument.

  • Expérience de Stanley Milgram à propos de la soummission à l’autorité

L'expérience de Milgram est une expérience de psychologie réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram. Cette expérience cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime et à analyser le processus de soumission à l'autorité, notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet. La date de l’expérience est importante, car quelques années plus tard, 1967-1968, s’installeront au contraire des formes de méfiance envers l’autorité (source : Wikipédia)


  • Expérience de la prison de Philipp Zombardo, Université de Stanford, 1971 sur le conformisme de groupe

L’expérience de Stanford (effet Lucifer) est une étude de psychologie expérimentale menée par Philip Zimbardo en 1971 sur les effets de la situation carcérale. Elle fut réalisée avec des étudiants qui jouaient des rôles de gardiens et de prisonniers. Elle visait à étudier le comportement de personnes ordinaires dans un tel contexte et eut pour effet de montrer que c'était la situation plutôt que la personnalité autoritaire des participants qui était à l'origine de comportements parfois à l'opposé des valeurs professées par les participants avant le début de l'étude. Les 18 sujets avaient été sélectionnés pour leur stabilité et leur maturité, et leurs rôles respectifs de gardiens ou de prisonniers leur avaient été assignés ostensiblement aléatoirement. En d'autres termes, chaque participant savait que l'attribution des rôles n'était que le simple fruit du hasard et non pas de prédispositions psychologiques ou physiques quelconques. Un gardien aurait très bien pu être prisonnier, et vice-versa.



  • Le jeu de la mort

« Le jeu de la mort » (2009), Documentaire coproduit par France Télévisions et la Radio Télévision Suisse 1 en 2009, diffusé pour la première fois en mars 2010, et mettant en scène un faux jeu télévisé (La Zone Xtrême) durant lequel un candidat doit envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à un autre candidat, jusqu'à des tensions pouvant entraîner la mort. La mise en scène reproduit l'expérience de Milgram réalisée initialement aux États-Unis dans les années 1960 pour étudier l'influence de l'autorité sur l'obéissance : les décharges électriques sont fictives, un acteur feignant de les subir, et l'objectif est de tester la capacité à désobéir du candidat qui inflige ce traitement et qui n'est pas au courant de l'expérience. La différence notable avec l’expérience originelle est que l'autorité scientifique est remplacée par une présentatrice de télévision, Tania Young.




Détails bibliographiques


  • Titre : Un si fragile vernis d'humanité
  • Sous-titre : Banalité du mal, Banalité du bien
  • Auteur : Michel Terestchenko
  • Éditeur : La Découverte
  • Collection : Le Découverte/Poche
  • Date de parution : Octobre 2007
  • Nombre de pages : 308 p.
  • ISBN : 978-2707153-26-5
  • Photo de couverture : © Yvan Terestchenko

Hitler - Shigeru Mizuki

Hitler a tant fasciné les foules qu’on ne compte plus tous les ouvrages qui lui sont consacrés : études, biographies, romans et même bande-dessinées, la personnalité despotique, mégalomane mais aussi charismatique du Führer interroge et effraie autant qu'elle ne passionne. Et si le véritable "Empire germanique" qu'Hitler avait tant fantasmé était finalement celui de sa propre légende à travers le temps et la littérature ? Si on ne peut pas encore le confirmer de façon catégorique, tout pousse à le croire. La preuve : avec cette bande-dessinée publiée pour la 1ère fois au Japon en 1971, Shigeru Mizuki, l’un des plus grands mangakas d’horreur dont la plupart des œuvres s'intéressent principalement au folklore japonais, avait dans l'idée de sensibiliser la jeunesse japonaise au parcours édifiant de ce dictateur nazi qui avait bouleversé l'ordre du monde et précipité la chute de l'Empire du Soleil Levant. Remontant à la jeunesse misérable de Hitler dont le double échec au concours d'entrée aux Beaux-Arts de Vienne a ruiné la carrière mais non les "ambitions artistiques", le dessinateur japonais dresse ici un portrait dépassionné du Führer en mettant en perspective les événements marquants de sa carrière avec ses actes déments. A la fois bien documentée, informative et didactique, cette biographie illustrée, si elle ne nous apprend rien d’inédit sur Hitler par rapport à nos connaissances actuelles, a pourtant ceci de remarquable qu'elle nous livre un regard extrême-oriental précieux sur le dictateur le plus adulé et le plus haï de tous les temps...

Hitler de Mizuki : quand le manga d’horreur se fait tragi-comique


     © Hitler, Shigeru Mizuki

Mêlant détails insolites (les origines de la moustache du Führer ou ses frasques frisant parfois la farce) et séquences dramatiques (le suicide de la nièce de Hitler ou celui de la famille Goebbels par exemple), Shigeru Mizuki confère à sa bande-dessinée un ton tragi-comique accentué par la superposition de ses personnages comiques sur des tableaux macabres et gothiques réalisés à partir d'images d'archives. C'est vrai que le personnage de Hitler est tellement caricatural et caricaturable qu'on ne peut s'empêcher de sourire aux mimiques grotesques du personnage ou aux propos grandiloquents que lui prête le mangaka : " Je ne serais pas allé jusqu'à me démettre l'épaule pour un titre de ministre ! Pensée mesquine de pisse-froids méprisables ! " (p.106). Mais toujours en filigrane derrière cette trogne truculente, se tapit l'horreur de la Shoah à travers les planches aux décors cauchemardesques. Si ce Hitler de Mizuki n'est pas un manga d'horreur à proprement parler, il en a quelques beaux atouts. Pour cette raison mais aussi parce que cette biographie est rigoureuse, concise et factuelle et qu'elle est servie par un travail graphique unique et original, Hitler mérite largement sa place dans vos bibliothèques... D'autant que les éditions Cornélius ont joué le jeu en proposant une édition lisible de droite à gauche à la japonaise...


    © Hitler, Détail de la 1ère de couverture américaine, Shigeru Mizuki

Enfin, si vous souhaitez découvrir ce superbe ouvrage de Shigeru Mizuki ainsi que le beau travail des éditions Cornelius, je vous invite à vous le procurer sur Amazon via le lien suivant : Hitler.  

Détails bibliographiques


  • Titre : Hitler
  • Auteur : Shigeru Mizuki
  • Éditeur : Cornélius
  • Date de parution : Octobre 2011
  • Date de parution originale : 1972 (Japon)
  • Nombre de pages : 296 p.
  • ISBN : 978-2-36081-022-2
  • Couverture : © Shigeru Mizuki

Mémoires de nos pères - James Bradley

Symbole (dés)incarné du patriotisme américain pendant la 2nde Guerre Mondiale, Raising Flags on Iwo Jima, la célèbre photo de Joe Rosenthal qui a porté ses six figurants au rang de héros, a galvanisé l’Amérique et encouragé l’effort de guerre pendant des années. Mais quelle est l'histoire de ce cliché ? Qui étaient les six jeunes Marines pris en photo ? Pourquoi s’étaient-ils engagés ? Qu’avaient-ils vécu de si terrible que personne ne pourrait jamais vraiment imaginer ? Qu’avaient-ils compris de si insaisissable que personne ne pourrait jamais vraiment comprendre ? Qu’est-ce qui avait pu faire de ces adolescents des hommes en l’espace de quelques mois ? Leur patriotisme, leur sens du devoir, leur bravoure, leur témérité ? Plus que tout cela, ce que nous apprend ce livre, c’est qu’en dépit de toute logique, ce qui comptait le plus pour ces jeunes soldats, ce n’était pas leur propre vie mais celles des copains. Car face à l’horreur, tout ce qui leur restait et qui leur avait permis de continuer, c’était l’amitié, la solidarité et la fraternité alors même que les raisons de leur engagement dans la guerre leur avait échappé dès les premiers coups de feu... James Bradley est le fils de l’un des six soldats qui participèrent au hissage du drapeau. Face au silence entêté de son père au sujet de la bataille d’Iwo Jima, James Bradley à cherché à comprendre ce qui avait fait de ce carnage de la guerre du Pacifique, l’un des épisodes les plus meurtriers et les plus médiatisés de l’histoire de l’armée américaine. Fruit d’un travail de cinq années, Mémoires de nos pères captive autant qu’il bouleverse. Un hommage humble rendu à toutes les mères qui ont sacrifié leur fils au nom de la patrie. Et un hommage intelligent qui sait questionner le véritable sens de l’héroïsme...


L’histoire d’un drapeau américain qui ne dégouline pas de patriotisme


Pour ceux qui comme moi, n’ont pas forcément la fibre patriotique et qui se méfient de « l’hyperpatriotisme à l’américaine », ce titre pouvait être rebutant. Surmontant ce vilain préjugé, j’ai finalement réussi, après plusieurs tentatives échouées, à me plonger dans le récit de James Bradley. Je ne l’ai pas regretté puisque le point de vue adopté par l’auteur est impartial, presque pudique. On ressent le profond respect porté à la mémoire des disparus et on a envie à notre tour, de partir sur les traces de ces combattants et de comprendre ce qui s’est passé sur Iwo Jima. Ni parti pris pour les américains, ni parti pris pour les japonais, Mémoires de nos pères décrit les combats de manière stupéfiante et rapporte des témoignages poignants. Les détails presque surréalistes de certaines scènes m’ont mise mal à l’aise. J’ai trésailli, souri et me suis attristée à cette lecture mais à aucun moment, je n’ai eu envie de brandir mon Stars and Stripes en entonnant l’hymne américain (ouf!). D’ailleurs, le livre ne fait pas d’impasse sur la machine propagandiste américaine. Pour cela mais aussi pour sa dimension historique, mémorielle et psychologique, ce livre a fait mouche dans mon esprit. J’ai pu toucher du doigt ce qui a fait de John Jack Bradley, Ira Hayes et Rene Gagnon, les trois survivants de la photo, de vrais héros : humilité, pudeur et réserve...

    © Raising Flags on Iwo Jima (détail), Joe Rosenthal, 23 février 1945

Porté à l’écran par Clint Eastwood, l’adaptation cinématographique de Mémoires de nos pères (2006) constitue le premier volet d’un diptyque dont le second volet Lettres d’Iwo Jima (2007), raconte le même événement du point de vue japonais. 

L'ouvrage n’est actuellement plus édité mais le trouverez à la vente en occasion sur Amazon via le lien suivant : Mémoires de nos pères.

Détails bibliographiques


  • Titre : Mémoires de nos pères
  • Titre original : The flags of our fathers : Heroes of Iwo Jima
  • Auteur : James Bradley
  • Collaborateur : Ron Powers
  • Traducteur : Franck Mirmont
  • Éditeur : Movie Planet
  • Date de parution : Septembre 2006
  • Nombre de pages : 400 p.
  • ISBN : 978-915243-04-2
  • Photo de couverture : © Corbis