ge copyright Les embuscades littéraires d'Alcapone: Bande-dessinée banni
Bienvenue sur la bibliothèque virtuelle d'Alcapone
Derniers Billets
Affichage des articles dont le libellé est Bande-dessinée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bande-dessinée. Afficher tous les articles

1984 - Sybille Titeux De La Croix & Amazing Ameziane

"Big Brother" est bien connu de nous tous comme étant l'incarnation ultime du totalitarisme. De cette fameuse assertion "Big Brother is wacthing you", initiée par le célèbre roman d'anticipation 1984 de George Orwell, n'avons-nous pas en effet cultivé une naturelle défiance envers toute forme d'autoritarisme ? Comment se fait-il alors que certains puissent reconnaître que 2 + 2 = 5 ? Tels sont bien les mécanismes de manipulation des systèmes totalitaires dénoncés par l'écrivain anglais...

Parmi les dernières adaptations graphiques du roman publiées ces derniers temps (1984 a en effet basculé dans le domaine public cette année), cette proposition de Sybille Titeux De La Croix superbement illustrée par Amazing Ameziane, a particulièrement retenu mon attention grâce notamment à la 1ère de couverture. Qui mieux que Staline pouvait en effet incarner aussi bien "Big Brother" (je pense évidemment à 2 autres personnages historiques que je ne nommerai pas mais avouons que celui que l'on surnommait aussi l'homme de fer remplit bien son office) ? Les graphismes ensuite et le découpage des vignettes se prêtent assez bien à cette narration parfois quasi militaire et illustrée par de glaçantes affiches de propagande aux slogans effrayants. Alors, si vous avez aimé le 1984 d'Orwell, n'hésitez pas à découvrir cette adaptation illustrée : je trouve qu'elle rend un hommage fidèle au roman...
© Amazing Ameziane

Si je n'ai pas encore lu les adaptations de Fido Nesti, Xavier Coste ou encore celle de Jean-Christophe Derrien, mais je ne manquerai pas de m'y pencher pour comparer les différentes adaptations...

 Détails bibliographiques

  • Titre : 1984
  • Auteur : Sibylle Titeux De La Croix
  • Illustrateur : Amazing Ameziane
  • Éditeur : Éditions du Rocher
  • Date de parution : Janvier 2020
  • Nombre de pages : 232 p.
  • ISBN : 978-2-268-10469-0
  • Photo de couverture : © Amazing Ameziane

Bosnian Flat Dog - Max Andersson et Lars Sjunnesson

Joe Sacco, le dessinateur de Gorazde, déclare à propos de Bosnian Flat Dog : " Max Andersson and Lars Sjunnesson take us on a funny but very disturbing excursion through a traumatized Balkan landscape populated by a number of traumatized Bosnian psyches. Absurdist and surreal the story might be, but it touched the raw nerve of truth, making me wince with remembrances of my own time in Sarajevo." et rien n'est plus vrai : c'est au retour de leur périple de Ljubjana jusqu'à Sarajevo que les 2 compères décident de s'atteler au récit de leurs folles aventures en ex-Yougoslavie. Nous sommes alors en 1999. La guerre de Bosnie-Herzégovine a pris fin en 1995 mais elle a marqué Sarajevo de profonds stigmates dont les manifestations ont largement eu de quoi secouer nos 2 suédois. A l'instar de ces sortes de flaques de vomi qui constellent les rues de la ville (s'agirait-il des "roses de Sarajevo"?) et qui ont peut-être inspiré à nos dessinateurs cette race de chien, les chiens plats bosniaques ? Que dire encore de l'improbable momie de Tito en papier mâché qu'ils ont pris pour compagnon de route ? D'où leur vient encore ce délire avec les vendeuses de glace, les kidnappeuses de Srebrenica et cet art des obus décorés ? Rien ou presque dans ce récit n'est complètement fictif exceptés peut-êtres les souvenirs fantasques, hallucinés et réinventés de Max Andersson et Lars Sjunnesson, ces bédéistes suédois aux univers surréalistes et complètement barrés...


C'est en participant aux Rencontres du 9ème Art d'Aix-en-Provence de cette année que j'ai découvert Max Andersson. De lui, je ne connaissais presque rien si ce n'est quelques dessins dont la marque de fabrique évidente m'avait marquée (notamment le personnage du vieux dans l'Excavation). Certains auraient tendance à penser que son travail est sombre et pessimiste. Pour autant, l'auteur s'en défend et au final, ce que je perçois de son art mérite le détour, ne serait-ce que pour sa dimension subversive : alors oui, Bosnian Flat Dog n'est évidemment pas à mettre entre toutes les mains (et je comprends que ça puisse ne pas être au goût de tous car il faut forcer pour entrer dans cette lecture), mais au moins entre celles des ceux qui sont curieux de découvrir autrement les vestiges de l'après-guerre de Bosnie. En tous cas, moi j'ai aimé... Alors si vous souhaitez à votre tour vous lancer dans cette lecture ardue, rendez-vous sur Amazon pour vous procurer l'ouvrage en cliquant sur le lien suivant : Bosnian flat dog.

Enfin, afin que vous compreniez mieux la démarche de l'artiste, je vous invite à découvrir ce trailer de Tito on Ice, le film réalisé par Max Andersson sur le sujet et qui a remporté plusieurs distinctions... Fascinant...

Détails bibliographiques


  • Titre : Bosnian Flat Dog
  • Dessins : Max Andersson
  • Scénario : Lars Sjunnesson
  •  Max Andersson  Charlotte Miquel
  • Éditeur : L'Association
  • Date de parution : 2-84414-163-3
  • Illustrations : © Max Andersson

Black Hole - Charles Burns

Reconnaissables entre tous, les remarquables dessins aux aplats noirs de Charles Burns sont sans doute la marque de fabrique de l'un des bédéistes américains les plus talentueux... Black Hole, cette inquiétante série qui a entre autre fait la renommée du dessinateur, se passe dans l'Amérique des années 70. Une mystérieuse maladie sexuellement transmissible appelée "crève" ou "peste des ados" transforme les adolescents en d'étranges mutants. Les stigmates se manifestent tantôt sous forme de pustules, de boursouflures, de mutations animales, d'excroissances et autres horreurs... Malgré leurs terribles transformations, les jeunes malades luttent pour survivre. Certains s'accommodent de leurs nouveaux attributs à l'instar de "Lizzard Queen". D'autres squattent les maisons vacantes ou se cachent dans les bois mais que reste t-il de leur vie d'adolescent et de leur insouciance ? Comment faire pour porter ce lourd secret lorsque comme tous les jeunes, les "pestiférés" n'aspirent qu'à profiter de la vie ? Amour, sexe, drogue et rock'n roll, rien n'est heureusement aussi fort que l'envie de profiter ou de ... se venger de la vie... Mais à l'heure où les hippies sont désormais "has been" et que Halloween Jack, le glacial félin de l'album "Diamond Dogs" de David Bowie (1974), commence à peine à faire ses griffes, les teenagers de Black Hole, sont aspirés dans un vertigineux trou noir aux effets ravageurs...


Satire déjantée de la jeunesse américaine des années 70, le fascinant travail de Charles Burns ne manquera pas passionner les amateurs du genre par ses sombres volutes vénéneuses... Pour ceux d'entre vous qui ne connaissez donc pas l'univers troublant et monstrueux du dessinateur, n'hésitez pas à vous procurer cette belle intégrale éditée aux éditions Delcourt via Amazon en cliquant sur le lien suivant : Black Hole Intégrale T01 à T06

Détails bibliographiques


  • Titre : Black Hole (Intégrale)
  • Illustrateur et scénario : Charles Burns
  • Traducteurs : Jean-Paul Jennequin et Anne Capuron
  • Éditeur : Delcourt
  • Date de parution : Novembre 2006
  • ISBN : 978-2-75600-379-5
  • Illustrations : © Charles Burns

Les meilleurs ennemis - Jean-Pierre Filiu et David B.

Jean-Pierre Filiu n'en est pas à son premier coup d'essai en matière de collaboration avec des dessinateurs de BD : ayant travaillé avec Cyrille Pomès sur Le Printemps des arabes (2013) et La Dame de Damas (2015), l'historien spécialiste du monde arabe s'attelle cette fois-ci en compagnie de David B., aux relations historiques houleuses entre les États-Unis et le Moyen-Orient. Remontant de la fin du XVIIIe siècle aux premiers balbutiements du jeune État américain, l'historien dépeint un riche bassin méditerranéen à la fois convoité par les grandes puissances européennes et revendiqués par les pays du Moyen-Orient. Si la piraterie fait rage dans la région depuis longtemps entre chrétiens et musulmans, l'arrivée des États-Unis dans la partie va durablement changer la donne et bouleverser l'histoire du monde... Ainsi, ce coffret qui réunit les 3 tomes de cette trilogie sur Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient (Première partie 1783-1953, Deuxième partie 1953-1984 et Troisième partie 1984-2013), offre t-il l'occasion d'appréhender très (trop) furtivement les enjeux diplomatiques et géopolitiques qui régissent encore notre monde actuel...

"Les meilleurs ennemis", projet éditorial trop ambitieux ?


Aussi intéressant et louable que puisse être ce projet éditorial, on en regrettera (ce qui peut paraître paradoxal) son ambition : difficile voire impossible en effet de retracer même en 3 tomes, la complexité et la densité des événements qui ont ponctué et conditionné les relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient (terme apparu en 1902) depuis le XVIIIe siècle à nos jours. Le choix du format qui a certainement exigé de multiples ellipses narratives (entre 95 et 115 pages par tome), les fréquents aller-retours dans le temps, les nombreux acteurs évoqués et la quantité de faits relatés, les focalisations parfois longues sur certains événements ou certaines anecdotes et les choix d'illustrations de David B. (dont j'apprécie habituellement le travail mais qui, dans ce contexte ne me paraissent pas adaptés) ne permettent malheureusement pas une bonne appropriation du récit par le lecteur. Les illustrations caricaturales m'évoquent plus des dessins de presse qu'un véritable travail de roman graphique au sens large du terme. Et comme si le travail du scénariste et celui du bédéiste ne se parlaient pas, je n'ai pas réussi à apprécier les textes et les dessins en même temps : ma lecture était accaparée soit par les uns soit par les autres mais il m'a été difficile d'en faire une lecture en parallèle. Dommage car l'expertise de l'historien sur le monde arabe et sur l'Islam contemporain est digne d'intérêt, de même que le traitement graphique du dessinateur. N'aurait-il pas mieux valu cibler quelques événements ou restreindre la période couverte ? Ou peut-être créer une série plus longue ? Ou peut-être encore carrément sacrifier la classique mise en page bédéesque au profit d'un récit alternant les textes et les images ? Ou encore... Je ne sais pas. Par contre, ce qui est certain, c'est que la déception était au rendez-vous. Et à bien y réfléchir, je dois bien avouer que même si les romans graphiques font en général de beaux livres, au final, un bon essai même au format de poche, reste une valeur sûre...

Pour vous faire votre propre idée, notez que vous pouvez vous procurer le coffret complet sur Amazon via le lien suivant : Les meilleurs ennemis I, II, III: Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient (1783-2013)

Première partie : 1783-1953

À la fin du XVe siècle, les pays musulmans d'Afrique du nord profitent de la dynamique de la conquête ottomane pour mener leur jihad et étendre leur emprise sur la Méditerranée. Les puissances européennes comme la France, l'Angleterre ou l'Espagne résistent en bombardant les ports d'Alger, de Tunis ou de Tripoli au cours des XVII et XVIIIe siècles. Les conflits font rage en Mare Nostrum. Au début du XIXe siècle, le monde découvre les barbares mauresques. Les États-Unis récemment indépendants entrent dans la danse. Une guerre éclate entre pirates de Tripoli et expéditionnaires américains (siège de Tripoli en 1803). 1830 voit la fin de la piraterie barbaresque avec la prise d'Alger par une expédition française qui met fin à la régence. Les hostilités se poursuivent. Ce n'est qu'au cours de la 2nde Guerre mondiale que les États-Unis s'intéressent à l'Arabie Saoudite (indépendante de la France et de la Grande-Bretagne) pour subvenir à ses besoins en pétrole. L'opposition du président Wilson aux mandats français et britannique ainsi que son soutien aux droits des arabes en Palestine assure aux États-Unis une alliance durable avec l'Arabie Saoudite dès 1945. De son côté, la Perse, zone richement pétrolifère, est occupée au nord par les troupes russes et au sud par les troupes britanniques. Des émeutes éclatent en Iran et le Shah est contraint d'abdiquer au profit de son fils qui autorise la présence alliée sur son territoire. L'URSS revendique des concessions pétrolières alors que les indépendantistes s'affirment. Les États-Unis font pression sur les britanniques pour des intérêts plus élevés de l'Anglo-Iranian Oil Company en faveur de l'Iran (cf. coup d'état de 1953 en Iran). C'est le début de la Guerre froide qui met fin au temps des puissances coloniales...

Si vous souhaitez vous procurer ce premier tome de la trilogie, rendez-vous sur Amazon via le lien suivant : Les meilleurs ennemis - Première partie 1783/1953. Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient 
                                                               

Deuxième partie : 1953-1984


Années 50 : la Guerre de Corée (1950-1953) signe le début de la Guerre froide entre les États-Unis et l'URSS. Cette guerre par pays interposés embrase toute la planète. Les jeux d'alliances fomentés par les deux grandes puissances soviétique et américaine et les conflits armés alimentés par des prises de position et des intérêts géopolitiques divergents déchirent le monde arabe : la Guerre des 6 jours, la révolution iranienne, le conflit israélo-arabe, l'invasion de l'Afghanistan en 1979 et la Guerre du Liban (1982-1984) accentuent la polarisation israélo-arabe face à l'arabo-soviétique symbolisée par la confrontation des démocraties occidentales contre les régimes communistes. Cette Guerre Froide notamment marquée par une insensée course à l'armement nucléaire est davantage idéologique et politique que territoriale. Elle durera jusqu'à l'éclatement de l'URSS en 1989 et son démantèlement en 1991.

Pour découvrir ce 2eme tome de la trilogie, rendez-vous sur Amazon via le lien suivant : Les meilleurs ennemis (Tome 2-Deuxième partie : 1953-1984): Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient  

Troisième partie : 1984-2013

A la fin des années 70, la "Seconde Guerre Froide" engagée par Ronald Reagan (1981-1989) se solde par un échec. La Révolution iranienne de 1979 et la Guerre Iran-Irak (1990-1991) et l'invasion de l'Afghanistan en 1979 bouleversent la donne : l'invasion du Koweït par Saddam Hussein redéfinit les jeux d'alliance. Élu en 1992, Clinton se désintéresse du conflit israélo-palestinien suite à la signature de l'accord entre Rabin et Arafat reconnaissant simultanément Israël et l'OLP ainsi que l'autonomie de la Cisjordanie et de Gaza sous l'autorité palestinienne. Mais la colonisation israélienne se poursuit et les attentats se multiplient. La zone s'embrase de nouveaux conflits. Oussama Ben Laden en profite pour lancer son jihad contre les États-Unis qui ripostent en bombardant les bases militaires d'Al-Qaïda en 1998. Pendant ce temps, Saddam Hussein poursuit sa politique. Destitué en 1998, Clinton laisse la place à Georges Bush Junior qui relance le dossier israélo-palestinien. Les attentats du 11 septembre 2001 déchaîne les violences et l'escalade à la violence. Khadafi s'allie aux USA. Bush bombarde l'Irak. En 2004, Ben Laden confirme sa politique d'usure contre les USA. Arrivé au pouvoir en 2008, Obama tente d'apaiser la situation explosive entre la Palestine et Israel mais ses efforts restent vains devant l'entêtement de Netanyhaou à poursuivre la colonisation. En 2010, Ben Laden est tué dans un raid américain. En 2011, le Printemps des arabes bouleverse de nouveau la donne : la Tunisie, la Libye, l’Égypte et la Syrie doivent faire face à des contestations de plus en plus virulentes : des guerres civiles éclatent de partout. Les USA ne peuvent intervenir directement. Poutine s'allie à Bachar Al Assad. Les extrêmistes en profitent pour semer la terreur alors que la Guerre civile en Syrie se poursuit inlassablement...

Pour découvrir ce troisième tome des Meilleurs ennemis, vous pouvez vous le procurer sur Amazon via le lien suivant : Les meilleurs ennemis (Tome 3-Troisième partie : 1984-2013): Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient   

Détails bibliographiques

  • Titre : Les meilleurs ennemis (coffret comprenant les 3 tomes de la BD)
  • Sous-titre : Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient (1783-2013)
  • Scénario : Jean-Pierre Filiu
  • Dessins : David B.
  • Éditeur : Futuropolis
  • Date de parution du coffret : Novembre 2016
  • ISBN : 2754817638
  • Illustrations du coffret : © David B.

Demain, demain - Laurent Maffre

Tout comme de nombreux Algériens de sa génération (1960’s), Kader a rejoint la France en 1962 pour participer à la construction des HLM de la banlieue parisienne. Logé mais surtout parqué au 127 rue de Garenne, autrement dit au Bidonville de la Folie de Nanterre, Kader espère faire des économies pour pouvoir offrir une vie meilleure à sa famille et pourquoi pas, acheter à termes une maison au bled. Malheureusement, ce qui sur le papier ressemble beaucoup à un rêve tangible, ne correspond pas aux espoirs nourris par les travailleurs immigrés qui ont accepté de partir travailler en France :  hébergé dans une baraques en ruines dans des conditions de vie insalubre (pas de raccord à l’eau ni à l’électricité), Kader n’a d’autre choix que de s’adapter et de rassurer sa famille restée au bled en lui envoyant de beaux clichés touristiques de Paris. Mais la réalité est autrement cruelle. Lorsque Soraya, la femme de Kader, le rejoint avec leurs enfants, Ali et Samia, ce n’est que désenchantements et désillusions : non, la petite famille ne sera pas logée dans une des belles maisons dorées des cartes postales envoyées par Kader mais dans la baraque 1957 du bidonville gris et boueux de La Folie. Exposée au froid, à l’humidité et vivant dans des conditions de vie déplorables, la petite Samia tombe sérieusement malade. Commence alors pour Kader et Soraya un véritable parcours du combattant pour obtenir l’accès à un logement décent...

Le bien nommé bidonville de la Folie ou l’histoire douloureuse des travailleurs immigrés maghrébins


L’histoire de Kader est celle de nombreux travailleurs immigrés Maghrébins venus en France dans les années 1960 à l’appel du gouvernement pour participer à la (re)construction du pays : construction de routes, d’infrastructures, de logements..., les immigrés ont constitué une main d’oeuvre bon marché que les français n’ont pas hésité à solliciter. Rêvant d’une vie meilleure, beaucoup d’Algériens parmi d’autres communautés, se sont laissés tenter par cet Eldorado où, à en croire certains, il suffisait de se baisser pour ramasser les billets. Pourtant, cet échange de bons procédés qui semblait au départ partir d’un principe louable (accueil en France pour du travail), s’est avéré être un véritable fiasco : en effet, si les premiers travailleurs immigrés des années 1950 étaient logés dans des « garnis » du centre-ville, la rapide saturation de ces logements meublés et l’arrivée des familles ont précipité l’installation de baraques de fortune sur les terrains vagues à proximité des usines et des chantiers. C’est ainsi que le bidonville de La Folie s’est construit sur les terrains de l’Établissement Public pour l’Aménagement de la Défense (EPAD) : « Sur les chantiers à proximité, le chemin de grue et la préfabrication régnaient en maître. L’EPAD, responsable de l’urbanisation de la zone, entraînait une transformation radicale du paysage. Tel un îlot perdu, la Folie subsistait au milieu de ce ballet incessant de camions charriants de la terre. Sa résorption n’était pas encore programmée mais la Brigade Z, constituée de démolisseurs aux ordres des autorités, empêchaient son extension. » (extraits).


Non seulement, les habitants du bidonville y souffraient du froid, de l’humidité et de la saleté (ils avaient honte d’aller en ville avec leurs chaussures inévitablement crottées de boue et enveloppaient leurs chaussures de sacs plastique pour les protéger) mais ils devaient en plus se coltiner la corvée d’eau (une seule fontaine d’eau mise à disposition pour 1500 travailleurs et 300 familles), devaient craindre les risques d’incendie et devaient en plus subir les contrôles incessants et les brimades et humiliations de la Brigade Z (sa mission était de contenir l’expansion du bidonville car le terrain devait être réhabilité pour accueillir les nouveaux quartiers de la Défense). Dans un contexte politique complexe alors marqué par la Guerre d’Algérie (1954-1962) et les conflits entre la France et le FLN, la défiance manifeste de certains citoyens français envers les populations immigrées qui s’est notamment traduit par les ratonnades et le massacre du 17 octobre 1961, envenime les relations entre les immigrés, les autorités publiques et les administrations. Pour être relogés dans les cités de transit ou dans des habitations salubres, les travailleurs immigrés doivent payer des pots de vin et faire face à des casse-têtes administratifs sans fin. La situation devient intenable et force est de constater que le rêve vendu par la France aux travailleurs algériens s’est définitivement vidé de sa substance et n’est devenu qu’un miroir aux alouettes... Heureusement, de nombreuses personnes à l’instar de Véronique Hervo ont milité pour défendre les droits de ces travailleurs immigrés et laissé des archives inestimables pour la reconnaissance de ce douloureux épisode de l’histoire de l’immigration en France...

Histoire, mémoire et bande-dessinée, un trio gagnant


Exploitant les enregistrements sonores et les photos collectés par Véronique Hervo au bidonville de La Folie dans les années 60, Laurent Maffré a travaillé ce projet de bande-dessinée dans le cadre de recherches du programme pluridisciplinaire de l’Agence nationale de la recherche (projet Terriat, Territoires de l’attente). Ce projet qui s’intéresse à la mise en attente des communautés en déplacement et en particulier à la manière dont les populations migrantes s’approprient les lieux et les moments de leur trajectoire interrompue, a permis cet excellent travail mémoriel sur l’histoire de l’immigration en France. Largement inspiré des témoignages des habitants et des documents d’archives hérités de Véronique Hervo, Laurent Maffré qui met intelligemment son talent de dessinateur et de narrateur au service d’un récit mêlant réalité et fiction, prouve une fois de plus que le 9è art sait avec justesse et brio, s’illustrer et se mettre en scène dans des projets scientifiques aux objectifs ambitieux comme des travaux sur l’histoire et la mémoire de l’immigration. Aussi, pour ses sobres dessins aux innombrables et minutieux détails, pour l’alternance de certaines planches aux applats gris marquant des situations tristes, tragiques ou angoissantes avec une majorité de planches en noir et blanc dominées par la clarté, pour la richesse de son contenu (malgré ses quelques 160 pages, cette bande-dessinée propose un contenu très riche), pour la qualité de ses propos (pas de jugements, ni de condamnations), Demain, demain est une lecture à découvrir absolument... Une formidable réflexion sur la thématique de l’exil qui devrait tous nous interpeller à une période maussade marquée par les « crises migratoires » et la montée en puissance des discours identitaires...

Pour compléter cette passionnante lecture, je vous invite à découvrir le web documentaire intitulé 127, rue de la Garenne, le bidonville de la Folie, Nanterre (frise multimédia illustrée et enrichie par les commentaires de Véronique Hervo et par les témoignages des habitants du Bidonville à l’poque) qui accompagne l’ouvrage (co-production de Arte).



Enfin, comme toujours, si vous souhaitez vous procurer cet ouvrage sur Amazon, notez qu’il est disponible via le lien suivant : Demain, demain : Nanterre, bidonville de la folie 1962-1966.

Détails bibliographiques


  • Titre : Demain, Demain
  • Sous-titre : Nanterre, bidonville de la folie, 1962-1966
  • Auteur : Laurent Maffre et Véronique Hervo (127 rue de la Garenne)
  • Éditeur : Actes Sud
  • Collection : Bande-dessinée
  • Date de parution : Avril 2012
  • Nombre de pages : 160 p.
  • ISBN : 978-2330006228
  • Couverture : © Laurent Maffre

Hitler - Shigeru Mizuki

Hitler a tant fasciné les foules qu’on ne compte plus tous les ouvrages qui lui sont consacrés : études, biographies, romans et même bande-dessinées, la personnalité despotique, mégalomane mais aussi charismatique du Führer interroge et effraie autant qu'elle ne passionne. Et si le véritable "Empire germanique" qu'Hitler avait tant fantasmé était finalement celui de sa propre légende à travers le temps et la littérature ? Si on ne peut pas encore le confirmer de façon catégorique, tout pousse à le croire. La preuve : avec cette bande-dessinée publiée pour la 1ère fois au Japon en 1971, Shigeru Mizuki, l’un des plus grands mangakas d’horreur dont la plupart des œuvres s'intéressent principalement au folklore japonais, avait dans l'idée de sensibiliser la jeunesse japonaise au parcours édifiant de ce dictateur nazi qui avait bouleversé l'ordre du monde et précipité la chute de l'Empire du Soleil Levant. Remontant à la jeunesse misérable de Hitler dont le double échec au concours d'entrée aux Beaux-Arts de Vienne a ruiné la carrière mais non les "ambitions artistiques", le dessinateur japonais dresse ici un portrait dépassionné du Führer en mettant en perspective les événements marquants de sa carrière avec ses actes déments. A la fois bien documentée, informative et didactique, cette biographie illustrée, si elle ne nous apprend rien d’inédit sur Hitler par rapport à nos connaissances actuelles, a pourtant ceci de remarquable qu'elle nous livre un regard extrême-oriental précieux sur le dictateur le plus adulé et le plus haï de tous les temps...

Hitler de Mizuki : quand le manga d’horreur se fait tragi-comique


     © Hitler, Shigeru Mizuki

Mêlant détails insolites (les origines de la moustache du Führer ou ses frasques frisant parfois la farce) et séquences dramatiques (le suicide de la nièce de Hitler ou celui de la famille Goebbels par exemple), Shigeru Mizuki confère à sa bande-dessinée un ton tragi-comique accentué par la superposition de ses personnages comiques sur des tableaux macabres et gothiques réalisés à partir d'images d'archives. C'est vrai que le personnage de Hitler est tellement caricatural et caricaturable qu'on ne peut s'empêcher de sourire aux mimiques grotesques du personnage ou aux propos grandiloquents que lui prête le mangaka : " Je ne serais pas allé jusqu'à me démettre l'épaule pour un titre de ministre ! Pensée mesquine de pisse-froids méprisables ! " (p.106). Mais toujours en filigrane derrière cette trogne truculente, se tapit l'horreur de la Shoah à travers les planches aux décors cauchemardesques. Si ce Hitler de Mizuki n'est pas un manga d'horreur à proprement parler, il en a quelques beaux atouts. Pour cette raison mais aussi parce que cette biographie est rigoureuse, concise et factuelle et qu'elle est servie par un travail graphique unique et original, Hitler mérite largement sa place dans vos bibliothèques... D'autant que les éditions Cornélius ont joué le jeu en proposant une édition lisible de droite à gauche à la japonaise...


    © Hitler, Détail de la 1ère de couverture américaine, Shigeru Mizuki

Enfin, si vous souhaitez découvrir ce superbe ouvrage de Shigeru Mizuki ainsi que le beau travail des éditions Cornelius, je vous invite à vous le procurer sur Amazon via le lien suivant : Hitler.  

Détails bibliographiques


  • Titre : Hitler
  • Auteur : Shigeru Mizuki
  • Éditeur : Cornélius
  • Date de parution : Octobre 2011
  • Date de parution originale : 1972 (Japon)
  • Nombre de pages : 296 p.
  • ISBN : 978-2-36081-022-2
  • Couverture : © Shigeru Mizuki

California Dreamin’ - Pénélope Bagieu

Depuis qu’elle était toute petite, Ellen Cohen (chanteuse de The Mamas and the Papas) le savait : lorsqu’elle serait grande, elle deviendrait célèbre. Son goût pour la musique et la scène, c’est son père qui le lui a insufflé par son amour de l’opéra. Depuis ce jour où il l’a emmenée voir le spectacle de La Bohème pour l’un de ses anniversaires, Ellen ne rêve que de devenir chanteuse. Malgré ses kilos en trop qui l’éloignent des canons de beauté classique, celle qui prendra plus tard pour nom de scène «  Cass Elliot », se démarque dès sa plus tendre enfance par son caractère bien trempé et son humour hors pair mais pas seulement : cette voix qu’elle savait poser à l’octave près la fait remarquer par Shirley, sa prof de chant à Baltimore qui, pour lui éviter de devenir « une star du sandwich au pastrami » (p. 83) au deli de son père, lui prête sa voiture pour partir à New York. Commence alors pour elle, la folle aventure de la musique...

California dreamin’ : quand le portrait se fait récit


Je connaissais vaguement Pénélope Bagieu pour ses dessins « girly » et pleins d’humour mais n’étant pas particulièrement fan de ce genre, je ne me suis jamais intéressée à son travail. Grâce à California Dreamin’, je découvre son talent de biographe. Si son coup de crayon et surtout son lettrage ne sont vraiment pas ma tasse de thé, cela ne m’a pas empêché de trouver cette biographie dessinée de Mama Cass particulièrement réussie. Au départ, il y a bien sûr mon intérêt certain pour la Beatnik Generation. Mais cela n’aurait pas certainement pas suffi pour faire de cet album un récit biographique captivant. En fait, ce qui m’a beaucoup plu, c’est la technique narrative employée par la dessinatrice : en effet, choisir de raconter l’histoire de la chanteuse via une «  galerie déconnectée » de portraits, m’a paru audacieux et original. Si cela peut sembler déconcertant à la première lecture (notamment parce que le lien entre les différents personnages n’est pas toujours explicité), ce parti pris de la dessinatrice qui met le travail de portraitiste à l’honneur, propose une structure narrative intéressante : ici, c’est véritablement «  le portrait qui se fait récit ». La lecture de California Dreamin’ s’apparente donc en ce sens à un exercice inhabituel qui invite le lecteur à reconstituer à la façon d’un puzzle, l’histoire à partir des portraits brossés. Cela exige en somme un petit effort intellectuel qui est largement récompensé par un voyage dans l’univers halluciné de Cass Elliot, cette voix d’or au goût d’acide...

    © Mama Cass Elliot with her Mamas and the Papas bandmates John Phillips and Denny Doherty in 1966. Express/Getty Images  

Pour partir à la découverte de l’incroyable destin de Cassy Elliot d’après Pénélope Bagieu, notez que vous pouvez vous procurer le livre sur Amazon via le lien suivant : California Dreamin’.

Enfin, pour accompagner cette lecture en musique et découvrir le talent de Cass Elliot et de The Mamas and the Papas, je vous propose en bonus d’écouter la playlist établie par Pénélope Bagieu herself.

Détails bibliographiques


  • Titre : California Dreamin'
  • Auteur : Pénélope Bagieu
  • Dessins : Pénélope Bagieu
  • Éditeur : Gallimard
  • Date de parution : Septembre 2015
  • Nombre de pages : 272 p.
  • ISBN : 978-2-07-065758-2
  • Couverture : © Pénélope Bagieu

Là où vont nos pères - Shaun Tan

Comment mieux résumer Là où vont nos pères que sa quatrième de couverture : « Pourquoi tant d’hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, un endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l’avenir incertain ? Cette bande-dessinée silencieuse est l’histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés et un hommage à ceux qui ont fait le voyage... ». Australien lui-même issu de l’immigration, Shaun Tan raconte l’histoire de son père mais aussi l’histoire de tous les exilés. Inspiré de récits et d’anecdotes de migrants de nombreux pays sur différentes périodes, le dessinateur décrit avec poésie, le voyage de ces pères qui sont partis vers cet ailleurs dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Primé à de multiples reprises, ce superbe album graphique muet vous conduira sur les pas de cet homme qui s’exile vers une contrée inconnue dont il ne connait ni la langue, ni les codes... Un incroyable parcours initiatique semé de découvertes inattendues et de rencontres improbables...

L’exil fantasmagorique de Shaun Tan


       © Shaun Tan

Il aura fallu 4 ans de recherches et de travail à Shaun Tan pour donner vie à cet album. Preuve incontestable que le 9ème art a désormais acquis ses lettres de noblesse, ce magnifique roman graphique entièrement muet, met sublimement en perspective d’authentiques récits d’exils grâce à des illustrations aux évocations presque oniriques : pas de bulles, ni de mots en effet pour raconter l’incroyable odyssée du migrant vers l’inconnu. Juste de belles planches aux couleurs sépia, aux graphismes réalistes... et aux créatures étranges. Un peu comme si l’exil s’apparentait à un voyage fantasmagorique au cours duquel tout devenait (im)possible : trouver un toit, trouver à manger, trouver du travail ou rencontrer des gens bienveillants, lorsque l’on est étranger en terre inconnue, est une entreprise souvent semée d’embûches. Ces lieux où se rendent les pères et ces expériences marquantes qu’ils y vivent, Shaun Tan a souhaité les raconter à sa façon sous la forme d’un vibrant hommage illustré à tous les immigrés, tous les exilés et tous les réfugiés de la planète. Un fabuleux travail artistique qui doit faire écho dans nos esprits au regard des terribles drames qui frappent actuellement de nombreuses populations immigrées...

     © Shaun Tan

Graphismes animés de Là où vont nos pères


En cadeau bonus, je vous propose le visionnage d’un superbe travail d’animation réalisé à partir des planches de l’édition russe de l’album de Shaun Tan sur une musique de Dexter Britain. A voir absolument !




Enfin, comme vous l’aurez compris, cet album m’a emballée. Faites(-vous) donc plaisir en (vous) l’offrant via Amazon : Là où vont nos pères.


Détails bibliographiques


  • Titre : Là où vont nos pères
  • Titre original : The Arrival
  • Dessinateur : Shaun Tan
  • Scénariste : Shaun Tan
  • Éditeur : Dargaud
  • Date de parution : Mars 2007
  • Nombre de pages : 128 p.
  • ISBN : 978-2-205059700
  • Crédits photographiques :  © Shaun Tan

Le fantôme arménien - Thomas Azuelos, Laure Marchand, Guillaume Perrier

20 avril 2014. Pour la première fois, Christian Varoujan Artin se rend avec sa femme Brigitte en Turquie sur les traces de son grand-père paternel. Figure marseillaise emblématique de la communauté arménienne en France, l'administrateur de l'Association pour la Recherche et l'Archivage de la Mémoire Arménienne (Aram) veut rendre un hommage à la mémoire des victimes du génocide arménien en organisant en 2015 dans la ville de Diyarbakir (capitale des kurdes de Turquie) une exposition intitulée "99 portraits de l'exil, 99 photos de survivants du génocide des arméniens". Malgré sa peur d'"entendre craquer les os en foulant sa terre" (citation du réalisateur Henri Verneuil), Christian Varoujan Artin se décide à "faire le grand saut dans le réel" (p.16). Suivi de Laure Marchand, Guillaume Perrier et Thomas Azuelos pour les besoins de cette bande-dessinée documentaire, le couple quitte les quartiers nord de Marseille à la découverte de la terre de leurs ancêtres. Répondant à son désir de "bâtir un édifice d'humanité" (p.54), Christian Varoujan Artin réalise avec tristesse que "la diaspora avait psychologiquement effacé la Turquie" (p.65) et que des descendants d'arméniens rescapés du génocide eux aussi traumatisés par leur islamisation forcée par exemple, continuent de vivre en Turquie...

Une vision de l'identité arménienne 100 ans après le génocide

     © Thomas Azuelos

Tout comme son père Garbis, Christian Varoujan Artin a œuvré à la sauvegarde de la mémoire et de l'identité arménienne. L'histoire du génocide arménien, il en hérité par bribes de son grand-père Sahag. S'improvisant encyclopédiste en collectant et en traitant patiemment des centaines de documents, "Varou" ainsi que le surnommaient ses copains d'école, a au fil du temps reconstitué l'histoire du génocide arménien que son grand-père lui avait tu, certainement pour le préserver. Portant en lui cette identité arménienne marquée par le génocide et par le transfert forcé des populations arméniennes de l'Empire Ottoman, Christian Varoujan Artin fait partie de ces générations issues de l'immigration dont l'héritage familial a questionné et conditionné l'existence. Redoutant le "grand saut dans le réel" qu'il savait pourtant indispensable, "Varou" se décide en 2014, à se rendre en Turquie pour organiser son exposition photo en hommage aux victimes du génocide. Les centaines de documents et photographies qu'il avait soigneusement numérisés allaient enfin pouvoir être exposés au grand jour. Mais loin de se douter des rencontres et des découvertes qu'il allait faire durant son "pèlerinage", Christian Varoujan Artin réalise que son voyage en Turquie en valait la peine. Il avait enfin pu partir sur les traces de "son Fantôme arménien"...

Un pèlerinage en Turquie sur les traces du Fantôme arménien


Cette bande-dessinée documentaire est née à l'initiative de Laure Marchand et Guillaume Perrier qui ont publié La Turquie et le génocide arménien : sur les traces du génocide aux éditions Actes Sud en 2013. Pour poursuivre leur travail d'enquête sur la mémoire du génocide arménien, ils ont souhaité suivre Christian Varoujan Artin dans sa quête identitaire. Et c'est Thomas Azuelos qui s'est chargé du scénario et de l'illustration de bande-dessinée. Le voyage qui s'est organisé autour de 4 étapes, a conduit Christian Varoujan Artin et sa femme à Dyrarbakir, dans la région du Dersim (dont la ville de Tunceli), dans celle de Boğazdere (village de Sivas) et enfin à Istanbul. Bouleversé par sa rencontre avec les Arméniens kurdes, turques ou alevis et par les récits des descendants des rescapés du génocide, le couple réalise avec philosophie, tout le sens de son voyage : "Nous ne devons pas restés figés sur la mémoire. Les vivants sont plus importants que des pierres ou des livres" (Brigitte Balian, p.99). Le Fantôme arménien qu'il poursuivait avait enfin un visage ou plutôt 1000 visages. Reste encore à co-construire l'avenir de ce peuple arménien tant meurtri et persécuté...

Le Fantôme arménien, une quête identitaire illustrée à la croisée de l’histoire et de la mémoire

Comme beaucoup de descendants d’immigrés, Christian Varoujan Artin porte profondément ancré en lui l’histoire de ses origines. La poursuite de son Fantôme arménien à travers son travail de mémoire lui apportera-t-il les réponses qu’il recherche ? Lui permettra-t-elle de réconcilier les souffrances de son peuple et sa volonté de « bâtir un édifice d’humanité »  ? Ou au contraire, fustigera-t-elle une vérité trop difficile à accepter ? A travers ce voyage illustré de dessins sobres alternant avec des planches sombres et rougies par le récit terrible des exactions turques sur la population arménienne, Thomas Azuelos convie ses lecteurs à une plongée parfois éprouvante dans l’horreur du génocide. Les images d’archives et les collages qui ponctuent la bande-dessinée offrent de courts répits sur les témoignages accablants des informateurs mais au final, on retiendra que ce travail d’enquête sur l’histoire et la mémoire des arméniens mené par Laure Marchand et Guillaume Perrier, incarne un véritable message d’espoir. Publiée à l’occasion des 100 ans du génocide arménien (1915-2015), cette bande-dessinée sort de l’anonymat, le temps d’une lecture, des témoins de l’oubli. Une lecture éclairante qui interroge et incite à se documenter plus profondément sur la question...

Bande-annonce de la BD du Fantôme arménien



Postface en hommage à Christian Aroujan Artin

Christian Aroujan Artin est décédé le 26 mai 2015. Lire Le fantôme arménien, c’est à la fois rendre hommage à son travail et militer en faveur de la cause arménienne...


Si vous souhaitez découvrir cette bande-dessinée, vous pouvez vous la procurer sur Amazon via le lien suivant : Le Fantôme arménien

  • Titre : Le fantôme arménien
  • Auteurs : Laure Marchand, Guillaume Perrier
  • Dessinateur : Thomas Azuelos
  • Éditeur : Futuropolis
  • Date de parution : Avril 2015
  • Nombre de pages : 128 p.
  • ISBN : 978-2-754811514
  • Couverture :
  • Crédits photographiques : Thomas Azuelos

Paroles de poilus 14-18, Intégrale - Collectif

Adaptation illustrée du recueil Paroles de poilus de Jean-Pierre Gueno, cette intégrale qui donne la voix aux soldats français de la Grande Guerre et à leurs proches, "est sans doute l'une des meilleures façons de ne jamais les oublier : de traduire en image, en visions d'aujourd'hui, l'inconcevable d'hier et de tous les temps..." (extrait de la préface). Comme autant de cris de détresse ou de coups de gueule lancés contre l'absurdité et l'injustice de la guerre, ces quelques témoignages (collectés suite à l'appel de Jean-Pierre Guéno sur Radio France), rappellent au souvenir de la guerre terrible. Loin des versions officielles servies par les autorités et relayées par les médias propagandistes de l'époque, les récits ici rapportés, partagent un certain regard sur la 1ère Guerre Mondiale. Et tandis que les hommes servaient de chair à canon pour "sauver la patrie", que les femmes sacrifiaient leur hommes et leurs fils sur les champs de bataille, que les enfants pleuraient l'absence de leur père et que les suprêmes instances jouaient au jeu de l'oie, un certain Louis Barthas se prenait à espérer en ces termes : "Ah ! Si les morts de cette guerre pouvaient sortir de leur tombe, comme ils briseraient ces monuments d'hypocrite pitié, car ceux qui les élèvent les ont sacrifié sans pitié."(p. 318)... Beau projet s'il en est, ce superbe recueil de témoignages illustrés de Poilus a séduit de talentueux dessinateurs qui se sont prêté à l'exercice de style avec brio : "L'imagination de chacun des dessinateurs présents dans cet ouvrage a été décuplée par le pouvoir d'émotion et de représentation qui caractérisait chacune des lettres proposées. Le fusain, la plume, le crayon ont su prendre le relais de la plume sergent major, du crayon ou du crayon à encre dont se servaient les Poilus." (extrait de la préface). Soyons donc attentifs à ces émouvantes leçons d'histoire qui ne sont pas aussi anecdotiques qu'on aurait pu le faire croire à l'époque...


    © Christian de Metter, Les cibles vivantes (Maurice-Antoine Martin-Laval), p. 33

Tome 1 : Lettres et carnets du front, les saisons de l'âme

Nous ne le savons pas tous, les premiers mois de la guerre furent des plus sanglants : 140000 morts en 5 jours dont 27000 pour la seule journée du 22 août 1914. Les Poilus n'avaient pas encore de casque les premiers mois des combats, juste leur pauvre képi inapte à les protéger des impacts de schrapnels... Cloîtrés dans leur tranchée entre deux tirs d'obus, les soldats pieds dans la boue, racontent dans leur carnet de front le carnage des champs de bataille comme pour exorciser leur angoisse de la solitude et de la mort. A leur famille et à leurs proches, ils réservent des paroles d'amour et de réconfort comme pour conjurer le mauvais sort et attirer la chance d'un retour en famille. Au gré des saisons de l'âme qui passent, le patriotisme laisse la place à l'amertume...

    © Franck Biancarelli, La blessure 1 (Désiré Edmond Renault), p. 41

Tome 2 : Papa s'en va en guerre 

Au début de la guerre, on compte presque autant de Poilus que d'enfants sur les bancs de l'école. Enjeu d'avenir des troupes françaises, les "graines de Poilus" sont endoctrinés par une propagande active dont le but est de nourrir la haine des boches. Pour beaucoup d'entre eux, c'est le début de grandes vacances qui vont durer 4 ans. Et eux aussi ont beaucoup à dire : lettres d'amour, dessins, chroniques, rêves, les graines de Poilus ont aussi leur histoire à écrire. Parmi eux se trouvent Jean Zay, Françoise Dolto et la petite Rose, 11 ans, qui écrit en 1917 après avoir lu Le Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault revisité par la propagande : "Depuis 3 ans que cette terrible guerre est déclarée, nous avons eu le temps d'apprendre ce que c'était la misère. Il serait bon que cette misérable tuerie finisse bientôt et que tout le monde retrouve ses familles et un peu de gaieté, pas comme avant la guerre car presque tout le monde est en deuil." (p. 207, extrait de l'épilogue du tome 2).

© Juan Gimenez, La mort en son Royaume (René Jacob), p. 54

Tome 3 : Paroles de Verdun

Verdun est l'une des batailles emblématiques de la Grande Guerre mais ce n'est qu'une image d'Épinal destinée à alimenter le "symbole embaumé du sursaut devant une attaque allemande terrible qui pensait pouvoir saigner à blanc l'armée française ; une réussite stratégique et psychologique. La glorification, la sanctification de l'épopée finalement victorieuse, de la bravoure individuelle presque surnaturelle du combattant de première ligne, et de son sacrifice... (...). Il est temps de libérer Verdun, de défaire le mythe, de sortir le symbole sacré de son sanctuaire, de son caveau protocolaire et glacé (...) Il est temps de réhydrater une mémoire lyophilisée... Cette image d'Épinal qui venait parfois s'imprimer sur les buvards de notre enfance, il faut la confronter à sa source. Celle de l'encre des Poilus et de leurs proches, de ceux qui se sont battus à Verdun en 1916." (extrait de la préface, p. 214). Du scandale militaire avec la lettre du Colonel Driant à la mise à mort injustifiée du Lieutenand Herduin en passant par les textes poignants de Jean Giono, la bataille de Verdun recèle de bien sombres revers...

    © Ange & Christian Paty, Les fusils ne peuvent plus nous servir (Louis, Radio France), p. 254

Exposition itinérante du centenaire de la Guerre de 14-18

Co-produite par l'ANR PACA en partenariat avec les Éditions du Soleil et conçue en plusieurs modules comme un château de cartes, cette exposition est visible dans les bibliothèques de la région jusqu'en décembre 2018. Aussi, si vous en avez l'occasion, allez-y jeter un oeil. Pour vous donner un aperçu de cette exposition, rendez-vous sur ce billet du mois de mai 2015 où j'ai participé aux agréables Rencontres du 9e art à Aix.

    © Regis Penet, La dernière permission (Gaston Biron), p. 78

Enfin, si vous souhaitez (vous) offrir ce livre qui aura toute sa place dans votre bibliothèque, vous pouvez toujours l'acheter sur Amazon via le lien suivant : Paroles de Poilus - Intégrale 1914-1918.


  • Titre : Paroles de poilus 14-18, Intégrale
  • Préface : Jean-Pierre gueno
  • Auteurs : Collectif
  • Éditeur : Soleil
  • Date de parution : Octobre 2015
  • Nombre de pages : 321 p.
  • ISBN : 978-2-302-04537-8
  • Crédits photographiques : © Pierre Alary ; Ange & Christian Paty ; David B. : Vincent Bailly ; Denis Bajram ; Ross Barron Storey ; Dominique Bertail ; Frédéric Bézian ; Franck Biancarelli ; François Boucq ; Farid Boudjellal : Jean-Philippe Bramanti ; Olivier Brazao ; Antoine Carrion ; Christophe Chabouté ; Stéphane Collignon ; Cromwell ; Thierry Demarez ; Christian De Metter ; Thibault de Rochebrune ; Adrien Floch ; Juan Giménez ; Loïc Godart ; Benjamin Goutte & Éric Bourgier ; Juanjo Guarnido ; Fabrice Hadjadj & Jean-François Cellier ; Stéphanie Hans & Gérard Parel ; Éric Hérenguel ; Philippe Jarbinet ; Olivier Jouvray & Jérôme Jouvray ; Teddy Christiansen ; Denis Lapière & Valérie Vernay ; Mathieu Lauffray ; Emmanuel Lepage ; Stéphanie Levallois ; Frédéric L'Homme ; Lidwine ; Thierry Martin ; Emmanuel Moynot ; Nicolas Nemiri ; Marc N'Guessan ; Joël Parnotte & Vincent Mallié ; Cyril Pedrosa ; Regis Penet ; George Pratt ; Pascal Rabaté ; Thierry Robin ; Christian Rossi ; Stéphane Servain ; Alec Séverin ; Florent Silloray ; Marie Terray ; Béatrice Tillier ; Alberto Varanda ; Éric Warnauts & Marc Renier

Quarantaine - Sam Rictus

Une épidémie de peste s'abat sur la ville médiévale de Saint Christograd. Alors que le nombre de pestiférés ne cesse d'augmenter et que les cadavres commencent à s’amonceler dans tous les recoins de la ville, l'état d'alerte est déclaré et la cité est mise sous Quarantaine. D'immenses remparts sont construits autour de la ville pour empêcher les flux migratoires entrants ou sortants. C'est l'état de siège. Certains cherchent à fuir l'épidémie et la dictature des militaires. Des réseaux de passeurs avides d'argent s'organisent. Des profiteurs de tous bords veulent leur part du gâteau. Un certain Monsieur Moufflon dont on ne sait s'il est pire ou non que les militaires ou les passeurs s'engage dans la partie. Des complots se préparent... Époque moyenâgeuse obscurantiste, ambiances ésotériques et pouvoirs occultes, les sombres illustrations de Sam Rictus convient à un voyage lugubre qui telle une triste métaphore de nos sociétés modernes, dénoncent un monde gangréné par la corruption... 

Quarantaine, un récit sordide, compromis bancal entre La Peste d’Albert Camus et Le Fléau de Stephen King sur fond de Black Metal (Requins Marteaux)

Si les ellipses narratives ne sont pas toujours bien comblées par les dessins, le choix artistique de Sam Rictus n'en reste pas moins cohérent : l'allégorie de la peste qui nécrose la ville de l'intérieur comme critique de nos systèmes politiques corrompus est bien trouvée. L'univers graphique du dessinateur se prête particulièrement bien au propos. On soulignera la qualité de la gravure qui compose la couverture (Sam Rictus m'a dit que c'était lui qui l'avait faite et non Pakito Bolino comme indiqué dans le livre) et le travail des Requins Marteaux, éditeur albigeois malheureusement méconnu dont le travail mérite d'être remarqué...

Si vous vous laissez tenter par cet album, vous pouvez le commander sur Amazon via le lien suivant : Quarantaine

  • Titre : Quarantaine
  • Auteur : Sam Rictus
  • Illustrateur : Sam Rictus
  • Éditeur : Les Requins Marteaux
  • Date de parution : Octobre 2010
  • Nombre de pages : 104 p.
  • ISBN : 978-2-84961-094-7
  • Crédits photographiques : © Sam Rictus

Pancho Villa. La bataille de Zacatecas - Paco Ignacio Taibo II & Eko

Juin 1914, Révolution mexicaine. La Toma de Zacatecas (ou prise de Zacatecas) marque la victoire de la División del Norte, armée révolutionnaire menée par Pancho Villa (José Doroteo Arango Arámbula) sur Victoriano Huerta. Cet épisode particulièrement sanglant de la révolution raconté par Montejo (colonel Fuentes) sur un scénario de Paco Ignacio Taibo II et superbement illustré par Eko, lève le voile sur le légendaire Pancho Villa. Ainsi, parmi les rumeurs qui courraient sur le général, s'il en est une qui est fausse, c'est bien celle qu'il était un ivrogne incurable. C'était par contre le cas du colonel Fuentes, dont l'ivrognerie autant que le courage, suscitera la foudre et l'intérêt de Pancho Villa... Avec cette Bataille de Zacatecas, dont l'intérêt tient pour beaucoup dans la qualité et la beauté des dessins, partez à la découverte du récit épique de ce pan de la Révolution mexicaine...

    © Eko

Pancho Villa. La bataille de Zacatecas, un album puissant par ses évocations mais surtout par ses graphismes

Bel ouvrage s'il en est, cet album aux illustrations noir & blanc séduira autant par le thème abordé que par ses somptueux graphismes. Ne vous attendez pas pour autant à découvrir la bataille de Zacatecas dans le détail. Le scénario aborde en effet de façon trop succincte les événements. Et l'idée de cet ouvrage n'étant probablement pas de faire un cours d'histoire mais plus d'aborder les événements sous l'angle de l'anecdote, nous ne pourrons que reconnaître qu'il s'agit d'une belle collaboration même si l'on peut toutefois rester sur sa faim. Quant à la façon dont le héros mexicain est présenté, nul n'est besoin de rappeler l'admiration et la sympathie que beaucoup ont voué à Pancho Villa : les exploits rapportés sont probants et à l'instar de ce livre qui lui est dédié, les actes légendaires du célèbre général continueront à lui faire la part belle dans l'histoire mexicaine. Un très beau livre illustré proposé par Nada Éditions qui invite à d'autres lectures plus fouillées ou documentées comme par exemple la biographie de Pancho Villa, roman d'une vie de Paco Ignacio Taibo II (Payot, 2009)...


     © Eko

Nada Éditions : de la critique et de l'histoire sociale sous l'angle de la Révolution mexicaine

Et puisque le travail d'éditeur représente pour moi un travail fondamental dans la publication, la diffusion et la valorisation intelligente de toute littérature quelle que soit sa nature, je tiens à souligner le travail de Nada Éditions, jeune maison d'édition dont j'apprécie la ligne éditoriale et dont voici une présentation : "Fondées en 2013, les éditions Nada publient des essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociales, à la littérature et aux arts. La question sociale, l’émancipation, les marginalités, les contre-cultures sont autant de thématiques qui sous-tendent sa ligne éditoriale. "

Enfin, pour votre plaisir, voici un teaser réalisé par Nada Éditions qui vous décidera peut-être à vous lancer dans la lecture de ce beau roman graphique :


Maintenant que vous avez visionné le teaser, peut-être aurez-vous envie d'acheter le livre ? Si oui, notez que vous pourrez le trouver en vente sur Amazon à l'adresse suivante : Pancho Villa. La bataille de Zacatecas.

  • Titre : Pancho Villa. La bataille de Zacatecas
  • Titre original : Pancho Villa toma Zacatecas
  • Auteur : Paco Ignacio Taibo II
  • Illustrateur : Eko
  • Préface et traduction : Sébastien Rutès
  • Éditeur : Nada Éditions
  • Date de parution : Novembre 2015 (parution originale : 2013, Mexique)
  • Nombre de pages : 309 p.
  • ISBN : 979-1092457094
  • Graphisme : Atelier des Grands Pêchers
  • Crédits photographiques : © Eko

Gavrilo Princip, L'homme qui changea le siècle - Henrik Rehr

Comme une sombre prophétie, ces quelques mots d'Otto von Bismarck ont probablement hanté l'esprit de certains à l'époque : "L'Europe d'aujourd'hui est une poudrière, et ses dirigeants sont comme des hommes qui fument dans un arsenal... Une simple étincelle risque de déclencher une explosion qui nous consumera tous... Je ne peux pas vous dire quand cette explosion se produira, mais je peux vous dire où... c'est dans les Balkans qu'une espèce de fou dérangé mettra le feu aux poudres." (citation de l'ouvrage). Et il avait quelque part raison si ce n'est que Gavrilo Princip n'était pas fou. Le 28 juin 1914 est une date clé de l'Histoire dont nous nous souvenons tous comme étant celle de l'assassinat de l'Archiduc François Ferdinand. Mais peu d'entre nous connaissons l'histoire de Gavrilo Princip, l'homme qui changea le siècle. D'où venait-il ? Pourquoi a t-il commis ce meurtre ? Comment son crime a t-il entrainé l'Europe puis le monde entier dans la 1ère Guerre Mondiale ? Autant de questions auxquelles on trouvera quelques réponses à la lecture de cette belle biographie illustrée de Henrik Rehr qui revient sur les causes de l'attentat et qui remonte aux origines du complot...

    © Henrik Rehr

Gavrilo Princip, héros martyr ou terroriste insensé ?

Le jeune serbe n'a pas 20 ans au moment des faits (raison pour laquelle il échappe à la peine de mort) et son acte a permis la création du premier royaume de la Yougoslavie en 1918 (Pierre Ier de Serbie). Célébrée par les vagues successives de yougoslaves, la mémoire de Gavrilo Princip demeure jusqu'à l'effondrement définitif de la Yougoslavie au début des années 90, le symbole annonciateur de la liberté. Comme en témoigne ce texte griffonné sur le mur de sa cellule "Nos fantômes traversent Vienne à pied et saccageront le palais ; ils terrifieront les seigneurs", l'intention de Gavrilo Princip était de réduire à néant le pouvoir des oppresseurs. Et un peu comme pour se justifier de son geste, il déclarera pour sa défense au Tribunal de Sarajevo ces quelques mots : "Je ne suis pas un criminel, car j'ai détruit le mal. Je pense que je suis bon". Pourtant, la Grande Guerre fera 15 millions de morts dont 1 260 000 de victimes serbes et démontre qu'"avoir l'idée de commettre un acte... et le commettre vraiment, ces deux choses sont très différentes. Autre chose : une seule personne ne peut pas faire tourner la roue de l'histoire. La guerre aurait eu lieu de toute manière. Moi, je n'ai fait qu'appuyer sur la détente." (Gavrilo Princip). Doit-on voir dans cette dernière phrase les signes du remords ? Nous le savons, la violence et la haine naissent souvent du ressentiment. Gavrilo Princip qui a vu son peuple opprimé et qui a aussi été retoqué par les Comitadjis à cause de sa mauvaise santé (cf. le reportage d'Albert Londres à ce sujet) avant d'être récupéré par l'organisation de la Main Noire a peut-être été influencé par son ressentiment. Nous ne le saurons peut-être jamais mais ce n'est finalement pas cela qui importe. Ce qui compte, c'est le devoir de mémoire, ce travail collectif qui doit rappeler à l'Humanité que les erreurs de l'Histoire se répèteront à l'infini si l'Homme n'apprend rien de ses déboires...

    © Henrik Rehr 

Henrik Rehr, un auteur de BD dont le travail mériterait d'être plus largement diffusé en France

Des bandes-dessinées de Henrik Rehr, seulement deux ont été éditées en français : Gavrilo Princip et Mardi 11 Septembre. Elles sont (auto)biographiques et concernent toutes les deux la thématique du terrorisme alors que Henrik Rehr s'est par ailleurs illustré dans les récits d'horreur ou dans la science-fiction. On aimera son travail en noir et blanc style gravure ponctué de traits ou de pointillés. Le découpage original des planches et les transcriptions ou citations qui parsèment l'album sont également des points forts qui donnent envie de voir ce dont le dessinateur est capable de donner sur d'autres créneaux comme par exemple le récit d'horreur pour lequel son coup de crayon doit particulièrement bien se prêter. Parce que oui, j'ai beaucoup aimé cette lecture et j'aimerais bien découvrir d'autres œuvres de Henrik Rehr dont les publications en français restent trop anecdotiques. Alors avis aux éditeurs, si vous souhaitez faire plaisir aux lecteurs, lancez-vous et offrez-nous la joie de découvrir d'autres travaux du dessinateur danois...

Enfin, comme la période s'y prête, offrez(-vous) cet album que vous pourrez trouver sur Amazon : Gavrilo Princip: L'homme qui changea le siècle     

  • Titre : Gavrilo Princip, L'homme qui changea le siècle
  • Auteur : Henrik Rehr
  • Traducteur : Sidonie Van den Dries
  • Éditeur : Futuropolis
  • Date de parution : Mai 2014
  • ISBN : 978-2-7548-1098-2
  • Conception et réalisation graphique : Didier Gonord
  • Crédits photographiques : © Henrik Rehr