ie Le problème Spinoza - Irvin Yalom - Les embuscades littéraires d'Alcapone
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Le problème Spinoza - Irvin Yalom

De même que pour Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom a imaginé dans son dernier roman Le problème Spinoza (2012) une rencontre improbable entre des personalités qui ont marqué l'histoire de la pensée. Après la naissance de la psychothérapie qui aurait pu naître du pacte de Nietzsche et Breuer, voilà que le psychothérapeute-romancier se plait à confronter la philosophie athée et inspirée du panthéisme de Spinoza à l'idéologie nazie d'Alfred Rosenberg. Mais par quel tour de passe-passe Irvin Yalom parvient-il à réunir ces deux théoriciens ? Utilisant Goethe comme dénominateur commun, Yalom met en exergue la fascination de Rosenberg pour le romancier allemand qui lui-même admirait la pensée du philosophe juif. Or, Rosenberg ne comprend pas comment Goethe, grand écrivain allemand adulé des aryens, puisse vouer un quelconque intérêt pour le penseur juif. Et c'est justement à partir de cela que Yalom décide de construire son intrigue. Chargé de  la confiscation des oeuvres culturelles volées aux juifs, Rosenberg ordonne la perquisition de la bibliothèque de Spinoza et cherche à compendre la raison pour laquelle Goethe s'intéressait à l'oeuvre du penseur juif. Retraçant la philosophie de Spinoza dans ses grandes lignes, Yalom plonge ses lecteurs dans la Hollande du 17e siècle en leur dévoilant le développement de sa pensée. En parallèle, il improvise le parcours intellectuel du Reichsleiter en remontant aux origines de son éducation...

Maîtrisant son style didactique à la perfection, Yalom rend accessible la pensée d'un des plus grands philosophes hollandais du 17ième siècle. Cette fois-ci encore (tout comme pour Et Nietzsche a pleuré), les dialogues sont captivants et la construction romanesque géniale. Yalom expose en substance les principaux concepts évoqués dans l'Éthique de Spinoza et les confronte brillament aux théories de Rosenberg qui reposent sur l'opposition entre race juive et race aryenne (cf. l'essai Le mythe du vingtième siècle de Rosenberg). Ce que Yalom désigne par Le problème Spinoza fait sans doute référence à l'excommunication de Spinoza par la communauté juive d'Amsterdam et à la mise au ban par sa propre famille pour 3 siècles après sa mort. L'idée de Spinoza selon laquelle Dieu n'est pas transcendant ("Dieu est la nature. La nature est Dieu." p.168) en fait un athée qui a aussi bien séduit Nietzsche que Goethe ("- Jamais. Je souhaite mener une vie de piété sans l'interférence d'aucune religion Je suis convaincu que toute religion - qu'il s'agisse du catholiscisme, du protestantisme, de l'islam ou du judaïsme - ne fait que nous dissimuler les vérités essentielles. J'espère voir un jour un monde débarrassé des religions, un monde dont la religion universelle permettrait à l'individu d'user de sa raison pour connaître et vénérer Dieu. - Cela veut-il dire que vous souhaitez la fin du judaïsme ? - La fin de toutes les traditions qui interfèrent avec le droit de chacun de réfléchir par lui-même." p. 298). Comment donc opposer des arguments à un esprit aussi perspicace que celui de Spinoza ? C'est aussi cela que nous montre Yalom à travers le cheminement idéologique de Rosenberg. Pour ceux qui comme moi lisent peu de philosophie, ce roman est excellente initiation à la pensée de Spinoza dont le style est réputé pour être inabordable. Pour finir, c'est encore un pari réussi haut la main pour Irvin Yalom dont je recommande vivement la lecture. Et si vous ne deviez lire qu'un seul de ses romans, optez pour ce titre. A lire et à relire !

Enfin, si je vous ai convaincu de découvrir cette lecture, notez que vous pouvez acheter le livre sur Amazon via le lien suivant : Le Problème Spinoza 

Extrait
- J'ai envie de vous parler d'Épicure, ce sage penseur de la Grèce antique. Il était convaincu, comme tout être doué de raison, qu'il n'y a pas de vie dans l'au-delà et qu'il nous faut mener la seule et unique existence qui est la nôtre dans la paix et la joie autant qu'il est possible. Quel but donner à sa vie ? La réponse se trouve selon lui, dans la quête de l'ataraxie, ce que l'on pourrait traduire par "tranquilité" ou l'"absence des désordres liés aux émotions". Épicure estime que les besoins d'un homme sage sont peu nombreux et faciles à satisfaire, alors que ceux qui ont un désir insatiable de pouvoir et de richesse, comme peut-êre votre oncle, n'accèderont jamais à l'ataraxie car le désir est sans fin. Plus on possède de biens, plus ces biens vous possèdent." (p.304)

  • Titre : Le problème Spinoza
  • Titre original : The Spinoza problem
  • Auteur : Irvin Yalom
  • Traducteur :  Sylvette Gleize
  • Éditeur : Livre de Poche
  • Date de parution : Janvier 2014
  • Nombre de pages : 546 p.
  • ISBN : 978-2-253-16868-3
  • Couverture : ©AKG-images / Schütze / Rodemann

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7 commentaires :

  1. Bonjour, c'est le premier Yalom que je lisais, ce fut une vraie révélation. Il nous rend Baruch Spinoza assez proche et très humain. http://dasola.canalblog.com/archives/2012/06/04/24401301.html Bonne journée.

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    1. Bonjour Dasola ! Oui, je me souviens très bien que tu m'en avais conseillé la lecture. Je ne regrette vraiment pas ! J'ai dévoré ce livre !

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  2. Bonjour

    Je n'ai pas vu le film mais voici toujours le lien :
    http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=228767.html
    Yalom permet d'aborder quelques philosophes "difficiles" de façon très digeste !
    C'est un bon passeur .

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    1. Complètement d'accord. Merci pour l'info !

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  3. Je l'ai lu mais pas encore relu. En tout cas j'ai beaucoup aimé ce roman, une vraie réussite. Par contre du même auteur j'ai beaucoup apprécié Et Nietzsche a pleuré.

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  4. Oui, c'est clair : moi aussi j'avais adoré Et Nietzsche a pleuré. Dommage que Yalom n'ait plus sorti de titres...

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