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Black Hole - Charles Burns

Reconnaissables entre tous, les remarquables dessins aux aplats noirs de Charles Burns sont sans doute la marque de fabrique de l'un des bédéistes américains les plus talentueux... Black Hole, cette inquiétante série qui a entre autre fait la renommée du dessinateur, se passe dans l'Amérique des années 70. Une mystérieuse maladie sexuellement transmissible appelée "crève" ou "peste des ados" transforme les adolescents en d'étranges mutants. Les stigmates se manifestent tantôt sous forme de pustules, de boursouflures, de mutations animales, d'excroissances et autres horreurs... Malgré leurs terribles transformations, les jeunes malades luttent pour survivre. Certains s'accommodent de leurs nouveaux attributs à l'instar de "Lizzard Queen". D'autres squattent les maisons vacantes ou se cachent dans les bois mais que reste t-il de leur vie d'adolescent et de leur insouciance ? Comment faire pour porter ce lourd secret lorsque comme tous les jeunes, les "pestiférés" n'aspirent qu'à profiter de la vie ? Amour, sexe, drogue et rock'n roll, rien n'est heureusement aussi fort que l'envie de profiter ou de ... se venger de la vie... Mais à l'heure où les hippies sont désormais "has been" et que Halloween Jack, le glacial félin de l'album "Diamond Dogs" de David Bowie (1974), commence à peine à faire ses griffes, les teenagers de Black Hole, sont aspirés dans un vertigineux trou noir aux effets ravageurs...


Satire déjantée de la jeunesse américaine des années 70, le fascinant travail de Charles Burns ne manquera pas passionner les amateurs du genre par ses sombres volutes vénéneuses... Pour ceux d'entre vous qui ne connaissez donc pas l'univers troublant et monstrueux du dessinateur, n'hésitez pas à vous procurer cette belle intégrale éditée aux éditions Delcourt via Amazon en cliquant sur le lien suivant : Black Hole Intégrale T01 à T06

Détails bibliographiques


  • Titre : Black Hole (Intégrale)
  • Illustrateur et scénario : Charles Burns
  • Traducteurs : Jean-Paul Jennequin et Anne Capuron
  • Éditeur : Delcourt
  • Date de parution : Novembre 2006
  • ISBN : 978-2-75600-379-5
  • Illustrations : © Charles Burns

From Hell - Alan Moore et Eddie Campbell

Auréolée de mystère et toujours irrésolue, l'affaire de Jack l'Éventreur (Whitechapel, Londres, 1888) est sans doute l'une des affaires criminelles qui ait embrasé toutes les passions. Celui qui était communément désigné sous le surnom de Jack The Ripper, n'a cessé de stimuler l'intérêt et l'imagination de nombreux écrivains ou réalisateurs. Tout comme Patricia Cromwell, Robert Desnos ou encore Stéphane BourgoinAlan Moore s'est également saisi de ce fascinant dossier. Son interprétation aussi documentée que fantasmée, tire son titre de From Hell, la lettre prétendument envoyée par le tueur à l'époque. Les thèses étoffées par Alan Moore se basent sur les faits historiques, politiques et sociologiques de cette inquiétante Londres de l'ère victorienne. A cette différence près que le génial scénariste y ajoute une bonne dose de mysticisme (cf. les références faites à la loge maçonnique par le biais de William Gull) et de conspirationnisme (cf. la conspiration royale). On rencontre notamment des personnages célèbres tels la Reine Victoria, Oscar Wilde, Frederick Treves (médecin extraordinaire de la Reine) et John Merrick (Elephant Man) ainsi que tous les acteurs impliqués dans l'affaire comme le médecin William Gull, le chef de police Frederick Abberline, Walter Sickert, John Druitt, le prince Albert Victor, ou encore le médium Robert Lees. Preuve probante de l'imagination prolifique et diabolique d'Alan Moore, From Hell livre une version machiavélique de l'affaire du Tueur de Whitechapel...

Indéniablement sombre et violent, le scénario déroulé par Alan Moore ne manque pas d'emporter son lecteur. Les graphismes noir et blanc d'Eddie Campbell ainsi que son coup de crayon tantôt précis, tantôt torturé, sont parfaitement adaptés aux intentions du scénariste : le travail de recherche documentaire, manisfestement méticuleux, offre un résultat des plus réalistes et certaines scènes sont d'une brutalité insoutenable mais c'est justement cela qui fait le génie de cette grandiose bande-dessinée. Que le véritable coupable des meurtres de Whitechapel soit démasqué ou non, peu importe : ce qui fait le succès de ce roman graphique réside véritablement dans son scénario abracadabrant et son traitement graphique. On notera disséminés par-ci, par-là, quelques clins d'oeil inattendus à notre société moderne. A vous de les retrouver (question : avez-vous trouvé le portrait de Marilyn Monroe ?). Pour conclure, la lecture de From Hell n'est assurément pas recommandée à tout lecteur mais il s'agit bien là d'un chef d'oeuvre incontournable à lire et à relire...

On notera par ailleurs en fin d'ouvrage de nombreuses annotations aux chapitres de la bande-dessinée. Ils apportent sensiblement de précieuses informations bibliographiques et justifient les choix opérés par Alan Moore pour son intrigue. Personnellement, j'ai trouvé cette partie intéressante même si elle nécessite une relecture des 575 p. de l'ouvrage. Parmi les références citées et recommandées par le scénariste, on remarquera d'ailleurs que l'auteur s'est pour beaucoup appuyé sur le travail de Stephen Knight JtR : The final solution. Voilà peut-être une nouvelle piste de lecture qui nous en dira probablement plus sur le processus de construction de l'oeuvre de Moore ? Si j'en ai l'occasion, je me pencherai sur ce titre. Par contre, je vous déconseille franchement l'adaptation cinématographique d'Albert et Allen Hugues que j'ai sensiblement trouvé médiocre.

Enfin, malgré les sources innombrables sur le sujet, je recommande la lecture de l'article suivant : http://www.tueursenserie.org/spip.php?article8&artpage=1-2 sur le site Tueurs en série, site comme son nom l'indique, est spécialisé sur les serial killers. Je le trouve bien documenté. De plus, il propose en fin d'article une bilbiographie commentée sur différents ouvrages traitant du sujet. Passionnant.


Sinon, si votre librairie préférée est fermée, la BD est disponible sur Amazon via le lien suivant : From Hell.

Dédicace de l'auteur
Ce livre est dédié à Polly Nichols, Annie Chapman, Liz Stride, Kate Eddowes, et Marie Jeannette Kelly.
Vous et votre mort : de ces choses seules nous sommes certains.
Bon repos, Mesdames.

  • Titre : From Hell
  • Sous-titre : Une autopsie de Jack l'Éventreur
  • Scénario : Alan Moore
  • Dessins : Eddie Campbell avec le contribution de Pete Mullins
  • Traducteur : Jean-Paul Jennequin
  • Éditeur : Delcourt
  • Date de parution : Octobre 2000
  • Conception graphique : Trait pour trait
  • Lettrage : Loïc Hanno
  • Nombre de pages : 575 p.
  • ISBN : 978-2-84055-514-8

Chroniques de Jerusalem - Guy Delisle

Jérusalem est une destination chargée en symboles religieux, historiques et politiques. Guy Delisle s'y installe pendant un an avec sa femme et ses enfants. Nadège travaille pour Médecins sans frontières. Lui la suit et espère pouvoir se consacrer à son travail de dessinateur mais c'est sans compter sur le gardiennage d'enfants. Chroniques de Jérusalem témoigne de cette riche année (2008-2009) passée par la petite famille dans la ville sacrée des grandes religions monothéistes. On imagine souvent que la vie d'expat' est faite de soirées chez l'ambassadeur, de séjours touristiques, de rencontres passionnantes... S'il y a du vrai, on méconnait souvent ses aspects les plus difficiles. Car vivre à l'étranger, c'est aussi apprendre à s'adapter, réussir à communiquer, découvrir de nouvelles façons de penser, savoir faire preuve de patience et de jugeote : c'est comme "dans la vraie vie" mais en trois fois plus compliqué. Surprises, déceptions, joies, désillusions, crises de nerfs, remises en question, colères, incompréhensions, vivre en expat', c'est une aventure riche en enseignements de tous genres. Chroniques de Jerusalem exprime tout cela en même temps : mettre en images anecdotes, humeurs, et questionnements est assurément un exercice de style auquel le dessinateur s'adonne avec une simplicité touchante grâce à un joli coup de crayon et un sobre travail de colorisation très réussi...

Vivre à l'étranger ? Un pas vers une certaine compréhension du monde

Je suis de ceux qui pensent qu'il est difficile de comprendre quelque chose avant de l'avoir vu ou de l'avoir vécu. Ce témoignage du dessinateur canadien montre à quel point ce que l'on croit savoir par les médias, n'est pas la réalité. Il est par exemple de mise pour nous occidentaux, d'être pro-palestiniens. S'il n'y a pas de fumée sans feu (on sait bien que les communautés palestiniennes subissent des brimades insensées de la part des israéliens), Guy Delisle montre bien par exemple que dans certains secteurs de Jerusalem, les communautés religieuses cohabitent en harmonie. Pourquoi la ségrégation religieuse est-elle donc si violente dans d'autres quartiers ? C'est la question qu'on se pose en réaction à ce type de témoignages. Bien sûr, rien n'est simple et il serait utopique de penser qu'israéliens et palestiniens puissent faire table rase du passé et du présent par un simple coup de baguette magique. Il ne s'agit pas ici de fiction mais bien de faits.

Ce que je retiens de ces chroniques, mais également ce que je retire de ma propre expérience professionnelle au Vietnam, au Yémen ou au Bénin, c'est qu'il n'y a pas des méchants et des gentils (bah non, on est pas au pays de Candy). Il y a des méchants gentils, des gentils méchants. Il y a des méchants qui se prennent pour des gentils. Il y a des gentils qui se la jouent méchants. Bref, il y a de tout mais ce qui est sûr, c'est que le manichéisme n'a pas sa place dans ma façon de voir les choses. Pour moi, tout est dans la nuance. Et cette nuance n'est pas saisissable vue de loin ou uniquement par le biais des infos (presses, internet, télé). Vivre les choses est véritablement une expérience différente de "lire les choses". Évidemment, toute oeuvre est par définition subjective. Les Chroniques de Jerusalem représentent donc un point de vue parmi tant d'autres mais elles présentent avec humour une certaine réalité.

Jéralem ? Des histoires de murs et de frontières

     
Guy Delisle a notamment focalisé sur le mur de séparation qui divise les différentes communautés. Les événements historiques et politiques ont eu des conséquences désastreuses sur le pays. Ce qui saute aux yeux, c'est la situation absurde subie par les autochtones et ce, peu importe leur confession religieuse. Les différentes communautés sont scrupuleusement séparées par des frontières réelles ou imaginaires : la ligne verte, ligne de démarcation datant de l'armistice de 1949, le mur des séparations, le mur des lamentations ou les checks-points. Ce sont pourtant les différences de langues, de religion, de coutumes, en somme toute une riche diversité culturelle qui devrait faire la fierté de la "région" et non la cause de ses conflits. Les faits prouvent exactement le contraire. Je pense notamment aux décalages entre les jours de week-ends et les fêtes religieuses, au découpage de Jerusalem en quartiers juifs ou arabes avec les taxis qui refusent de desservir les quartiers arabes, aux boutiques casher/pas casher, aux heures de visites décalées des monuments selon l'appartenance religieuse et bien d'autres choses encore qui empoisonnent la vie des locaux et que Guy Delisle raconte parfois avec drôlerie. A noter, la visite d'Hébron organisée par  Breaking the silence, organisation d'anciens soldats décidés à briser le silence, à comparer avec celle organisée par les colons : ça mérite le détour. Entre autres absurdités notables, on se souviendra du Saint-Sépulcre dont la gestion confiée à six communautés religieuses, provoque des conflits d'intérêts ridicules ou encore des violents conflits inter-communautaires d'Hébron (où 67 juifs ont été tués par des arabes en 1929 et un juif a assassiné 29 palestiniens en 1994)... Aujourd'hui en 2013, cela fait à peine quelques mois que l'état palestinien remplace l'OLP créé par Yasser Arafat comme observateur à l'ONU...

La bande dessinée selon Guy Delisle ? Un moyen de communication extraordinaire




Primées par le Fauve d'or en 2012, les Chroniques de Jérusalem permettent une découverte originale de la région de la Palestine. Pour avoir vécu la vie d'expatrié, je confirme que l'adaptation est souvent plus difficile que l'on l'imagine. Contrairement à Guy Delisle, j'ai plus souvent côtoyé les locaux que les expatriés et mon appréhension de la vie d'expat' est bien différente de celle du dessinateur. Mais peu importe car ces chroniques de Guy Delisle s'inscrivent dans une démarche artistique intéressante. Cette bande-dessinée saura séduire tous les publics. Je vous invite donc à la découvrir de toute urgence.

Note : ce compte-rendu fait référence à une édition coffret qui comprend deux volumes dont la bande-dessinée et un choutte carnet de croquis avec de nombreux dessins du mur de séparation qui sépare la zone palestinienne de la zone israélienne.

Découvrir le travail de recherche de Guy Delisle et ses productions
Pour aller plus loin sur le travail de Guy Delisle, n'hésitez pas à aller fouiner sur son site : http://www.guydelisle.com. Pour tout savoir sur les Chroniques de Jerusalem rendez-vous à l'adresse suivante : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html. Enfin, pour suivre les actualités du dessinateur, vous pouvez suivre son blog Comme-ci, comme-çahttp://www.guydelisle.com/blog/

Pour vous procurer la bande-dessinée via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Chroniques de Jérusalem.

  • Titre : Chroniques de Jerusalem
  • Auteur : Guy Delisle
  • Éditions : Guy Delcourt
  • Collection : Shampoing
  • Couleur : Lucie Firoud et Guy Delisle
  • Date de parution : Août 2012
  • Nombre de pages : 333 p.
  • ISBN : 978-2-7560-2569-8

V pour vendetta - Alan Moore et David Lloyd


Suite à la guerre mondiale qui a sévit dans les années 1980, seule la Grande-Bretagne a survécu aux attaques nucléaires. Alors que le pays est à feu et à sang, le Norsfire, parti fasciste, tente de prendre le pouvoir. Après une extermination dans la pure tradition nazie (élimination des juifs et des musulmans, des minorités ethniques, des homosexuels...), le parti instaure un contrôle absolu sur la population : la société est régie par des instances appelées le Nez, la Main, l’Oreille, la Voix et le Destin, un ordinateur superpuissant contrôlé par Adam Susan. La population est surveillée dans ses moindres faits et gestes, les gens sont soumis à la loi du silence et la terreur règne... Jusqu’au jour où V, rendant hommage à Guy Fawkes, entame sa vendetta en faisant exploser le palais de Westminster. Nous sommes alors en 1997 et le mystérieux justicier emmène la jeune Evey Hammond dans son Musée des ombres... L’heure de la vengeance a enfin sonné...

Récit d’une dystopie, cette intégrale publiée en 1999 par les éditions Delcourt, se présente comme une mise en garde de l’auteur contre le pouvoir établi. Après un internement des plus aliénants au camp de Larkhill, V, seul survivant de la chambre V, échaffaude une vengeance des plus meurtrières. Prenant sous son aile Evey, qui était sur le point de subir un viol avant d’être exécutée par les agents de la Main, le vengeur masqué veille à son éducation et lui prodigue de bien étranges conseils. Au premier abord, l’on pourrait penser que l’internement forcé et les expériences menées sur V ont eu raison de sa santé mentale, pourtant, le vengeur est doué d’un talent hors du commun. Eliminant les uns après les autres, les anciens membres du camp d’internement ainsi que les membres les plus influents du parti faciste, V agit avec froideur mais élégance. Tel un poète macabre, il sème des roses sur son passage sur des airs de Beethoven...


Ce roman graphique est passionnant : bien que les dessins de David Lloyd ne soient pas ceux que je préfère, la manière dont il s’est approprié le scénario d’Alan Moore et la façon dont il l’a retranscrit et interprété, est des plus abouties. L’ambiance est sombre, apocalyptique. Les personnages sont presque caricaturaux. Mais le résultat est bluffant. Si les graphismes, notamment les traits des personnages, m’ont parfois paru de qualité inégale - certaines planches ne me semblent clairement pas être signées par David Lloyd - il n’en reste pas moins que V pour vendetta fait partie de ces lectures qui marquent : plus qu’une BD, plus qu’un roman, ce livre est un produit hybride dont la portée dépasse largement l'histoire. Le clin d’oeil d’Alan Moore à Guy Fawkes, dont le célèbre masque est de nos jours repris par le Collectif des Anonymous pour défendre la liberté d'expression, en est la preuve flagrante... A découvrir absolument !

Pour vous procurer le livrez via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : V pour Vendetta, l'intégrale

Citations :
Il ne faut jamais dépendre des minorités silencieuses, Evey. Parce que le silence est une chose fragile... Il s’efface au premier cri. p.187

  • Titre : V pour vendetta
  • Scénario : Alan Moore
  • Illustrations : David Lloyd
  • Editions : Delcourt
  • Traduction : Jacques Collin
  • Couleurs : David Lloyd et Sihoban Dodds
  • Date de parution : Janvier 1999
  • Nombre de pages : 271 p.
  • ISBN : 2-84055-263-9