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Chroniques de Jerusalem - Guy Delisle

Jérusalem est une destination chargée en symboles religieux, historiques et politiques. Guy Delisle s'y installe pendant un an avec sa femme et ses enfants. Nadège travaille pour Médecins sans frontières. Lui la suit et espère pouvoir se consacrer à son travail de dessinateur mais c'est sans compter sur le gardiennage d'enfants. Chroniques de Jérusalem témoigne de cette riche année (2008-2009) passée par la petite famille dans la ville sacrée des grandes religions monothéistes. On imagine souvent que la vie d'expat' est faite de soirées chez l'ambassadeur, de séjours touristiques, de rencontres passionnantes... S'il y a du vrai, on méconnait souvent ses aspects les plus difficiles. Car vivre à l'étranger, c'est aussi apprendre à s'adapter, réussir à communiquer, découvrir de nouvelles façons de penser, savoir faire preuve de patience et de jugeote : c'est comme "dans la vraie vie" mais en trois fois plus compliqué. Surprises, déceptions, joies, désillusions, crises de nerfs, remises en question, colères, incompréhensions, vivre en expat', c'est une aventure riche en enseignements de tous genres. Chroniques de Jerusalem exprime tout cela en même temps : mettre en images anecdotes, humeurs, et questionnements est assurément un exercice de style auquel le dessinateur s'adonne avec une simplicité touchante grâce à un joli coup de crayon et un sobre travail de colorisation très réussi...

Vivre à l'étranger ? Un pas vers une certaine compréhension du monde

Je suis de ceux qui pensent qu'il est difficile de comprendre quelque chose avant de l'avoir vu ou de l'avoir vécu. Ce témoignage du dessinateur canadien montre à quel point ce que l'on croit savoir par les médias, n'est pas la réalité. Il est par exemple de mise pour nous occidentaux, d'être pro-palestiniens. S'il n'y a pas de fumée sans feu (on sait bien que les communautés palestiniennes subissent des brimades insensées de la part des israéliens), Guy Delisle montre bien par exemple que dans certains secteurs de Jerusalem, les communautés religieuses cohabitent en harmonie. Pourquoi la ségrégation religieuse est-elle donc si violente dans d'autres quartiers ? C'est la question qu'on se pose en réaction à ce type de témoignages. Bien sûr, rien n'est simple et il serait utopique de penser qu'israéliens et palestiniens puissent faire table rase du passé et du présent par un simple coup de baguette magique. Il ne s'agit pas ici de fiction mais bien de faits.

Ce que je retiens de ces chroniques, mais également ce que je retire de ma propre expérience professionnelle au Vietnam, au Yémen ou au Bénin, c'est qu'il n'y a pas des méchants et des gentils (bah non, on est pas au pays de Candy). Il y a des méchants gentils, des gentils méchants. Il y a des méchants qui se prennent pour des gentils. Il y a des gentils qui se la jouent méchants. Bref, il y a de tout mais ce qui est sûr, c'est que le manichéisme n'a pas sa place dans ma façon de voir les choses. Pour moi, tout est dans la nuance. Et cette nuance n'est pas saisissable vue de loin ou uniquement par le biais des infos (presses, internet, télé). Vivre les choses est véritablement une expérience différente de "lire les choses". Évidemment, toute oeuvre est par définition subjective. Les Chroniques de Jerusalem représentent donc un point de vue parmi tant d'autres mais elles présentent avec humour une certaine réalité.

Jéralem ? Des histoires de murs et de frontières

     
Guy Delisle a notamment focalisé sur le mur de séparation qui divise les différentes communautés. Les événements historiques et politiques ont eu des conséquences désastreuses sur le pays. Ce qui saute aux yeux, c'est la situation absurde subie par les autochtones et ce, peu importe leur confession religieuse. Les différentes communautés sont scrupuleusement séparées par des frontières réelles ou imaginaires : la ligne verte, ligne de démarcation datant de l'armistice de 1949, le mur des séparations, le mur des lamentations ou les checks-points. Ce sont pourtant les différences de langues, de religion, de coutumes, en somme toute une riche diversité culturelle qui devrait faire la fierté de la "région" et non la cause de ses conflits. Les faits prouvent exactement le contraire. Je pense notamment aux décalages entre les jours de week-ends et les fêtes religieuses, au découpage de Jerusalem en quartiers juifs ou arabes avec les taxis qui refusent de desservir les quartiers arabes, aux boutiques casher/pas casher, aux heures de visites décalées des monuments selon l'appartenance religieuse et bien d'autres choses encore qui empoisonnent la vie des locaux et que Guy Delisle raconte parfois avec drôlerie. A noter, la visite d'Hébron organisée par  Breaking the silence, organisation d'anciens soldats décidés à briser le silence, à comparer avec celle organisée par les colons : ça mérite le détour. Entre autres absurdités notables, on se souviendra du Saint-Sépulcre dont la gestion confiée à six communautés religieuses, provoque des conflits d'intérêts ridicules ou encore des violents conflits inter-communautaires d'Hébron (où 67 juifs ont été tués par des arabes en 1929 et un juif a assassiné 29 palestiniens en 1994)... Aujourd'hui en 2013, cela fait à peine quelques mois que l'état palestinien remplace l'OLP créé par Yasser Arafat comme observateur à l'ONU...

La bande dessinée selon Guy Delisle ? Un moyen de communication extraordinaire




Primées par le Fauve d'or en 2012, les Chroniques de Jérusalem permettent une découverte originale de la région de la Palestine. Pour avoir vécu la vie d'expatrié, je confirme que l'adaptation est souvent plus difficile que l'on l'imagine. Contrairement à Guy Delisle, j'ai plus souvent côtoyé les locaux que les expatriés et mon appréhension de la vie d'expat' est bien différente de celle du dessinateur. Mais peu importe car ces chroniques de Guy Delisle s'inscrivent dans une démarche artistique intéressante. Cette bande-dessinée saura séduire tous les publics. Je vous invite donc à la découvrir de toute urgence.

Note : ce compte-rendu fait référence à une édition coffret qui comprend deux volumes dont la bande-dessinée et un choutte carnet de croquis avec de nombreux dessins du mur de séparation qui sépare la zone palestinienne de la zone israélienne.

Découvrir le travail de recherche de Guy Delisle et ses productions
Pour aller plus loin sur le travail de Guy Delisle, n'hésitez pas à aller fouiner sur son site : http://www.guydelisle.com. Pour tout savoir sur les Chroniques de Jerusalem rendez-vous à l'adresse suivante : http://www.guydelisle.com/jerusalem/jeru-index.html. Enfin, pour suivre les actualités du dessinateur, vous pouvez suivre son blog Comme-ci, comme-çahttp://www.guydelisle.com/blog/

Pour vous procurer la bande-dessinée via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Chroniques de Jérusalem.

  • Titre : Chroniques de Jerusalem
  • Auteur : Guy Delisle
  • Éditions : Guy Delcourt
  • Collection : Shampoing
  • Couleur : Lucie Firoud et Guy Delisle
  • Date de parution : Août 2012
  • Nombre de pages : 333 p.
  • ISBN : 978-2-7560-2569-8
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2 commentaires :

  1. Je découvre ton blog et c'est un plaisir de le parcourir ! je te laisse, j'y retourne ^^bravo pour ce partage et merci!

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