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Madame Edwarda. Le mort. L'histoire de l'oeil - Georges Bataille


Étranges, dérangeants et obscènes, voilà ce que l’on serait tenté de penser à la lecture de ces trois nouvelles de Georges Bataille. Les textes ont pour point commun la sexualité et la mort poussées à leur paroxysme. La transgression comme moyen de dépasser notre condition humaine revêt chez Bataille un parfum de scandale et de blasphème. On sent chez l’auteur une fascination pour la cruauté et la façon dont il met en scène ses obsessions peut paraître outrancière mais à relire attentivement les textes, on y découvre bien plus que cela. Madame Edwarda, Le mort et L’histoire de l’oeil peuvent au premier abord choquer les lecteurs par leur caractère pervers, scatologique ou pornographique mais ce qu’on y décèle relève d’une toute autre démarche : le plaisir sexuel et la douleur, tous deux intimement liés, relèvent du domaine du sacré. Ne pas le reconnaître, c’est ne pas se donner les moyens de comprendre la nature humaine...

« Penser ce qui excède la possibilité de penser, gagner le point où le coeur manque, les moments où l’horreur et la joie coïncident dans leur plénitude, où l’être nous est donné dans un dépassement intolérable de l’être qui le rend semblable à Dieu, semblable à rien. Tel est le sens de ce livre insensé. Les trois récits rassemblés ici sont l’expression la plus concise, la plus terrible exigence d’un homme qui avait voué sa vie et son écriture à l’expérience des limites. A travers le blasphème et l’indécence, c’est bien la voix la plus pure que nous entendons et le cri que profère cette bouche tordue est un alléluia perdu dans le silence sans fin.» (quatrième de couverture). Voilà pour justifier ces textes de Georges Bataille, la présentation de l’éditeur. S’il est vrai que le plaisir, la douleur et la mort constituent pour l’auteur un tryptique indissociable, il est en revanche difficile de comprendre par quel biais, Georges Bataille en arrive à ces conclusions. Son cheminement à la fois simple et tortueux soulève des questionnements, qui peuvent à la fois nous échapper et nous dérouter.

Madame Edwarda
Un homme rencontre Madame Edwarda au bordel. Attiré par cette femme au comportement plus qu'étrange, il la suit dans la nuit parisienne. Georges bataille explique en préface de ce texte (publié sous le pseudonyme de Pierre Angélique) que « nous ne savons rien et nous sommes dans le fond de la nuit. Mais au moins pouvons-nous voir ce qui nous trompe, ce qui nous détourne de savoir notre détresse, de savoir, plus exactement, que la joie est la même chose que la douleur, la même chose que la mort. » p.14 Cette course fantasque après Madame Edwarda se termine comme on peut le supposer, mal : « Ma vie n’a de sens qu’à la condition que j’en manque ; que je sois fou : comprenne qui peut, comprenne qui meurt...; » p.54. Ainsi que le souligne Georges Bataille dans sa préface, « Si le coeur nous manque, il n’est rien de plus suppliciant. Et jamais le moment suppliciant ne manquera : comment, s’il nous manquait, le surmonter ? Mais l’être ouvert - à la mort, au supplice, à la joie - sans réserve, l’être ouvert et mourant douloureux et heureux, paraît déjà dans sa lumière voilée : cette lumière est divine. » p.20

Le mort
Edouard meurt auprès de Marie, qui s’enfuyant nue dans la rue, se retrouve dans une auberge où elle se livre à la luxure avant de mourir.

L’histoire de l’oeil
Deux adolescents s’adonnant à des jeux sexuels pervers, entraînent la mort de la jeune Marcelle devenue folle. Leur départ pour l’Espagne en compagnie du curieux Sir Edmond les conduit à commettre les pires sacrilèges. Obsédé par l’oeil et l’oeuf, Bataille livre à travers ce texte, ses obsessions. Poussant le vice des adolescents à l’excès, l’auteur montre comment l’horreur et le sublime peuvent lorsqu’ils se rencontrent, dépasser l’intelligence. L’oeil, en tant qu’organe sexuel à part entière, prend dans ce texte une dimension surréaliste : les hantises de Georges Bataille s’invitent insolemment dans cette histoire et apportent au récit une atmosphère érotique (voire pornographique) des plus repoussantes et excitantes à la fois. Aussi scandaleux et immonde que puisse paraître ce récit, la fascination est là et la tension sexuelle qui s’en dégage, est des plus troublantes.

Le procès de Gilles de Rais (dont je recommande la lecture) avait exercé sur moi, la même fascination que L’histoire de l’oeil. Pourtant, je ne saurais dire si j’ai vraiment apprécié ces nouvelles. Probablement, que j’oublierai vite Madame Edwarda et Le mort. Quant à L’histoire de l’oeil, ce sera beaucoup plus difficile...

Extrait de L’histoire de l’oeil
A d’autres, l’univers paraît honnête. Il semble honnête aux honnêtes gens parce qu’ils ont les yeux châtrés. C’est pourquoi ils craignent l’obscénité. Ils n’éprouvent aucune angoisse s’ils entendent le cri du coq ou s’ils découvrent le ciel étoilé. En général, on goûte les « plaisirs de la chair » à la condition qu’ils soient fades. Mais dès lors, il n’était plus de doute : je n’aimais pas ce qu’on nomme les « plaisirs de la chair », en effet parce qu’ils sont fades. J’aimais ce qu’on tient pour « sale ». Je n’étais nullement satisfait, au contraire, par la débauche habituelle, parce qu’elle salit non seulement la débauche et de toute façon, laisse intacte une essence élevée et parfaitement pure. La débauche que je connais souille non seulement mon corps et mes pensées mais tout ce que j’imagine devant elle et surtout le ciel étoilé. p.137
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  • Titre : Madame Edwarda. Le mort. L’histoire de l’oeil
  • Auteur : Georges Bataille
  • Editions : 10/18
  • Collection : Domaine français
  • Date de parution : Février 2006
  • Nombre de pages : 185 p.
  • Couverture : Hans Bellmer. Cefalopodes (détail).Oragon Gallery, Paris.
  • ISBN : 226403579X
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