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Le fanatisme ou Mahomet le prophète - Voltaire

Cette pièce très controversée de Voltaire se passe à la Mecque. Après son exil à Médine, Mahomet revient pour prendre le pouvoir mais il doit d’abord défaire Zopire, le cheich de la ville. Pour parvenir à ses fins, Mahomet, à l’aide d’Omar son lieutenand, convainc le jeune et fougueux Séide de tuer Zopire en échange de la belle Palmire... Cette tragédie aurait pu être quelconque si elle ne mettait en scène un Mahomet cruel et avide. Si la pièce remporta du succès auprès des prelats à sa première représentation (le mauvais étant campé par Mahomet), les autorités écclésiastiques se rendirent rapidement compte que la pièce était avant tout une vive critique de l’église apolistique et romaine. Il n’en reste pas moins que la pièce provoque toujours des polémiques : ce qu’il faudrait retenir de ce texte, ce n’est pas le personnage de Mahomet mais bien la dangereuse fascination exercée par le discours religieux sur les jeunes...

Cette tragédie composée par Voltaire en 1736 a été representée pour la première fois à Lille en 1741. Ayant tout d’abord reçu un bon accueil du public, la pièce est cependant jugée inconvenable par certains spectateurs qui la trouvèrent dangeureuse : la vive critique de la religion qui y est faite n’est pas du goût de certains qui y voient provocation et blasphème. Pour défendre Voltaire, l’éditeur de l’époque, explique que l’intention du philosophe est justement de prévenir les hommes du fanatisme religieux. Pourtant, les poursuites engagées contre l'auteur, l’ont finalement décidé à retirer sa pièce. Pour rendre justice au philosophe, l’éditeur a décidé de reproduire une lettre que Voltaire aurait rédigée à l’attention du roi de Prusse (20 janvier 1742). En voici un extrait qui prouve le bienfondé des intentions du philosophe : « Votre Majesté sait quel esprit m‘animait en composant cet ouvrage. L’amour du genre humain et l’horreur du fanatisme, deux vertus qui sont faites pour être toujours auprès de votre trône, ont conduit ma plume. J’ai toujours pensé que la tragédie ne doit pas être un simple spectacle, qui touche le coeur sans le corriger. Qu’importent au genre humain les passions et les malheurs d’un héros de l’Antiquité, s’ils ne servent pas à nous instruire ? (...) Ceux qui diront que les temps de ces crimes sont passés, qu’on ne verra plus de Barcochebas, de Mahomet, de Jean de Leyde, etc., que les flammes des guerres de religion sont éteintes, font, ce me semble, trop d’honneur à la nature humaine. Le même poison subsiste encore, quoique moins développé : cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps en temps des germes capables d’infecter la terre. »  p.14 A la lecture de ce texte, n’y a pas de doute sur l’intention de Voltaire. Pourtant le sujet traité est si sensible, qu’une interprétation un peu rapide de la pièce peut facilement porter à confusion.

Pour contextualiser la présente édition de cette pièce, j’ai trouvé opportun de reproduire un extrait de la postface de Jérôme Verain qui, conscient de son caractère polémique, nous explique les dispositions de cette nouvelle « version » du Fanatisme ou Mahomet le Prophète : « La publication ou la représentation du Mahomet de Voltaire, en France ou en Europe, expose de nos jours à deux procès d’intention ; celui de la provocation gratuite, et celui d’une arme fournie aux détracteurs de l’Islam. D’un côté, en effet, on peut comprendre qu’un musulman ressente la seule lecture du titre comme une insulte. S’il supporte de lire le texte, l’outrance de la charge - et le simple fait, d’ailleurs, que le Prophète soit représenté en chair et en os - le blessera davantage encore. A l’inverse, les islamophobes de tout poil se réjouiront de voir Mahomet assimilé à un vieillard cynique et calculateur, lubrique et avide de pouvoir. Pour éviter de faire trop de peine aux uns et trop plaisir aux autres, le plus simple, évidemment, serait de s’abstenir. La faiblesse littéraire de la pièce, au style grandiloquent, aux personnages manichéens (les bons Mecquois contre les méchants mulsumans), et dont l’intrigue plus que chargée s’apparente moins à la tragédie qu’au mélodrame, fournirait d’ailleurs une excuse toute trouvée à l’autocensure. Mais l’excuse, justement, serait trop commode : renoncer à publier en France à l’aube du 3e millénaire, une oeuvre de Voltaire, c’est évidemment un scandale en en acceptant un autre. Car garder la pièce sous le boisseau, sous prétexte que « la diffamation des religions » serait « incompatible avec le droit à la liberté d’expression », reviendrait non seulement à ménager les croyants sincères et pacifiques mais à céder, du même coup, aux amateurs de fatwas et d’autodafés qui sont loin d’avoir désarmés. p.118 

Et Jérôme Verain d’argumenter encore : « Si l’on accepte de ne pas s’enfermer dans la logique stérile du blasphème, on verra que le véritable sujet de la pièce est précisement l’étrange séduction du discours religieux, la fascination qu’il exerce, en particulier, sur les jeunes âmes. Comme l’indique l’ordre des mots dans le titre original, le sujet est le fanatisme en général, et non la perversité d’un « prophète » de théâtre, peint plus mauvais que nature pour les besoins de la démonstration : le conditionnement mental, problème social, plus que la malhonnêteté, accident individuel. » p.127 extrait de la postface Fureur et séduction de Jérôme Verain.

A la lumière de ces arguments, je ne saurais que trop me ranger à l’avis de Jérôme Verain. Car lire aujourd’hui ce texte du 18e siècle nous rappelle tristement que les préconisations d’il y a presque trois siècles sont malheureusement toujours valables aujourd’hui... Le problème principal dénoncé étant bien celui du fanatisme religieux et pas autre chose...

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  • Titre : Le fanatisme ou Mahomet le prohète
  • Auteur : Voltaire
  • Editions : Mille et une nuit
  • Date de parution : Décembre 2010
  • Texte introduit par la lettre de Voltaire au Roi de Prusse
  • Postface : Jérôme Verain
  • Couverture : Olivier Fontvieille
  • Illustration de couverture : Mahomet montant la jument Buraq à tête de femme, guidé par l’archange Gabriel. Miniature de Nizami Khamsa
  • Nombre de pages : 142 p.
  • ISBN : 978-2-75550-139-1



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