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Hommes et destins - Stefan Zweig


Cher Stefan Zweig, C'est après avoir lu "Hommes et destins" que je me rends compte du talent inné que vous avez à dépeindre le destin des hommes célèbres. Plus que de simples biographies, vos portraits sont aussi le reflet de votre personnalité. Quelle chance avez-vous eu de vous entretenir avec ces grands hommes ! Nombreux sont les gens qui ont côtoyé intimement ces personnes mais peu d'entre eux ont su transcrire avec autant de justesse l'essence même de leur existence. Pensiez-vous être un jour considéré comme l'un des plus grands écrivains autrichiens ?
Nouvelle, théâtre, poésie, roman, essai, biographie, y aurait-il un style littéraire que vous n'ayez essayé ? Savez-vous que votre travail de portraitiste constitue un témoignage inestimable pour la compréhension de ces hommes aujourd'hui disparus ? S'il est vrai que certains furent vos amis et qu'en conséquence votre travail d'écrivain était facilité, j'imagine que votre travail de recherche n'en était pas moins important. Mais qu'en est-il de Paul Verlaine que vous avez décrit à mon goût, avec sévérité ? Entre nous, il est vrai que Verlaine était un alcoolique invétéré. Vous avez d'ailleurs parfaitement situé le contexte de son œuvre mais j'aime beaucoup le pauvre Lelian ainsi qu'il aimait à s'appeler. Et bien qu'il n'ait eu de véritable vocation que pour la bouteille, le portrait que vous en avez fait m'a chagrinée. Pourtant je sais que vous aimez sa poésie et pour autant, je ne remets pas votre étude en question car grâce à vous, j'ai pu compléter ma connaissance du personnage.

J'apprécie par ailleurs l'acuité avec laquelle vous avez étudié les personnalités de Romain Rolland, Jean Jaurès, Proust ou encore Nietsche et tous les autres, et il va sans dire que votre œuvre a toute sa place dans nos bibliothèques. Et je conseille vivement la lecture d'"Hommes et destins" à tous ceux qui voudront bien le lire. C'est donc dire si j'ai aimé "Hommes et destins".  

Enfin, je voudrais juste ajouter une dernière chose : l'indulgence dont vous faites preuve à l'égard de Sigmund Freud est sûrement liée à votre amitié. Mais savez-vous concernant son travail sur la psychanalyse qu'on le traite toujours autant de charlatan, menteur et usurpateur ? Vous qui le connaissiez personnellement, j'aurais vraiment été curieuse de connaître votre avis sur la question. Évidemment, il est trop tard pour en parler. Ce sera donc à moi de me faire ma propre idée...

Quoique qu'il en soit, sachez que votre livre est un véritable trésor. Je compte d'ailleurs, si j'en ai l'occasion, me pencher sur votre biographie sur Marie-Antoinette. Elle fait partie des titres phares de vos fervents admirateurs et je ne saurais passer à côté.

Avec mes meilleurs compliments,

Marseille le 8 mai 2011

Alcapone

4e de couverture : Saisir les traits essentiels dune personnalité, concentrer en quelque pages le sens d'une destinée : c'est en quoi excelle Stefan Zweig autant à travers ses essais ou ses grandes biographies, dans les brefs portraits rassemblés ici, articles de journaux, préfaces, textes écrits à l'occasion d'un décès ou d'un anniversaire. Lui-même a connu un grand nombre des personnages évoqués : ainsi Romain Rollan, Joseph Roth, Reiner Maria Rilke, Rabindratah Tagore, qu'il côtoya ou qui furent ses amis. Sur d'autres, rencontrés ponctuellement - Albert Schweitzer, Theodor Herzl -, il livre un témoignage précieux. Mais qu'il s'agisse d'écrivains - Proust, Ramuz… - , du musicien Mahler, de l'homme politique Jaurès, ou de Sigmund Freud, Zweig portraitiste cherche avant tout la compréhension intime et chaleureuse, la proximité humaine, l'empathie. Et c'est finalement à travers vingt-deux visages, un autoportrait qui nous est donné du grand écrivain autrichien, avec ses questions, ses doutes, ses hantises.

Chronique proposée dans le cadre du concours lancé par Babelio pour l'événement "A vous de lire 2011".
Auteur : Stefan Zweig
Titre : Hommes et destins
Titre original : Menschen und Schicksale / Europäisches Erbe
Traducteur : Hélène Denis-Jeanroy
Préface : Raymond Jeanroy
Éditions : Le livre de poche
Date de parution : 2000
Nombre de pages : 218 p.
Couverture : Portraits de Roger Viollet
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