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Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand Céline

Le Voyage au bout de la nuit, est pour Céline, une définition de la vie. Ainsi, remontant le fil de sa propre histoire, l'auteur réputé pour son pessimisme, célèbre t-il dans ce roman, l'imagination. Sa façon de dénoncer l'absurdité du monde et son dégoût de l'humanité est unique (Quand le moment du monde à l'envers est venu et que c'est être fou que de demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu'on passe pour fou pour peu de frais. p.64). Céline est l'écrivain de l'argot et du langage parlé. S'exprimant par aphorismes à travers le récit de Bardamu, l'auteur, pourtant montré du doigt en raison de ses textes antisémites et son engagement collaborationniste, n'en finit pas de marquer ses lecteurs. Inspiré de son expérience personnelle, ce roman est le récit d'un homme vaincu, celui d'un homme dont l'espoir dans la nature humaine a disparu. Voyage au bout de la nuit est un roman initiatique dont chaque chapitre est une dénonciation : celle de l'absurdité de la condition humaine... Guerre et colonialisme n'ont semé que mensonge et lâcheté (La guerre, c’était en somme tout ce qu’on ne pouvait pas comprendre. Ca ne pouvait pas continuer. p.12). Chacun se mure dans son égoisme avec toutes les préoccupations qui l'accompagnent : misère, errances, humiliations, maladie, mort... Seule, l'imagination semble une bonne piste car "Quand on n’a pas d’imagination, mourir c’est peu de chose, quand on en a, mourir c’est trop. Voilà mon avis. Jamais je n’avais compris tant de choses à la fois." p.19. 

Symbole du anti-héros par excellence, Bardamu m'a à la fois interpellée et énervée. Ce qui m'a d'abord plu dans l'écriture de Céline a fini par me lasser sur 500 pages. La manie de l'auteur de s'exprimer par aphorismes m'a donné l'impression que l'auteur misait un peu trop sur sa facilité à balancer des évidences enveloppées dans des phrases bien tournées. Oui, c'est son style mais voilà : ça m'a un peu fatiguée. J'ai lu ce roman il y a maintenant quelques années, et il ne m'avait pas marquée plus que ça. J'ai voulu y revenir en pensant que j'étais passée à côté d'un chef d'oeuvre. Pourtant, si ce roman est marquant (peut-être pourrais-je dire pour son époque?), je persiste à penser malgré quelques passages délicieusement pertinents et impertinents, qu'il n'est pas pour moi une révélation. Il faut le lire évidemment, mais après tout, on ne peut pas toujours être d'accord avec tout le monde ! "Donc, on ne se méfie jamais assez des mots, c'est ma conclusion." p.487 
C'est peut-être de la peur qu'on a le plus souvent besoin pour se tirer d'affaire dans la vie. p.121
La nègrerie pue sa misère, ses vanités interminables, ses résignations immondes ; en somme tout comme les pauvres de chez nous mais avec plus d'enfants encore et moins de linge et moins de vin rouge autour. p.142 
Il avait l'air bien ordinaire. Ca serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. p.160 
Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu. p.176 
La vérité c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde, c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi. p.200 
C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir. p.236
Citations de l’auteur :
Notre vie est un voyage
Dans l’hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit.
Chanson des gardes suisses. 1793
Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.
Et puis d’avord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.
Et voici en prime une magnifique lecture des premières pages du livre par Michel Simon. Une très belle appropriation. A écouter !

Dédicace de l’auteur : "A Elisabeth Craig"

Titre : Voyage au bout de la nuit
Auteur : Louis-Ferdinand Céline
Editions : Folio
Date de parution : Juillet 2007
Date de parution originale : 1932
Nombre de pages : 505 p.
Couverture : Illustration de Tardi
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