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L'ascension du Haut Mal - David B

Lorsque le premier tome de la série parait en 1996, cela fait déjà 20 ans que David B. réfléchit à la façon dont il va raconter son histoire : l'épilepsie de son frère, la détresse de sa famille face à la maladie, ses souvenirs d'enfance, l'histoire de ses aïeuls, comment allait-il donner corps à tous ces souvenirs dans un récit qui tienne la route ? Comment mettre son art au service d'une autobiographie qui n'en est pas tout à fait une ? Comment laisser s'exprimer son incroyable univers fantasmagorique et onirique sans nuire au récit de la douloureuse et véridique Ascension du Haut Mal vécue par sa famille ? C'est le tour de force que David B. a réussi avec cette riche bande-dessinée : œuvre cathartique s'il en est, cette renversante série ne se contente pas d'une narration linéaire et descriptive, elle raconte aussi sa propre histoire à travers la construction artistique de son géniteur... 

L'Ascension du Haut Mal, une œuvre pionnière en son genre...

Parfait exutoire à ses angoisses et sa colère, le dessin comme on l'apprend dans la BD a toujours été pour David B., alias Fafou, un refuge protecteur où il pouvait laisser libre cours à son imagination débordante : son univers noir et torturé peuplé de monstres et de fantômes, ses épopées guerrières à la gloire de Gengis Khan, ses rêves abscons et ses fantasmes de savant fou ont toujours aidé Fafou à évacuer les souffrances causées par la maladie de son frère. Aussi, lorsqu'il décide de raconter son Ascension du Haut Mal, c'est naturellement dans ses fantasmes guerriers grassement teintés de symbolisme que David B. puise son inspiration. Les représentations mentales de l'enfant s'imposent alors comme technique narrative, la BD autobiographique prend une dimension différente car l'auteur évolue en même temps qu'il se raconte...

    © David B

Les aplats de noir de David B. : une technique maîtrisée qui colle au propos

C'est vrai, les dessins de David B. sont saturés de noir et surchargés de symboles. Ses personnages sont caricaturaux, ses mondes imaginaires torturés. En même temps, c'est ce qui donne son âme au récit car ils créditent le regard impuissant de l'enfant face à ses propres peurs, son incompréhension et son sentiment d'injustice. Si les souvenirs sont difficiles à restituer parce qu'ils sont inégaux, imprécis, diffus, le dessin de David B. parce qu'il trouve son origine à l'époque des faits relatés, a ce pouvoir d'exhumer le passé en le réinventant. Et ce que les mots ne peuvent parfois exprimer, le dessin le fait de façon presque despotique. Alors c'est vrai aussi : soit on aime, soit on aime pas. Personnellement, ce travail m'a particulièrement touché car à travers la richesse des dessins de David B., j'y retrouve une infinité de références qui ont participé à la création de mon propre imaginaire... A découvrir absolument !

     © David B

Pour finir, je vous invite à lire cet intéressant entretien de David B. sur BD Paradisio pour mieux comprendre la démarche de David B.
  • Titre : L'ascension du Haut Mal (intégrale)
  • Auteur : David B
  • Éditeur : L'Association
  • Date de parution : Novembre 2011
  • Nombre de pages : 400 p.
  • ISBN : 978-2844144362
  • Crédits photographiques : © David B

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