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Paroles de poilus 14-18, Intégrale - Collectif

Adaptation illustrée du recueil Paroles de poilus de Jean-Pierre Gueno, cette intégrale qui donne la voix aux soldats français de la Grande Guerre et à leurs proches, "est sans doute l'une des meilleures façons de ne jamais les oublier : de traduire en image, en visions d'aujourd'hui, l'inconcevable d'hier et de tous les temps..." (extrait de la préface). Comme autant de cris de détresse ou de coups de gueule lancés contre l'absurdité et l'injustice de la guerre, ces quelques témoignages (collectés suite à l'appel de Jean-Pierre Guéno sur Radio France), rappellent au souvenir de la guerre terrible. Loin des versions officielles servies par les autorités et relayées par les médias propagandistes de l'époque, les récits ici rapportés, partagent un certain regard sur la 1ère Guerre Mondiale. Et tandis que les hommes servaient de chair à canon pour "sauver la patrie", que les femmes sacrifiaient leur hommes et leurs fils sur les champs de bataille, que les enfants pleuraient l'absence de leur père et que les suprêmes instances jouaient au jeu de l'oie, un certain Louis Barthas se prenait à espérer en ces termes : "Ah ! Si les morts de cette guerre pouvaient sortir de leur tombe, comme ils briseraient ces monuments d'hypocrite pitié, car ceux qui les élèvent les ont sacrifié sans pitié."(p. 318)... Beau projet s'il en est, ce superbe recueil de témoignages illustrés de Poilus a séduit de talentueux dessinateurs qui se sont prêté à l'exercice de style avec brio : "L'imagination de chacun des dessinateurs présents dans cet ouvrage a été décuplée par le pouvoir d'émotion et de représentation qui caractérisait chacune des lettres proposées. Le fusain, la plume, le crayon ont su prendre le relais de la plume sergent major, du crayon ou du crayon à encre dont se servaient les Poilus." (extrait de la préface). Soyons donc attentifs à ces émouvantes leçons d'histoire qui ne sont pas aussi anecdotiques qu'on aurait pu le faire croire à l'époque...


    © Christian de Metter, Les cibles vivantes (Maurice-Antoine Martin-Laval), p. 33

Tome 1 : Lettres et carnets du front, les saisons de l'âme

Nous ne le savons pas tous, les premiers mois de la guerre furent des plus sanglants : 140000 morts en 5 jours dont 27000 pour la seule journée du 22 août 1914. Les Poilus n'avaient pas encore de casque les premiers mois des combats, juste leur pauvre képi inapte à les protéger des impacts de schrapnels... Cloîtrés dans leur tranchée entre deux tirs d'obus, les soldats pieds dans la boue, racontent dans leur carnet de front le carnage des champs de bataille comme pour exorciser leur angoisse de la solitude et de la mort. A leur famille et à leurs proches, ils réservent des paroles d'amour et de réconfort comme pour conjurer le mauvais sort et attirer la chance d'un retour en famille. Au gré des saisons de l'âme qui passent, le patriotisme laisse la place à l'amertume...

    © Franck Biancarelli, La blessure 1 (Désiré Edmond Renault), p. 41

Tome 2 : Papa s'en va en guerre 

Au début de la guerre, on compte presque autant de Poilus que d'enfants sur les bancs de l'école. Enjeu d'avenir des troupes françaises, les "graines de Poilus" sont endoctrinés par une propagande active dont le but est de nourrir la haine des boches. Pour beaucoup d'entre eux, c'est le début de grandes vacances qui vont durer 4 ans. Et eux aussi ont beaucoup à dire : lettres d'amour, dessins, chroniques, rêves, les graines de Poilus ont aussi leur histoire à écrire. Parmi eux se trouvent Jean Zay, Françoise Dolto et la petite Rose, 11 ans, qui écrit en 1917 après avoir lu Le Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault revisité par la propagande : "Depuis 3 ans que cette terrible guerre est déclarée, nous avons eu le temps d'apprendre ce que c'était la misère. Il serait bon que cette misérable tuerie finisse bientôt et que tout le monde retrouve ses familles et un peu de gaieté, pas comme avant la guerre car presque tout le monde est en deuil." (p. 207, extrait de l'épilogue du tome 2).

© Juan Gimenez, La mort en son Royaume (René Jacob), p. 54

Tome 3 : Paroles de Verdun

Verdun est l'une des batailles emblématiques de la Grande Guerre mais ce n'est qu'une image d'Épinal destinée à alimenter le "symbole embaumé du sursaut devant une attaque allemande terrible qui pensait pouvoir saigner à blanc l'armée française ; une réussite stratégique et psychologique. La glorification, la sanctification de l'épopée finalement victorieuse, de la bravoure individuelle presque surnaturelle du combattant de première ligne, et de son sacrifice... (...). Il est temps de libérer Verdun, de défaire le mythe, de sortir le symbole sacré de son sanctuaire, de son caveau protocolaire et glacé (...) Il est temps de réhydrater une mémoire lyophilisée... Cette image d'Épinal qui venait parfois s'imprimer sur les buvards de notre enfance, il faut la confronter à sa source. Celle de l'encre des Poilus et de leurs proches, de ceux qui se sont battus à Verdun en 1916." (extrait de la préface, p. 214). Du scandale militaire avec la lettre du Colonel Driant à la mise à mort injustifiée du Lieutenand Herduin en passant par les textes poignants de Jean Giono, la bataille de Verdun recèle de bien sombres revers...

    © Ange & Christian Paty, Les fusils ne peuvent plus nous servir (Louis, Radio France), p. 254

Exposition itinérante du centenaire de la Guerre de 14-18

Co-produite par l'ANR PACA en partenariat avec les Éditions du Soleil et conçue en plusieurs modules comme un château de cartes, cette exposition est visible dans les bibliothèques de la région jusqu'en décembre 2018. Aussi, si vous en avez l'occasion, allez-y jeter un oeil. Pour vous donner un aperçu de cette exposition, rendez-vous sur ce billet du mois de mai 2015 où j'ai participé aux agréables Rencontres du 9e art à Aix.

    © Regis Penet, La dernière permission (Gaston Biron), p. 78

Enfin, si vous souhaitez (vous) offrir ce livre qui aura toute sa place dans votre bibliothèque, vous pouvez toujours l'acheter sur Amazon via le lien suivant : Paroles de Poilus - Intégrale 1914-1918.


  • Titre : Paroles de poilus 14-18, Intégrale
  • Préface : Jean-Pierre gueno
  • Auteurs : Collectif
  • Éditeur : Soleil
  • Date de parution : Octobre 2015
  • Nombre de pages : 321 p.
  • ISBN : 978-2-302-04537-8
  • Crédits photographiques : © Pierre Alary ; Ange & Christian Paty ; David B. : Vincent Bailly ; Denis Bajram ; Ross Barron Storey ; Dominique Bertail ; Frédéric Bézian ; Franck Biancarelli ; François Boucq ; Farid Boudjellal : Jean-Philippe Bramanti ; Olivier Brazao ; Antoine Carrion ; Christophe Chabouté ; Stéphane Collignon ; Cromwell ; Thierry Demarez ; Christian De Metter ; Thibault de Rochebrune ; Adrien Floch ; Juan Giménez ; Loïc Godart ; Benjamin Goutte & Éric Bourgier ; Juanjo Guarnido ; Fabrice Hadjadj & Jean-François Cellier ; Stéphanie Hans & Gérard Parel ; Éric Hérenguel ; Philippe Jarbinet ; Olivier Jouvray & Jérôme Jouvray ; Teddy Christiansen ; Denis Lapière & Valérie Vernay ; Mathieu Lauffray ; Emmanuel Lepage ; Stéphanie Levallois ; Frédéric L'Homme ; Lidwine ; Thierry Martin ; Emmanuel Moynot ; Nicolas Nemiri ; Marc N'Guessan ; Joël Parnotte & Vincent Mallié ; Cyril Pedrosa ; Regis Penet ; George Pratt ; Pascal Rabaté ; Thierry Robin ; Christian Rossi ; Stéphane Servain ; Alec Séverin ; Florent Silloray ; Marie Terray ; Béatrice Tillier ; Alberto Varanda ; Éric Warnauts & Marc Renier

Gavrilo Princip, L'homme qui changea le siècle - Henrik Rehr

Comme une sombre prophétie, ces quelques mots d'Otto von Bismarck ont probablement hanté l'esprit de certains à l'époque : "L'Europe d'aujourd'hui est une poudrière, et ses dirigeants sont comme des hommes qui fument dans un arsenal... Une simple étincelle risque de déclencher une explosion qui nous consumera tous... Je ne peux pas vous dire quand cette explosion se produira, mais je peux vous dire où... c'est dans les Balkans qu'une espèce de fou dérangé mettra le feu aux poudres." (citation de l'ouvrage). Et il avait quelque part raison si ce n'est que Gavrilo Princip n'était pas fou. Le 28 juin 1914 est une date clé de l'Histoire dont nous nous souvenons tous comme étant celle de l'assassinat de l'Archiduc François Ferdinand. Mais peu d'entre nous connaissons l'histoire de Gavrilo Princip, l'homme qui changea le siècle. D'où venait-il ? Pourquoi a t-il commis ce meurtre ? Comment son crime a t-il entrainé l'Europe puis le monde entier dans la 1ère Guerre Mondiale ? Autant de questions auxquelles on trouvera quelques réponses à la lecture de cette belle biographie illustrée de Henrik Rehr qui revient sur les causes de l'attentat et qui remonte aux origines du complot...

    © Henrik Rehr

Gavrilo Princip, héros martyr ou terroriste insensé ?

Le jeune serbe n'a pas 20 ans au moment des faits (raison pour laquelle il échappe à la peine de mort) et son acte a permis la création du premier royaume de la Yougoslavie en 1918 (Pierre Ier de Serbie). Célébrée par les vagues successives de yougoslaves, la mémoire de Gavrilo Princip demeure jusqu'à l'effondrement définitif de la Yougoslavie au début des années 90, le symbole annonciateur de la liberté. Comme en témoigne ce texte griffonné sur le mur de sa cellule "Nos fantômes traversent Vienne à pied et saccageront le palais ; ils terrifieront les seigneurs", l'intention de Gavrilo Princip était de réduire à néant le pouvoir des oppresseurs. Et un peu comme pour se justifier de son geste, il déclarera pour sa défense au Tribunal de Sarajevo ces quelques mots : "Je ne suis pas un criminel, car j'ai détruit le mal. Je pense que je suis bon". Pourtant, la Grande Guerre fera 15 millions de morts dont 1 260 000 de victimes serbes et démontre qu'"avoir l'idée de commettre un acte... et le commettre vraiment, ces deux choses sont très différentes. Autre chose : une seule personne ne peut pas faire tourner la roue de l'histoire. La guerre aurait eu lieu de toute manière. Moi, je n'ai fait qu'appuyer sur la détente." (Gavrilo Princip). Doit-on voir dans cette dernière phrase les signes du remords ? Nous le savons, la violence et la haine naissent souvent du ressentiment. Gavrilo Princip qui a vu son peuple opprimé et qui a aussi été retoqué par les Comitadjis à cause de sa mauvaise santé (cf. le reportage d'Albert Londres à ce sujet) avant d'être récupéré par l'organisation de la Main Noire a peut-être été influencé par son ressentiment. Nous ne le saurons peut-être jamais mais ce n'est finalement pas cela qui importe. Ce qui compte, c'est le devoir de mémoire, ce travail collectif qui doit rappeler à l'Humanité que les erreurs de l'Histoire se répèteront à l'infini si l'Homme n'apprend rien de ses déboires...

    © Henrik Rehr 

Henrik Rehr, un auteur de BD dont le travail mériterait d'être plus largement diffusé en France

Des bandes-dessinées de Henrik Rehr, seulement deux ont été éditées en français : Gavrilo Princip et Mardi 11 Septembre. Elles sont (auto)biographiques et concernent toutes les deux la thématique du terrorisme alors que Henrik Rehr s'est par ailleurs illustré dans les récits d'horreur ou dans la science-fiction. On aimera son travail en noir et blanc style gravure ponctué de traits ou de pointillés. Le découpage original des planches et les transcriptions ou citations qui parsèment l'album sont également des points forts qui donnent envie de voir ce dont le dessinateur est capable de donner sur d'autres créneaux comme par exemple le récit d'horreur pour lequel son coup de crayon doit particulièrement bien se prêter. Parce que oui, j'ai beaucoup aimé cette lecture et j'aimerais bien découvrir d'autres œuvres de Henrik Rehr dont les publications en français restent trop anecdotiques. Alors avis aux éditeurs, si vous souhaitez faire plaisir aux lecteurs, lancez-vous et offrez-nous la joie de découvrir d'autres travaux du dessinateur danois...

Enfin, comme la période s'y prête, offrez(-vous) cet album que vous pourrez trouver sur Amazon : Gavrilo Princip: L'homme qui changea le siècle     

  • Titre : Gavrilo Princip, L'homme qui changea le siècle
  • Auteur : Henrik Rehr
  • Traducteur : Sidonie Van den Dries
  • Éditeur : Futuropolis
  • Date de parution : Mai 2014
  • ISBN : 978-2-7548-1098-2
  • Conception et réalisation graphique : Didier Gonord
  • Crédits photographiques : © Henrik Rehr

La chambre des officiers - Marc Dugain


Alors que la première guerre mondiale éclate, Adrien Fournier, un bel ingénieur officier, est envoyé en reconnaissance dans la Meuse. Blessé au visage par un éclat d’obus dès le premier jour de sa mission, il est envoyé au Val de Grâce pour se faire soigner. Confinés dans la chambre des suppliciés pendant 5 ans, Fournier fait partie désormais des gueules cassées". Son histoire est celle d’un homme dont tous les espoirs sont liées à ses fidèles camarades de chambrée.

Ce récit exulte par la simplicité et la beauté de ses mots, le parcours de ces hommes brisés par l’horreur de la guerre. N’ayant d’autre choix que de mener un combat intérieur, ceux qui sont désormais surnommés les gueules cassées n’ont plus rien à perdre. Et pourtant, dans cette chambre des officiers, rien n’a plus de sens que le camarade de chambrée dont la greffe du visage a tenu ou la parole d’un autre qui est revenue. Victoire encore pour celui qui refuse de se suicider. Rien dans ce texte n’est pathétique ou dramatique. Au contraire, c’est une véritable ôde à l’amitié, à la fidélite et à la solidarité. 

Écrit à la mémoire de Eugène Fournier, le grand-père maternel de Marc Dugain, ce roman m’a énormément touchée. Il s’en dégage une vérité d’un autre temps que nous avons tout intérêt à garder présent dans notre mémoire...

Extraits :

"Elle me traite comme un simple d’esprit. C’est sans doute parce que je bave. Un homme qui bave est forcément un innocent." p.36

"Ceux qui vont me rejoindre vont avoir des souvenirs de combat, de corps à corps, de grandes offensives, alors que j’ai été abattu sans avoir croisé le feu, ni même le regard de l’ennemi, et que je ne pourrai jamais raconter à mes enfants à quoi ressemble un allemand. Je devrais inventer les moustaches et le casque à pointe." p.42

"C’est une étrange sensation que de se sentir à sa propre merci. Un moment privilégié pour comprendre à quel point l’existence se déroule dans la peur de la fin." p.64

Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : Décembre 1999
Couverture : Illustration de Marie Roubenne
Nombre de pages : 171 p.
Dédicace : A Eugène Fournier