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J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi - Yoan Smadja

"C'est en avril 1994 que j'ai demandé à Dieu de divorcer" (p.9)
Tels sont les quelques mots sur lesquels s'ouvre ce premier roman de Yoan Smadja. 20 ans ont en effet passé depuis que Sacha, ex-reporter de guerre française, a cessé de croire en Dieu. Désormais devenue critique gastronomique, elle se remémore ce sinistre printemps de 1994 lors duquel elle a assisté aux événements insensés qui se sont déroulés au Rwanda. Elle y rencontrait Daniel, ce médecin Tutsi qui gravait des fleurs dans l'écorce des arbres et y découvrait aussi l'histoire de Rose, sa femme muette qui rêvait de poésie...

Tout comme "Petit pays" de Gaël Faye qui évoque aussi le conflit rwandais, ce 1er roman de Yoan Smadja, bien que fictif, s'inspire de faits réels. De cette tragédie rwandaise, l'auteur a su, grâce à un minutieux travail de documentation et à son talent, donner vie à un récit à la fois onirique et réaliste : un rêve pour le souvenir du riz au lait vanillé de Rose et un véritable enfer pour ce qu'a vraiment été le génocide rwandais. Et ce n'est que lorsqu'on a refermé la dernière page du livre que l'on comprend ce que peut symboliser la résilience et tout l'espoir qu'elle porte en elle... Un premier roman réussi dont le titre "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" prend tout son sens à la lecture. A découvrir...

 

A propos du conflit rwandais entre Hutu et Tutsi (extrait de p. 99 à p. 101)

  

La colonisation allemande du Rwanda avait conduit le souverain Tutsi à asseoir son autorité sur les rois hutu. Le traité de Versailles mit fin en 1919 à la tutelle germanique sur la région ; les Belges, qui héritèrent du contrôle de la zone, firent du roi tutsi un souverain affidé. Tâche lui fut confiée de collecter l'impôt. Les colons s'appuyèrent sur son entourage pour administrer le pays. Les Belges et l’église catholique, à l'influence si irrésistible et centrale, plaquèrent sur les relations qu'entràetenaient les autochtones une grille de lecture étrangère racialisée. Européens et missionnaires entreprirent de classifier, de théoriser les écarts sociaux existants, soulignant les caractéristiques physiques et comportementales des habitants. Les Tutsi étaient grands, dotés d'un nez aquilin, doués d'une intelligence particulière ; les Hutu étaient trapus, forts, rugueux. La création de cartes d'identité mentionnant l'ethnie, déduite d'après la quantité de têtes de bétail possédées et l'apparence physique, acheva de figer la classification.

En 1959, le directeur d'un journal catholique créa un parti visant à restituer le pays à ses propriétaires, les Bahutu. Les Tutsi étaient assimilés à des colons. Leur joug est décrit comme plus cruel que celui des européens. Il fallait en débarrasser le pays. Cette même année, vingt mille d'entre eux furent assassinés. Trois cent mille autres quittèrent le Rwanda. Il s'agissait des premiers massacres répertoriés. On ne trouvait trace d'un antagonisme ayant conduit à un conflit d'ampleur significative entre Hutu et Tutsi avant cette période. Dès l'indépendance du pays, acquise en 1962, le régime se mit à institutionnaliser ces différences, accrut la marginalisation des Tutsi, parvint à ancrer dans les esprits l'inclinaison supposément dominatrice inhérente à cette minorité dont il convenait de craindre les agissements. La peur est un mécanisme efficace pour installer l'idée d'un "eux contre nous" obsessionnel.

(...) Les décennies suivantes avaient été émaillées de tentatives d'incursion tutsi depuis les pays dans lesquels ils s'étaient réfugiés, généralement repoussées et régulièrement suivies de massacres. Les forces tutsi attaquaient depuis l'extérieur ; en représailles, le pouvoir assassinait les Tutsi de l'intérieur. L'exil s'intensifia, les auteurs de tueries ne furent pas poursuivis. En 1973, Juvénal Habyarimana, chef et ministre de l'Armée, de la Garde nationale et de la police, prit le pouvoir. Sous couvert d'établir une forme de concorde rwandaise, il imposa des quotas. Le nombre de Tutsi qui avaient accès aux études et à l'emploi était désormais limité.

Les réfugiés Tutsi ne furent pas autorisés à regagner le Rwanda. Stationnés dans les pays limitrophes, ils constituèrent une force armée, le FPR, pour "Front patriotique rwandais", qui lança une offensive majeure au moins d'octobre 1990. Une simulation d'attaque sur Kigali servit de prétexte au pouvoir en place pour procéder à une vague d'arrestations suivies de violences. L'offensive du FPR fut repoussée, avec l'aide de la France, soucieuse de maintenir son influence dans la région, celle-ci étant étroitement liée au régime en place. Cédant à la pression internationale, Juvénal Habyarimana accepta de constituer un gouvernement expurgé des éléments les plus extrémistes.

Des négociations de réconciliation firent espérer que l'engrenage raciste allait s'enrayer ; il n'en fut rien. La propagande continua de prospérer. Le président feignit d'entamer un processus de démocratisation, mais celle-ci fut limitée aux différentes factions hutu. certaines d'entre elles, d'ailleurs, semblaient échapper à son contrôle et entreprirent de saper la mise en œuvre des résolutions issues des accords d'Arusha, censés sceller une certaine forme de réconciliation.

 

Détails bibliographiques

 

Titre : J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi
Auteur : Yoan Smadja
Éditeur : Pocket
Date de parution : Fevrier 2020 (Pocket)
Nombre de pages : 269 p.
Illustration : © Aline Bureau
ISBN : 978-2-266-29989-3

 

 

Le Gang des Rêves - Luca Di Fulvio

"Diamond Dogs", voilà le drôle de nom que Christmas a choisi pour son "Gang des rêves". Comme la plupart des gosses élevés dans la misère du quartier de Low East End à Manhattan dans la fin des années 1920, Christmas doit se battre pour survivre et tenir la promesse faite à Cetta, sa mère, de devenir un honnête citoyen américain. Pourtant, contrairement à la plupart de ses camarades d'infortune pour qui devenir quelqu'un passe par le pouvoir et l'argent, l'"American Dream" de Christmas trouvait sa genèse dans le sens : "Voilà ce qu'il avait cherché. Donner un sens à la vie, la rendre moins arbitraire. C'était ça la perfection, non pas le succès, la réussite, le couronnement d'un rêve ou d'une ambition : c'était le sens. Ainsi, dans son histoire, même les méchants trouvaient un sens à leur vie, en tous cas ils lui en donnaient un. Et chaque vie était reliée à celle des autres, comme des fils qui se croisaient et de recroisaient et finissaient par dessiner une toile d'araignée - un dessin bien réel, sans rien d'abstrait. Il n'y avait ni pathos, ni ironie, que du sentiment." (p. 922).

Tout aussi puissant et percutant que "Les prisonniers de la liberté", ce "Gang des rêves" très plébiscité par la critique et qui n'est pas sans évoquer le cultissime "Once Upon a Time in America" de Sergio Leone, aborde avec beaucoup d'humanisme les thèmes de l'exil, de la misère et de la survie... A la façon d'un rêve à la fois accessible et intangible qui porte le symbole de l'espoir... Et si pour ma part, j'ai préféré "Les prisonniers de la liberté", voici encore un roman de Luca Di Fulvio à mettre entre toutes les mains...


Détails bibliographiques

Titre : Le Gang des Rêves
Titre original : La Gang dei Sogni
Auteur : Luca Di Fulvio
Traduction de l'italien : Elsa Damien
Éditeur : Pocket
Date de parution : Juin 2019 pour la version française parue chez Pocket
Nombre de pages : 943 p.
Couverture : © Berth Hardy / Picture Post / Getty Images
ISBN : 978-2-266-27243-8


Les prisonniers de la liberté - Luca Di Fulvio

"A tous ceux qui ne détournent pas les yeux"

Les Prisonniers de la liberté de Luca Di Fulvio est un hymne criant à la Liberté. La liberté de choisir, de lutter, d'aimer et de vivre... même lorsqu'il n'y a plus que désespoir... Que l'on soit homme ou femme, jeune ou vieux, tout ou rien, cette bouleversante fresque humaine jouée sur fond d'histoires migratoires dans le début des années 1910, donne à voir ce qui a de plus abject mais aussi de plus beau que cache notre humanité. Les incroyables destins croisés de Raquel, Rocco et Rosetta fraîchement débarqués à Buenos Aires en quête d'une vie meilleure, offrent une magistrale leçon d'humilité sur notre condition humaine. Peu importe qu'il s'agisse d'une fiction, il y a dans ce roman une profonde part de vérité sur la folie des hommes. Ce genre de folie qui nous porte à croire que dans ce monde de tous les possibles où sans cesse se côtoient le pire et le meilleur, il y a toujours de l'espoir... En tous cas, moi j'y ai cru et c'est ce qui m'a rendu cette lecture si vibrante. Assurément, un 5 étoiles bien mérité pour ce roman qui m'a littéralement transportée dans le temps, dans l'espace et dans le cœur des hommes...


Pour aller plus loin...

Dans sa note en fin d'ouvrage, Luca Di Fulvio indique que son roman est une œuvre de fiction à l'exception de la Sociedad Israelita de Soccorros Mutuos Varsovia qui a réellement existé. Cette organisation criminelle qui a sévi de 1860 à 1939 (appelée Zwi Migdal) a alimenté la traite des blanches déjà rapportée par Albert Londres dans son reportage "Le chemin de Buenos Aires".

Extrait de la note de Luca Di Fulvio

"Aujourd'hui, il reste cette tâche indélébile pour tous ceux qui savaient, mais rien n'a changé. Nous ne pouvons pas à notre tour détourner les yeux de ces esclaves venues d'Europe de l'Est ou d'Afrique, exposées comme des marchandises sur les trottoirs.
 
En tant qu'homme, j'ai honte. J'essaie d'imaginer l'agonie de ces jeunes filles de Buenos Aires qui devaient se donner à 350 étrangers par semaine. Mais je crois que seule une femme peut l'imaginer.
 
L'histoire largement fictive de ce livre porte l'espoir que, d'une même voix, hommes et femmes dénoncent ensemble l'injustice."
 

Détails bibliographiques

Titre : Les prisonniers de la liberté
Titre original : La figlia della liberta
Auteur : Luca Di Fulvio
Traduction de l'italien : Elsa Damien
Éditeur : Pocket
Date de parution : Mai 2021
Nombre de pages : 779 p.
Couverture : © Suteischi / iStock
ISBN : 978-2-266-29120-0

 

Terreur - Dan Simmons

Dix-neuf mai 1945. Pôle arctique. La Royal Navy envoie deux navires, le HMS Erebus et la HMS Terror à la découverte du fameux passage nord-ouest qui lui permettrait de relier le continent asiatique par la mer. Sous le commandement de Sir John Franklin, les 129 membres des deux équipages s'apprêtent à affronter l'enfer blanc de la banquise. Face à l'immensité immaculée de ces terres encore mal connues, l'expédition tourne au drame. Décimée au fur et à mesure par le froid, la faim et la maladie, notre équipée se heurte à un danger bien plus grand : une créature surnaturelle surgie de la banquise sème la terreur… 

Inspiré de faits réels, ce roman de Dan Simmons n'est pas à proprement parler un roman historique : mêlant mythe et réalité, ce récit, plus que glacial par la minutie de ses descriptions, relate avec réalisme la tragédie vécue par les équipages des deux navires. Des engelures provoquées par la morsure du froid, en passant par les maladies liées à une alimentation peu adaptée (scorbut et consomption) ou la menace des ours blancs, les expéditions polaires de l'époque n'ont rien de voyages de complaisance. Les événements évoqués sont le fruit d'un travail de documentation méticuleux. Dès les premières pages du livre, l'on ne peut s'empêcher de frissonner et il est difficile de se défaire de cette lecture glaciale tant le récit est passionnant. Alternant des extraits du journal intime du Dr Goodsir et des chapitres narratifs, Terreur (dont le nom se rapporte aussi bien à l'un des navires de l'expédition qu'au nom attribué par les marins à la créature) traduit avec justesse cette peur de l'inconnu si caractéristique à l'homme. Et la dimension fantastique introduite par le monstre blanc n'enlève en rien la puissance du récit. Au contraire, elle confère au texte un aplomb qui paradoxalement, apporte un réalisme des plus effrayants...


Malgré ses 1046 pages, ce pavé se lit avec un plaisir renouvelé à chaque chapitre, la fin du livre se référant à une bibliographie très complète. Seul bémol, le style de Dan Simmons est chargé. Ses phrases interminables et l'immense galerie de ses personnages ont parfois tendance à perdre le lecteur mais peu importe, Terreur est un livre distrayant. A lire donc pour les grands amateurs de frissons… et bien sûr pour les curieux!

Dédicace : 
«  et en remerciement pour ces indélébiles
souvenirs arctiques, à Kenneth Tobey, Magaret Sheridan, Robert Cornthwaite, Douglas Spencer, Dewey Martin, William Self, George Fennegan, Dimitri Tiomkin, Charles Lederer, Christian Nyby, Howard Hawks et James Arness. » 


Citations :
C’est cette qualité insaisissable qui, dès lors que la pensée de la blancheur est dissociée du monde des significations plaisantes et rattachée à un objet terrible par lui-même, porte cette terreur à sa plus extrême intensité. Voyez l’ours blanc des pôles et le requin blanc des tropiques : d’où vient l’horreur transcendante qu’ils inspirent, sinon de la lisse et floconneuse blancheur de leur robe ? La blancheur sinistre - voilà ce qui donne à leur muette avidité un si repoussant caractère de douceur, qui révulse, d’ailleurs plus qu’il ne terrifie. Pareillement, le tigre aux crocs cruels et au pelage armorié n’ébranle pas autant le courage que l’ours ou le requin enlinceulés de blanc. Hermann Melville, Moby Dick (1851)

Extraits : " - Peut-être que la lecture est une malédiction, je veux dire, conclut Fowler. Peut-être vaut-il mieux pour l'homme ne pas s'évader de son esprit.
Je songeais à lui répondre Amen, mais je n'aurais su dire pourquoi."
p. 474


Auteur : Dan Simmons
Titre : Terreur
Titre original : The Terror
Traducteur : Jean-Daniel Brèque
Editions : Pocket
Date de publication : Octobre 2010
Nombre de pages : 1049 p.

Mangez-le si vous voulez - Jean Teulé

Tout est résumé dans la phrase du Point. Le roman est découpé en chapitres tous introduits par une carte retraçant l’itinéraire du chemin de croix effectué par Alain de Monéys. Suite à un triste malentendu, le héros est traité de prussien. Commence alors pour lui une descente en enfer qui va durer deux heures...


Récit d’un fait divers, ce roman de Teulé manque d’épaisseur. Moi qui d’habitude suis assez partisane des livres de l’auteur, me voilà bien déçue. Cette "petite leçon de barbarie" me laisse comme une impression de voyeurisme. Outre un manque évident de contextualisation, Mangez-le si vous voulez, peut-être à cause de sa brièveté, demeure un récit quelconque. Et pour une fois, le style de Teulé n’y fait rien. D’ailleurs, on ne comprend pas vraiment pourquoi l’auteur a justement choisi de raconter ce massacre en particulier. Le roman ne répond à aucune question et l’on aurait aussi bien pu lire un banal article de journal relatant cette sinistre mise à mort...

Lire Le village des cannibales d’Alain Corbin aurait été sûrement plus intéressant. Mais voyons ce qu’en dit l’auteur. Peut-être y trouvera t-on une raison valable à la rédaction de ce roman? Je n’en suis pas convaincue. A vous de vous faire une idée!


Interview de Jean Teulé pour les Editions Julliard

Quatrième de couverture : « Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. 
Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé à vif et même mangé. Pourquoi une telle horreur est-elle possible? Comment une foule paisible  peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare? Ce calvaire raconté par étape par étape constitue l’une des anecdotes les plus honteuses de l’histoire du XIXème siècle en France."


« Hystérie collective, chemin de croix d’une victime et petite leçon de barbarie sont les ingrédients de ce livre qui ne laisse pas indifférent. » Le point

Titre : Mangez-le si vous voulez 
Auteur : Jean Teulé
Éditions : Pocket
Date de parution : Septembre 2010
Nombre de pages : 114 p.
Couverture : Illustration de Frédéric Poincelet

Journal d'un tueur - Gerard John Schaefer

"Journal d’un tueur est à l’origine d’une petite blessure dans la région du cerveau où est abritée la conscience sociale. C’est une condamnation sous forme de divertissement. Je ne m’attends pas à ce que cela change tout sur terre, mais je me sens mieux d’avoir écrit une oeuvre aussi controversée. Ca me fait plaisir d’écrire ces histoires et si vous ne les aimez pas, alors ne les lisez pas. Je dis ça depuis le début et je le répète encore. Mon histoire est la même qu’en 1973." Gerard J. Schaefer à propos du Journal d’un tueur.

Présentation de Schaefer : Schaefer est adjoint de police en Floride. Accusé pour le meurtre d’une trentaine de femmes au début des années 1970, il est arrêté et incarcéré à la prison d’état de Floride à Starke où il finira assassiné par un co-détenu en 1995. Tuant ses victimes selon un mode opératoire rituel et précis (étranglement par pendaison puis viol des corps), le tueur en série décide d’écrire pour déclare t-il dans l’avant-propos du Journal d’un tueur, exposer "l’ignominie du meurtre, l’horreur de la vie en prison et le spectacle dégradant  des exécutions parrainées par l’Etat." p.7


Le Journal d’un tueur comprend 19 textes "semi-fictifs" que Schaefer a rédigé d’après son expérience, des témoignages et des confidences de co-détenus dont celles de Ted Bundy. S’appuyant sur des recherches diverses notamment dans les manuels de taxidermie ou encore dans les livres d’enquête sur les homicides, Schaefer livre des textes d’une grande violence, qui sont malheureusement empruntés à la réalité. Il justifie son oeuvre littéraire par son désir de rétablir la vérité sur son cas : la police aurait pubié ses textes sans son autorisation et s’en serait servi pour l’inculper. Condamné à 216 ans de prison, il se donne pour mission d’écrire pour faire connaitre au monde entier les préoccupations que sont celles qui occupent l’esprit des tueurs en série au moment de leurs crimes. 

Largement étudiés par la communauté scientifique, les textes laissés par Schaefer dégoutent et fascinent à la fois : particulièrement attiré par les perversions sexuelles et le vampirisme, l’auteur propose une analyse effrayante de la nature humaine. D’ailleurs il clame haut et fort : que ceux qui jugent que son oeuvre est ignoble ne le lisent pas. Pourtant, il sait que ses histoires intriguent, un peu comme celles de Thomas Harris ou Bret Easton Ellis et il légitime son oeuvre ainsi : "Dans mon oeuvre, je ne fais pas de compromis. Je vous apporte des assassinats bien sanglants, à faire fuir. Je ne procure pas à mon lecteur des frissons au rabais, mais de vrais chocs émotionnels. Quelqu’un qui a l’esprit dépravé peut me lire et tirer une jouissance du sexe et des horreurs que je dépeins, mais une personne dotée d’une conscience sociale décèlera la nature pernicieuse des êtres que je présente avec force et réclamera la correction des attitudes malsaines qui permettent que de tels actes de barbarie se produisent." p.8 dans l’avant-propos. Et il faut l’avoir lu pour en juger. Schaefer marque au moins là un point. Voilà qui en fait un excellent manipulateur. C’est donc une des raisons pour lesquelles j’ai lu son livre avec réserves. 

Je n’entrerai pas dans le détail des histoires de Schaefer qui relèvent pour la plupart de la pornographie et de la scatologie. Certaines traitent du sadisme et des sévices pratiqués sur des « putes ». D’autres rapportent l’enfer de l’univers carcéral et les détails des exécutions publiques sur la chaise électrique. Mais toutes ont ceci en commun, à savoir que leur auteur fût à la fois policier, tueur en série et détenu. On peut dès lors comprendre l’effet que Journal d’un tueur a pu exercer sur les consciences. Pour ma part, le défi de Schaefer est atteint mais je n’aime pas son style : vantard, provocateur, vulgaire, nihiliste, Schaefer se veut pourtant le porteur d’un message "social". Or je relève que depuis qu’il s’est "fait coincé par des pourris" (p. 7 de son avant-propos), il semble avoir oublié qu’il a lui-même assassiné (peut importe le nombre) des putes (comme il aime tant le répéter) de façon ignoble. Alors même si ce qu’il appelle son oeuvre a apporté quelques éléments de compréhension sur la psychologie des tueurs en série, j’ai trouvé, malgré la pertinence de sa description de l’horreur de la vie en prison et celle des exécutions publiques, que son travail était opportun. En effet, comme il l’explique bien, quitte à être sous le feu des projecteurs, autant en profiter. On peut certes lui reconnaitre qu’il met à jour "des régions de la nature humaine tellement immondes que nombre d’écrivains croient qu’elles devraient être reléguées dans les ténèbres éternelles" (p.11). D’ailleurs qui mieux que lui peut écrire sur le sujet. Mais son évidente mauvaise foi et sa façon de parler me débectent tout autant que le personnage. Si son intention en écrivant ces textes, est "d’ouvrir les yeux des lecteurs sur l’atroce réalité du meurtre et de la violence." p.7, alors pourquoi réfute-t-il aussi violemment sa responsabilité dans les meurtres de 34 victimes alors que les papiers d’identité d’une trentaine de jeunes femmes ont été retrouvé chez lui au moment de son arrestation? ("J’ai été accusé d’avoir assassiné 34 femmes." p.7). Il traite des crimes relatés par Bundy ou Lucas mais reconnait difficilement les siens. Il déclare que "Tuer est un péché mortel » p.7 mais jamais il ne regrette et ne reconnait sa psychopathologie. Comment peut-on donc croire au message social qu’il s’est donné pour devoir de colporter?

Non, non, non et NON. La violence dont Schaefer fait état est malgré ce qu’il dit, gratuite. Ecrire des textes de fiction sur les serial killers lorsqu’on en a été un et qu’on refuse ses crimes, n’est pas pour moi recevable. Je m’indigne. Schaefer a eu ce qu’il voulait. Mais je ne recommande pas ce livre. Surtout qu’il n’est plus édité et qu’il coûte très cher car il est devenu un article de collection. Donc, pour les amateurs qui auraient 120 euros à dépenser, allez-y mais ça n’en vaut pas la chandelle.

Pour ceux qui seraient intéressés par le sujet, préférez l’excellent travail de Stéphane Bourgoin (voir le billet sur Le livre noir des serial killers), spécialiste en la matière et qui a également eu l’occasion de rencontrer Schaefer.

Pour ceux d’entre vous qui souhaitent vous procurer ce livre, notez qu’il n’est pas disponible pour la version ici commentée mais qu’il a été réédité par les Éditions du Camion Noir en 2 volumes. Vous pouvez donc vous les procurer sur Amazon via les liens suivants : 



Détails bibliographiques


Titre : Journal d'un tueur
Auteur : Gerard John Schaefer
Édition : Pocket
Date de parution : Avril 1994
Traducteur : Stephen Skill
Préface : Yves Lemoine
Nombre de page : 214 p.
Couverture : Photo de Philippe Sohiez


Ce que le jour doit à la nuit - Yasmina Khadra

Algérie. Années 1930. Younes est un jeune algérien dont le père a tout perdu dans l’incendie qui a ravagé ses récoltes. La misère qui s’abat sur la famille du jeune garçon aura raison du courage du père qui se résigne à le confier à son frère oranais dont le métier de pharmacien augure à son fils un meilleur avenir. 

Alors qu’il perd peu à peu le contact avec sa famille restée dans le quartier pauvre de Jenane Jato, Younes, désormais rebaptisé Jonas, fréquente les milieux pieds noirs d’Algérie. Commence alors pour lui une vie nouvelle avec ses trois camarades à Rio Salado. Avec Jean-Christophe, Fabrice et Simon, Younes fait partie des doigts de la fourche. Désormais inséparables, les quatre compères s’initient à la vie dorée des jeunes oranais. Leur histoire est celle d’une amitié sans bornes que rien ne peut ébranler sauf peut-être Emilie, qui par sa seule présence émeut tous les coeurs...

Le roman se décompose en deux parties : la première qui raconte l’enfance de Younes avec ses parents et sa soeur et la seconde qui développe son apprentissage de la vie avec ses trois meilleurs amis. Yasmina Khadra signe grâce ce roman, une oeuvre puissante teintée de nostalgie. Les destins entremêlés des personnages se déroulent dans une Algérie coloniale forte de ses convictions à l’aube de sa chute. Alors que le combat pour l’indépendance du pays s’affirme de jour en jour, nos héros évoluent dans une espèce de sphère éthérée ou seuls leurs problèmes quotidiens ont un sens. La guerre, c’est ça aussi : savoir l’oublier pour ne pas avoir à affronter la réalité.

On découvre dans "Ce que le jour doit à la nuit", un visage romancé de l’Algérie qui, on se plait à le croire, a bien d’autres choses à offrir qu’une image colonialiste obsolète. L’indéniable talent de Yasmina Khadra a su encore une fois capter mon attention jusqu’au bout du roman. J’avais apprécié "Les hirondelles de Kaboul" et "L’Attentat" et j’avais un peu peur d’être déçue par ce roman plusieurs fois primés, mais encore une fois, j’ai retrouvé l’écriture belle et poétique de l’auteur. (Petite parentèse en passant, je ne savais pas qu’il était aixois d’adoption comme moi).

Quatre garçons. Quatre destins que la guerre, la jalousie et la trahison, n’ont pas su délier. Bref, quatre portraits qui vont me trotter un moment dans la tête avant de laisser la place à d’autres...

Citations : 
"A Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s’aimer sans le savoir." Albert Camus, La peste


"J’aime l’Algérie car je l’ai bien ressentie." Gabriel Garcia Marquez


Extraits : "Les hommes n’ont inventé Dieu que pour distraire leurs démons." p.21


"L’argent n’a pas d’odeur, mais Dieu ! c’qu’il sent bon." p.32


"Ressaisis-toi, bonhomme. Il n’y a qu’un seul Dieu sur terre et c’est toi. Si le monde ne te convient pas, réinventes-en toi un autre, et ne laisse aucun chagrin te faire descendre de ton nuage. La vie sourit toujours à celui qui sait lui rendre sa monnaie de sa pièce." p.304
Titre : Ce que le jour doit à la nuit
Auteur : Yasmina Khadra
Édition : Pocket
Date de parution : Octobre 2009
Nombre de pages : 437 p.
Couverture : John Foxx / Getty images

Si c'est un homme - Primo Levi

Primo Levi, juif d’origine turinoise, a 24 ans lorsqu’il est déporté à Auschwitz en 1944. Profondément marqué par l’horreur et l’ampleur de l’extermination commandée par les nazis, il s’est fait un devoir de raconter la vie dans les camps d’épuration. Pour lui, sortir vivant d’un tel enfer, c’était mourir beaucoup et c’est la raison pour laquelle il a tenu à écrire ce livre. Non pas, comme il l’explique, pour porter de nouveaux chefs d’accusation contre le régime nazi mais pour le devoir de mémoire. Pour que l’histoire ne se répète pas et pour que l’on ne tombe pas dans les erreurs du passé. A Auschwitz, il sera tatoué du numéro 174 517. Oui, dans les camps, les hommes ne sont qu’un pauvre numéro tatoué sur un bout de bras. La vie ne tient à rien et pourtant, chacun à sa façon, lutte pour sa survie. Les uns vivent du trafic ou du vol, les autres refusent le laisser-aller et affichent malgré tout une apparence proprette. Certains s’abandonnent dans le travail. D’autres encore, trop faibles, malades ou handicapés disparaissent un jour sans crier gare. Chacun y va de sa façon, mais tous redoutent la sélection. Car si les exterminations arbitraires sont moins nombreuses en raison de la pénurie de main d’oeuvre, le combat pour la vie et la dignité est un combat quotidien : comment faire pour éviter la corvée ignoble du vidage des seaux la nuit, comment troquer sa chemise pour un bout de pain ou un bol de soupe, à quel endroit se placer dans la queue pour avoir la soupe la plus garnie, comment s’acoquiner avec les infirmiers pour récupérer du matériel à revendre, savoir quand se taire ou quand parler, tous ces menus détails auxquels nous ne pensons jamais, prennent tout leur sens dans les camps de la mort. La souffrance, puis l’espoir mais surtout le désespoir sont le lot quotidien de ces hommes dont le crime est d’être juif.

Primo Levi écrit avec simplicité, lucidité, sincérité et philosophie. Seules la souffrance et l’épreuve peuvent faire parler un homme comme il le fait. On a envie de pleurer. On voudrait juste que cela n’ait jamais eu lieu. On voudrait juste que cela ne se reproduise plus. Et on se doit de se rappeler cette histoire. Mais le plus bouleversant quand on y réfléchit, c’est que Primo Levi ait finalement réussi à choisir le moment de sa mort. Il l’a choisi.

Si c’est un homme :
"Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui, pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fût,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre coeur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-le à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous."

Extraits : 

"Ce n’est que beaucoup plus tard que certains d’entre nous se sont peu à peu familiarisés avec la funèbre science des numéros d’Auschwitz, qui résument à eux seuls les étapes de la destruction de l’hébraisme en Europe. Pour les anciens, le numéro dit tout : la date d’arrivée au camp, le convoi dont on faisait partie, la nationalité." p.36
"Déjà, sont apparues sur mes pieds les plaies infectieuses qui ne guériront pas. Je pousse des wagons, je manie la pelle, je fonds sous la pluie et je tremble dans le vent. Déjà mon corps n’est plus mon corps. J’ai le ventre enflé, les membres désséchés, le visage bouffi le matin et creusé le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d’autres, grise ; quand nous restons trois ou quatre jours sans nous voir, nous avons du mal à nous reconnaître." p.51
"Ainsi, se traînent nos nuits. Le rêve de Tantale et le rêve du récit s’insèrent dans une trame d’images plus indistinctes : les souffrances de la journée où entrent la faim, les coups, le froid, la fatigue, la peur et la promiscuité, se muent la nuit en cauchemars informes, d’une violence inouïe, comme on n’en peut faire dans la vie courante, que pendant une nuit de fièvre. Nous nous éveillons à tout moment, glacés de terreur, encore sous le coup d’un ordre, crié par une voix haineuse, et dans une langue que nous ne comprenons pas." p.93

  • Auteur : Primo Levi
  • Titre original : Se questo è un uomo
  • Traducteur : Martine Schruoffeneger
  • Édition : Pocket
  • Date de parution : août 2008
  • Nombre de pages : 314 p.

La chambre des officiers - Marc Dugain


Alors que la première guerre mondiale éclate, Adrien Fournier, un bel ingénieur officier, est envoyé en reconnaissance dans la Meuse. Blessé au visage par un éclat d’obus dès le premier jour de sa mission, il est envoyé au Val de Grâce pour se faire soigner. Confinés dans la chambre des suppliciés pendant 5 ans, Fournier fait partie désormais des gueules cassées". Son histoire est celle d’un homme dont tous les espoirs sont liées à ses fidèles camarades de chambrée.

Ce récit exulte par la simplicité et la beauté de ses mots, le parcours de ces hommes brisés par l’horreur de la guerre. N’ayant d’autre choix que de mener un combat intérieur, ceux qui sont désormais surnommés les gueules cassées n’ont plus rien à perdre. Et pourtant, dans cette chambre des officiers, rien n’a plus de sens que le camarade de chambrée dont la greffe du visage a tenu ou la parole d’un autre qui est revenue. Victoire encore pour celui qui refuse de se suicider. Rien dans ce texte n’est pathétique ou dramatique. Au contraire, c’est une véritable ôde à l’amitié, à la fidélite et à la solidarité. 

Écrit à la mémoire de Eugène Fournier, le grand-père maternel de Marc Dugain, ce roman m’a énormément touchée. Il s’en dégage une vérité d’un autre temps que nous avons tout intérêt à garder présent dans notre mémoire...

Extraits :

"Elle me traite comme un simple d’esprit. C’est sans doute parce que je bave. Un homme qui bave est forcément un innocent." p.36

"Ceux qui vont me rejoindre vont avoir des souvenirs de combat, de corps à corps, de grandes offensives, alors que j’ai été abattu sans avoir croisé le feu, ni même le regard de l’ennemi, et que je ne pourrai jamais raconter à mes enfants à quoi ressemble un allemand. Je devrais inventer les moustaches et le casque à pointe." p.42

"C’est une étrange sensation que de se sentir à sa propre merci. Un moment privilégié pour comprendre à quel point l’existence se déroule dans la peur de la fin." p.64

Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : Décembre 1999
Couverture : Illustration de Marie Roubenne
Nombre de pages : 171 p.
Dédicace : A Eugène Fournier


Le rituel de l'ombre - Éric Giacometti et Jacques Ravenne


"La chair quitte les os". Telles sont les dernières paroles mystérieuses prononcées par une archiviste du Grand Orient à Paris et un archéologue de Jérusalem avant de mourir. Mais que signifie donc la mort rituelle dont ils ont été les victimes? Voilà une énigme que Jade Zewinski et Antoine Marcas doivent résoudre. Si ces deux-là ne sont pas fait pour s'entendre, ils vont devoir collaborer pour percer à jour le lourd mystère qui pèse sur le meurtre des deux membres de la Franc-maçonnerie. Malgré des charactères intéressants et un récit documenté, voilà encore un thriller comme il y en a déjà tant : des archives ultra-secrètes ne doivent absolument pas tomber aux mains des "méchants" (ici la société Thulé), sous réserve que l’équilibre du monde soit bouleversé. Pour les néophytes en la matière, ce roman n’est sûrement pas le meilleur moyen d’aborder la célèbre confrérie. On trouve bien au fil du récit quelques informations intéressantes, mais les auteurs ont décidé de ne pas trop développer cet aspect, nous laissant le loisir de nous documenter par nous-même. En cela, il faudra reconnaître que Jacques Ravenne et Éric Giacometti se sont avant tout penchés sur un travail de romanciers et non pas d’historiens. Pour cette raison, le roman garde son charme et nous donne envie d’approfondir le sujet...

Les annexes à la fin du livre proposent quelques explications concernant les archives maçonniques, le gouvernement de Vichy et les persécutions maçonniques, la maçonnerie sur Internet, la société Thullé Gesellschaft et l’Ahnenerbe, la chapelle de Plaincourault, les plantes hallucinogènes ainsi qu’une bibliographie et un glossaire maçonnique. On peut aussi y découvrir le prologue du roman "La conjuration Casanova"

Avertissement : Le rituel de l'ombre est avant tout une œuvre de pure fiction, les personnages principaux sont imaginaires. En revanche, les auteurs ont puisé leur inspiration dans des matériaux historiques, maçonniques et scientifiques réels. Les descriptions des "tenues" en loge sont proches de la réalité mais ce roman n'engage en aucune manière les obédiences maçonniques citées.

Auteur : Eric Giacometti ; Jacques Ravenne
Éditeur : Pocket
Date de parution : mai 2006
Nombres de pages : 523 p.

L'évangile selon Satan - Patrick Graham

Et si "INRI", le titulus cloué sur la croix du Christ ne signifiait pas "Jésus de Nazareth Roi des Juifs" mais "Janus de Nazareth Roi des Enfers"? Depuis le 14ème siècle, les soeurs de la congrégation des "Recluses" sont régulièrement assassinées selon un rituel obscur (crucifixion et profanation des corps). L'évangile écrit par les disciples de Satan que leur ordre est chargé de protéger, menace de bouleverser l'ordre établi par l'église depuis des siècles, s'il venait à tomber entre les mains de Caleb le voyageur, digne représentant des "voleurs d'âmes". Sur fond de sociétés secrètes (les Templiers, les Archivistes, la Fumée noire de Satan), et de complot international (Novus Ordo Mundi*), ce thriller, savamment parsemé de détails ésotériques plus ou moins fantaisistes, nous entraîne dans l'univers des exorcistes et des médiums. Patrick Graham se fait plaisir et nous fait plaisir. Ne serait-ce une intrigue parfois trop imbriquée qui nuit à la fluidité du récit, on se laisserait facilement séduire par l’histoire.

Extraits : " - Dieu est en Enfer. Il commande aux démons. Il commande aux âmes damnées. Il commande aux spectres qui errent dans les ténèbres. Tout est faux. Oh, Seigneur! Tout ce qu'on nous a dit est faux! 

Illustration : p. 324
"Si sa mémoire ne lui fait pas défaut, le sceau en question est un emblème templier datant de la fin des croisades et de 'linstallation de l'ordre en France, quelques années avant la disgrâce et la mise à mort de ses membres. La figure géométrique au-dessous des lignes est sans aucun doute une des croix des huit Béatitudes, le symbole templier du Sermon sur la Montagne. Chaque extrémité de chaque triangle représente une des huit Béatitudes que le seigneur a enseigné à ses disciples. Mais l'origine de cette mystérieuse croix se perd en réalité dans la nuit des temps et on a retrouvé la trace la plus ancienne sur des tablettes mexicaines datant de plusieurs millénaires avant Jésus-Christ. Il s'agissait des croix dites pyramiales car, d'après les légendes, elles sont censées représenter les quatre face des anciennes pyramides. Curieusement, on a également découvert cette croix sur les rives du lac Titicaca, en Bolivie, ainsi que dans certains temples aztèques où elle symbolisait le dieu précolombien Quetzalcoatl. Jusqu'à l'arrestation des Templiers en 1307, huit de ces croix étaient en circulation à travers les différentes commanderies de l'ordre, soit une croix par béatitude. La croix des Pauvres, la croix des Doux et celle des Affligés, la croix des Justes, celle des Miséricordieux et des Coeurs purs, la croix des Artisans de Paix et la croix des Persécutés. Huit croix que les plus hauts dignitaires de l'ordre poratient sous leur tunique en signe de reconnaisance, mais pas seulement... Car ces bijoux sertis d'or et de rubis servaient avant tout à échanger des courriers secrets en usant d'un code secret basé sur les figures géométriques de la croix en question." p.322-323

En savoir plus sur le "Novus Ordo Mundi" :



Titre : L'évangile selon Satan
Auteur : Patrick Graham
Éditeur : Pocket
Date de parution : janvier 2008
Nombre de pages : 659 p.

Le Montespan - Jean Teulé


Il est de ces hommes que rien n'effraie : pas même le courroux du Roi Soleil. Mais qui est donc ce marquis de Montespan, dont les frasques et les provocations amusent et dérangent tant la cour? Le plus grand cocu de France, pardi! Perruque de travers et carrosse cornu sont devenus son apanage. Pour récupérer son Athénaïs que Louis XIV lui a pris, ce anti-héros par excellence, ne démérite pas. Et si l'amour l'a rendu aveugle, c'est avec panache et ridicule que Louis-Henri de Pardaillan part à la reconquête de sa belle. Ce roman, truffé d'anecdotes cocasses et sordides, m'a fait découvrir, au travers d'un style adapté et pourtant cru à la fois, un univers peu ragoutant qui contraste avec les dorures et les collants de soie roses, qu'aiment tant arborer les courtisans de l'époque. Que l'on aime ou pas, ce récit ne laisse pas indifférent...

 

Titre : Le Montespan
Auteur : Jean TeuléÉditeur : Pocket
Date de parution : Novembre 2009
Nombre de pages : 309 p.