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Le crépuscule d'une idole - Michel Onfray

De Freud, je ne connais que les concepts enseignés à l’école. Complexe d’Oedipe et inconscient, telles sont donc les quelques idées que j'ai retenu de la psychanalyse. Aussi, lorsque j'ai vu la couverture, certes aguicheuse, du Crépuscule d'une idole, j'ai été intriguée par son contenu. Sans être aucunement surprise par le ton des propos tenus, je m’amuse de constater que Freud fait toujours autant couler d’encre. Et je me suis laissée prendre... 


L'auteur aborde le sujet par le biais de son expérience de professeur de philosophie : "La psychanalyse théoriquement enseignée devenait concrètement leur psychanalyse, l'analyse de leur psyché de jeunes femmes et de jeunes hommes. Je savais qu'il existait dans cette pensée un genre de sorcellerie à manier avec d'infimes précautions. La position de devenir thérapeute, donc magicien, donc sorcier, donc gourou, me gelait : on nous demandait d'enseigner une matière éminemment combustible auprès d'âmes inflammables. J'ai un peu touché du doigt, là, le pouvoir dangeureux des psychanaystes. J'ai alors développé une méfiance instinctive et viscérale à l'endroit de leur caste sacerdotale et de leur pouvoir de prêtres..." déclare t-il en parlant de ses élèves p.27. Et cela peut se comprendre.

Sauf que je pensais découvrir une analyse originale et j'ai lu une démonstration parfois ennuyeuse de l'affabulation freudienne. Se basant entre autre sur la lecture des oeuvres complètes de Freud éditées par les PUF et sur les correspondances qu’entretenait le psychanalyste avec ses proches, Michel Onfray s'offre ici le malin plaisir de faire une psychanalyse posthume de Freud en s'appuyant sur les propres méthodes de ce dernier. On aime ou on aime pas. Quoiqu’il en soit, le résultat est plus qu’incendiaire et l'on ne s'étonnera donc pas de constater les vives réactions suscitées auprès des partisans de la psychanalyse.

Pour représenter la théorie freudienne, l'auteur a choisi ce qu'il appelle les cartes postales (celles-ci rassemblent "tout un monde complexe dans une vignette simple" p.28) :
  1. Freud a découvert l'inconscient tout seul à l'aide d'une auto-analyse extrêmement audacieuse et courageuse
  2. Le lapsus, l'acte manqué, le mot d'esprit, l'oubli des noms propres, la méprise témoignent d'une psychopathologie par laquelle on accède à l'inconscient
  3. Le rêve est impénétrable : en tant qu'expression travestie d'un désir refoulé, il est la voie royale qui mène à l'inconscient
  4. La psychanalyse procède d'observations cliniques
  5. Freud a découvert une technique qui, via la cure et le divan, permet de soigner et de guérir les psychopathologies
  6. La conscientisation d'un refoulement obtenue lors de l'analyse entraîne la disparition du symptôme
  7. Le complexe d'Oedipe, en vertu duquel l'enfant désire sexuellement le parent du sexe opposé et considère le parent du sexe identique comme un rival à tuer symboliquement, est universel
  8. La résistance à la psychanalyse prouve l'existence d'une névrose chez le sujet rétif
  9. La psychanalyse est une disicpline émancipante
  10. Freud incarne la permanence de la rationalité critique emblématique de la philosophie des lumières
Il commence donc son argumentaire en énonçant ces dix cartes postales. Puis il montre en quoi celles-ci sont fausses. Soit. Mais nous n’avons pas besoin d’Onfray pour savoir que Freud était loin de détenir des vérités universelles. D’ailleurs la figure emblématique  de la psychanalyse a toujours eu des adversaires et ceci, depuis ses débuts : Freud mystique, Freud charlatan, Freud phallocrate, Freud mysogine, Freud homophobe... Bien des gens ont déjà dit ce qu’énonce Onfray. La question n’est donc pas à mon sens de savoir s’il a tort ou raison. Peu importe si cela fait avancer le débat qui, depuis bien longtemps soulève de nombreuses polémiques. Et ce ne me semble pas être le cas. Car, pour ma part, si je dois croire à l’affabulation freudienne, la psychanalyse est une supercherie. Or, elle fait encore de nombreux adeptes (ou victimes?). Alors que penser, sinon qu’après tout, ce n’est qu’une histoire de point de vue.

Conclusion : ci-dessous un extrait de Par delà le bien et le mal, qui introduit le livre et qui décrit assez bien ma vision des choses :

"Ce qui nous pouse à n'accorder aux philosophes, dans leur ensemble, qu'un regard où se mêlent méfiance et raillerie, ce n'est pas tant de découvrir à tout bout de champ combien ils sont innocents, combien de fois et avec quelle facilité ils se trompent et s'égarent, bref, quelle puérilité est la leur, quel enfantillage; c'est de voir avec quel manque de sincérité ils élèvent un concert unanime de vertueuses et bruyantes protestations dès que l'on touche, même de loin, au problème de leur sincérité. Ils font comme s'ils avaient découvert et conquis leur opinions propres par l'exercice spontané d'une dialectique pure, froide et divinement impassible (à la différence des mystiques de toute classe, qui, plus honnêtes et balourds, parlent de leur "inspiration"), alors que le plus souvent c'est une affirmation arbitraire, une lubie, une "intuition", et plus souvent encore un voeu très cher mais quintessencié et soigneusement passé au tamis, qu'ils défendent par des raisons inventées après coup. Tous sont, quoi qu'ils en aient, les avocats et souvent même les astucieux défenseurs de leurs préjugés baptisés par eux "vérités". Nietzsche, Par delà le bien et le mal, 1ère partie, Chap. 5

Voilà donc une excellente raison de (re)découvrir l'oeuvre de Friedrich Nietzsche.

Dédicace : "A Diogène de Sinope"


Citation : "Affabulation (sf.) Repris au milieu du XXème siècle avec un sens nouveau. Manière fantaisiste ou même mensongère de présenter, de rapporter des faits." Pierre Gilbert, Dictionnaire des mots contemporains, Les usuels du Robert, 1980.


Objet du livre présenté par l’auteur : "Ce livre se propose de penser la psychanalyse de la même façon que Le traité d’athéologie a considéré les trois monothéismes : comme autant d’occasions d’hallucinations collectives. Voilà pourquoi il est dédié à Diogène." (extrait de la 4ème de couverture rédigée par Michel Onfray)


Titre : Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne
Auteur : Michel Onfray
Editions : Editions Grasset & Fasquelle
Date de parution : 2010
Nombre de pages : 612 p.
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