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Une histoire populaire des États-Unis - Howard Zinn


"La mémoire des Etats n'est résolument pas la nôtre. Les nations ne sont pas des communautés et ne l'ont jamais été. L'histoire de n'importe quel pays, présentée comme une histoire de famille, dissimule les plus âpres conflits d'intérêts (qui parfois éclatent au grand jour et sont le plus souvent réprimés) entre les conquérants et les populations soumises, les maîtres et les esclaves, les capitalistes et les travailleurs, les dominants et les dominés, qu'ils le soient pour des raisons de race ou de sexe. Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s'affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux." p.15. Voici comment Howard Zinn, cet historien et politologue américain engagé dans le combat pour les respect des droits civiques, justifie son oeuvre. Prenant à contre-pied les thèses couramment établies dans les ouvrages d'histoire sur les Etats-Unis, Howard Zinn propose une version novatrice de l'histoire américaine. Sa volonté de donner la voix aux populations oubliées de l'histoire américaine est un moyen de rendre justice à tous ceux qui ont participé à la construction du pays au prix de nombreux sacrifices. Edité pour la première fois aux USA en 1980 (et dans sa version française en 2002 par les Editions Agone), cet ouvrage fait partie des références en la matière : les grands épisodes de l'histoire américaine sont désormais enrichis par ces voix jusque là occultées...

Cet ouvrage est si dense qu'il est difficile d'en rendre toute l'essence en quelques mots. Les références et exemples si nombreux, ont parfois nui à ma lecture. Mais je recommande chaudement cette lecture : bien que certains épisodes de l'histoire américaine relatés dans ce livre soient aujourd'hui connus du grand public, cela n'en rend pas cette Histoire populaire des Etas-Unis moins passionnante : colonisation, évangélisation forcée, esclavage, racisme, ségrégation, déségration, discrimination, luttes sociales, l'hsitoire des Etats-Unis s'est écrite dans le conflit. Et les USA modernes sont l'héritage de ces luttes qui ont constamment ponctués l'histoire sociale du pays. A cette lecture, on appréhende avec recul la construction de la première puissance économique mondiale. Le Rêve américain est bien loin de ce qu'il laisse miroiter : comme l'on peut s'en douter, c'est évidemment au détriment des minorités sociales que s'est fondé le pays. Indiens, Noirs, Européens immigrés, Asiatiques, Latino-Américains, femmes, homosexuels... ce sont les luttes de ces communautés opprimées qui ont réellement fait progresser le pays. C'est d'ailleurs à ces populations qu'Howard Zinn tient à rendre justice et c'est avec stupeur que j'ai découvert certains événements relatés par l'historien. Seul bémol : ce livre n'est pas accessible à tout public. Il est difficile à s'approprier tant les références sont nombreuses. Il faut d'ailleurs avoir une certaine culture du pays pour comprendre certains épisodes relatés. L'auteur aborde tant de sujets (enjeux politiques, sociaux, économiques, religieux...) que sans connaissances préalables, il est difficile de s'y retrouver. Ceci dit, il ne faut pas se décourager et ne pas hésiter à se replonger dans le bouquin. En tous cas, ce sera mon cas...

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Pour archive, j'ai reproduit le sommaire du livre avec quelques citations et commentaires sur certains paragraphes. Il faudra que je me repenche sur cette lecture.

Chap. I : Christophe Colomb, les indiens et le progrès de l'humanité

Chap. II : Vers la ségragation raciale

Chap. III : Ces individus de vile et indigne condition

Chap. IV : La tyrannie, c'est la tyrannie

Chap. V : Une étrange révolution

Chap. VI : Les opprimées domestiques

Chap. VII : "Aussi longtemps que l'herbe poussera et que couleront les rivières"

Chap. VIII : "Nous ne prenons rien par conquête, Dieu merci !"

Chap. IX : Esclavage sans soummission, émancipation sans liberté

Chap. X : L'autre guerre civile

Chap. XI : Les barons voleurs - Les rebelles

Chap. XII : L'empire et le peuple

Chap. XIII : Le défi socialiste

Chap. XIV : La guerre est la santé de l'Etat

Chap. XV : De l'entraide par gros temps

Chap. XVI : Une guerre populaire ?

Chap. XVII : "Ou bien explose t-il ?
Peu de noirs (et tout aussi peu de blancs, d'ailleurs connaissaient ces propos de l'écrivain blanc Aldous Huxley : "Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent." C'est pourtant bien ce que signifiait le Black Power, outre une certaine fierté de race, l'accent mis sur l'indépendance des Noirs et souvent même l'idée du séparatisme. p.522
Si la guerre mondiale n'est pas populaire au sens où l'histoire aurait pu le faire entendre, les années 1960 marquent aux Etats-Unis la naissance de l'esprit de résistance des populations afro-américaines. Alors que l'économie mondiale mobilise le gouvernement américain, revient en force la question de l'égalité raciale : la crainte du communisme auquel se rallie les noirs américains mais aussi le soulèvement de l'Afrique et de l'Asie, met à mal le comité Truman qui, pour répondre dans l'urgence au soulevement des noirs fait passer des lois civiques pour tempérer les ardeurs. Martin Luther King, puis Malcom X, deviennent les portes-paroles populaires de la révolte noire américaine. La ségrégation glisse peu à peu vers la déségrégation au prix de multiples combats et le racisme retrouve parmi les blancs des adeptes violents.


Chap. XVIII : Vietnam, l'imposssible victoire 
L'histoire américaine avait déjà connu des exemples de désaffection des soldats : mutineries sporadiques pendant la Révolution américaine ; refus de se réengager au beau milieu de la guerre du Mexique ; désertion et objection de conscience pendant les deux guerres mondiales. Néanmoins, ce fut à l'occasion de la guerre du Vietnam que l'opposition des soldats et des vétérans atteignit un niveau jamais égalé auparavant. p. 556
La guerre du Vietnam (1964-1975) est l'une des guerres les plus médiatisées aux USA : non seulement par son ampleur mais également par la prise de conscience qu'elle a provoquée au sein même de la population américaine. Alors que l'on aurait pu penser que cette contestation venait des milieux sociaux les plus éduqués ou les plus favorisés, l'histoire montre qu'au contraire, les dissidents contre cette guerre étaient plutôt issus des milieux défavorisés. Les noirs, les étudiants et les femmes furent les plus engagés dans le mouvement pacifiste. En effet, la guerre du Vietnam n'était pas leur guerre et elle n'était pas justifiable. Les pertes matérielles et humaines de cette guerre insensée ont éveillé une révolte qui désormais "ne se limitait plus à la seule question du Vietnam". p.566


Chap. XIX : Surprises
Dostoïesvski ne disait-il pas que "le degré de civilisation d'une société pouvait se juger à l'état de ses prisons" ? Ce n'était que trop vrai, et les prisonniers américains le savaient mieux que quiconque. Plus vous étiez pauvres, plus vous aviez de chance de finir en prison. Non seulement parce que les pauvres commettaient plus de crimes que les riches - qui n'avaient pas besoin de se mettre hors la loi pour obtenir ce qu'ils désiraient -, mais aussi parce que, le plus souvent pas poursuivis. Et quand ils l'étaient, ils bénéficiaient d'une rapide mise en liberté sur parole, s'offraient les meileurs avocats et obtenaient des juges des peines plus légères. En fin de compte, le public des prisons se composaient essentiellement de détenus pauvres et noirs. p.581-582

Chap. XX : Années 1970 : tout va bien 

Chap. XXI : Carter-Reagan-Bush : le consensus bipartisan
Pour les 25 dernières années du XXe siècle, nous constatons la permanence de cette vision limitée dont parle Hofstadter - un capitalisme bénéficiant essentiellement aux grandes fortunes économiques, accompagné d'une immense pauvreté et d'un sentiment nationaliste favorable à la guerre et à ses préparatifs. Le pouvoir politique a beau basculer des républicains vers les démocrates et vice versa, aucun des deux partis ne semble en mesure de dépasser cet horizon. p.631
Le consensus bipartisan est clairement démontré dans ce chapitre : républicains et démoncrates agissent de concert pour préserver les privilèges des populations les plus aisées. Les politiques menées par les gouvernements Carter-Reagan-Bush oeuvrent en faveur de l'armement militaire au détriment de la politique sociale. Les inégalités entre les populations riches et pauvres se creusent. L'opinion publique perd confiance et malgré quelques mesures prises (le War Power Act qui imposait au président de consulter le Congrès avant toute action militaire a d'ailleurs été transgressé à plusieurs reprises), l'état fédéral alimente coûte que coûte son industrie militaire pour préserver son statut de première puissance mondiale. Le budget alloué à l'armement est faramineux et le gouvernement, défendant les intérêts économiques des plus grandes fortunes américaines et l'image d'une Amériquue économique puissante, n'hésite pas à armer des dictatures (Salvador) ou à passer à l'attaque sous des prétextes ambigus (1ere Guerre du Golfe en Irak ou la Lybie). Le captalisme américain s'essoufle et met en lumière l'ingérance politique.

Chap. XXII : La résistance ignorée

Chap. XXIII : La présidence de Clinton

Chap. XXIV : L'imminente révolution de la Garde

Post-scriptum sur les élections de 2000 et la "guerre contre le terrorisme"

  • Auteur : Howard Zinn
  • Titre : Une histoire populaire des Etats-Unis. De 1492 à nos jours
  • Titre original : A people's History for the Unites States. 1492 - Present
  • Traducteur : Frédéric Cotton
  • Editeur : Agone
  • Collection : Mémoires Sociales
  • Date de parution : 2002
  • Date de parution originale : 1980 (HarperCollins Publishers)
  • Nombre de pages : 811 p.
  • Graphisme : T-Bone
  • Photo : Bethlehem Corp
  • ISBN : 978-2-910846-79-4


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