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Le talon de fer - Jack London

Le Talon de fer n'est autre que la métaphore de la ploutacratie américaine imaginée par Jack London dans cette politique-fiction datant de 1905. L'auteur, réputé pour ses récits d'aventures et ses romans jeunesse (cf. Croc-Blanc dont la lecture m'avait valu quelques larmes lorsque j'étais enfant), donne à voir dans ce roman d'anticipation une autre facette de son talent d'écrivain : un regard visionnaire et sagace sur les systèmes politiques (en l'occurrence l'oligarchie) qui finiraient par régir notre monde moderne. Se rappelant à ses origines prolétaires, Jack London met son esprit critique au service de la justice sociale. On le connaissait aventurier et conteur, on le découvre politisé. Taxé de pessimiste par les socialistes de l'époque, le père de Croc-Blanc anticipe pourtant avec lucidité l'implacable hégémonie du capitalisme qui allait s'abattre sur le peuple américain. Et il le fait avec habileté : choisissant le registre de la dystopie et donc celui de la fiction, il critique de manière détournée la catastrophe humaine qu'il sent poindre à l'aube du XXième siècle. Il n'est évidemment pas le seul auteur à porter cette analyse de la société américaine de l'époque mais il demeure l'un des pionniers à amener ses idées de la sorte. Et à découvrir de nos jours cette lecture, on ne peut que ressentir une espèce d'amertume à l'idée de penser que les prophéties de Jack London se sont plus que jamais réalisées. Mais peu importe au final car ce que je retiendrai moi de cette lecture, c'est qu'au royaume des idées, les esprits lucides et clairvoyants resteront malgré leur nombre restreint, le salut de l’humanité...

Si vous souhaitez à votre tour vous lancer dans cette lecture, vous pourrez vous procurer le livre sur Amazon en cliquant sur le lien suivant : Le Talon de fer

Détails bibliographiques

  • Titre : Le talon de fer
  • Auteur : Jack London
  • Traducteurs : Louis Positif (1923)
  • Éditeur : Le Temps des Cerises
  • Collection : Roman des Libertés
  • Préfaces : Bernard Clavel (1967), Anatole France (1923), Paul Vaillant-Couturier (1932)
  • Date de parution : Septembre 2016
  • Nombre de pages : 364 p.
  • Illustrations : Gravures
  • ISBN : 9782370710994

Jours de destruction, jours de révolte - Chris Hedges & Joe Sacco

C'est en sillonnant les États-Unis pendant deux ans que Chris Hedges et Joe Sacco ont collecté les témoignages qui nourriront ce reportage accablant sur la civilisation américaine moderne. Déclinant leur travail d'enquête par zone géographique sous la forme de cinq chapitres, les deux compères donnent à voir à travers leur travail, une image souillée du rêve américain. La réserve indienne de Pine Ridge (Dakota du Sud), les mines de Welch (Virginie occidentale), les camps d'ouvriers agricoles d'Immokale (Floride) ou la décharge publique de Camden (New Jersey), sont en effet devenus de sordides ghettos où violence, pauvreté et désespoir font le quotidien de leurs habitants. Pétris de drames humains, ces territoires oubliés des autorités publiques, accusent lourdement une Amérique malade de ses mensonges et ses contradictions...


Jours de destruction, jours de révolte, un ouvrage hybride au ton moralisateur

    © Joe Sacco
 
Chris Hedges et Joe Sacco ne sont pas les premiers à s'être intéressés à la question : parmi les grandes figures qui se sont engagées en faveur des laissés-pour-compte de l'Amérique, citons l'incontournable Howard Zinn, qui avec son Histoire populaire des États-Unis (édité pour la première fois en 1980 et admirablement adapté en BD en 2009), alertait déjà le monde de la situation désastreuse des citoyens américains de "seconde zone" et de la catastrophe écologique causée par la course aux profits. Rien de nouveau donc dans cette démarche du duo Hedges/Sacco exceptés (ce qui n'est pas rien) le caractère inédit de cette collaboration, l'immense valeur documentaire des nouveaux témoignages réunis et la masse colossale d'informations compilée pour les besoins de ce reportage prometteur. Seulement, en plus de prendre le risque d'aborder un sujet déjà intelligemment étudié par d'autres, les co-auteurs (ou leurs éditeurs ?) ont opté pour une ligne éditoriale qui fait peu honneur à leur travail : "essai illustré", "BD essayiste" ou ouvrage illustré (on ne sait pas trop), ce livre au format hybride ne permet pas une lecture fluide à cause du flagrant déséquilibre entre textes et dessins. D'autre part, les propos "ultra-moralisateurs" de Chris Hedges, s'ils dénoncent à juste titre la capitulation des pouvoirs publics américains face à la misère des ghettos et par extension la suprématie des systèmes financiers, finissent par lasser. On a l'impression de regarder un documentaire de Yann Arthus Bertrand dont on reconnait la qualité et la pertinence des images (cf. les quelques planches efficaces de Joe Sacco) mais dont les textes, finissent par devenir insupportables à force de répétitions et de sentences (cf. le prêche presque ennuyeux de Chris Hedges). En fait, cette publication aurait gagné à être harmonisée au niveau des contenus pour rendre vraiment hommage au projet et au message porté... Ceci dit, on ne pourra que reconnaître le bien-fondé de la démarche qui apporte tout de même quelques éclairages et qui s'en remet à la conscience des citoyens...

Cinq lieux, cinq combats menés contre un ennemi commun : la suprématie de l'argent

       © Joe Sacco

Le temps des spolations (chap. I) dépeint le combat des Amérindiens pour la défense de leur droits territoriaux et le paradoxe des réserves indiennes (dont celle de Pine Ridge) où délinquance, violence, et crimes sont légions. Dépossédés de leurs terres, forcés à renier leurs traditions et finalement parqués comme des animaux dans des réserves où règnent désormais les gangs, les descendants de Crazy Horse, Sitting Bull ou Wounded Knee ont perdu toute dignité. Mais pas tous : quelques repentis ou quelques âmes fortes continuent de se battre à l'instar de Mike qui découvre l'éveil spirituel dans les sweat lodges en prison ou Verlyn Long Wolf, qui violée dès son enfance, a gagné son combat contre l'alcoolisme...

Jours de siège (chap. II) donne la voix aux pauvres de Camden (New Jersey) qui fut une ville prospère dans les années 60. Des spéculateurs sans scrupules (cf. l'empire de Norcross) emmenant avec eux la corruption, ont peu à peu paupérisé la ville et laissé dans la misère les pauvres (en majorité les classes ouvrières ou les afro-américains) qui n'ont pas eu les moyens de partir. Analphabétisme, trafic de drogue, prostitution, criminalité frappent cette ville pourtant régie par des multi-millionnaires. Heureusement, cette ville compte encore des Mme Davis ou des pères Doyle qui croient encore que du pire, peut germer le meilleur...

Le temps de la destruction (chap. III) raconte le pillage organisé des ressources naturelles de Virginie occidentale. Après avoir asservis les mineurs et leurs familles pendant des décennies, dévasté des centaines d'hectares de forêts et empoisonné des milliers de personnes pour générer toujours plus de profits, les puissantes compagnies minières continuent de mépriser les conséquences écologiques et sanitaires désastreuses de leurs exploitations en achetant le silence des élus et des puissants. A travers la révolte de Larry Gibson, c'est au récit d'une hécatombe que l'on assiste. Mais Larry est catégorique : ce qui lui donne la force de continuer, c'est qu'il sait que son combat est juste...

Le temps de l'esclavage (chap. IV), on le sait, n'est toujours pas aboli de nos jours. On parle désormais d'esclavage moderne mais que se cache derrière cette expression ? Les champs de coton autrefois prospères grâce à l'esclavage des noirs ont aujourd'hui laissé place aux plantations de tomates qui exploitent honteusement la main d’œuvre issue de l'immigration clandestine. Salaires de misère, conditions de vie déplorables, mauvais traitements, abus sexuels, chantages, les "esclaves modernes" participent à leurs dépends à un système profondément corrompu par l'argent. Nombreux sont ceux qui comme Ana regrettent d'avoir quitté leur pays mais tant que des Lucas Benitez se battront pour leur cause, il reste un infime espoir...

Jours de révolte (chap. V) revient sur la mobilisation collective du mouvement Occupy Wall Street. En 2012, celui-ci inspiré par les révolutions arabes, a soufflé un vent de révolte (aujourd'hui éteint) à travers tous les États-Unis. Comme pour tous les mouvements de contestation populaire, Chris Hedges rappelle à travers cet exemple et d'autres cas historiques, qu'il suffit parfois d'un élément déclencheur inattendu pour réveiller les consciences. Ketchup qui a participé à la mobilisation témoigne avec enthousiasme de l'effervescence qui régne alors à New-York...

Ce dernier chapitre censé clore la série de reportages sur une note optimiste convainc peu : aujourd'hui en 2015, les mouvements contestataires prônant la désobéissance civile s'essoufflent et chacun a repris sa vie. Restent les Mike, Mme Davis, Larry Gibson ou Lucas Benitez et les autres pour qui la lutte demeure une question de vie ou de mort. Plus qu'une dénonciation, cet ouvrage est à mon sens un bel hommage à leur combat...

Enfin, si votre librairie est en rupture de stock, notez que vous pouvez vous procurer le livre sur Amazon via le lien suivant : Jours de destruction, jours de révolte


  • Titre : Jours de destruction, Jours de révolte
  • Auteur : Chris Hedges
  • Illustrations : Joe Sacco
  • Traducteur : Sidonie Van den Dries (BD) et Stéphanie Dacheville (texte)
  • Éditeur : Futuropolis
  • Date de parution : Novembre 2012
  • Nombre de pages : 304 p.
  • ISBN : 978-2754808767
  • Crédits photographiques : © Joe Sacco


American gothic - Xavier Mauméjean

Il était une fois Ma Mère l'Oie, la genèse d'une mythologie américaine. Tel aurait pu également être le titre de cette fiction de Xavier Mauméjean. Nous sommes en 1953. Les studios Warner Bros veulent adapter le livre de l'énigmatique Daryl Leyland au cinéma. Alors que le sénateur Mac Carthy part à la chasse aux sorcières, les frères Warner mandatent Jack Sawyer pour "nettoyer" la biographie de Daryl Leyland afin d'éviter tout obstacle fâcheux à la bonne mise en oeuvre de leur projet. Contrairement à toute attente, Jack Sawyer se passionne pour la vie de Daryl Leyland et met au jour sa biographie. C'est à travers la compilation de témoignages, d'analyses du professeur Richard Case, des rapports de Jack Sawyer, d'anecdotes diverses et de quelques contes de Ma Mère l'Oie que François Parisot, dont l'ambition est de traduire en français le monument de la littérature américaine des années 30, dévoile l'étrange et l'inquiétante genèse de Ma Mère l'Oie... Comment de secrètes souffrances peuvent-elle être un moteur de création artistique ? Comment créer une légende ?  Comment Xavier Mauméjean se réapproprie t-il Les contes de ma Mère l'Oie pour réécrire l'histoire culturelle des États-Unis de la première partie du XXe siècle ? Parmi d'autres, ce sont quelques questions auxquelles répond cette fiction aux enjeux inattendus...

En réponse à cette citation de Pablo Picasso qui pensait que "les thèmes fondamentaux de l'art sont et seront toujours : la naissance, la grossesse, la souffrance, le meurtre, le couple, la mort, la révolte et peut-être le baiser", Xavier Mauméjean choisit le thème de la souffrance pour sa contribution à la collection Pabloid des éditions Alma. La création par Daryl Leyland et son illustrateur Max Van Doren de Ma mère l'oie (notamment symbolisé par American Gothic, le célèbre tableau de Grant Good) s'est fait dans de silencieux tourments. Le duo improbable qui devait donner naissance au succès phénoménal de Ma Mère l'Oie, puise fortuitement son inspiration dans ses expériences malheureuses. Pas de fées pour Daryl et Max qui ont à cause de leurs épreuves traumatisantes, développé de bien curieuses manies : leur Grand Dessein et leurs historiettes sur les emballages des bonbons Dummies qui devaient bouleverser l'Amérique, sont profondément marqués par leur triste destinée... Entre réalité et fiction, Xavier Mauméjean prend un malin plaisir à brouiller les pistes : jouant avec les codes de l'imaginaire et bourrant son livre de références littéraires, historiques ou politiques bien réelles, l'auteur brosse le portrait d'une Amérique en pleine recherche d'identité. Prêtant peut-être ses propres mots à Daryl Leyland, Xavier Mauméjean ne déclare t-il pas : "Les contes n'existent que pour éclater et donner lieu à de nouveaux contes à partir de leurs fragments. Toutes les versions sont légitimes." (p.305) ? Laissant le soin au lecteur de déméler le vrai du faux ou de croire ou ne pas croire à l'histoire de Daryl Leyland, l'auteur fait la part belle à la littérature de l'imaginaire en démontrant avec originalité qu'il existe toujours dans les contes une part d'insondable qu'on est libre de s'approprier et de réinventer à l'infini... Un récit singulier et déconcertant qui prouve que les contes ne sont pas forcément écrits pour les enfants...

Si vous souhaitez découvrir ce roman remarquable, vous pouvez vous le procurer sur Amazon via le lien suivant : American Gothic.

  • Titre : American gothic
  • Auteur : Xavier Mauméjean
  • Éditeur : Alma
  • Collection : Pabloïd
  • Date de parution : Février 2013
  • Nombre de pages : 407 p.
  • Couverture : Ted Benoit
  • Graphisme : François-Xavier Delarue
  • ISBN : 978-2-36-279066-9
  • Crédits photographiques : © Grant Good (American Gothic)


Une histoire populaire de l'empire américain - Howard Zinn - Mike Konopacki - Paul Buhle

Ce projet d'adaptation en bande-dessinée du célèbre ouvrage de Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, est porté par un trio explosif : Paul Buhle pour l'initiative du projet, Howard Zinn pour le contenu et Mike Konopacki pour le dessin et le script. Édité dans sa version française par Vertige Graphic deux ans après sa publication originale (2007), cette bande-dessinée propose un regard certes militant mais également accablant sur la construction de l'empire américain de la fin des années 1890 à nos jours. Nourissant les prétextes à l'expansion de leur impérialisme économique et militaire par des discours ultra-patriotiques, les gouvernements américains successifs ainsi que le confie Howard Zinn, ont souvent pris des décisions politiques méprisant le respect de l'humanité. De guerre en guerre, les États-Unis ont réussi a imposer l'image du bon samaritain mais l'analyse présentée par Howard Zinn contredit violemment cette idée et expose une réalité bien décevante par rapport à la réalité : cela commence avec le massacre des indiens de Wounded Knee puis les répressions brutales des revendications sociales et syndicales, la Guerre hispano-américaine de 1898 pour la prétendue libération de Cuba, l'invasion des Philippines, les intérêts économiques faramineux liés à l'intervention dans la Première guerre mondiale, ceux de la Seconde guerre mondiale, l'enjeu idéologique de la guerre froide qui devait entraîner bien d'autres conflits comme la Révolution sandiniste au Nicaragua ou le scandale de l'Irangate au Moyen Orient. La liste est longue. Autant de conflits sanglants et de machinations politiques, symbole d'une "terre qui immole ses enfants" en les envoyant défendre le pays dans des contrées lointaines alors que sévissent sur son sol injustices sociales, ségrégation, misère et révoltes... Mais la Guerre du Vietnam a marqué un tournant décisif auprès de l'opinion publique et cette histoire de l'impérialisme américain "vient bousculer de manière salutaire les versions officielles et consensuelles, et souffle un vent d'optimiste de liberté d'expression retrouvée."

Pour être exact, Une histoire populaire de l'empire américain n'est pas tout à fait une fidèle adaptation de l'étude d'Howard Zinn : on y retrouve bien évidemment le ton engagé de l'historien américain et quelques thèmes communs aux deux ouvrages mais d'après moi, la bande-dessinée focalise clairement sur l'histoire politique liée à la construction de l'empire américain contrairement à Une histoire populaire des États-Unis qui étudie plutôt l'histoire sociale du pays par l'intermédiaire des "voix oubliées". Ces deux dimensions étant irrémédiablement imbriquées, on reconnaîtra facilement le lien entre les deux livres. La BD se distingue cependant dans son approche narrative : l'historien mis en scène dans la bande-dessinée lors d'une conférence contre la guerre en Irak, nous y parait plus proche, plus accessible. Le récit de son enfance, de ses relations, de ses rencontres et de ses choix, éléments qu'on retrouve peu dans son étude mais qui sont ici narrés, facilitent l'appropriation du récit par le lecteur. Alors que l'étude très érudite et fourmillant de centaines de références peut s'avérer assez inaccessible, la bande-dessinée se veut elle, grand public. Pari réussi au regard de l'immense succès rencontré par l'Histoire populaire de l'empire américain dont la présente édition est aujourd'hui épuisée. D'ailleurs, nous tenons avec ce titre un bel exemple de projet éditorial intelligement mené : les éditions Vertige Graphic, qui en plus de proposer un bel objet avec à l'appui images d'archives, cartes, caricatures, coupures de journaux, affiches de propagande..., se sont attachées à la dimension pédagogique du discours. Profitant du décalage temporel entre l'édition américaine et l'édition française, Vertige Graphic a enrichi son édition par des encarts informatifs intitulés "infozinn" qui idée intéressante, apportent compléments d'actualité et anecdotes pertinents. 

Quant au contenu à proprement parler, nul doute qu'il saura toucher et sensibiliser tout lecteur curieux : ainsi que l'annonce Howard Zinn au début de son discours "C'est vrai, nous avons libéré l'Afghanistan du régime Taliban, mais pas de nous ! C'est vrai, nous avons libéré l'Irak de Saddam Hussein, mais pas de nous ! Tout comme en 1898, nous avons libéré Cuba de l'oppression espagnole, mais pas de nous !" (p.19). Retraçant l'histoire des conflits armés menés par les USA depuis le massacre de Wounded de 1890, l'historien souligne que : "Nous pouvons tous éprouver une abominable colère contre ceux qui, selon l'idée démente que cela aiderait leur cause, ont tué des milliers de personnes innocentes. Mais que faisons-nous de cette colère ? Devons-nous réagir avec panique, frapper violemment et de façon aveugle juste pour montrer à quel point nous sommes durs ?" (p.13 du prologue). Tel un coup d'électrochoc en faveur de la prise de conscience de la population américaine, Howard Zinn, chose très appréciable, parle à la première personne du pluriel. A l'inverse du concept du "ils ont perdu , on a gagné", Howard Zinn revendique sa citoyenneté américaine et en appelle au bon sens du peuple américain. On pourra certainement trouver le discours trop militant ou trop moralisateur. Le problème reste que si la prise de conscience et la contestation se font en silence, seules les personnes déjà convaincues s'intéresseront à ces questions. C'est donc à coups de trompettes et à grands cris que le combat défendu par l'historien à travers celui de Black Elk, Eugene Victor Debs, Emma Goldman, Martin Luther King, Daniel Ellsberg, Augustino Sandino et bien d'autres doit être relayé. Comme vous l'aurez compris, cette bande-dessinée m'a emballé. Lisez-la donc pour vous faire votre propre idée !

  • Titre : Une histoire populaire de l'empire américain
  • Titre original : A history of American empire
  • Auteur : Howard Zinn
  • Illustrateur : Mike Konopacki et Paul Buhle
  • Traducteur : Barbara Helly
  • Postface : Robert Chesnais
  • Éditeur : Vertige Graphic
  • Date de parution : Novembre 2009
  • Nombre de pages : 281 p.
  • ISBN : 978-2-84999-076-6
  • Crédits photographiques : © Mike Konopacki


Une histoire populaire des États-Unis - Howard Zinn


"La mémoire des Etats n'est résolument pas la nôtre. Les nations ne sont pas des communautés et ne l'ont jamais été. L'histoire de n'importe quel pays, présentée comme une histoire de famille, dissimule les plus âpres conflits d'intérêts (qui parfois éclatent au grand jour et sont le plus souvent réprimés) entre les conquérants et les populations soumises, les maîtres et les esclaves, les capitalistes et les travailleurs, les dominants et les dominés, qu'ils le soient pour des raisons de race ou de sexe. Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s'affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux." p.15. Voici comment Howard Zinn, cet historien et politologue américain engagé dans le combat pour les respect des droits civiques, justifie son oeuvre. Prenant à contre-pied les thèses couramment établies dans les ouvrages d'histoire sur les Etats-Unis, Howard Zinn propose une version novatrice de l'histoire américaine. Sa volonté de donner la voix aux populations oubliées de l'histoire américaine est un moyen de rendre justice à tous ceux qui ont participé à la construction du pays au prix de nombreux sacrifices. Edité pour la première fois aux USA en 1980 (et dans sa version française en 2002 par les Editions Agone), cet ouvrage fait partie des références en la matière : les grands épisodes de l'histoire américaine sont désormais enrichis par ces voix jusque là occultées...

Cet ouvrage est si dense qu'il est difficile d'en rendre toute l'essence en quelques mots. Les références et exemples si nombreux, ont parfois nui à ma lecture. Mais je recommande chaudement cette lecture : bien que certains épisodes de l'histoire américaine relatés dans ce livre soient aujourd'hui connus du grand public, cela n'en rend pas cette Histoire populaire des Etas-Unis moins passionnante : colonisation, évangélisation forcée, esclavage, racisme, ségrégation, déségration, discrimination, luttes sociales, l'hsitoire des Etats-Unis s'est écrite dans le conflit. Et les USA modernes sont l'héritage de ces luttes qui ont constamment ponctués l'histoire sociale du pays. A cette lecture, on appréhende avec recul la construction de la première puissance économique mondiale. Le Rêve américain est bien loin de ce qu'il laisse miroiter : comme l'on peut s'en douter, c'est évidemment au détriment des minorités sociales que s'est fondé le pays. Indiens, Noirs, Européens immigrés, Asiatiques, Latino-Américains, femmes, homosexuels... ce sont les luttes de ces communautés opprimées qui ont réellement fait progresser le pays. C'est d'ailleurs à ces populations qu'Howard Zinn tient à rendre justice et c'est avec stupeur que j'ai découvert certains événements relatés par l'historien. Seul bémol : ce livre n'est pas accessible à tout public. Il est difficile à s'approprier tant les références sont nombreuses. Il faut d'ailleurs avoir une certaine culture du pays pour comprendre certains épisodes relatés. L'auteur aborde tant de sujets (enjeux politiques, sociaux, économiques, religieux...) que sans connaissances préalables, il est difficile de s'y retrouver. Ceci dit, il ne faut pas se décourager et ne pas hésiter à se replonger dans le bouquin. En tous cas, ce sera mon cas...

Pour vous procurer ce livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 a nos jours

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Pour archive, j'ai reproduit le sommaire du livre avec quelques citations et commentaires sur certains paragraphes. Il faudra que je me repenche sur cette lecture.

Chap. I : Christophe Colomb, les indiens et le progrès de l'humanité

Chap. II : Vers la ségragation raciale

Chap. III : Ces individus de vile et indigne condition

Chap. IV : La tyrannie, c'est la tyrannie

Chap. V : Une étrange révolution

Chap. VI : Les opprimées domestiques

Chap. VII : "Aussi longtemps que l'herbe poussera et que couleront les rivières"

Chap. VIII : "Nous ne prenons rien par conquête, Dieu merci !"

Chap. IX : Esclavage sans soummission, émancipation sans liberté

Chap. X : L'autre guerre civile

Chap. XI : Les barons voleurs - Les rebelles

Chap. XII : L'empire et le peuple

Chap. XIII : Le défi socialiste

Chap. XIV : La guerre est la santé de l'Etat

Chap. XV : De l'entraide par gros temps

Chap. XVI : Une guerre populaire ?

Chap. XVII : "Ou bien explose t-il ?
Peu de noirs (et tout aussi peu de blancs, d'ailleurs connaissaient ces propos de l'écrivain blanc Aldous Huxley : "Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent." C'est pourtant bien ce que signifiait le Black Power, outre une certaine fierté de race, l'accent mis sur l'indépendance des Noirs et souvent même l'idée du séparatisme. p.522
Si la guerre mondiale n'est pas populaire au sens où l'histoire aurait pu le faire entendre, les années 1960 marquent aux Etats-Unis la naissance de l'esprit de résistance des populations afro-américaines. Alors que l'économie mondiale mobilise le gouvernement américain, revient en force la question de l'égalité raciale : la crainte du communisme auquel se rallie les noirs américains mais aussi le soulèvement de l'Afrique et de l'Asie, met à mal le comité Truman qui, pour répondre dans l'urgence au soulevement des noirs fait passer des lois civiques pour tempérer les ardeurs. Martin Luther King, puis Malcom X, deviennent les portes-paroles populaires de la révolte noire américaine. La ségrégation glisse peu à peu vers la déségrégation au prix de multiples combats et le racisme retrouve parmi les blancs des adeptes violents.


Chap. XVIII : Vietnam, l'imposssible victoire 
L'histoire américaine avait déjà connu des exemples de désaffection des soldats : mutineries sporadiques pendant la Révolution américaine ; refus de se réengager au beau milieu de la guerre du Mexique ; désertion et objection de conscience pendant les deux guerres mondiales. Néanmoins, ce fut à l'occasion de la guerre du Vietnam que l'opposition des soldats et des vétérans atteignit un niveau jamais égalé auparavant. p. 556
La guerre du Vietnam (1964-1975) est l'une des guerres les plus médiatisées aux USA : non seulement par son ampleur mais également par la prise de conscience qu'elle a provoquée au sein même de la population américaine. Alors que l'on aurait pu penser que cette contestation venait des milieux sociaux les plus éduqués ou les plus favorisés, l'histoire montre qu'au contraire, les dissidents contre cette guerre étaient plutôt issus des milieux défavorisés. Les noirs, les étudiants et les femmes furent les plus engagés dans le mouvement pacifiste. En effet, la guerre du Vietnam n'était pas leur guerre et elle n'était pas justifiable. Les pertes matérielles et humaines de cette guerre insensée ont éveillé une révolte qui désormais "ne se limitait plus à la seule question du Vietnam". p.566


Chap. XIX : Surprises
Dostoïesvski ne disait-il pas que "le degré de civilisation d'une société pouvait se juger à l'état de ses prisons" ? Ce n'était que trop vrai, et les prisonniers américains le savaient mieux que quiconque. Plus vous étiez pauvres, plus vous aviez de chance de finir en prison. Non seulement parce que les pauvres commettaient plus de crimes que les riches - qui n'avaient pas besoin de se mettre hors la loi pour obtenir ce qu'ils désiraient -, mais aussi parce que, le plus souvent pas poursuivis. Et quand ils l'étaient, ils bénéficiaient d'une rapide mise en liberté sur parole, s'offraient les meileurs avocats et obtenaient des juges des peines plus légères. En fin de compte, le public des prisons se composaient essentiellement de détenus pauvres et noirs. p.581-582

Chap. XX : Années 1970 : tout va bien 

Chap. XXI : Carter-Reagan-Bush : le consensus bipartisan
Pour les 25 dernières années du XXe siècle, nous constatons la permanence de cette vision limitée dont parle Hofstadter - un capitalisme bénéficiant essentiellement aux grandes fortunes économiques, accompagné d'une immense pauvreté et d'un sentiment nationaliste favorable à la guerre et à ses préparatifs. Le pouvoir politique a beau basculer des républicains vers les démocrates et vice versa, aucun des deux partis ne semble en mesure de dépasser cet horizon. p.631
Le consensus bipartisan est clairement démontré dans ce chapitre : républicains et démoncrates agissent de concert pour préserver les privilèges des populations les plus aisées. Les politiques menées par les gouvernements Carter-Reagan-Bush oeuvrent en faveur de l'armement militaire au détriment de la politique sociale. Les inégalités entre les populations riches et pauvres se creusent. L'opinion publique perd confiance et malgré quelques mesures prises (le War Power Act qui imposait au président de consulter le Congrès avant toute action militaire a d'ailleurs été transgressé à plusieurs reprises), l'état fédéral alimente coûte que coûte son industrie militaire pour préserver son statut de première puissance mondiale. Le budget alloué à l'armement est faramineux et le gouvernement, défendant les intérêts économiques des plus grandes fortunes américaines et l'image d'une Amériquue économique puissante, n'hésite pas à armer des dictatures (Salvador) ou à passer à l'attaque sous des prétextes ambigus (1ere Guerre du Golfe en Irak ou la Lybie). Le captalisme américain s'essoufle et met en lumière l'ingérance politique.

Chap. XXII : La résistance ignorée

Chap. XXIII : La présidence de Clinton

Chap. XXIV : L'imminente révolution de la Garde

Post-scriptum sur les élections de 2000 et la "guerre contre le terrorisme"

  • Auteur : Howard Zinn
  • Titre : Une histoire populaire des Etats-Unis. De 1492 à nos jours
  • Titre original : A people's History for the Unites States. 1492 - Present
  • Traducteur : Frédéric Cotton
  • Editeur : Agone
  • Collection : Mémoires Sociales
  • Date de parution : 2002
  • Date de parution originale : 1980 (HarperCollins Publishers)
  • Nombre de pages : 811 p.
  • Graphisme : T-Bone
  • Photo : Bethlehem Corp
  • ISBN : 978-2-910846-79-4


Le festival de la couille et autres histoires vraies - Chuck Palahniuk

La lecture de nouvelles n’étant pas mon violon d’Ingres au départ, j’ai choisi la 4ème de couverture comme résumé du livre car c’était difficile de donner un aperçu de celui-ci sans tomber dans une bête énumération. Le peu qu’on puisse retenir de ce recueil est résumé dans la quatrième et je confirme : je ne sais pas ce qui m’a pris d’acheter ce livre. Non pas que le recueil soit complétement dénué d’intérêt. Juste que le titre retenu ne correspond pas du tout au titre donné à l’origine par l’auteur : alors que Palahniuk intitulait son recueil Stranger than fiction ("plus étrange que la fiction" en français), l’éditeur a retenu Festival de la couille, titre de la première nouvelle. Et c’est cela qui m’a dérangée : dans la rue, au restaurant ou dans le train, les gens étaient irrémediablement intrigués à la fois par la couverture et par le titre. Technique commerciale largement efficace puisque tout le monde m’a demandé de quoi parlait le livre. Donc, une entrée en matière plutôt contrariée avec l’auteur dont j’avais beaucoup entendu parler pour ses Fight Club, Choke ou autres Monstres invisibles.

En fait, j’aurais dû commencer avec un autre roman de Palahniuk mais peu importe. Pour en revenir au recueil, l’Amérique dépeinte par Palahniuk va effectivement à l’encontre des idées reçues que l’on peut avoir de l’Amérique puritaine. Mais rien de nouveau sous le soleil puisque Palahniuk est loin d’être le premier à traiter le sujet. Je pense en l’occurrence à tous les écrivains de la Beatnik generation ou encore à Bret Easton Ellis et bien d’autres encore. Ce que je retiendrai, comme le suggère très bien la 4ème de couverture, c’est surtout le côté exhibitioniste que j’ai détesté. Et le fait que Palahniuk l’ait traité sous forme de recueil d’histoires vraies, ne me fait ni chaud, ni froid. Oui, il a rencontré les personnes, oui, il a vu ce qu’il raconte, mais franchement j’ai trouvé très peu d’intérêt à lire ce livre. Surtout, que de la tendresse et de l’humour décapant dont parle la 4ème de couverture, je n’ai rien ressenti. Même cette subversion dont parle l’éditeur, m’a laissé de marbre. Il y a bien quelques anecdotes marquantes, mais je n’ai tout simplement pas compris le pourquoi de ce livre. Peut-être m’a t-il échappé? 

Dédicace : Pour Mick et Chick et Chimp 


4ème de couverture : "Une partouze géante au fin fond de l’ouest américain, un combat de moissoneuses-batteuses, une expédition en sous-marin nucléaire, la construction d’un château en béton, un face à face improbable avec Marilyn Manson, les promenades d’un escort boy avec un malade en phase terminale : autant d’évocation d’une Amérique déjantée dont Chuck Palahniuk s’est fait le chroniqueur.
Dans ce recueil d’histoires vraies où se mêlent subversion, tendresse, humour décapant et exhibitionisme, il démontre combien la réalité peut dépasser l’imaginaire et dévoile ainsi l’envers du décor de ses romans. Il nous fait découvrir une autre Amérique, dont les héros illuminés ne sont pas si éloignés de nous. On ne ressort pas indemne de ce voyage au bout du bizarre et du tragique. "

Titre : Le festival de la couille et autres histoires vraies
Auteur : Chuck Palahniuk
Édition : Denoël
Collection : Folio
Date de parution : Novembre 2009
Titre original : Stranger than fiction
Traducteur : Bernard Blanc
Nombre de pages : 360 p.
Couverture : Photo Plainpicture/Millenium (détail)