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Aubes trompeuses - Jean-Pierre Andrevon

Ce recueil réunit 9 nouvelles d'une des grandes figures de la SF francophone. Parmi elles dont 2 sont inédites, l'une a donné à juste titre son nom au recueil : Aubes trompeuses. Aussi troublants que vertigineux, les futurs proches imaginés par Jean-Pierre Andrevon fascinent ou dérangent par leur proximité avec nos univers actuels. Il s'agit de réalités tangibles mais imaginaires qui projettent le lecteur dans ses fantasmes les plus fous. Littérature d'anticipation s'il en est, ces quelques récits rappellent des scénarios catastrophes qui reflètent sans doute quelques craintes d'un avenir proche maussade et même morbide. Empruntant autant aux traditions du voyage imaginaire, à l'utopie ou au roman d'aventure, Jean-Pierre Andrevon ancre la plupart de ses récits dans des décors proches de notre univers quotidien tout en prenant toujours soin d'y introduire une dimension fictive déconcertante. Visionnaire ou pas, l'auteur fait preuve d'un esprit particulièrement imaginatif (notons au passage que les jolies couvertures de ses livres sont ses propres oeuvres). Publiées dans diverses revues (exceptées celles qui sont inédites), ces quelques scénarios cataclysmiques où la réalité se confond aux mondes vituels, ne manqueront pas d'intriguer, voire fasciner certains. Un recueil à découvrir pour ceux d'entre vous qui n'ont pas le vertige...

De Jean-Pierre Andrevon, je n'avais lu que les Soixante-six sinopsis... et autant d'histoires à écrire qui n'était pas la meilleure publication pour se frotter à son art (comme son titre l'indique, ce sont des trames de récits qu'il a décidé de partager pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans l'écriture). Grâce à Philippe Gindre de La Clef d'Argent (encore un grand merci à lui pour cette sympathique lecture), j'ai eu le plaisir de renouveler l'expérience qui ne m'a pas déçu. Parmi les nouvelles qui figurent à ce recueil, 3 ont particulièrement retenu mon intérêt : 'Nemesis', 'Boulot, boulot', 'Solidarité'. Fin du monde, calmars géants et greffes incroyables, ces 3 histoires m'ont particulièrement donné la chair de poule. A quand votre tour ?


Extraits
Mais la vie est la vie. Irrésistible, intolérante, totalitaire. La vie est un torrent, un raz de marée que nul ne pourrait arrêter, que nul ne voudrait arrêter. Car s'arrêter, c'est mourir. (p. 128, extrait de Les ailes ne poussent qu'une fois) 

Si vous souhaitez acheter ce recueil, vous le trouverez bien sûr aux Éditions de La Clef d'Argent.
  • Titre : Aubes trompeuses
  • Auteur : Jean-Pierre Andrevon
  • Éditeur : La Clef d'Argent
  • Collection : KholekTh - Contes et nouvelles étranges et fantastiques : un livre, un auteur
  • Date de parution : Août 2014
  • Nombre de pages : 144 p.
  • ISBN : 978-10-90662-21-6
  • Couverture : Illustration de Jean-Pierre Andrevon
  • Conception et mise en page : Philippe Gindre

Le chat noir (Edgar Poe) - Horacio Lalia

C'est à l'occasion du 150e anniversaire de la disparition d'Edgar Allan Poe (1999) qu'Horacio Lalia choisit d'adapter graphiquement ses textes les plus célèbres. Le chat noir, Le coeur révélateur, La barrique d'Amontillado, Manuscrit trouvé dans une bouteille, L'enterrement prématuré, Le portrait ovale, La vérité sur le cas de Monsieur Valdemar, Hop Frog, toutes ces nouvelles qui ont tant plu à Charles Baudelaire prennent forme ici avec noirceur et génie. Le coup de crayon du dessinateur argentin sublime l'univers inquiétant d'Edgar Poe : le découpage des planches, les plans, les ambiances gothiques mais surtout l'expressivité des visages exercent une fascination qui rend hommage au maître du fantastique américain. Cet extrait du Chat noir : "Je crois que la perversité est une des premières facultés qui orientent le caractère de l'homme. Qui ne s'est pas surpris commettant une action pour la seule raison qu'il savait devoir ne pas la commettre ?" (p.11) qui résume bien l'esprit des contes fantastiques de Poe, trouve dans l'interprétation d'Horacio Lalia un vibrant écho. L'hypnotique et effroyable oeil crevé du chat noir de la couverture qui hante l'esprit dès le premier regard, prouve que Poe pouvait difficilement trouver meilleur graphiste pour célébrer les 150 ans de sa mort. Un superbe cadeau d'anniversaire pour Poe me semble t-il...


La plupart des nouvelles dessinées par Horacio Lalia figure parmi les titres les plus prisés de Poe. Parmi eux, citons l'indétrônable Chat noir, Le coeur révélateur, L'enterrement prématuré ou Le portrait ovale. Nul n'est besoin de revenir sur leur contenu. Ma préférée, si je devais n'en retenir qu'une, serait L'enterrement prématuré qui aborde brillamment le thème de l'angoisse de la mort. Toutes les histoires sélectionnées sont cependant remarquables. La sélection de Lalia qui se rapproche du recueil proposé par les éditions Les mille et une nuit sous le tire du "Démon de la perversité et autres contes", propose de beaux échantillons du talent de conteur de Poe. Elle m'a également permis de découvrir la fin du Coeur révélateur dont la dernière page manquait à l'exemplaire que j'ai lu. Horacio Lalia s'est aussi lancé dans l'interprétation de oeuvres de Lovecraft sous forme de trilogie : Le grimoire maudit, Le manuscrit oublié et La couleur tombée du ciel également éditée par Albin Michel. Après cette séduisante prise de contact avec le dessinateur argentin, je ne peux pas passer à côté de cette trilogie qui semble être une belle promesse. L'avez-vous lue ? Qu'en pensez-vous ?

Sinon, dans la lignée de cette adaptation, notez l'incroyable travail d'Alberto Breccia qui comme Horacio Lalia a jeté son dévolu sur les contes d'Edgar Poe et les nouvelles de Lovecraft.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette bande-dessinée sur Amazon via le lien suivant : Le chat noir.  
  • Titre : Le chat noir
  • Auteur : Edgar Poe
  • Dessins : Horacio Lalia
  • Éditeur : Albin Michel
  • Traducteur : Jean-Michel Boschet
  • Date de parution : Octobre 1999
  • Nombre de pages : 90 p.
  • ISBN : 2-226-10997-8
  • Crédits photographiques : © Horacio Lalia


Hirondelle ou martinet - Serge Cazenave-Sarkis

"A tous ceux qui m'ont inspiré ces dix-sept histoires et que je ne souhaite plus rencontrer." A lire cette dédicace piquante de Serge Cazenave-Sarkis, on devine d'emblée le ton que prendra ce recueil au goût acide : il y est question de mort, de suicide, de vengeance, de folie... Histoires improbables aux accents absurdes ou comico-tragiques, les nouvelles présentées dans Hirondelle ou martinet trahissent certaines de nos pensées inavouables. De petites mesquineries en frustrations contenues, de colères avortées en secrets de Polichinelle, les personnages de Serge Cazenave ont tous quelques velléités à assouvir ou quelques ironies du sort à subir. Qu'ils soient parents, amants ou voisins, les liens tissés entre les héros de ces quelques récits constituent autant de pièges insidieux que de situations cocasses : du frère félon à la grand-mère putain ou du mari assassin à l'aïeule vicieuse, on navigue de surprises en effarements. Le style est simple. Le format très court des nouvelles percute. Pas de bavardages ni fioritures, Serge Cazenave est concis : en quelques pages à peine pour chaque nouvelle (excepté pour Le Gonze, une nouvelle plus longue), il entraîne rapidement son lecteur en eaux troubles avant de le livrer à des dénouements souvent inattendus. C'est aussi agréable que déstabilisant. Personnellement, Masque brisé, Temps mort, Désordre et Des dents, des dents ! m'ont particulièrement marqué. Un chouette recueil en somme qui gagne à être lu autant pour son originalité que pour son anticonformisme !

Ce recueil est paru en 2013 aux éditions de l'Abat-jour, une petite maison sympa dont la vocation est de faire connaître de nouveaux auteurs aux talents prometteurs. Vous noterez que l'ouvrage est disponible à l'achat au format papier ou électronique sur le site de l'éditeur. Un entretien de l'auteur avec Marianne Desroziers (Le Pandémonium littéraire) est également en ligne sur le site de l'Abat-jour dont j'avais déjà lu le premier roman paru : Tuer le temps de Nimzovitch.

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Table des matières

- Madame Jacquet
- Montclair
- Hirondelle ou martinet ?
- Les courses
- Caresses
- Masque brisé
- Sans répit
- J'avais...
- Le Gonze
- Pour planter un mort
- Une lettre
- Le pignon désaccordé
- Hors de question
- Temps mort
- Le pyjama
- Désordre
- Des dents, des dents !

  • Titre : Hirondelle ou martinet
  • Auteur : Serge Cazenave-Sarkis
  • Éditeur : L'Abat-Jour
  • Date de parution : Juillet 2013
  • Nombre de pages : 123 p.
  • ISBN : 979-10-90106-09-3

Rouge Alice - Sylvie Huguet

Toutes les nouvelles de ce recueil abordent la relation de l'homme à l'animal et l'homme à la nature. Ce rapport profond qui constitue notre humanité et que nous refoulons inconsciemment, est magnifié dans les histoires de Sylvie Huguet. Le loup, animal récurrent des histoires imaginées par l'auteure, apparait dans toute sa splendeur sauvage. Ce que dénonce l'auteure avec ironie, c'est que la nature est parfois cruelle mais elle n'est pas vicieuse contrairement à l'homme. La dimension fantastique de certains des récits réunis dans Rouge Alice, ne manque pas de surprendre le lecteur crédule : malgré une première de couverture qui évoque inévitablement une oeuvre de littérature jeunesse, le contenu du recueil prend à contre-pied toute idée préconçue. La violence, la cruauté et l'injustice rapportées dans ces quelques nouvelles accusent un déplorable irrespect de l'homme pour tout ce qui constitue sa nature profonde, son animalité. Il y a dans l'univers de Sylvie Huguet quelque chose qui relève du rêve de petite fille : l'auteure aspire à un monde idéal où l'homme et la nature vivraient en parfaite communion. Un monde où les loups ne seraient pas menacés par les éleveurs en colère, un monde où les renards ne seraient pas de simples fourrures, un monde où les chasseurs n'auraient pas leur place... Enfin, un monde où les hommes comprendraient que respecter la nature, c'est aussi se respecter...

Publiés dans diverses revues, ces quelques nouvelles de Sylvie Huguet trouvent grâce à ce recueil proposé aux éditions de La Clef d'Argent (paru ce dernier mois d'octobre), l'occasion d'être réunies. De cette sélection, nous retiendrons notamment l'histoire du Renard bleu ou celle de Soeur louve, deux textes où le thème de la vengeance me parait particulièrement bien traité. Rouge Alice est le nom de la première nouvelle du recueil.

Si vous souhaitez découvrir ce titre, notez qu'il est disponible sur Amazon via le lien suivant : Rouge Alice.
Table des matières
  • Rouge Alice
  • Le renard bleu
  • Le dossier Mordret
  • La sève de Noël
  • Soeur Louve
  • Éveil
  • Clair d'étoiles
  • Titre : Rouge Alice
  • Auteur : Sylvie Huguet
  • Collection : Kholekth
  • Éditeur : La Clef d’Argent
  • Date de parution : Octobre 2013
  • Nombre de pages : 103 p.
  • Couverture illustrée : Emmanuelle Hüe
  • ISBN : 979-10-90662-17-9

Les fous dans la littérature - Anatole France

Nous connaissons tous Anatole France, du moins de nom. Pourtant s'il est une chose que nous ne savions pas forcément, c'est qu'il était l'un des écrivains français préféré de Sigmund Freud. Les fous dans la littérature nous dit le préfacier Georges Londeix, est un ouvrage placé "sous le thème de la plongée dans l'inconscient". Il s'agit de dix récits publiés entre 1886 et 1905 dans lesquels l'auteur "croque des savants férus d'ésotérisme, des simples d'esprit fous de livres ou fous de Dieu". Mâtinés de fantastique et peuplés de personnages étranges, les quelques contes rassemblés dans ce petit recueil donnent au célèbre prix Nobel de 1921 l'occasion de prouver qu'il est un digne "explorateur des sombres forêts de la psyché, dans une écriture toujours célébrée pour sa clarté et son intelligibilité."  Il y a en effet dans ces textes quelque chose de curieux. La folie racontée par Anatole France prend des airs étranges et ses textes laissent une drôle d'impression : ni particulèrement marquants, ni particulièrement habités, les fous d'Anatole France incarnent une fiction naturaliste mise à mal à l'époque par les surréalistes et ses contes qu'on qualifierait aujourd'hui de nouvelles ont fait leur temps. L'auteur a pourtant trouvé son public parmi les psychanalystes dont Ferenczi dira "il est consolant pour nous, psychanalystes de compter parmi les nôtres Anatole France."

C'est vrai, les histoires proposées par Anatole France réunissent les éléments affectionnés par le psychanalystes. Je n'y ai pourtant pas trouvé ce grain de folie que je recherchais. De la folie dont il est question, je n'en ai pas gardé trace. De la clarté de l'écriture vantée par le préfacier, je n'en ai pas retenu grand chose. Il y a bien un ou deux récits qui ont retenu mon attention (Manuscrit d'un médecin de campagne, L'oeuf rouge ou Les fous dans la littérature) mais je n'ai pas accroché au style tant honni par les Surréalistes. Peut-être aurais-je plus de chance avec L'île aux pingouins du même auteur ?

Le Manuscrit d'un médecin de campage et Les fous dans la littérature sont accessibles en texte intégral sur la Revue des ressources qui consacre d'ailleurs un excellent dossier sur la folie étudiée sous l'angle littéraire.

Enfin, si vous souhaitez vous procurer ce titre, notez qu'il est disponible sur Amazon via le lien suivant : Les fous dans la littérature.

  • Titre : Les fous dans la littérature
  • Auteur : Anatole France
  • Préfacier : Georges Londeix
  • Éditeur : Le Castor Astral
  • Date de parution : Janvier 1993
  • Nombre de pages : 138 p.
  • Illustration de couverture : Dessin de De La Barre (1897)
  • ISBN : 2-85920-212-9

Murmure de soupirail - Patrice Dupuis

Lorsqu'on essaie de se représenter un Murmure de soupirail, on imagine une faible lamentation venue d'un endroit inaccessible, sombre et froid. Tous soumis à cet imaginaire lié à la détresse, à la solitude ou à l'enfermement, les héros de ces quelques nouvelles, s'enferment dans un mutisme inexpliqué ou inexplicable. Les thèmes identifiés par l'éditeur dans la 4e de couverture, à savoir "déracinement, enfermement, création, exil (intérieur ou extérieur)", sont mis en scène dans des histoires faisant référence à l'art, au temps ou à la mémoire. Les destins tissés par Patrice Dupuis sont tristes, inattendus ou tragiques. Tel un "Murmure de soupirail", l'histoire des personnages de ce recueil accouchée dans l'indifférence, apparait comme une plainte presque muette à laquelle aucun confident ne vient prêter l'oreille. Rendant hommage à Primo Levi (cf. la dédicace de l'auteur) et à Stefan Zweig (cf. Mémoire d'une page blanche), Patrice Dupuis donne la vedette à des héros qui recèlent bien de secrets confiés à demi-mots...

Pas tape à l'oeil pour un brin, ce recueil paru ce mois-ci aux éditions de La Clef d'Argent, est à l'image de ses personnages, discret. Sa couverture sobrement illustrée par l'auteur n'attire pas l'attention. L'accroche est simple et lorsque l'on se plonge dans ses premières pages, on se demande bien où va nous mener l'auteur. On croirait même lire d'anodines nouvelles et c'est au moment où l'on s'y attend le moins, que s'opère brusquement un basculement du récit vers l'impensable. Même si l'on pressent des événements inattendus, l'effet de surprise reste total. On retiendra en particulier Bleu falaise, récit pour le moins déconcertant qui rappelle la bêtise grégaire abordée dans Le bacille d'Arnoud Galopin ou l'étude sur la psychologie des foules brillamment étudiée dans Le village des cannibales d'Alain Corbin. Quant à Mémoire d'une page blanche, elle fait clairement référence à Stefan Zweig à travers l'histoire de Ludwig Meisterlin. On découvrira le mensonge de Pierre sur la schizophrénie du temps dans La montre d'Héloïse ou la souffrance d'un homme atteint de locked-in-syndrome dans Le sarcophage. Si on a parfois l'impression que ces nouvelles ne sont pas toutes écrites par la même plume et que le recueil manque par conséquent d'unité, il n'en reste pas moins appréciable. Voilà donc un recueil qui semble au premier abord banal mais qui saura étonner les lecteurs de tout poil...

Le livre est disponible sur le site de l'éditeur à l'adresse suivante : http://clefargent.free.fr/mds.php. Vous avez par ailleurs la possibilité de vous le procurer sur Amazon via le lien suivant : Murmure de soupirail.

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Table des matières
  • Le papillon de papier (Prologue)
  • Bleu falaise
  • La montre d'Héloïse
  • Mémoire d'une page blanche
  • Le sarcophage (Épilogue)
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Le papillon de papier

A propos de la création artistique et de la perfection : nouvelle inspirée d'un conte chinois.

On devrait crever les yeux des peintres comme l'on fait aux chardonnets pour qu'ils chantent mieux. Pablo Picasso

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Bleu falaise
Guillermo, ancien prisonnier de guerre refait sa vie avec Marie dans un village situé à flanc de falaise. Peintre de son état, il découvre un beau matin que les couleurs ont disparu. Seuls Marie et lui peuvent les voir. Tout bascule dans l'absurde lorsqu'ils sont accusés par la boulangère du village de commercer avec le diable.

L'art ne reproduit pas le visible; il rend visible. Paul Klee

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La montre d'Héloïse
Ou le grand horloger du temps universel.
Horloge, Dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi" (...)
Souviens-toi que le temps est un jouer avide
Qui gagne sans tricher, à tous coups ! c'est la loi (...)

Charles Baudelaire

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Mémoire d'une page
Ou l'histoire d'un juif errant : entre histoire et mémoire

Le poésie après Auschwitz est-elle possible ?
Theodor Adorno

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Le sarcophage
Ou l'histoire d'un homme atteint de locked-in-syndrome

Il faut que le lecteur croie à une véritable maladie (...), à une maladie qui touche à l'essence de l'être et à ses possibilités centrales d'expression (...), une véritable paralysie. Une maladie qui vous enlève la parole, le souvenir, qui vous déracine la pensée.
Antonin Artaud

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Dédicce de l'auteur
A la mémoire de Primo Levi.
A mon fils, pour qu'il se souvienne

  • Titre : Murmure de soupirail
  • Auteur : Patrice Dupuis
  • Éditeur : La Clef d'Argent
  • Collection : Kholekth
  • Date de parution : Septembre 2013
  • Nombre de pages : 118 p.
  • Illustration : Patrice Dupuis
  • ISBN : 979-10-90662-16-2

Le doloromètre universel - Philippe Gontier

On en conviendra tous, la couverture du Dolomètre universel accroche inévitablement le regard. Mais que se cache-t-il derrière cette vision de torture ? Et qu'est-ce donc qu'un dolomètre ? Telles sont les premières questions qui nous viennent en tête à la vue de ce livre. Il est d'ailleurs bien difficile de deviner de quoi il s'agit, si l'on ne s'attache pas au nom de l'auteur dijonnais alias Philippe Gontier, co-fondateur de l'association Les aventuriers de l'art perdu. Cet ouvrage tout récemment paru aux éditions de La Clef d'Argent (août 2013) est un recueil de contes blêmes et maladifs pour reprendre le sous-titre du recueil. Il y est question de savant fou, d'aliénation, de psychopathie, de phobie bizarre ou encore d'électromagnétisme. Le tout est mis en scène dans des textes assez courts mais drôlement efficaces. Les 7 nouvelles proposées commencent toutes ainsi dans des cadres réalistes pour glisser soudainement dans des dimensions où le fantastique le dispute dangeureusement au surnaturel...

Le dolomètre universel est le titre d'une des nouvelles du recueil. C'est le texte que j'ai préféré mais les autres n'ont rien à lui envier : chacun d'eux est habité d'une espèce d'étrangeté à la fois angoissante et maladive qui retient l'attention. Les recueils proposent rarement des textes d'égale qualité. J'ai pourtant trouvé celui-ci cohérent et ce, malgré que les textes aient été produits à différentes périodes. Pour le dire autrement, toutes les nouvelles du recueil sont parfaitement abouties. Certaines ont été publiées dans le Codex Atlanticus (Anthologie permanente du fantastique de La Clef d'Argent) ou encore dans Le Boudoir des Gorgones (revue de littérature étrange et fantastique). Ce nouveau titre de la collection KholekTh est donc à mon sens une réussite autant pour son style limpide et percutant que pour ses intrigues. Alors, à tous les amateurs : ruez-vous sur ce livre !

Pour vous procurer le recueil, vous pouvez le commander sur le site de l'éditeur ou sur Amazon sur le lien suivant : Le doloromètre universel  

Dédicace de l'auteur
A la mémoire de mon père, à ma famille

  • Titre : Le doloromètre universel et autres contes blêmes et maladifs
  • Auteur : Philippe Gontier
  • Éditeur : La Clef d'Argent
  • Collection : KholekTh
  • Date de parution : Août 2013
  • Nombre de pages : 88 p.
  • Couverture : Photomontage de l'auteur d'après une photographie de Guillaume Duchenne de Boulogne
  • Illsutrations intérieures : Philippe Gontier
  • ISBN : 979-10-90662-15-5

Satanachias - Christophe Lartas

Ce beau recueil se compose de quatre nouvelles toutes aussi sombres les unes que les autres : Christophe Lartas, auteur indéniablement marqué par l'influence de Lovecraft (mais pas seulement), y décrit avec pessimisme des univers imaginaires où la beauté de la nature a fait place à des mondes ravagés par la calamité de la bêtise humaine. Dans Satanachias, Untel part à la recherche du Diable et trouve le Dieu maudit qui a fait le malheur des hommes ("Ainsi c'est toi qui as créé cette saleté d'Univers ! cette saleté d'espèce humaine ! Toi qui as créé la vie et la mort - et l'immonde toute-puissance de la souffrance et du mal" p.24). Cycle raconte quant à elle l'ignominie du monde. Celle où "Le monde n'était plus du tout tel que nous l'avions connu - et hélas tant aimé ! Le monde n'était plus qu'une ignoble marée montante d'irrationalité malsaine et malveillante nous submergeant de ses vagues de délire tout droit surgies de l'infecte nuit des temps et de nos cauchemars les plus hideux." (p.33). Quant à Marssygnac, il s'agit d'une quête étrange qui finit en queue de poisson. Enfin, Mégalopole est la nouvelle de ce recueil que je préfère. Elle dénonce l'absurdité d'une société superficielle qui ne jure que par ces nouveaux divertissements plus abérrants les uns que les autres (absurdes reality-show, partouzes publiques, course stupéfiante et alcoolique à la défonce...). Dans l'ensemble, le style est noir, très noir. Les mots cinglants. Les descriptions ultra-violentes et les chutes ultra-brutales. Mais je n'en dirai pas plus excepté que l'écriture de Christophe Lartas fait honneur à la poésie : si le chaos et l'horreur sont omniprésents dans ces textes, c'est toujours dans une langue imagée et soutenue (et donc très appréciable) que l'auteur nous entraîne dans ses fictions empoisonnées. Je vous laisse donc le soin de découvrir la plume de ce "poète à l'âme ombrombée par la ténèbre, philosopheur noir, chroniqueur de la Nocturne et hagiographe du Néant." (description des auteurs de la collection NoKhThys par l'éditeur)...

Avec son titre Saturne, Christophe Lartas m'avait déjà emmené très loin. Si j'avais déjà deviné cette profonde noiceur qui est sa marque de fabrique, je n'avais pas ressenti ce que m'ont provoqué ces quelques textes. Autant Saturne m'avait un peu refroidi par son quasi-nihilisme. Autant, Satanachias me surprend à adhérer au pessimisme de l'auteur. Aussi déconcertant que ténébreux, Satanachias saura secouer les esprits les plus insouciants...

Pour ne pas bouder son plaisir, on notera également la très chouette illustration de couverture de Fernando Goncalvès-Félix dont j'apprécie particulièrement le coup de crayon...

Si enfin, je vous ai donné envie de vous procurer ce livre, sachez qu'il est disponible sur Amazon à l'adresse suivante : Satanachias et Autres Contes.

  • Titre : Satanachias et autres contes
  • Auteur : Christophe Lartas
  • Éditions : La Clef d'Argent
  • Collection : NoKhThys
  • Date de parution : Mai 2010
  • Nombre de pages : 91 p.
  • Illustration de couverture : Fernando Goncalvès-Félix
  • ISBN : 978-2-908254-80-8


Crop circles et autres nouvelles - Jonas Lenn

Crop circles est recueil de nouvelles aux accents poétiques frisant presque le mélancolique. Pour reprendre les mots bien placés de Jean-Pierre Andrevon dans sa préface, ces nouvelles ressemblent à "une petite musique accrocheuse sans être entêtante, guillerette sans être superficielle. Toute comparaison valant ce qu'elle vaut, disons une ballade irlandaise." (p.7). C'est vrai que les univers de Jonas Lenn fortement ancrés au réel, nous emmènent sans crier gare vers des dimensions étranges où la campagne laisse place au monde virtuel, où le temps est réversible, où tout ce qui fait notre réalité peut basculer d'un instant à l'autre vers l'intangible. Mais le tout est servi avec bienveillance malgré l'espèce d'inquiétude qui se dégage des textes. Comme si le lecteur était invité à une séance de méditation contemplative, Jonas Lenn s'improvise guide spirituel dans le labyrinthe de ses douces rêveries. On y découvre notamment des cercles de culture extra-terrestres ou bien de futurs voyageurs sur Mars. Le temps et la mort y sont abolis par la transduction et le transcodage bio-informatique. Entre passé, présent et futur proche, les récits inattendus de Jonas Lenn transportent en quelque sorte le lecteur vers des songes éveillés où la frontière entre réalité et fiction est bien poreuse...

A la question de savoir si on peut considérer le style original de l'auteur comme de la science-fiction, je n'ai pas de réponse ferme : entre ciel et terre, passé et futur, vie et mort, monde réel et monde virtuel, les textes de l'auteur sortent tellement des sentiers battus qu'il m'est bien difficile d'être catégorique. Si l'on considère que ces textes ont tous été publiés dans des revues ou des anthologies de science-fiction (cf. plus bas), on sera forcé de reconnaître que Jonas Lenn fait bien partie des représentants français du genre. Jean-Pierre Andrevon en juge de même. Peu importe, Crop circles est un recueil aussi déroutant qu'agréable à lire... J'ai pour ma part particulièrement apprécié les nouvelles Crop circles et La ferme enchantée et je n'aurais qu'une recommandation à vous faire, lisez ce recueil si vous êtes curieux de découvrir cet auteur déconcertant...

Ces textes ont été publiés entre 2000 et 2007 dans diverses revues ou anthologies (Galaxies, Icare, Lunatique, Forces obscures, Moissons futures, Hyperfuturs). Ils sont ici réunis par les éditions de La Clef d'Argent.

Si vous voulez découvrir ce livre, il est disponible sur Amazon via le lien suivant : Crop Circles et Autres Nouvelles.

Table 
Un écrivain dans le pré, Jean-Pierre Andrevon
Une porte sur l'hiver
Crop circles
Au jardin de mon père
D'une vie l'autre
La ferme enchantée
Adieu à Genêts
 

  • Titre : Crop circles et autres nouvelles
  • Auteur : Jonas Lenn
  • Éditions : La Clef d'Argent
  • Collection : KholekTh
  • Préface : Jean-Pierre Andrevon
  • Date de parution : Mai 2013
  • Nombre de pages : 161 p.
  • Couverture : Illustration de Victor Habbick
  • ISBN : 979-10-90662-14-8


Soixante-six synopsis... et autant d'histoires à écrire - Jean-Pierre Andrevon

Jean-Pierre Andrevon décrit le synopsis comme étant "l'ébauche d'une histoire à venir (...) ; car le synopsis est parcellaire, capricieux, sibyllin, malin, insaisissable. Ce n'est que le rêve d'un rêve." Ce recueil est ainsi le résultat de 40 années de "pré-scénarios" jetés sur le papier au gré de ses humeurs et intérêts, puis sélectionnés et développés en général sur deux pages. Si parmi les centaines qu'il a en stock, il a décidé d'en publier 66, c'est explique t-il dans ses Éclaircissements nécessaires, pour la "beauté de l'assonance" et, nous lui accorderons que l'effet est plutôt réussi. Maintenant que la question du titre du recueil est résolue, voyons donc de quoi retournent ces mini-récits. Comme nous le confie encore l'auteur, "J'écris avec, comme garde-fou, un synopsis préalable né, lui, au hasard, c'est vrai : suite à un rêve vivace, à une actualité cocasse ou tragique, en tout cas singulière, une conversation, parfois un passage, une séquence d'un livre ou d'un film que j'ai envie de revisiter à ma manière." (p.8). Voilà donc pour ce qui relève des contenus. Pour en venir à la forme, on remarquera que le format des textes est très court. Si court d'ailleurs qu'il est parfois difficile d'en retenir quelque chose.

Dessins extrait d'Au pied de la lettre
Mais les sources d'inspiration sont variées et il y a en effet largement matière à alimenter de beaux récits : thriller, uchronies, ghost-stories, horreur/épouvante, cyber-punk, space-opéra... Soixante-six synopsis constitue une riche source de trames pour les écrivains en herbe ou même les auteurs confirmés en manque d'inspiration. L'auteur intègre même dans ses textes quelques pistes d'écriture et des mises en scène qui, à la manière des didascalies en théâtre, apportent un regard presque cinématographique aux scènes décrites. Il est d'ailleurs fort intéressant de voir le processus d'écriture de l'auteur : grâce à ses commentaires, nous pouvons imaginer et recomposer son travail de création. Et au final, c'est surtout ce processus qui retenu mon attention. Nous le savons, chaque auteur développe au fil de ses écrits diverses techniques d'écriture et c'est justement cela que j'ai entr'aperçu entre les lignes de chaque synopsis. Car ce ne sont pas les contenus que j'ai retenu dans le cas présent mais bien la démarche de l'auteur. Dans sa grande générosité, Jean-Pierre Andrevon va même jusqu'à autoriser l'exploitation de ses synopsis pour de nouvelles créations littéraires : "si l'un d'entre vous qui allez me lire, écrivant ou écrivain, trouve dans ces quelques récits en gésine de quoi alimenter un texte, ne vous gênez surtout pas ! Les idées sont à tout le monde, en priorité à qui les exploite; et nulle taloche publique, nulle exploitation judiciaire ne viendrait souligner ce forfait, je peux vous l'assurer..." (p.12).

Grenoble inondée - J-P Andrevon
Ceci dit, je me permettrai tout de même quelques réserves : une des choses qui me chagrine un peu, c'est que ce recueil n'aurait d'après moi, jamais vu le jour s'il n'était signé par Jean-Pierre Andrevon (et ce, même si on doit reconnaître que ce dernier a une imagination particulièrement fertile et des rêves d'une rare acuité). Je suis sûr qu'il existe des centaines (peut-être même plus) d'auteurs dont les esquisses de scénarios mériteraient d'être connus et je regrette pour eux que ce privilège de les partager à des fins de réécriture soit uniquement réservé à des plumes reconnues. Ensuite, si j'ai trouvé l'entreprise de transmission très louable, j'ajouterai que les thèmes abordés par les synospsis ont largement déjà exploités : j'ai par exemple retrouvé les univers de Takeshi Kitano, Stephen King, Jee-woon Kim, Suzanne Collins, Philip K. Dick, Dan Simmons, Richard Matheson, Herbert George Wells, Arnould Galopin... et bien d'autres encore. Bien sûr, cela n'a pas grande importance car si cela peut donner lieu à de nouvelles créations, tant mieux... Concernant enfin la question de réutilisation des synopsis, l'auteur avoue qu'il a bien l'intention de mener au bout certains projets qui s'en sont inspirés. Au delà de cet aspect, il me semble que son pari sera gagné si vous, écrivains en herbe ou auteurs confirmés qui êtes en rade d'idées, vous en inspirez pour produire quelques belles oeuvres... Donc, à vos plumes !

Pour ceux qui le souhaitent, je vous invite à écouter ces quelques extraits de Quelques pas vers l'enfer lus par lui-même. Ces extraits audios sont proposés par Livrior, un site de livres audios en ligne.

Les illustrations du billet sont des créations de Jean-Pierre Andrevon. Question : saurez-vous reconnaître l'expression populaire illustrée extraite de l'ouvrage Au pied de la lettre ? (je n'ai pas trouvé).

Enfin, on remarquera encore une fois, le travail soigné et passionné de l'équipe de La Clef d'Argent.

Pour vous procurer le livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Soixante-six synopsis

  • Titre : Soixante-six synopsis... et autant d'histoires à écrire
  • Auteur : Jean-Pierre Andrevon
  • Éditions : La Clef d'Argent
  • Collection : KholekTh. Contes et nouvelles étranges et fantastiques. Un livre, un auteur
  • Date de parution : Mai 2013
  • Nombre de pages : 280 p.
  • Illustration de couverture : Jean-Pierre Andrevon
  • Conception et mise en page : Philippe Gindre
  • Relecture : Nicolas Soffray
  • ISBN : 979-10-90662-13-1

Le chien - Howard Philipps Lovecraft

Comme l'explique François Bon : "J’ai voulu traduire ce texte, The hound, 1922, parce qu’il évoque délibérément Baudelaire et Huysmans, posant donc le récit archétype de la profanation de tombes et des légendes associées comme enjeu de la langue et de ses symboles. Sa brièveté, 15 pages, fait alors tout reposer sur les motifs récurrents, les expressions cycliques, la tension même de chaque phrase. La proximité à Poe est placée d’emblée comme enjeu d’une poétique. Reste la folie, le rire, la mort – et pour Lovecraft l’Américain, une fois de plus la plongée vers la vieille Europe pour établir le saut fantastique." Pour la première fois, grâce au travail de traduction de François Bon, il est donné aux lecteurs francophones de profiter de ce fabuleux texte de Lovecraft. De la folie et de la mort évoquée par le traducteur, il en est bien entendu question dans The hound. Le narrateur et son ami St John s'adonnent par ennui aux jeux des décadents : profanation de tombes, cache-cache avec les esprits, collecte de reliques macabres... tous les prétextes sont bons pour braver les interdits. Jusqu'à cette fameuse expédition blasphématoire dans un certain cimetière de Hollande où ils récupèrent une maléfique amulette de jade. De retour en Angleterre, d'étranges événements se produisent parmi lesquels des aboiements démoniaques qui retentissent dans le manoir des deux profanateurs...

En ligne sur Le Tiers Livre Magazine, Le chien, traduit pour la première fois en français par François Bon, est parfaitement représentatif de l'univers lovecraftien : l'ambiance inquiétante et les événements cauchemardesques évoquent inévitablement l'empreinte littéraire de l'auteur américain. Comme pour nombre de ses nouvelles, Lovecraft insinue l'existence du Necronomicon d'Alhazred en y faisant référence dans le Chien. Cette nouvelle, digne de la meilleure prose lovecraftienne, rend certainement hommage à Baudelaire ou Huysmans, mais plus que ça, elle a permis à François Bon de "retraduire Lovecraft comme le grand poème qu'il est." Nul doute donc que cette traduction comblera les lacunes des amateurs francophones de l'oeuvre de Lovecraft et qu'elle séduira en général tous les adeptes du genre.

Un grand merci à François Bon pour son travail de traduction. A noter que d'autres traductions de Lovecraft et d'autres sources relatives à l'oeuvre de l'auteur sont disponibles sur le Tiers Livre Magazine. Pour aller plus loin, noter également parmi les nombreuses références, le film The Hound inspiré de la nouvelle ainsi que la bande-dessinée de Peter Sallai dont j'ai utilisé la couverture pour illustrer le présent billet.

  • Titre : Le chien
  • Titre original : The Hound
  • Auteur : Howard Philipps Lovecraft
  • Traducteur : François Bon
  • Éditeur : Le Tiers Livre Magazine
  • Date de parution originale : 1922
  • Date de traduction en français : Mai 2013

Les morts bizarres - Jean Richepin


Pour reprendre la présentation de l'éditeur, "ces histoires courtes dénouent les destins exceptionnels de malheureux et de misérables poursuivis par une fatalité pleine de malice et d'horreurs : elles trouvent leur conclusion dans une mort aussi inexorable qu'inattendue." Paru en 1877, ce recueil de nouvelles est absolument jubilatoire. Jean Richepin notamment rendu célèbre par sa Chanson des gueux, est un conteur sans pareille et un prodigieux farceur. Proche de Léon Bloy et d'Auguste de Villiers de l'Isle d'Adam, le poète insolent selon les mots de François Rivière, après avoir porté son poème à la postérité, "change ses caresses en gifles, qui raviraient les plus exigeants fabricants de films d'horreur de notre époque, et produit coup sur coup trois admirables recueils intitulés : Les morts bizarres, Le coin des fous et Cauchemars " (p.10). Il s'agit assurément d'un humour noir, très noir car " c'est sur les premières notes d'une sorte de requiem halluciné et amusé que Richepin conclut chacun de ces récits qui vous feront longuement frissonner. " p.11. Extrait de la préface.

Il m'est difficile de trouver les mots justes pour décrire ce recueil mieux que François Rivière ne l'a déjà fait. La lecture des Morts bizarres m'a certainement rappelé celle du Livre de la mort d'Édouard Ganche (que j'avais beaucoup apprécié soit dit en passant) mais les deux livres n'ont décidemment aucun rapport : si tous deux proposent des nouvelles traitant de la mort, il y a chez Richepin ce je ne sais quoi d'impunément audacieux et ironique. Alors que les nouvelles de l'angoissé Édouard Ganche tirent vers le fantastique, celles du coquin Richepin se distinguent par leur épouvantable réalisme. Comme tout ce qui fait peur attire, les contes de Richepin sont affreusement captivants : ses personnages et ses histoires ont ceci de terrible que malgré l'horreur qui s'en dégage, on ne peut lâcher le livre. Il y a toujours dans les recueils des textes que l'on trouve plus ou moins bons mais j'ai aimé tous les textes des Morts bizarres sans exception tant ils sont tous " grandiosement possédés ". J'avais découvert l'auteur grâce aux Soeurs moches parues dans le premier numéro de la revue Amer. Revue finissante#1 (aux éditions Les Âmes d'Atala) et c'est naturellement que je me suis intéressée à la bibliographie du poète insolent. Ses textes sont aujourd'hui exhumés de l'oubli par de petits éditeurs passionnés dont  : les Éditions de L'Arbre Vengeur pour Les morts bizarres, les éditions du Vampire actif pour Truandailles et les Éditions le Chat rouge, pour Le coin des fous. Si donc vous ne savez pas quoi lire en ce moment ou si vous souhaitez tout simplement découvrir Jean Richepin, foncez sans hésiter !

Pour vous procurer le livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Les morts bizarres

Table
Préface
Juin, juillet, août
L'assassin nu
Un empereur
La paille humide des cachots
Un lâche
Le disséqué
Le chef d'oeuvre du crime
Le chassepot du petit Jésus
Bonjour, Monsieur !
La machine à métaphysique
Deshoulières
Constant Guignard

Notes sur l'établissement des textes

La version originale des Morts bizarres comporte deux nouvelles supplémentaires, La Uhlane et Une histoire de l'autre monde, que nous pas retenues : leur longueur et leur rythme nous ont paru altérer la force du recueil.

  • Titre : Les morts bizarres
  • Auteur : Jean Richepin
  • Éditions : L'arbre vengeur
  • Préface : François Rivière
  • Date de parution : octobre 2009
  • Nombre de pages : 151 p.
  • Illustration de couverture : David Prudhomme
  • ISBN : 2-916141-00-6

J'ai tué - Mikhail Boulgakov

Toutes les nouvelles de ce recueil sont inspirées des expériences personnelles de Mikhaïl Boulgakov. Écrits entre 1916 et 1926, ces textes témoignent d'un esprit profondémment angoissé. Comme s'il n'avait retenu que l'absurdité et l'horreur des événements marquants de cette Russie alors en plein déclin (chute du tsarisme et guerre civile en Ukraine en 1919), Boulgakov traduit avec désarroi les doutes qui ne cessent de hanter son âme. Abandonnant son scalpel au profit de la plume, le médecin devenu auteur, livre dans ce recueil des récits sur lesquels plane dangereusement l'ombre de la folie. " Ainsi a pu naître, chez l'écrivain soviétique, ce que l'on a appelé son " fantastique noir ", c'est à dire la prolifération de formes sombres, insolites et déroutantes, parfois hallucinatoires et diaboliques, un monde de fantasmagories d'une angoissante absurdité que pourrait illustrer la célèbre phrase de Goya " le sommeil de la raison engendre les monstres " (extrait de la préface de Nicole Chardaire).

De ces cinq nouvelles où la fiction le dispute au réalisme, celles que j'ai préféré sont La couronne rouge et L'éruption étoilée. J'imagine que ce ne sont pas les textes les plus significatifs du " fantastique noir " de Boulgakov mais ils m'ont semblé refléter les traumatismes et les tourments de l'auteur : culpabilibité, folie, désespoir pour La couronne rouge (publié en 1922) et solitude et maladie pour L'éruption étoilée (rédigé au début des années 1920 mais publié en 1926), ces deux textes marquent deux événements décisifs dans la carrière de Boulgakov. L'éruption étoilée qui évoque sa vie de jeune médecin à la campagne annonce en effet sa spécialisation dans la vénérologie (on notera cependant que contrairement à d'autres textes, cette nouvelle ne sera pas intégrée aux Récits d'un jeune médecin). La couronne rouge qui sera intégrée à un chapitre historique du roman Maître et Marguerite, signe quant à elle, la reconversion définitive de Boulgakov à l'écriture. Bien que ces textes soient courts, j'en ai apprécié le ton et la portée car ils se réfèrent implicitement à l'histoire d'une Russie alors minée par la Révolution bolchévique et divisée par la guerre civile (russes rouges contre russes blancs). Je n'ai pas trouvé ces nouvelles percutantes (peut-être Boulgakov s'est-il auto-censuré ?) mais à la manière d'une invitation timide, elles incitent à approfondir la lecture de l'écrivain russe qui venait de Kiev...

Pour vous procurer le livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : J'ai tué 

Table
Le feu du Khan Tougaï
J'ai tué
Le raid
La couronne rouge
Psaume
L'éruption étoilée

Extraits :
C'est vrai. Je n'ai pas d'espoir. Dans l'angoisse brûlante des ténèbres, j'attends, mais en vain, que revienne le vieux r^ve de la pièce familière, des yeux rayonnant d'une lumière paisible. Rien de tout cela n'existe, rien ne sera jamais plus. p.81 (extrait de La couronne rouge)
Je découvris que la syphilis, ici, avait ceci d'effrayant qu'elle n'effrayait personne. Et c'est pourquoi, au début de ce récit, je me suis souvenu de cette femme au yeux noirs. Je me suis souvenu d'elle avec unee sorte de chaleureux respect - précisément parce qu'elle avait eu peur. Mais elle était la seule ! p.111 (extrait de L'éruption étoilée
  • Titre : J'ai tué
  • Auteur : Mikhaïl Boulgakov
  • Éditeur : Livre de poche
  • Collection : Biblio
  • Traducteur : Barbara Nasaroff
  • Commentaire : Nicole Chardaire
  • Date de parution : Janvier 1990
  • Nombre de pages : 115 p.
  • Couverture : Dessin de Rozier-Gaudriault
  • ISBN : 2-253-04774-0

Le livre de la mort - Édouard Ganche


La mort nous fascine autant qu’elle nous terrifie. Pas étonnant que la littérature l’ait souvent étudiée. Ce recueil de nouvelles traitant de l’Éternelle triomphante selon l’expression d’Édouard Ganche, a cette particularité d’aborder la mort sous un angle original : à l’hôpital, à l’amphithéâtre, à la morgue ou au cimetière, la mort est ici présentée comme objet d’étude à part entière. Mais ne nous y trompons pas. Il est bel et bien question ici de la mort dans toute sa laideur et sa réalité. La mort dégoûte. La mort dérange. Elle est pourtant le destin inéluctable de tout être humain. Tel un cri de rage contre cette fatalité, ce livre est un moyen pour Édouard Ganche d’exorciser ses peurs et son sentiment d'injustice : « Pourquoi être toujours menacé par la souffrance, pourquoi mourir et surtout pourquoi donc naître ?... rage et malédiction de notre impuissance et de notre servitude !... Qui de la Vie ou de la Mort aurais-je blasphémé ?... Je l’ignorais même, l’une étant la raison de l’autre, par le stupide aveuglement des hommes. » p.103. l’Agonie.

« La hideur de notre corruption, la preuve tangible de notre anéantissement, l’impression dégagée de ce cadavre amenaient simultanément en mon âme de la répulsion, de la douleur et de la tristesse pour notre destinée. »  p.26. (Une autopsie à la morgue). Voilà l’une des raisons qui pourrait expliquer la naissance de ce livre. Très tôt exposé au macabre spectacle de la mort, Édouard Ganche s’intéresse dès son plus jeune âge à l’anatomie et à la médecine. C’est au décès de son père que lui vient l’envie d’écrire ce livre. Médecin de son premier métier tout comme son père, Édouard Ganche, porte un regard autant professionnel que passionné sur la mort. Il la craint (Et celle qui, partout accompagne la Mort, en vassale lige, la Peur, résidait là dans son royaume. Elle détraquait les cerveaux des vivants, et pour eux savait animer les faces des morts, les agiter dans leur suaire, les mettre debout, ondoyer les tentures et dans l’écartement de leurs draperies montrer des mains cadavériques et des têtes d’épouvantements. Elle aggripait aux épaules les hommes survenus et inaguerris à cette ambiance. Elle leur soufflait dans la nuque ses frissonnantes terreurs, gelait leurs moelles, les secouaient comme un arbrisseau dans la tempête et leur donnait l’insignifiance d’un fétu. p.82. L’opérée) mais ses descriptions révèlent une rigueur scientifique et un esprit matérialiste. Pour Ganche, la mort n’est pas une question de religion : profondémment athée, il était persuadé qu’"Afin de rendre supportable la perspective de la Mort, nombre d’hommes appellent à leur secours les spéculations de la philosophie et de la religion. Ils s’emplissent de conceptions imaginaires, rêvent de métempsychoses ou de résurrections, émettent des interférences fictives, se bercent dans l’hypothétique espoir d’un au delà, se consolent des tristesses de la misérabiblité de ce monde, de la nécessité de mourir, par l’expectative de revivre en des lieux de félicités. p.190. Les cimetières.


Les descriptions sont si réalistes que pour échapper au simple répertoriage des différentes manifestations de notre anéantissement, il était peut-être plus facile pour l’auteur de les mettre en mots sous formes de nouvelles. Le style empreinte évidemment au roman d’horreur et à la littérature fantastique (comme par exemple La cave aux cercueils) qui évoquent certainement les textes d’Edgar Poe, de Baudelaire ou Maurice Rollinat mais avec cette chose en plus qu’elles sont largement inspirées d’expériences réelles et d’hallucinations provoquées par la peur et l’angoisse d’une fin atroce. Obsédé par l’idée de s’éteindre un jour, Ganche trouve que "C’est une étrange faiblesse de l’esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu’elle se mette en vue de tous les côtés et en mille formes diverses." p.185. Bossuet, Sermon sur la mort. Épigraphe de Les cimetières. Par ce livre, il souhaite quelque part lever le terrible tabou lié à la mort en montrant la décomposition et la pourriture de nos corps et de nos chairs dans ce qu’ils ont de plus réalistes. Car après tout : « L’individu mort, sa mémoire seule mérite d’être glorifiée et la véritable religion du souvenir est en soi, dans l’intimité des songes, dans la possession de l’image du disparu et d’objets ou d’oeuvres qui étaient siens, et non dans une parade de la douleur, dans l’ornement d’un charnier et l’apport de fleurs sur une charogne. » p.191. Les cimetières. Personnellement, les textes qui m’ont le plus marqué sont Une autopsie à la morgue, L’opérée, La cave aux cercueils et Les cimetières.

Publié pour la première fois en 1909 puis retiré de la distribution seulement quelques mois après sa sortie, cette version définitive du recueil voit le jour grâce à La Clef d’Argent (2012). Obéissant scrupuleusement aux volontés d’Édouard Ganche pour la publication de ce livre (retrait et ajout de parties de textes, corrections, ordre de classement des nouvelles...), l’éditeur en exhumant ces textes oubliés, régale ses lecteurs. Le travail passionné de recherche et de documentation de Philippe Gindre et de Philippe Gontier rend un superbe hommage à ces nouvelles du biographe de Chopin : les éléments de contextualisation et les documents proposés en fin d'ouvrage (biographie, étude, revues de presse de l’époque, présentation des dédicataires, informations au sujet du Transi de René de Châlons, sculpture dont la photo est utilisée en première de couverture) apportent en effet beaucoup de profondeur au Livre de la mort. Et l’on en apprécie que mieux toute sa teneur. Voici donc un ouvrage excellent que je recommande horriblement à la fois pour ses terrifiantes histoires et pour le formidable travail de l’éditeur.

Pour en savoir plus sur Édouard Ganche, rendez-vous sur son site dédié proposé par Philippe Gindre.


Edouard Ganche (1880-1945)


Et enfin, pour ceux qui veulent se frotter à la langue bien pendue du Nain Bavard sur le sujet, découvrez son article sur sa Taverne.

Pour vous procurer le livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Le Livre de la Mort

Crédit photographique : Transi de René de Châlons - Sculpture de Ligier-Richier - Photo d’Alerion (http://www.nuancesdegris.eu/viewtopic.php?f=36&t=3053)

Extraits :
Le cadavre d’un ennemi sent toujours bon. p.190. Apophtegme de Vitellius. Les cimetières.
Table

Le livre de la mort
Litanies de la mort
Une autopsie à la morgue
Le squelette
L’opérée
La tête de mort
L’agonie
La cave aux cercueils
La danse des morts
Enterrée vive
Le poussah
Amour et drame d’hôpital
Le syphilitique
Les cimetierres

Documents
L’ivre de la mort : Édouard Ganche (1880-1942)
La mort en face : Édouard Ganche en son temps
Réception du livre de la mort : Brève revue de presse de l’édition originale
Les dédicataires du livre de la mort
Le transi de René de Châlons : A propos de l’illustration de couverture

Dédicace :

A Pierre Nicolle du Quesnay

  • Titre : Le livre de la mort
  • Auteur : Edouard Ganche
  • Editions : La Clef d’Argent
  • Collection : KholekTh.
  • Date de parution : Février 2012
  • Nombre de pages : 269 p.
  • Couverture : Transi de René de Châlons (XVIe s.)
  • Textes établis par : Eric Poix et Philippe Gindre
  • Postfaces : Philippe Gindre et Philippe Gontier
  • ISBN : 979-10-90662-00-1

Le baiser de la mouche - Chris Simon


Perdre sa langue en embrassant un garçon, séduire une mouche à son insu, prendre une bouche au creux de sa paume, rencontrer une gnome dans son appart, prendre la ligne 60 avec des safous dans la poche, porter des chaussures en poissons ou mâcher ses ennemis avant de les mettre en bocal, l’univers poétique de Chris Simon est peuplé de rencontres surprenantes. Les sept nouvelles de ce petit recueil mêlant réalité et fiction, nous rappellent avec fantaisie que le quotidien est souvent fait de ces petites choses qui n’appartiennent qu’à chacun d’entre nous : des plus petits détails qui composent notre vie de tous les jours, aux idées fantasques qui ne manquent parfois pas de traverser nos esprits, la prose déconcertante de Chris Simon a ceci de particulier qu’elle mélange les deux mondes. A chaque page tournée, c’est une nouvelle surprise. Un peu comme si l’auteure avait cette facilité à mettre en mots, toutes ces idées loufoques que nous avons tous (ou pas), nourries un jour...

Fantaisie et poésie, tels seraient à mon sens, les caractéristiques les plus marquantes de ce recueil. Les scènes décrites dans ces nouvelles s’enchaînent très vite et le lecteur n’a pas le temps de réaliser ce qui lui arrive : il est véritablement happé dans un univers parfaitement loufoque où la frontière entre réalité et fiction s’est effacée. Personnellement, cette lecture m’a renvoyé à des pensées qui me traversent souvent l’esprit. Un peu comme un dialogue qu’on aurait avec soi-même à partir d’une scène réelle. J’ai donc beaucoup apprécié le ton de ces nouvelles car j’y ai retrouvé l’ambiance de certains de mes rêves éveillés où le morne et la morosité font enfin place à l’absurde et la fantaisie. Ceci dit, j'ai remarqué que Chris Simon était particulièrement attachée au thème de la bouche et de la possession, deux éléments communs à toutes les nouvelles. Peut-être pourra t-elle m’en dire plus sur ce point ? Quoiqu’il en soit, ma nouvelle préférée est Nature morte aux dorades parce qu’au fond, nous puons tous un peu des pieds chacun à notre manière... Voilà donc une lecture agréable et originale qui saura séduire les amateurs de tous poils, pour un peu qu’ils aient de l’imagination !

Je tiens à remercier l'auteure qui a eu la gentillesse de m’offrir cet ouvrage. Et je rappelle que Le baiser de la mouche ainsi que ses autres livres sont désormais disponibles au format ePub sur le site de Chris Simon.




Sommaire 
  • La langue de Laura
  • Le baiser de la mouche
  • Conscience de soi
  • La tour d’Apple
  • Les chauffeurs du 60
  • Nature morte aux dorades
  • Principe de réalité

Extrait :
La mouche réécrit. Je suis noire et têtue, je pue et je ponds, seulement, je vole et ma vue est kaléidoscopique. Je n’efface pas cette fois-ci. Je lui réponds. Je suis rose et timide, je marche sur deux pattes et je pète. La mouche rit, elle se frotte les pattes arrière de contentement. Je m’appelle Chris et je suis poète. La mouche me regarde longtemps à cause de son prisme. Puis elle se déplace sur l’écran de gauche à droite. Je m’appelle Noami. p.23. Le baiser de la mouche
Je reste scotchée à cette bouche. Son apparition au creux de ma paume est un événement aussi rare que le passage d’une comète oud’une éclipse... Je médite sur la terrasse. Aurais-je la main buccale comme d’autres ont la main verte ? p.36. Conscience de soi
Entre les cochons et les assassins, il y a un océan qui porte des chaussures. Ce jour est arrivé. Il faut partager nos souliers... Qui va marcher dessus ? Qui va marcher dessous ? Que décider ? p. 82. Nature morte aux dorades 

  • Titre : Le baiser de la mouche
  • Auteur : Chris Simon
  • Editions : Kirographaires
  • Date de parution : 15 mai 2011
  • Nombre de pages : 93 p.
  • Couverture : Brahim Metiba
  • ISBN : 2917680776



Les autres dieux et autres nouvelles - Howard Philipps Lovecraft

Ces huit nouvelles ont été publiées en 1965 dans Dagon. Ecrits entre 1920 et 1926, ces textes courts de Howard Phillips Lovecraft, abordent les thèmes du savant fou (Herbert West, réanimateur), celle la malédiction des chats (Les Chats d'Ulthar). Ils proposent également des incursions dans des mondes imaginaires (Les autres dieux, L'étrange maison haute dans la brume, Celephais), décrivent des créatures monstrueuses (La malédiction de Sarnath), célèbrent l'irréel (La tombe) ou évoquent encore les sciences occultes (Prisonnier des Pharaons). Bien que l'on y décèle clairement l'empreinte littéraire du célèbre père du Mythe de Cthulu ou de L'affaire Charles Dexter Ward, ces récits m'ont semblé fades, voire ennuyeux. Comme à son habitude, Lovecraft y exploite habilement le champ lexical de l'horreur mais il manque cette sombre magie qui a fait la renommée de l'auteur. Folie, monstres, occultisme, mystère, les thèmes chers à l'auteur sont ici réunis, malheureusement, l'"indicible", l'"inquiétant" et l'"insondable" auxquels m'avait habitué Lovecraft, n'ont pas suffit à me convaincre. J'ai pourtant trouvé un intérêt à lire Herbert West, réanimateur et La tombe, mais les sujets abordés (ceux du savant fou et celui de la folie) ont déjà été traités avec brio par Stevenson avec son L'étrange cas du Docteur Jekyll et Mr. Hyde ou encore par Théophile Gauthier avec son excellent Roman de la momie. Personnellement, j'apprécie pour ce que j'en ai lu les travaux de Lovecraft mais cette fois-ci les horreurs cosmiques qui ont fait sa renommée ne sont pas au rendez-vous...

Extrait :
Les hommes doués intellectuellemnt savent qu'il n'y a pas de différence nette entre le réel et l'irréel, que les choses ne nous apparaissent qu'à travers la délicate synthèse physique et mentale qui s'opère subjectivement en chacun de nous. Mais le matérialisme prosaïque de la majorité condamne comme folie les éclairs de voyance qui déchirent, chez certains, le voile habituel de l'empirisme banal. Extrait de La tombe. p.81

Titre : Les autres dieux et autres contes
Auteur : Howard Philipps Lovecraft
Traducteur : Paule Pérez
Editions : Librio
Date de parution : Mai 1995 (1969 chez Pierre Belfond pour la traduction française)
Nombre de pages : 123 p.

Le journal d'un fou - Nicolas Gogol

Ces trois nouvelles (Le journal d'un fou, Le portrait et La perspective Nevsky), toutes extraites du recueil Arabesques, inspirent un sentiment étrange. Le lecteur est rapidement absorbé dans des dimensions troublantes où la frontière entre réalité et imaginaire s'efface. Cette ingéniosité avec laquelle Nicolas Gogol envisage la folie, a fait de lui, l'un des maîtres de la littérature fantastique russe. A lire sa biographie, on est évidemment tenté de se demander si ce talent ne lui est pas inspiré par les troubles psychologiques dont il souffre lui-même ? Toujours est-il qu'il sonde à merveille l'esprit humain et les parts sombres qu'il recèle. Les personnages qui animent ces récits, souvent attachants mais néanmoins névrosés, révèlent ce que nous cachons tous un peu en nous. Et Gogol sait si bien le mettre en scène, qu'il s'en dégage une ambiance inquiétante digne des plus remarquables plumes de la littérature fantastique telles que celle d'Allan Edgar Poe, Prosper Mérimée ou encore Théophile Gauthier. C'est un peu comme si Gogol étalait au grand jour, la part de folie et de pensées absurdes qui ne manquent pas parfois, de traverser nos esprits (en tous cas, le mien). Cette acuité avec laquelle il le fait, me fait dire qu'il n'y a pas de fous. Seuls existent les malades... ou les génies.

Le journal d'un fou
Popritchine est un fonctionnaire, dont le travail est de tailler des plumes pour le Directeur du Ministère. Amoureux de Sophie, la fille dudit Directeur, notre héros tient un journal intime. Jusqu'au jour où, en proie à des violentes hallucinations, il s'imagine entendre le chien de la jeune fille parler. Voilà, il a sombré dans la folie. Et son journal en devient à juste titre, celui d'un fou. Il se prend pour Avksenty Ivanovitch, conseiller titulaire puis devient carrément Ferdinand VIII, Roi d'Espagne, torturé par l'Inquisition... Excellent, je ne trouve pas d'autre mots pour qualifier ce Journal d'un fou. Gogol, en une trentaine de pages seulement, plonge son lecteur dans un monde où "demain, à sept heures, il se produira un événement étrange : la terre se posera sur la lune."p.31 Et Popritchine de déclarer que : "La lune, d'ordinaire, se fabrique à Hambourg, et fort mal (...) p.31. C'est un tonnelier bancal qui l'a faite, et l'on voit bien que cet imbécile n'a aucune idée de la lune. Il y a mis un cordage goudronné et de l'huile de bois ; c'est de là que provient sur toute la terre cette puanteur terrible qui nous oblige à nous boucher le nez. C'est pour cela aussi que la lune est une sphère si délicate que les hommes n'y peuvent vivre et que maintenant elle est habitée uniquement par des nez. Voilà pourquoi nous ne pouvons apercevoir notre propre nez car tous les nez sont dans la lune."p.32 Si bien qu'il déboule dans la salle du Conseil en s'écriant : "Messieurs, sauvons la lune car la terre veut s'asseoir dessus."p.32 Ce texte est tout simplement génial.

Le portrait
Tcharkov, jeune peintre pauvre mais prometteur, achète par hasard, un tableau fascinant représentant un Moudjik au regard troublant. Cette acquisition fera à son insu sa fortune et sa célébrité. Mais à quel prix ? Le thème du portrait "aux pouvoirs magiques" a parfaitement été exploité par de nombreux auteurs (voir par exemple Le Portrait Ovale, Le portrait de Dorian Gray). Mais la version proposée par Gogol est maîtrisée et le tableau parfaitement envoûtant.

La perspective Nevsky
Piskariov et Pirogov suivent deux jeunes femmes dans la rue. Ce récit  est celui de leur troublante rencontre avec les dames en question sur la célèbre artère piétonne de Saint-Pétersbourg que représente la perspective Nevsky, avec sa faume et toutes ses particlarités.
Texte étrange, La perspective Nevsky, ce texte n'est pas dénué d'intérêt même s'il reste celui que j'ai le moins aimé.

Je n'avais jamais lu d'oeuvre de Gogol et me voilà conquise. Non seulement, la littérature fantastique m'intéresse, mais en plus, les thèmes traités m'ont passionnée (folie, art, notamment). Je me lancerai donc volontiers dans la lecture d'autres textes de l'auteur.

Titre : Le journal d’un fou suivi de Le portrait et de La perspective Nevsky
Auteur : Nicolas Gogol
Traducteur : Boris Schloezer
Editions : Librio
Date de parution : Mai 2010 et 1968 chez Flammarion
Nombre de pages : 119 p.
Couverture : Alexis Lemoine. Editions J’ai lu