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Une histoire populaire de l'empire américain - Howard Zinn - Mike Konopacki - Paul Buhle

Ce projet d'adaptation en bande-dessinée du célèbre ouvrage de Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, est porté par un trio explosif : Paul Buhle pour l'initiative du projet, Howard Zinn pour le contenu et Mike Konopacki pour le dessin et le script. Édité dans sa version française par Vertige Graphic deux ans après sa publication originale (2007), cette bande-dessinée propose un regard certes militant mais également accablant sur la construction de l'empire américain de la fin des années 1890 à nos jours. Nourissant les prétextes à l'expansion de leur impérialisme économique et militaire par des discours ultra-patriotiques, les gouvernements américains successifs ainsi que le confie Howard Zinn, ont souvent pris des décisions politiques méprisant le respect de l'humanité. De guerre en guerre, les États-Unis ont réussi a imposer l'image du bon samaritain mais l'analyse présentée par Howard Zinn contredit violemment cette idée et expose une réalité bien décevante par rapport à la réalité : cela commence avec le massacre des indiens de Wounded Knee puis les répressions brutales des revendications sociales et syndicales, la Guerre hispano-américaine de 1898 pour la prétendue libération de Cuba, l'invasion des Philippines, les intérêts économiques faramineux liés à l'intervention dans la Première guerre mondiale, ceux de la Seconde guerre mondiale, l'enjeu idéologique de la guerre froide qui devait entraîner bien d'autres conflits comme la Révolution sandiniste au Nicaragua ou le scandale de l'Irangate au Moyen Orient. La liste est longue. Autant de conflits sanglants et de machinations politiques, symbole d'une "terre qui immole ses enfants" en les envoyant défendre le pays dans des contrées lointaines alors que sévissent sur son sol injustices sociales, ségrégation, misère et révoltes... Mais la Guerre du Vietnam a marqué un tournant décisif auprès de l'opinion publique et cette histoire de l'impérialisme américain "vient bousculer de manière salutaire les versions officielles et consensuelles, et souffle un vent d'optimiste de liberté d'expression retrouvée."

Pour être exact, Une histoire populaire de l'empire américain n'est pas tout à fait une fidèle adaptation de l'étude d'Howard Zinn : on y retrouve bien évidemment le ton engagé de l'historien américain et quelques thèmes communs aux deux ouvrages mais d'après moi, la bande-dessinée focalise clairement sur l'histoire politique liée à la construction de l'empire américain contrairement à Une histoire populaire des États-Unis qui étudie plutôt l'histoire sociale du pays par l'intermédiaire des "voix oubliées". Ces deux dimensions étant irrémédiablement imbriquées, on reconnaîtra facilement le lien entre les deux livres. La BD se distingue cependant dans son approche narrative : l'historien mis en scène dans la bande-dessinée lors d'une conférence contre la guerre en Irak, nous y parait plus proche, plus accessible. Le récit de son enfance, de ses relations, de ses rencontres et de ses choix, éléments qu'on retrouve peu dans son étude mais qui sont ici narrés, facilitent l'appropriation du récit par le lecteur. Alors que l'étude très érudite et fourmillant de centaines de références peut s'avérer assez inaccessible, la bande-dessinée se veut elle, grand public. Pari réussi au regard de l'immense succès rencontré par l'Histoire populaire de l'empire américain dont la présente édition est aujourd'hui épuisée. D'ailleurs, nous tenons avec ce titre un bel exemple de projet éditorial intelligement mené : les éditions Vertige Graphic, qui en plus de proposer un bel objet avec à l'appui images d'archives, cartes, caricatures, coupures de journaux, affiches de propagande..., se sont attachées à la dimension pédagogique du discours. Profitant du décalage temporel entre l'édition américaine et l'édition française, Vertige Graphic a enrichi son édition par des encarts informatifs intitulés "infozinn" qui idée intéressante, apportent compléments d'actualité et anecdotes pertinents. 

Quant au contenu à proprement parler, nul doute qu'il saura toucher et sensibiliser tout lecteur curieux : ainsi que l'annonce Howard Zinn au début de son discours "C'est vrai, nous avons libéré l'Afghanistan du régime Taliban, mais pas de nous ! C'est vrai, nous avons libéré l'Irak de Saddam Hussein, mais pas de nous ! Tout comme en 1898, nous avons libéré Cuba de l'oppression espagnole, mais pas de nous !" (p.19). Retraçant l'histoire des conflits armés menés par les USA depuis le massacre de Wounded de 1890, l'historien souligne que : "Nous pouvons tous éprouver une abominable colère contre ceux qui, selon l'idée démente que cela aiderait leur cause, ont tué des milliers de personnes innocentes. Mais que faisons-nous de cette colère ? Devons-nous réagir avec panique, frapper violemment et de façon aveugle juste pour montrer à quel point nous sommes durs ?" (p.13 du prologue). Tel un coup d'électrochoc en faveur de la prise de conscience de la population américaine, Howard Zinn, chose très appréciable, parle à la première personne du pluriel. A l'inverse du concept du "ils ont perdu , on a gagné", Howard Zinn revendique sa citoyenneté américaine et en appelle au bon sens du peuple américain. On pourra certainement trouver le discours trop militant ou trop moralisateur. Le problème reste que si la prise de conscience et la contestation se font en silence, seules les personnes déjà convaincues s'intéresseront à ces questions. C'est donc à coups de trompettes et à grands cris que le combat défendu par l'historien à travers celui de Black Elk, Eugene Victor Debs, Emma Goldman, Martin Luther King, Daniel Ellsberg, Augustino Sandino et bien d'autres doit être relayé. Comme vous l'aurez compris, cette bande-dessinée m'a emballé. Lisez-la donc pour vous faire votre propre idée !

  • Titre : Une histoire populaire de l'empire américain
  • Titre original : A history of American empire
  • Auteur : Howard Zinn
  • Illustrateur : Mike Konopacki et Paul Buhle
  • Traducteur : Barbara Helly
  • Postface : Robert Chesnais
  • Éditeur : Vertige Graphic
  • Date de parution : Novembre 2009
  • Nombre de pages : 281 p.
  • ISBN : 978-2-84999-076-6
  • Crédits photographiques : © Mike Konopacki


Une histoire populaire des États-Unis - Howard Zinn


"La mémoire des Etats n'est résolument pas la nôtre. Les nations ne sont pas des communautés et ne l'ont jamais été. L'histoire de n'importe quel pays, présentée comme une histoire de famille, dissimule les plus âpres conflits d'intérêts (qui parfois éclatent au grand jour et sont le plus souvent réprimés) entre les conquérants et les populations soumises, les maîtres et les esclaves, les capitalistes et les travailleurs, les dominants et les dominés, qu'ils le soient pour des raisons de race ou de sexe. Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s'affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux." p.15. Voici comment Howard Zinn, cet historien et politologue américain engagé dans le combat pour les respect des droits civiques, justifie son oeuvre. Prenant à contre-pied les thèses couramment établies dans les ouvrages d'histoire sur les Etats-Unis, Howard Zinn propose une version novatrice de l'histoire américaine. Sa volonté de donner la voix aux populations oubliées de l'histoire américaine est un moyen de rendre justice à tous ceux qui ont participé à la construction du pays au prix de nombreux sacrifices. Edité pour la première fois aux USA en 1980 (et dans sa version française en 2002 par les Editions Agone), cet ouvrage fait partie des références en la matière : les grands épisodes de l'histoire américaine sont désormais enrichis par ces voix jusque là occultées...

Cet ouvrage est si dense qu'il est difficile d'en rendre toute l'essence en quelques mots. Les références et exemples si nombreux, ont parfois nui à ma lecture. Mais je recommande chaudement cette lecture : bien que certains épisodes de l'histoire américaine relatés dans ce livre soient aujourd'hui connus du grand public, cela n'en rend pas cette Histoire populaire des Etas-Unis moins passionnante : colonisation, évangélisation forcée, esclavage, racisme, ségrégation, déségration, discrimination, luttes sociales, l'hsitoire des Etats-Unis s'est écrite dans le conflit. Et les USA modernes sont l'héritage de ces luttes qui ont constamment ponctués l'histoire sociale du pays. A cette lecture, on appréhende avec recul la construction de la première puissance économique mondiale. Le Rêve américain est bien loin de ce qu'il laisse miroiter : comme l'on peut s'en douter, c'est évidemment au détriment des minorités sociales que s'est fondé le pays. Indiens, Noirs, Européens immigrés, Asiatiques, Latino-Américains, femmes, homosexuels... ce sont les luttes de ces communautés opprimées qui ont réellement fait progresser le pays. C'est d'ailleurs à ces populations qu'Howard Zinn tient à rendre justice et c'est avec stupeur que j'ai découvert certains événements relatés par l'historien. Seul bémol : ce livre n'est pas accessible à tout public. Il est difficile à s'approprier tant les références sont nombreuses. Il faut d'ailleurs avoir une certaine culture du pays pour comprendre certains épisodes relatés. L'auteur aborde tant de sujets (enjeux politiques, sociaux, économiques, religieux...) que sans connaissances préalables, il est difficile de s'y retrouver. Ceci dit, il ne faut pas se décourager et ne pas hésiter à se replonger dans le bouquin. En tous cas, ce sera mon cas...

Pour vous procurer ce livre via Amazon, rendez-vous sur le lien suivant : Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 a nos jours

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Pour archive, j'ai reproduit le sommaire du livre avec quelques citations et commentaires sur certains paragraphes. Il faudra que je me repenche sur cette lecture.

Chap. I : Christophe Colomb, les indiens et le progrès de l'humanité

Chap. II : Vers la ségragation raciale

Chap. III : Ces individus de vile et indigne condition

Chap. IV : La tyrannie, c'est la tyrannie

Chap. V : Une étrange révolution

Chap. VI : Les opprimées domestiques

Chap. VII : "Aussi longtemps que l'herbe poussera et que couleront les rivières"

Chap. VIII : "Nous ne prenons rien par conquête, Dieu merci !"

Chap. IX : Esclavage sans soummission, émancipation sans liberté

Chap. X : L'autre guerre civile

Chap. XI : Les barons voleurs - Les rebelles

Chap. XII : L'empire et le peuple

Chap. XIII : Le défi socialiste

Chap. XIV : La guerre est la santé de l'Etat

Chap. XV : De l'entraide par gros temps

Chap. XVI : Une guerre populaire ?

Chap. XVII : "Ou bien explose t-il ?
Peu de noirs (et tout aussi peu de blancs, d'ailleurs connaissaient ces propos de l'écrivain blanc Aldous Huxley : "Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent." C'est pourtant bien ce que signifiait le Black Power, outre une certaine fierté de race, l'accent mis sur l'indépendance des Noirs et souvent même l'idée du séparatisme. p.522
Si la guerre mondiale n'est pas populaire au sens où l'histoire aurait pu le faire entendre, les années 1960 marquent aux Etats-Unis la naissance de l'esprit de résistance des populations afro-américaines. Alors que l'économie mondiale mobilise le gouvernement américain, revient en force la question de l'égalité raciale : la crainte du communisme auquel se rallie les noirs américains mais aussi le soulèvement de l'Afrique et de l'Asie, met à mal le comité Truman qui, pour répondre dans l'urgence au soulevement des noirs fait passer des lois civiques pour tempérer les ardeurs. Martin Luther King, puis Malcom X, deviennent les portes-paroles populaires de la révolte noire américaine. La ségrégation glisse peu à peu vers la déségrégation au prix de multiples combats et le racisme retrouve parmi les blancs des adeptes violents.


Chap. XVIII : Vietnam, l'imposssible victoire 
L'histoire américaine avait déjà connu des exemples de désaffection des soldats : mutineries sporadiques pendant la Révolution américaine ; refus de se réengager au beau milieu de la guerre du Mexique ; désertion et objection de conscience pendant les deux guerres mondiales. Néanmoins, ce fut à l'occasion de la guerre du Vietnam que l'opposition des soldats et des vétérans atteignit un niveau jamais égalé auparavant. p. 556
La guerre du Vietnam (1964-1975) est l'une des guerres les plus médiatisées aux USA : non seulement par son ampleur mais également par la prise de conscience qu'elle a provoquée au sein même de la population américaine. Alors que l'on aurait pu penser que cette contestation venait des milieux sociaux les plus éduqués ou les plus favorisés, l'histoire montre qu'au contraire, les dissidents contre cette guerre étaient plutôt issus des milieux défavorisés. Les noirs, les étudiants et les femmes furent les plus engagés dans le mouvement pacifiste. En effet, la guerre du Vietnam n'était pas leur guerre et elle n'était pas justifiable. Les pertes matérielles et humaines de cette guerre insensée ont éveillé une révolte qui désormais "ne se limitait plus à la seule question du Vietnam". p.566


Chap. XIX : Surprises
Dostoïesvski ne disait-il pas que "le degré de civilisation d'une société pouvait se juger à l'état de ses prisons" ? Ce n'était que trop vrai, et les prisonniers américains le savaient mieux que quiconque. Plus vous étiez pauvres, plus vous aviez de chance de finir en prison. Non seulement parce que les pauvres commettaient plus de crimes que les riches - qui n'avaient pas besoin de se mettre hors la loi pour obtenir ce qu'ils désiraient -, mais aussi parce que, le plus souvent pas poursuivis. Et quand ils l'étaient, ils bénéficiaient d'une rapide mise en liberté sur parole, s'offraient les meileurs avocats et obtenaient des juges des peines plus légères. En fin de compte, le public des prisons se composaient essentiellement de détenus pauvres et noirs. p.581-582

Chap. XX : Années 1970 : tout va bien 

Chap. XXI : Carter-Reagan-Bush : le consensus bipartisan
Pour les 25 dernières années du XXe siècle, nous constatons la permanence de cette vision limitée dont parle Hofstadter - un capitalisme bénéficiant essentiellement aux grandes fortunes économiques, accompagné d'une immense pauvreté et d'un sentiment nationaliste favorable à la guerre et à ses préparatifs. Le pouvoir politique a beau basculer des républicains vers les démocrates et vice versa, aucun des deux partis ne semble en mesure de dépasser cet horizon. p.631
Le consensus bipartisan est clairement démontré dans ce chapitre : républicains et démoncrates agissent de concert pour préserver les privilèges des populations les plus aisées. Les politiques menées par les gouvernements Carter-Reagan-Bush oeuvrent en faveur de l'armement militaire au détriment de la politique sociale. Les inégalités entre les populations riches et pauvres se creusent. L'opinion publique perd confiance et malgré quelques mesures prises (le War Power Act qui imposait au président de consulter le Congrès avant toute action militaire a d'ailleurs été transgressé à plusieurs reprises), l'état fédéral alimente coûte que coûte son industrie militaire pour préserver son statut de première puissance mondiale. Le budget alloué à l'armement est faramineux et le gouvernement, défendant les intérêts économiques des plus grandes fortunes américaines et l'image d'une Amériquue économique puissante, n'hésite pas à armer des dictatures (Salvador) ou à passer à l'attaque sous des prétextes ambigus (1ere Guerre du Golfe en Irak ou la Lybie). Le captalisme américain s'essoufle et met en lumière l'ingérance politique.

Chap. XXII : La résistance ignorée

Chap. XXIII : La présidence de Clinton

Chap. XXIV : L'imminente révolution de la Garde

Post-scriptum sur les élections de 2000 et la "guerre contre le terrorisme"

  • Auteur : Howard Zinn
  • Titre : Une histoire populaire des Etats-Unis. De 1492 à nos jours
  • Titre original : A people's History for the Unites States. 1492 - Present
  • Traducteur : Frédéric Cotton
  • Editeur : Agone
  • Collection : Mémoires Sociales
  • Date de parution : 2002
  • Date de parution originale : 1980 (HarperCollins Publishers)
  • Nombre de pages : 811 p.
  • Graphisme : T-Bone
  • Photo : Bethlehem Corp
  • ISBN : 978-2-910846-79-4