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Grands reportages à l'étranger - Albert Londres

Audacieux témoin de son époque, Albert Londres a sillonné le monde pour ramener ses récits aux tonalités sans pareille. Grand reporter engagé, cet envoyé "très" spécial du début du siècle dernier, a légué au patrimoine littéraire français un immense héritage qui continue de nos jours à questionner ses lecteurs. Pour cette édition de 2017, Arthaud propose une belle compilation de ses grands reportages en Chine (La Chine en folie, 1922), en Argentine (Le chemin de Buenos Aires, 1927), en Afrique subsaharienne (Terre d'ébène, 1929), en Palestine (Le juif errant est arrivé, 1930), dans le Golfe Persique (Pêcheurs de perles, 1931) et dans les Balkans (Les Comitadjis, le terrorisme dans les Balkans, 1932). Ce tour du monde des années 1920-1930 en compagnie d'Albert Londres dénonce non sans cynisme la sempiternelle folie des hommes. De la fin de l'Empire du Milieu, de la traite des femmes blanches en Argentine, de l'exploitation des travailleurs noirs par les colons français au Congo, de l'antisémitisme en Europe, de la pêche de perles en Arabie et du terrorisme des nationalistes macédoniens, le reporter brosse ainsi le tableau d'une humanité malade de ses égarements. (Re)lire aujourd'hui ces précieux témoignages est aussi instructif qu'effrayant parce que l'on se rend compte que près d'un siècle a passé et que (presque) rien n'a changé excepté le système politique chinois : on parle désormais d'esclavage moderne (traite des êtres humains, esclavage sexuel, servitude pour dettes, travail forcé) pour décrire les pratiques honteuses décriées par Albert Londres, preuve qu'elles perdurent. De même que les conflits intercommunautaires ainsi que les actes terroristes qui peuvent en découler. Aussi, (re)découvrir cette plume engagée (parfois trop candide ou désuète) constitue t-il à la fois un acte militant contre les injustices sociales et une belle occasion de voyager à travers l'histoire du monde. Pour ces raisons, mais aussi parce que cet ouvrage est un beau livre au prix très accessible, n'hésitez pas à vous lancer dans cette lecture qui ne manquera pas de vous surprendre ou de vous révolter...

Si vous souhaitez à votre tour (re)découvrir la plume d'Albert Londres, notez que vous pouvez vous procurer cet ouvrage sur Amazon via le lien suivant : Grands reportages à l'étranger.

Détails bibliographiques


  • Titre : Grands reportages à l'étranger
  • Auteur : Albert Londres
  • Éditeur : Arthaud
  • Collection : Classique Arthaud
  • Date de parution : Mars 2017
  • Nombre de pages : 859 p.
  • ISBN : 978-2081389779
  • Photo de couverture : © Collection Prix Albert Londres
  • Photo de 4ème : © Henri Martinie / Roger Viollet

Immigrés de force - Pierre Daum

C'est par hasard que Pierre Daum, journaliste à Libération, s'est intéressé aux immigrés indochinois en France de 1939 à 1952. Dépêché par le journal pour couvrir les grèves de l'usine Lustucru d'Arles, le journaliste visite le musée du riz du Sambuc et découvre que les premiers planteurs de riz de Camargue sont des travailleurs indochinois immigrés. Retraçant le parcours de cette main d’œuvre indigène recrutée de force et débarquée au camp de Mazargues près de la prison des Baumettes à Marseille avant d'être envoyée dans toute la France, Pierre Daum met la lumière sur cette main d’œuvre indochinoise qui a constitué une ressource précieuse pour l'État français. C'est ainsi que 20 000 vietnamiens ont été recrutés en 1939-1940 pour participer à l'effort de guerre. Après la Défaite en 1940, 15 000 de ces indochinois restent bloqués en France jusqu'à la fin de la guerre et même au delà jusqu'en 1952... Repliées dans la zone libre dans le sud de la France, les compagnies de travailleurs indochinois sont alors mobilisées pour planter le riz en Camargue ou pour travailler dans les Salins de Giraud... Un travail d'enquête et de collecte de témoignages passionnant sur cet épisode méconnu de l'histoire coloniale française...

Le recrutement de la main d’œuvre indigène (MOI) indochinoise dans les années 1939-1940


En 1939, la France entre en guerre. Elle appelle les indochinois à servir la "Mère Patrie" pour travailler dans les usines d'armement (poudrières) ou dans les administrations. Des campagnes de "recrutement forcé" sont lancées en Indochine. Sur les 90 000 recrutements escomptés, 20 000 travailleurs indochinois partiront pour servir la France. Parmi eux, certains ont décidé de s'engager pour découvrir la France. Mais la plupart d'entre eux sont partis car ils n'avaient pas le choix : "Grâce à la collaboration des élites indigènes, relais du pouvoir colonial aussi précieux que loyal, la réquisition forcée de main d’œuvre s'organisa sans rencontrer la moindre résistance. Dans chaque village est donné aux familles composées d'au moins deux enfants mâles âgés de plus de dix-huit ans d'en mettre un à disposition de la Mère Patrie. En cas de refus, le père des enfants ira en prison." (p. 33-34). Si la différence entre réquisition forcée et engagement volontaire s'est faite en fonction du niveau d'études, notons que 96% des ONS (Ouvriers Non Spécialisés) pour la plupart des paysans illettrés, ont tous été recrutés contre leur gré.

Des ONS servant pour la patrie mais parqués dans des camps séparés de la population locale


Logés dans des camps comme celui de Mazargues (à Marseille) ou dans certaines villes comme Sorgues (Vaucluse), Bergerac (Dordogne), Toulouse ou Vénissieux, les ONS indochinois se destinent à des travaux pénibles à des taux de rémunération dérisoires (ils gagnent pour beaucoup d'entre eux 10 fois moins que les ouvriers français). Ces camps accueillent exclusivement des ONS vietnamiens. La discipline y est stricte et les conditions de vie y sont rendues difficiles par une administration parfois sévère et injuste (les conflits intercommunautaires alimentés par les querelles idéologiques et politiques - forte mobilisation syndicale CGT autour des combats trotskystes/communistes - n'y sont pas rares). La barrière de la langue constitue un obstacle d'autant plus handicapant pour les ONS que peu d'entre eux parlent le français. L'accueil qui leur est réservé par les populations locales oscille entre curiosité et défiance Ces ONS considérés comme rusés et apathiques en raison des préjugés véhiculés par les discours colonialistes intriguent autant qu'ils ne rebutent. Considérés par certains comme des voleurs et ignorés ou rejetés par une grande partie de la population, certains de ces travailleurs noueront malgré tout de forts liens avec les français.

Immigrés de force, une enquête éclairante sur la MOI indochinoise


Précieuse parce qu'elle rapporte les témoignages des derniers ONS encore vivants de l'époque et qu'elle compile des patientes recherches de terrain et notamment aux archives nationales d'Outre-Mer, cette enquête de Pierre Daum (2009) qui se veut être un pavé jeté dans la mare, devrait stimuler l'intérêt autour de ces questions. En effet, si l'histoire de France est aujourd'hui devenue envisageable au regard de son passé colonialiste, c'est aussi grâce au caractère patrimonial et mémoriel de ce genre d'enquêtes : permettant de déconstruire les idées reçues sur les missions civilisatrices de la France auprès des "peuples indigènes" et de tordre le cou aux préjugés sur les communautés immigrées (de force ou non d'ailleurs), cet ouvrage court et accessible s'ouvre sur une page oubliée de l'histoire et se referme, on l'espère, sur de nouvelles perspectives de recherche et de nouveaux modèles de pensée...


Enfin, si vous vous intéressez à l'histoire de l'Indochine, je ne saurai que vous recommander de découvrir Mémoires d'Indochine, carnet de recherche en ligne (blog académique) de François Guillemot, Ingénieur de recherche et historien du Vietnam contemporain. Vous y trouverez une profusion d'articles, de références, de documents et d'actualités intéressants sur le sujet.

Riz amer - Les Indochinois en Camargue (1939-1940)


Pour aller plus loin sur cette lecture, je vous invite à visionner ce film documentaire (11 min.) qui corrobore avec fidélité les éléments d'enquête de Pierre Daum sur la question.


 

Détails bibliographiques 

 

  • Titre : Immigrés de force
  • Sous-titre : Les travailleurs indochinois en France (1939-1952)
  • Auteur : Pierre Daum
  • Préface : Gilles Manceron
  • Éditeur : Actes Sud
  • Collection : Archives du colonialisme
  • Date de parution : Mai 2009
  • Nombre de pages : 278 p.
  • ISBN : 978-2-7427-8222-2
  • Photo de couverture : © Béatrice Castoriano


De l’indigène à l’immigré - Nicolas Bancel & Pascal Blanchard

Nous en avons tous plus ou moins conscience, la présence de populations immigrées en France est l’héritage d’une longue histoire coloniale française. Étendu au Maghreb, à l’Afrique noire et à l’Indochine, l’empire colonial français qui s’est affirmé comme une puissance économique mondiale dès le 19è siècle, s’est donné pour mission de civiliser les peuples indigènes de ses colonies. La théorie de la « supériorité raciale » paradoxalement étayée par les scientifiques de l’époque et la multiplication des expositions coloniales alimentent alors les stéréotypes coloniaux et ouvrent la voie aux fantasmes les plus grotesques à propos des populations des contrées exotiques. Dès 1945, cette hégémonie coloniale française est mise à mal par la lutte pour l’indépendance de l’Algérie incarnée par Messali Hadj et par la résistance de figures emblématiques comme Hô Chi Minh en Indochine. Les puissances coloniales doivent faire face à une crise sans précédent qui exige une refonte des discours politiques. L’image de l’indigène fait place à celle de l’immigré. Les « politiques assimilationistes » caractéristiques à la France misent désormais sur une logique d’intégration des populations immigrées mais la réalité est cruelle. Les stéréotypes et préjugés raciaux véhiculés pendant des décennies au travers de l’abondante production iconographique restent profondément ancrés dans l’imaginaire collectif et perdurent encore de nos jours malgré une prise de conscience de la résurgence du racisme et la forte mobilisation des autorités publiques et de la société civile autour de ces questions...

« Il n’y a pas de racisme sans colonialisme », Aimé Césaire, 1954


Pas de droits d’auteur cités. Source : https://www.africavivre.com/coups-de-coeur-a-lire/aime-cesaire-miriam-makeba-co-la-vie-des-grands-expliquee-aux-petits.html
Aimé Césaire avait profondément raison lorsqu’il déclarait en 1954 : « Le colonialisme porte en lui la terreur. Il est vrai. Mais il porte aussi en lui, plus néfaste encore peut-être que la chicotte des exploitateurs, le mépris de l’homme, la haine de l’homme, bref le racisme. Que l’on s’y prenne comme on le voudra, on arrive toujours à la même conclusion. Il n’y a pas de racisme sans colonialisme. » Cette citation mise en exergue au début de l’ouvrage offre une belle entrée en matière pour les spécialistes de l’histoire coloniale et post-coloniale que sont Nicolas Bancel et Pascal Blanchard. En effet, il est difficile d’évoquer le colonialisme sans dénoncer le racisme. Aussi, grâce à une approche basée sur une analyse historique, documentaire et iconographique originale, les deux auteurs proposent avec ce titre, un passionnant travail historiographique et mémoriel sur l’histoire coloniale française dont certains aspects encore malheureusement méconnus méritaient d’être étudiés et mis en en lumière. Enrichi par l’analyse d’un précieux panel de sources iconographiques d’époque, De l’indigène à l’immigré démontre en outre, la puissance de la manipulation par l’image et la façon dont l’image s’est faite l’instrument de tous les discours de propagande. Tenant en à peine 128 pages, ce livre d’ailleurs doté d’un substantiel appareil critique (illustrations, témoignages, citations, chronologies, bibliographie...), est surprenant par la richesse et la qualité de son contenu. Et à vrai dire, en ouvrant ce livre, vu son épaisseur et ses nombreuses illustrations, je m’attendais plutôt à de la littérature jeunesse. Mais l'incroyable masse critique d’informations, si elle reste accessible à des publics jeunes, peut/doit intéresser tous les publics car l’approche pédagogique, les propos argumentés et les références largement documentées permettent de nourrir une réflexion pertinente autour de l’histoire coloniale française et invitent intelligemment à approfondir ses connaissances sur le sujet. Assurément un livre à mettre entre toutes les mains !

Aussi, si vous souhaitez à votre tour vous plonger dans cette captivante histoire coloniale française, notez que vous pouvez vous procurer le livre sur Amazon via le lien suivant : De l’indigène à l’immigré


Notre rapport à l’image à travers les représentations de la figure de l'étranger


En ce qui concerne l’analyse des sources iconographiques présentées dans l’ouvrage, cette chronique ne serait pas complète si je ne lui en consacrais pas une partie. Nul n’est besoin de le rappeler, l’image a toujours constitué un puissant outil de manipulation pour les classes dirigeantes : cela a commencé avec l’ère des grandes découvertes lors desquelles les indigènes ont d’abord été représentés sur gravures puis photographiés. S’appuyant les théories du racisme scientifique et de l’anthropologie physique au 19è siècle, la communauté scientifique a bon gré, mal gré, contribué à alimenter le fantasme du sauvage et à créer l’image de l'indigène. Au fur et à mesure, ces représentations ont évolué avec les intentions de ses producteurs. Ainsi, a-t-on glissé de façon subreptice de la documentation iconographique scientifique du début du 19è siècle à la promotion événementielle grand public pour les zoos humains, les jardins d’acclimatation et les expositions coloniales de la fin du 19è siècle.

Ce que les puissances coloniales considéreraient alors comme des avancées scientifiques par rapport au nouveau concept de catégorisation des races humaines et la soif d’exotisme qui attisaient l’intérêt et la curiosité des classes aisées de la société, ont littéralement asservi et desservi les peuples des colonies françaises. En effet, les images véhiculées accentuant les attributs physiques de ses sujets de façon caricaturale ont abondamment alimenté les stéréotypes raciaux et renforcé l’idée de la supériorité de la race blanche sur les autres. Ainsi, considérés d’une part par les scientifiques comme de vulgaires objets de recherche, sollicités de l’autre par les classes sociales aisées en mal d’exotisme ou abhorrés par d’autres, les indigènes se sont-ils ainsi vus complètement dépossédés de leur image. Désormais, ils devenaient malgré eux, les têtes d’affiche de campagnes de communication en tous genres : après les thèses anthropologiques et les expositions coloniales, l’image des indigènes a servi à la propagande militaire, aux campagnes de publicité ou plus récemment et paradoxalement aux campagnes de prévention et de lutte contre le racisme. Tantôt réduits à des objets, tantôt vantés pour la richesse de leur diversité, les anciens peuples colonisés de France qui sont finalement passé du statut d’indigène à celui d’immigré, restent malgré eux victimes de l’exploitation outrageuse de leur image...

Et au final, la figure de l’étranger, peu importe qu’on lui prête des intentions scientifiques ou propagandistes, qu’on la désigne sous le nom de campagne d’information, de renseignement ou qu’on l’utilise à des fins publicitaires, doit nous rappeler comme l’avait si bien exprimé Aimé Césaire, « qu’il n’y a pas de colonialisme sans racisme ». Aussi penser et repenser notre rapport à l’image et en l’occurrence notre rapport à la figure de l’étranger à travers notre connaissance de l’histoire coloniale française, participe d’un travail de mémoire auquel nous ne devons pas nous dérober pour lutter durablement contre le racisme et les discriminations...


Détails bibliographiques


  • Titre : De l’indigène à l'immigré
  • Auteurs : Nicolas Bancel et Pascal Blanchard
  • Éditeur : Gallimard
  • Collection : Découvertes Gallimard Histoire
  • Date de parution : Février 1998
  • Nombre de pages : 128 p.
  • ISBN : 978-2070534296
  • Photo de couverture : © Couverture de l’album de l’Exposition coloniale de 1931, Photomontage de Cloche

Cannibale - Didier Daeninckx

De nos jours en Nouvelle Calédonie. Deux vieillards en jeep sont arrêtés par deux jeunes gens qui leur barrent la route. Alors que le vieillard noir demande à son ami blanc de repartir, son âge respectable force les jeunes à baisser les armes. Autour d’un thé, les jeunes apprennent alors avec surprise que le vieillard blanc n’est pas l’ennemi qu’ils croient. Que s’est-il passé en 1931 à Paris pendant l’exposition coloniale? C’est ce que vont découvrir Kali et Whatiock en écoutant l’histoire de Gocéné...

Inspiré de faits réels, ce roman de Didier Daeninckx relate un épisode peu glorieux de l’histoire coloniale française des années 1930. De cette France qui se divertit du spectacle bidon offert par des kanak abusés, on a gardé peu de souvenirs. Ce récit ressucite les traitements honteux infligés aux kanak lors de l’exposition coloniale. Réduits au rang d’animaux, ils ont été au prix de mensonges scandaleux, exposés dans des cages où pour distraire les visiteurs, ils mimaient des sauvages... On pouvait même lire sur la pancarte "cannibales anthropophages". Pourtant l’histoire nous prouve que les sauvages contrairement aux gens civilisés, tiennent leur promesses. Celle de Gocémé était de garder un oeil constant sur Minoé, sa promise. C’est donc au mépris de tout danger que ce dernier, accompagné de son cousin Badimoin, part à la recherche de sa bien-aimée qui a été envoyée au cirque de Francfort pour remplacer les crocodiles...

Sorte de conte philosophique, ce roman n’est pas dénué d’humour, ni de dérision. Tenant à peine sur une centaine de pages, cette mésaventure de Gocémé et des membres de son village laisse une trace indélébile dans l’histoire des kanak. Comme l’annonce la quatrième de couverture, ce récit met "en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie". Court et facile à lire, Cannibales saura émouvoir les lecteurs curieux de ce triste passé qui marque l’ère colonialiste française... 

Citation : "De quel droit mettez-vous des oiseaux dans les cages?
De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages?
Aux sources à l’aurore, à la suée, aux vents?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants?" 
Victor Hugo

Note d’introduction : Les accords de Nouméa signés en 1998, ont officialisé le mot kanak et l’ont rendu invariable, soulignant la dimension paternaliste et coloniale du terme usuel canaque.


Extraits : "Tu vois, on fait des progrès : pour lui nous ne sommes pas des cannibales mais seulement des chimpanzés, des mangeurs de cacahuètes. Je suis sûr que quand nous serons arrivés près des maisons, là-bas, nous serons devenus des hommes." p.41

Titre : Cannibale

Auteur : Didier Daeninckx
Édition : Folio
Date de parution : Décembre 2009
Nombre de pages : 107 p.
Couverture : Photo collections Serge Kabou/AKG Paris